ACTE SECOND
Charles de Beaumont, Gustave.
SCÈ5E 1ère.
Charles.
— Ainsi donc, mon fils, tu te maries, — J'en suis heureux pour toi, — heureux pour moi. J'aurai dans ta noble épouse, une enfant de plus à chérir, une enfant de plus qui m'aimera.— Elle m'aidera à porter le fardeau de mes derniers ans ; — et les roses de sa fraîche jeunesse réjouiront les yeux vieillis de ton père.
Gustave.
Soyez persuadé, mon père, que mon épouse et moi, rivaliserons d'eflForts pour rendre heureux vos vieux jours.
Charles — (ému.)
Oh ! merci, mon enfant, — ces paroles affectueuses fent du bien à mon âme. Tu fus toujours bon fils envers moi,— affectueux envers ta pauvre et sainte mère, — tu seras bon époux, — je l'espère, — et quelque chose qu'il t'arrive — remarques ces paroles d'un vieillard, — {i/se lève) — quelque malheur qui te frapp'>* — aie confiance en Dieu; le triomphe du méchant est passagoi -et pieu bénit toujours l'innocent qui souff're pour l'amour de lu".
Gustave.
Vos paroles resteront gravées dans ma mémoire, ô mon père. Il ne faut partir pour ne plus vous revoir peut-être avant mon mariage, vous voudrez me donner votre paternelle bénédiction. — (Il s'agenouille.)
'"'"'■"'^'"'"'"^in-i^ ■ an i.
Charles.
— Oh I sois bénis, mon fils ! que le Dieu de ma jeunesse, que le Dieu d& mei vieux ans, exauçant les yœux les plus ardents de ton père, rdpande sur toi et sur leK tiens ses bénédictions les pluB abondantes I
Gustave (se relevant.) '
Merci, mon père ! — Perme+tez que je prenne congé de voua. (Ils se serrent la main .) A revoir I — Charles, adieu 1 — envoie-moi Vildac (avec douleur.) Adieu! ; i: ^ ■ '/
Charles (seul, se promenant lentement.)
Pauvre enfant I — il est heureux ! — ! riche de toutes les
caresses d'un délicieux lendemain ; de tous les sourires et des joies de sa charmante fiancée
Pourquoi donc ai-je parlé de malheur et de méchant, il y a un
instant I î ! Pourquoi me suis-je senti ému ! Je ne
sais, mais un funeste pressentiment m'obsède !
Oh ! ces vieillards peu les épouvante ! Ils ont peur d'euxmêmes, je crois, (il s'asseoit. )
Mais chassons ces idées sombres. , r —
Vildac (entrant avec respect) ! ' -
Seigneur, comment est votre santé ? Excellente, j'espère.
"v:''-- ■'-■■■ ■••■'- Charles. ''-" ' ''^ '• ' '■■'"-■ ■• -
Oui, mon ami, prends ui siège et causons un peu — ( Viîdao s'asseoit). — Tu sais que Gustave se marie. Es-tu content ?
■ ^ ' ^■'''\'" Vildac. ""-■' ^' ^ ^ ■"- .
J'ai appris l'heureuse nouvelle et je puis vous assurer que je suis loin d'être indifférent au bonheur de mon ami, je dirais presque de mon frère, j • .ï#';- î*^- -jti»j 'o?: i r ; ' •":^ ■"'■ -^ ' .,,-...-> Charles. ■• "'^ '''- ■■■>'■ •■ ' i
Oui, de ton frère, Vildac, si je n'ai qu'à consulter mon cœtir pour décider la question. ,^ ^ * , •
r-V'.tiQ r- „ Vildac, (hypocritement), ,,;-., .
Tant de boaté et d'affection. Seigneur, me confc ideat,— -€t Je TOUS en remercie de teut cœur.
.-^«^^^ '*-'^-fr'■7tÀ;"■" -^^ Charles. 4, ■'..•,..,.,... ,.- , . r
C'est bien, mon enfant, — maintenant, vas chez le notaire, et dis-lui de préparer mon testament suivant ces notos [il lui passe un papier). — A revoir, — tu auras soin de tout préparer pour la noce [il sort).
ViLDAC le reconduisant.
Vos ordres seront accomplis Seigneur
{Seul) — Voyons un peu ce que dit ce charmant papier. — (il Ht ^l^ut)... n Je donne et lègue tous mes biens à Gustave, — et s'il
décède sans enfant, à Vildac {avec un rire cynique) — Ah !
oui, mon cher frère Gustave, je te promets décéder sans enfants.
[$e 2)romenant) Bien^ bien nos petites affaires sont
bonnes Mais j'ai besoin de conTplices — (il appelle) — Gâtechair, Gatechair.)
Gateciiair. Me voici, Monsieur, qu'y-a-t-il à votre service.
Vildac.
Peu de chose, un petit coup de main seulement. — Au fait si je me rappelle, tu as eu quelque maille à démêler avec la justice, n'ost-ce pas. Et pourquoi s'il te plaît ?
'.■,.!•,:,.-'..,- ,, GaTECU AIR. .,,*,,, ., , „> ,.; , „.,„„. ;
Oh ! pour un rien, un petit coup de lancette, une simple inci sion pratiquée dans la gorge d'un voyageur qui me paraissait avoir des sous dans le gousset. Je fus pincé et fourré au violon pour la vie. C'est là que mes honorables collègues me gratifièrent en commémoration de mon savoir chirurgical, au joli nom de Gatechair. Mais au moyen d'une certaine poudre que je fis respirer au gardien , malgré lui, — ^je pris ma feuille de route et me voici prêt à vous servir do la manière qu'il plaira à monsieur.
■c r^-- r- ■ V-:. ■---n Vildac. h^^-^kû^i ^vf j-^in;. ■.,■'■■!■[
Puia-je compter sur toi,. .....sur ta discrétion ? .l'irn
Gatichair. ' Oui, à la vie, à la m«rt. '^^ a. i^^h^-" u><-,r^ .sh^ » - ' ^
Vildac. ■.
Bien, ttpe là,— (i7« se donnent la maiii.) — Tien?, goutte à cela, [il lui passe un petit Jiocon) bois, cela te donnera du ton.
Gatechair (buvant.) :i; A votro lanté ! à noire succès ! •" ! U) ti:îod ; ]
Vildac (buvant) à la tienne. ' '' ' '''
Désormais, plus de respect entre nous j que le tu remplace le
TOUS. Le crime efface les distances a-t-on dit. .„ , .„,.,,- ,,
Gatechair. "•' ^) l^^ :f- ci
Bah I — moi j'appelle ça opérations commerciales ou finan. oières.
.ir-"/
ViLDAC.
Tiens, lis ces notes et conclus.
/ V. ., ,:^,;.,^ ., Gatechair (lisant tout bas.) '' .., , Je comprends Quel est ton plan ? '•' '' • *
' ' '" ViLDAC.
Celui-ci. — lo égarer une balle dans la tête du bonhomme» 2me accuser le fils du meurtre de son père.
Gatechair.
Et mon rôle dans ce piquo-nique-lù ? • ^ ■ i
ViLDAC.
7 Pendant que nous cntourreroos le bonhomme, tu'glisseras un pistolet, dans la poche de Thabit de Gustave, — puis je t'ordonnerai de fouiller les personnes présentes, — ^je ferai livrer Gustave à la justice, et tu jureras que tu as vu le fils faire feu sur son père, parccque le père ne vouLit pas qu'il se mariât avec sa fiancée. Conséquence, Gustave sera pendu, — et nous jouirons des biens.
Gatechair.
: Voilà qui est bien. A quand le cirque ? ,. i ^ .-..
ViLDAC. •^••'•'' '■ '' -• '• '■-
Aujourd'hui même; — à la première chance. ,^,^;t .,, . ,. ,;
Vas chez le notaire, fais préparer le testament, rapperte-le moî, et quand jo ferai signer le bonhomme, tiens toi prêt, ce sera probablement la dernière fois qu'il apposera sn griflFe. Va, à revoir. , lyf' f
ViLDAC (seul).
C'est bien, Satan, — jusqu'à présent, tes iispirations me valent
de l'or. Mais rappelle-toi que tu m'as promis plus que de l'or, —
"• tu m'as promis du bonheur ; tu tiendras ta parole, n'est-ce pas ?
— (i7 sort par une extrémité du théâtre et Kondiaronh rentre
jpar Vautre.