‹ La vénerieChapitre 87 sur 138 · MANIERE DE TENDRE LE PIEGE · texte numérisé non relu

MANIERE DE TENDRE LE PIEGE

[ST aussi à considérer, que si le loup approchant du piège tendu vient tne |fois à sentir la corde mise en lasset par dessus et autour du trebuchet (ce Rqu'il fera sans doute} il est certain que soudain il s*en ira, et iamais n*en lapprochera tant que le chasseur qui aura tendu le piège, ait fait perdre la Isenteur de ladite corde , ce qu'il fera prenant des crottes de la fiante de loup , [et en gressant la corde du piège entièrement, en la manière que Ton poisse de poix m ch^os pour coudre souliers : et ce que tu auras tendu au loup, de fiente de loup : quant au Renard, de fiente de Renard , et ainsi de toutes autres bestes qui se prennent au piège : mais la difliculté est de trouuer moyen de recouurer de la fiente de la b^te à quoy on veut tendre le piège, comme sont le Loup, le Renard, le Blereau, la Foine, et le Putois. Et pource, quand le chasseur voudra tendre son piège, il faut que le iour précèdent il s*en aille au bois auquel il veut tendre, d'autant que c'est au bois taillis, forests, buissons et bruyères, ou l'on tend à tels animaux coustumierement, et le long des chemins oii l'on soupçonne la beste deuoir passer, labourer auec le boyau selon la largeur du chemin, quatre pieds en quarre, et la terre qu'auras labourée mettre en poudre, et l'egaller doucement, afin que la nuict suiuante, la beste qui passera par cet endroit, imprime la forme de son pied dans ladite terre, et que le lendemain, quand tu viendras recognoistre le lieu que tu auras labouré, tu cognoisses la beste qui aura passé : et faut ainsi que dit est, labourer en plusieurs et diuers lieux, et par diuers chemins, afin que si la beste est au bois, tu la puisses asseurer, et par ce moyen ne tendre en vain. Quand tu auras bit ton labourage, il faut pour le loup trouuer quelque cuisse de Cheual ou d'Asne, ou de Hulet, ou quelque autre charongne, et en faire trainee par le bois le long des chemins et sentiers d'icduy, et en faisant la tràinee, quand tu arriueras aux lieux où est labouré, &uty iettersix ou sept lopins de ladite charongne de la grosseur d'vn œuf, ou enuiron. Si c'est pour le Renard, Blereau, Foine, ou Putois, suffira d'appaster autour desdits lieux labourez des rongeta de poulaille, ce qui reste sur l'assiette du niaistre de maison rustique après son repas, ou appaster des rosties de pain bis fricassées auec graisse telle que tu voudras, et le lendemain quand iras recognoistre les chemins où tu auras appasté, infailliblement la beste qui aura passé la nuict, aura fiente à l'endroit de l'appast, et laissé de ses crottes, desquelles tu poisseras la corde du piège, pour le tendre : ainsi en vse le Seigneur de Moussac Gentil-homme Limosin près Belac, vn des plus rares tendeurs de pièges, et plus heureux chasseur qui se trouue.

Fin de la Chasse du Loup.

DE LA CHASSE DV CONKIN

Addition de la chasse du connin.

't^^^^^izLJ^n^'^ A chasse du Connin est plus profitable que plaisante non seulement pour la viande, qui en est délicate et bonne, mais aussi pour le dommage que ce petit animal apporte aux grains semez en terre, aux ieunes arbres, et aux herbes : dommage, dis-ie, qui n'est I pas de peu d'importance, ne de petite nuisance : De fait Strabon a fuit nicritton au troisième liure de sa Géographie, que les habitans des Isles Gyniiiesies, furent contraints d*enuoyer aux Romains leurs Ambassades : pour requérir, qu'ils leur baillassent terres où ils peussent ailleurs habiter, chasses Je h gi Dnde aboDdance des Connins, qui mangeoient tout ce qu'ils pouuoient planter et semer en leurs terres Gymnesiennes. Le mesme dit Pline au huictiesme liure de son histoire naturelle, quand il recite, que du temps de l'Empereur César Auguste, les habitans des Isles Baleaires (ce sont les deux que les Grecs afipelloieîtt Gymnesies : auiourd'huy les Espagnols nomment Haiorque, et Minorque) enuoyerent à Rome demander secours d'armes : poiur combattre les Connins leur faisant mortelle guerre. Comme aussi (a la vérité) ce petit bestial est d'incroyable fécondité, oii il s'adonne : Aussi a-t-on opinion , que tous font-des petits, tant les masles que les femelles : comme si nature bénigne enuers ce genre d'animal, fuiard, et friand au manger, luy auoit voulu donner telle plantureuse fertilité. Or y a-il deux espèces de Connins, les ^ns de clapier, les autres de garenne. De ceux de clapier, la prinse est bien aisée : pource qu'estans comme priuez et domestiques, ils se laissent prendre à la main, et n'ont besoin de queste, ne de chasse. Ceux de garenne sont plus mal-aisez à prendre, pource qu'ils sont nourris en leur champestre liberté, et d'autant sont d'vn plus saunage naturel. La façon de les chasser est principalement de deux sortes, toutes deux assez vsitees et cogneuës : l'vne auecques les filets, et Tautie auec le Furet. Quant au Furet, on le fait entrer dedans la tanière ou garennier clapier des Connins, pour leur y faire la guerre : des poursuittes et morsures duquel estonnez et intimidez , ils fuyent soudainement hors de leur creux , et aux issues sont arrestez et enudoppez aux bourses et filets qui y sont tendus à ceste fin. De sorte que le Gentil-homme ne retire pas grand passetemps de cette chasse, laquelle aussi fait-il le plus souuent par ses gens et seruiteurs, que par luy mesme : plus content de la prinse garnir son croc, et oouurir sa table, que d'autre exercice ou récréation qui luy en puisse reuenir.

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