‹ La vénerieChapitre 88 sur 138 · REMEDES POVR GVARIR LES CHIENS · texte numérisé non relu

REMEDES POVR GVARIR LES CHIENS

Autres Remèdes pour guarîr les Chiens

malades de diuersee maladies, qui iournellement leur peuueot suruenir. Sxtraict du lAure d'm Comte Italien^ fart expert en Vart de Vénerie.

IHACVN sçait» combien le chien est requis et nécessaire pour la chasse de

* tous animaux à quatre pieds, dont les Veneurs font queste et poursuite : tant ' pour les trouuer et faire leuer, que pour les courre et prendre à force ou de

* vitesse : à ceste cause i'ay pensé estre bon et vtile, de traicter des cures et remèdes propres pour les preseruer et guarir de plusieurs maux et maladifs accidens, ausquels ils sont ordinairement sujets. Entre lesquels le plus

fréquent est la galle, ou la rongne que toutes personnes iournellement voyent et cognoissent. On la pourra oster et faire perdre au chien galleux ou rongneux, en Toignant de deux tours Tvn, par trois fois au feu ou au Soleil, de l'onguent composé comme il ensuit : Prenez Tne liure de sein de porc; trois onces d'huile commune, quatre onces de soulfre puluerisé et bien sassé, deux onces de sel bien pilé et bien sassé, deux onces de cendre bien sassee, et mettez tout bouillir en yn pot neuf de terre, tousiours remuant iusques à ce que le sein soit bien fondu et bien meslé, et le tout bien incorporé : De cet onguent doncques oignant tout le chien, singulièrement les endroits de ta rongne, en la manière susdite : et luy changeant souuent de lict, et finalement le lauant par deux fois de lexiue, vous le guarirez de la galle. Et au cas'quele poil du chien tombast, combien que té accident ne luy aduient à cause de Tonction dessusdite, serait bon de le lauer d'eau de lupin, et l'oindre de vieil sein de porc. Ce médicament, outre ce qu'il guarit la galle , encores rend le poil du Chien beau , et le guarentit des puces. Hais aduenant que par le moyen des onctions dessusdites, la galle du chien ne fust point guarie, 0 faudra luy en faire vne plus forte composée de cette façon : Prenez ^-ne pinte de fort vinaigre, six onces d'huile commune, trois onces de soulfre, demie escuellee de suye, six onces de grauelle, deux poignées de sel bien pilé et sassé : et faictes tout bouillir ensemble auec le vinaigre , et en oignez le Chien de la façon et en la manière dessusdite. En temps d'esté si ht galle ne veut tomber et se guérir par chacun des onguens et moyens cy dessus déclarez, on pourra y appliquer vn autre médicament encores plus fort. Mais il faudra bien garder de s'en ayder en h}iier ou autre temps froid : pource qu'il pourroit donner au chien plustost la mort que la santé. Prenez doncques deux onces de vif-argent, dix onces de vieil sein de porc, et les battez et meslez ensemble tant qu'ib soient bien incorporez : et auec cest onguent frottez fort le chien galleux au Soleil ardant, où vous le laisserez lié l'espace d'une bonne heure, afin que l'onction mieux opère, et l'oignement mieux passe et pénètre : ceste onction se deura faire de deux iours l'vn par deux ou trois fois, et après icelle lauer le chien par deux fois auec du sauon noir : et par ce moyen vous le pourrez voir deliuré et guary de quelque rongne et galle qu'il puisse auoir. Mais pource que les cmctions dessusdites par fois font tomber le poil du chien, sera bon puis après l'oindre de trois ou de quatre en quatre iours, de vieil sein de porc, qui est la meilleure et plus aisée médecine pour tost luy restaurer et embellir le poil : mais si les chiens n'estoient guieres chargez de galle, et au commencement de leur rongne, on les poun*oit bien seurement guarir sans les oindre ne frotter : en leur faisant manger du pain fait de farine de froment pestry auec la racine,

REMEDES POVR GYARIR

luêilte, fniict et tige deTherbe Milgairement api)ellee Agrimoine bien battue et pillée en vn mortier, et incorporée audit pain qu'on fera cuire au four : et pourra-on en bailler à manger aux chiens grateleux tout le saoul, pourueu qu'ils n'en mangent point d'autre. Auec quatre ou cinq tds pains que ceux-là i'ay maintefois fait perdre la galle à mes chiens et aux chiens de mes amis. L' Agrimoine est vne herbe qui croist auprez des arbres, et aux bords des rempars et fosses, et au long des hayes : elle a les fueilles couchées et estendués par terre, longues d'vn pain« semblables à celles de la chanure, diuisee par nerfs en cinq ou six parties, denteUees à l'entour : et monte sur yne ou deux tiges dures et noirastres, au long desquelles sont les fueilles distinguées par interualles, et au haut d'icelles se monstrent des fleurs iaunes, dont se forment en maturité des petites graines, grosses comme pois chiques, ou enuiron, qui estans meures et seiches tiennent aux vestemens.

D'autres aecidens et maux qui euruiennevU souuent aux chiens, et premièrement de la formie.

\^ mal nommé la formie, comme peuuent scauoir ceux qui nourrissent des ^chiens, souuent adulent aux oreilles des chiens, et en esté i cause des mousches qui les y piquent, et du grattement qu'ils y font auec les pieds, jleur fait merueilleusement grande peine. Geste maladie se guarit en pulueri- [ santsur le mal de l'aureille offensée, d'vne poudre composée de la façon qui I s'ensuit: prenez quatre onces de gomme de dragant, et la mettez tremper huict iours dedans fort vinaigre , puis la broyez sur vn marbre, comme vous voyez les peintres broyer leurs couleurs : puis y adioustant deux onces d'alun de roche, et deux onces de noix de galle puluerisees, de tout cela meslé et incorporé ensemble, et bien desseiché se fera vne poudre de merueilleuse eiBcace, comme vous l'apprendra l'expérience, en l'appliquant sur le mal.

Encores pâtissent les chiens, quelquefois au moyen de certaines distillations qui leur fluent du cerneau, vne espèce de catharre qui leur enfle la gorge : qu'on peut guarir en leur lauant la g<Mrge par dedans auec da vinaigre commun et du sd, et leur oignant la gorge par dehors à Fendroit du mal et de l'enflure , de bonne huile de Camomille : ancunesfois aux playes des chiens [comme il adaient souuent d'estre blessez) les vérins s'engendrent, qui leur empeschent la guarison de leurs vlceres; pour les en deliurer, il faut tuer et ester ces vérins qu'on y trouuera concreez, puis emplastrer la playe de gomme de lierre, et y hisser l'emplastre vn iour ou deux : la lauer puis après auec du vin, et puis Toindre de sein doux et d'huile de vernis auec de la rue : à ce mesme mal est encores bon le suc exprimé de l'escorce des noix vertes : et la poudre faite des lupins cuits ou seichez au four, et encores la poudre faite de concombres saunages, pareillement desséchez, laquelle ne fait pas seulement mourir les vérins, ains numge et ronge aussi la chair pourrie et morte estant à l'entour de l'vlcere, et fait reuenir h bonne. Hais quand les chiens sont malades a cause des vérins qu'ils ont dans le corps, on les pourra faire mourir en faisant aualler aux chiens, soit par amour, soit par force, i ieun, le iaune d'un œuf, incorporé et battu auec enuiron deux scrupules de poudre de safran : et le gardant de manger tout le iour aucune antre chose iusques au soir.

LES CHIEKS MALADES.

Remède pour guarir vn ehien qui aura esté mors et blessé des dents d'tn Renard

ou d^vu chien enragé.

lYAND yn chien a esté blessé à sang ou à playe, si c*est en endroit auquel il [puisse porter la langue, et lescher la playe, il n*est point besoin de vous donner peine de luy appliquer autre remède ou médicament. BIds si IMcere [est en lieu que le chien ne puisse lescher, pourueu qu'il ne soit point reni- ^meux, il se pourra guarir en y appliquant de la poudre des fueilles de ' cheurefœil, seichees au four, ou au Soleil : mais s'il a esté mors ou blessé de la dent du Renard, suffira d'oindre la playe d'huile, auquel ait cuit de la rue auecques des vérins, mais si le chien a esté mors d'vn autre chien enragé, sera bon au plustost luy percer la peau de la teste, entre les deux aureilles, de part en part, auec \n poinçon ou autre fer pointu tout rouge tiré du feu : semblablement en leuant auec la main la peau du dos à l'endroit des espades, et tout au long de l'eschine, pareillement la luy percer par endroits auec ledit poinçon ou fer chaud. Encores en cest autre remède pour le mesme mal bien approuué, c'est à sçauoir, en faisant boire au chien ainsi mors, le bouillon ou broûer auec l'herbe cuite, qu'on appelle. Germandree. C'est vne herbe qui croist es lieux aspres et pierreux, longue d'vn espan où peu plus» a les fueilles petites, de la forme et entailleure des fueilles de chesne, et la fleur pareillement petite et rougeastre. Geste herbe doncques, ou cuitte et assaisonnée auec de l'huille et du sel, ou pillée et pestrie auec du pain, doit estre baillée à manger au chien, et il s'en trouuera fort bien.

Remède pour rendre au chien le sentiment perdu.

YCYNESFOIS les chiens pour s'estre apoltronnez et rendus trop gras, ou par quelque autre accident suruenu, perdent le sentiment : tellement qu'ils ne flairent I et ne sentent plus le gibier ou la venaison , quand ils sont aux champs. Pour leur > faire recouurer l'odorement ou flair accoustumé, il sera besoin les purger auec le I médicament qui ensuit. Prenez deux dragmes d'Agaric, et vn scrupule de sd de gemme, et les puluerisez ensemble, et les incorporez auec de l'oximel : puis en formez vne pillule, de la grosseur d'vne noix : et Tayant enueloppee de beurre, par amour, ou a force, faites la aualler au chien : et par ce moyen le verrez tost après auoir bon nez : comme ie l'ay par plusieurs fois bien esprouué.

Pour cognoistre si les chiens encores petits, deuiendront monschetex : et aduertissemens pour d'ailleurs les accommoder et soulager.

' I quelqu'un désire auoir des Braques de poil moucheté, et cognoistre d'heure : s'ils deuiendront tels: il doit obseruer ceste maxime, qui iamais ne faut. : Quand les braquets, si tost qu'ils sont nez, ou dix, quinze, vingt, ou vingtcinq iours après leur naissance , se verront auoir les plantes des pieds noires: ne faut point douter qu'ils ne deuiennent mouschetez : et que tant plus elles ^* seront noires, plus aura leur poil de mouchetures. A tels petits chiens sera bon de coupper, ou autrement oster, quelque peu du bout de la queue : Car ce faisant les

Z ij

REMEDES POVR GYARIR LES CHIEISS.

Braques seront deliurez du danger de s*esgraUgner et gaster le bout de la queue, en brossant par buissons espines, halliei-s, et autres lieux aspres et rudes : comme on voit souuent auenir aux chiens» qu*on ne s'est pas aduisé de conseruer et garentir par ce remède : Combien que telles esgratigneures et escorcheures apportent grands maux et offences aux Braques» brossans par les forts et haUiers.

Encores sera-il bon, quand les cagnots auront vn mois ou plus, leur faire arracher vn petit nerf qu'ils ont sous la langue, qui resemble à vn petit vérin.

A quoy il faut procéder en ceste manière. Quand le petit chien aura vn mois ou enuiron, de Tvne des mains vous luy ouurirez la bouche (mais s'il estoit plus aagé, luy faudroit mettre vn bâillon) puis de l'autre luy hausserez la langue : et à'\n caniuet, ou petit cousteau bien tranchant, luy fendrez la peau tout au long du vérin, autant d'vn costé que d'autre : puis dextrement et gentiment auec la pointe du cousteau luy osterez le vérin, de sorte que bien aisément il se voit arraché : en se donnant bien garde qu'en coupant la peau ou arrachant le vérin, on ne le coupe ou rompe, car il le faut tirer tout entier. Aucuns pour tirer co vérin vsent d'vne aiguiDe enfilée d'vne petite aiguillée de fil double, qu'ils font passer par dessous le milieu du vérin, tirant l'aiguille tant que le fil soit à sa moitié : puis prenant le fil par les deux bouts, arrachent le vérin : mais si tirans le fil n'y procèdent auec grande dextérité, souuent adulent que le ver, ou rompt, ou eschappe : et lors Q est bien malaisé d'en tirer ou arracher ce qui reste. A ceste cause : m'a tousiours semblé le plus seur, de le tirer en l'autre sorte dessusdite. Tant est, qu'après que le vérin sera osté, les Chiens deuiendront plus beaux, et en meilleur point. Car pour le plus, les chiens ausquels on laisse le vérin, se tiennent maigres et eslancez, et sont de mauuaise habitude. Encores dient , et ont laissé par escrit les anciens Naturalistes, que ce vérin ainsi osté aux chiens, les garentit de la rage.

Or à tant suffira ce peu que i'ay icy dit du soin qu'on doit auoir des chiens de chasse : me reseruant à quelque autre plus commode opportunité, d'en traicter plus au long, et auec plus ample discours.

Fin de la Vénerie.

Page 1