SCÈNE II
ViLDAC seul — 17 se promène lentement sur le théâtre, paraissant réfléchir^ puis s'arrête^ et dit :
Ainsi, Satan, tu le veux ; il me faut commettre un crime î — un crime atroce, doublement atroce; l'assassinat d'abord, — et le paiement des bienfaits par la plus noire ingratitude. Cet homme que je rais tuer m'a pris au berceau ; — a comblé mes premiers ans de bonheur, — m'a traité comme le meilleur des pères, comme gon propre enfant ; il repose 8a confiance sur moi ; — ^je suis son homme d'afiaire ; — tout dans le château marche d'après mes ordress. Je serais heureux si le cruel démon de l'ambition no s'était emparé de moi ? — Mais il me possède, il me pousse, il me traîne à sa remorque.
(Il marche avec agitation.) — Pauvre vieillard, pauvre père adoptif, qui m'a prodigué tant do caresses et d'amitié lorsque j'étais enfant, — qui m'a bercé sur se» genoux comme son fils Gustave, —est-il possible que l'enfant qui te doit la vie, doit éteindre la tienne! ! — (Il marche eu proie à de vives commotions morales, puis s'arrête :) —
— Ecoute, Satan, écoute ! — Que me promets-tu en retour d«
mon crime ! Mais parle donc ! je sens, je sais que tu
m'inspires, mais je veux, j'exige plus, je veux entendre ta voix, ta propre voix ; — elle me rassurerait, — me confirmerait dans mes résolutions. Parlcdonc, entends-tu, je le veux, parle, que me promets-tu ? (Il écoute) —
(^Une voix en arrière du rideau.^
Je te promets l'impunité, — de l'or, des honneurs, des piaisire, du bonheur, et tout ce que tu voudras! .....Agis!
ViLDAC (réfléchi&san t) .
— Mais s'il est un Dieu vengeur du crime...
La voix.
Ne t'en occupe pas ?— Allons, agis, — ^je retourne !
ViLDAC, (très agité).
Ainsi il me promet impunité, or, bonheur, plaisirs, — du bonheur même ! Du bonheur !... je ne crois pas à cette
promesse. La conscience, — cette vengeresse du crime, — est tonjours là, nt juge implacable de nos actions, — elle nous reproche à
chaque instant le mal commis Ne pas Tn'occuper du
Dieu vengeur, mais son nom seul mo fait trembler !
(Se promenant avec agitation).
Allons, pas de faiblesses, Vildac, — il faut tuer, assassiner un TÎeillard, mais ce n'est pas tout, il faut aussi faire disparaître le fils, mon ami, presque mon frère, — et lui faire porter le fardeau de la mort de son père ! — Oh I — c'est horrible cela ! Satan seul
pouvait imaginer une telle atrocité. — J'ai peur de moi-même
Mais une invincible puissance me porte à ce double cri-
,2ne I — Eh bien ! je tuerai, j'assassinerai, le père et je ferai emprisonner le fils comme meurtrier de. son père. C'est lâche, c'est ignoble, c'est atroce, cela mérite l'enfer s'il est un Dieu vengeur, —mais je le ferai. Triomphe, Satan, oui, triomphe. — (Il sort précipitamment et avant que le rideau tombe on entend en arrière un strident éclat de rirej.