‹ La vengeance de Geneviève [microforme]Chapitre 26 sur 64 · ALEF · texte numérisé non relu

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lamentable histoire que, sans le délire de ma maladie, on n'aurait jamais enténdu sortir de mes lèvres, vous savez que j'entendais, par l'éducation, rendre à Jacques une portion de ce qui lui était enlevé par... par.

Elle s'arrêta et courba le front tristement.

— Soit. Vous avez des grandeurs qui m'échappent, ce n’est pas à Jacques, travailleur et besogneux, qu’il faut avoir recours; je suis là!

— Je vous remercie, Je ne puis rien accepte de vous.

Léon fit un geste vif.

— Veuillez distinguer entre la fortune que m'a apportée Mme veuve Escouvar, — et que je lui rends intacte, — et celle que j'ai refaite par d’heureuses spéculations.

— Fondées sur le capital de Mme Escouvar, néanmoins ?

— Si vous établissez de telles subtélitéel

— Elles sont indiscutables.

— Eh bien! je ne discute pas avec votre délicatesse d'hermine ; mais, si vous refusez mon aide, j'ai le droit de soutenir Jeannine.

— Elle n’a besoin de rien. |

— De rien ?... Mais, malheureuse femme. je sais par Marianne que vous manquez de pain, tant les rations municipales sont dézsoircs !

— Pardon. Mme Outier, malade, ne ménge .

Marianne se soutient avec du

pas sa ration ; bouillon de cheval salé, dont nous avons fait

— Puisque vous connaissez maintenant la

quelques provisions. J ulienne, J eannine et moi

héritons de leur part de pain ... très mauvais,

du reste; très indigeste et très noir, mais Lt

nous mangeons fort bien.

— J'en ai d'aussi mauvais que vous, il est vrai ; j'y peux cependant joindre des conserves, du vieux vin, quelques réconfortants. J’en veux envoyer à Jeannine. J'imagine que mon intervention ne vous choquera pas ?

—— Quand vous aurez mérité de vous occuper d'elle, non.

— Ce qui revient à dire, que je suis indigne, à vos yeux, même de pourvoir aux besoins matériels de ma filie ?

— J'entends qu’elle vous respecte. J'ai tâché qu'elle pût vous aimer. Je ne vois aucune nécessité à la rendre reconnaissante envers Vous. .

— Cette reconnaissance vous pèserait ?

=— Elle tomberaïit à faux, et les sentiments

de Jeannine doivent être justes. Vous vous

êtes souvenue d’elle:trop tard.

— Eh!... vous n'auriez voulu rien accep-

ter... à aucune époque. .. je vous connais bien. .

—— Si vous me connaissez, n’insistez pas davantage.

| .Léon regarda Geneviève longuement puis

: d'une voix troubléc :

== Tener, reprit-il, je ne:sais ce que j'éprouve | pont vous. “Hst-ce de la colère contre votre

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— Ni colère, ni admiration. Je souhaite que

ce soit de l'estime, répondit-elle vivement, -— Rien de plus ?

— Non, rien.

— Pourquoi ? He

L… Parce que, de vous se moi, Tosties po Le seul sentiment durable, désormais. : !

— Autrefois, j'avais votre cœur, vous désiriez mon affection, et, maintenant la faoide estime suffit à vous satisfaire ? |

— Cette estime, vous ne l’accordez pas à Mme veuve Escouvar: donc, je m'en contente:

— Si j'espérais vous désarmer en vous ayouant mes torts, Geneviève, je me.sens si remué par tout ce que je viens de vous voir accomplir, si attendri en votre présence, que je

n’hésiterais pas à m'accuser.

— À. quoi bon? vous êtes absous.

— Absous ?... Vous me pardonneriez ?

— Je vous ai pardonné, dès le premier jeux et la première injure.

-— Sans retour en artière ?

— Jamais.

-— Alors vous devez avoir encore quelque affection pour moi ?

— Mon devoir d’horinête femme ‘était de vous aimer. Je n'ai pas failli à cé devoir.

— Et dans ce moment même ?...

— Dans ce moment ?... Je vous gorde un cœur fidèle. |

— En maudissant, àu moins, . liens que

vous vous êtes obstinée à ne pas rompre, quoique toute liberté vous en ait ét6 offerte ?

— Dieu, qui avait formé ma chaîne, pouvait seul la dénouer : je la porte sans la maudire.

Il y eut toute une minute de silence lourd.

— Ah! que je me sens petit et misérable auprès de me s’écria tout à coup l'ingénieur en éclatant.

Dans ses d se voyaient de vraies larmes, les premières !..

Geneviève, que la charité chrétienne soutenait sur cette route difficile, fut frappée de ce symptôme d'émotion réelle.

‘* Ce cœur vacillant: laissait-il enfin fondre outes ses rancunes ?

|. Et les aveux reçus, les excuses balbutiées, n’étaient-elles plus—comme elle Je redoutait depuis leur rencontre—un moyen de sonder son cœur à elle, pour le railler cruellement ensuite ?

Sa nature loyale saisit avec ardeur cette apparence de sincérité.

— Dites-vous vraif demanda-t-elle avec feu.

— Je vous le jure.

— Seriez-vous capable d’un grand “effort pour vous dégager d'un passé coupable ?

— Je crois que je le serais.

— Eh bien! relevez-vous de l’abaissement moral où vous êtes descendu.

—Moi? ” — Vous, Léon.

— Eh!...le puis-je ?

l#- Si je n’en avais la persuasiof ; vous le

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LA VÉNORANCE DE GÉNEVIÈVE 165

diraïs-je ? Voudräis-je vous donner une espérance fausse? | :— C'est vrai. La droiture est moins remarquable encore en vous que le jugement.

— Croyez-:noïi donc et suivez mon conseil.

— Pour me relever à vos yeux ?

— Pour redevenir digne des caresses de Jeannine.

— Parlez.

— Rachetez-vous par le sacrifice accompli

et par le danger couru.

— Comment?

— Donnez à la France un défenseur de plus.

Ah!... l'idée est juste. Le sacrifice purifie. Mais, je ne suis pas Français. |

— Qu'importe ? fn ces heures sombres, le pays n'a pas assez de soldats. Il les accepte tous.

— Et, comme beaucoup d'hommes de ce temps, je ne sais même pas manier un fusil.

— Tous les gardes nationaüx le savaient-ils?

=— C'est la vie des remparts que vous m'offrez.

— Avec des sorties en perspective, et la trouvée suprême pour horizon !

— Ainsi, vous voulez ?...

—- Que vous soyez soldat: volontaire.

= Et... à ce prix ?...

— Je croirai qu'il reste en vous qnelque

grandeur, malgré vos défaillances passées.

— Et vous mé rendrez Jéannine ?

— Oui, parce qu'il est grandement honorable, n'y étant point contraint, de prendre part aux dangers d'une nation hospitalière.

.— Mors. …. si'je vis. en soldat, .. vous ne mettrez plus entre elle et moi cette barrière que je sens; hélas! avoir trop mérité de voir

s'élever : la barrière d’une incurable méfiance ?

Sous l’uniforme militaire, qui Het, s'ersevelira le passé. rfi Li

: — Pour la fille. .. mais pour la mère 2.

— Pour ia mère, comme pour la fille. :

— Et si je meurs ?

= Nous vous. pleurerons RS Nous prièrons pour votre âme. Ana vous retrouverons là-haut.

Un sourire pâle, si nâvré, que Gonexièa ef ut-le cœur serré subitement, glisse, sur le visage altéré de l'ingénieur: | 1 Vous êtes stoïque, dit-il avec une métis colique expression du regard; moi, je.n’ai pas tant de renoncement... et; non plus, pas tant d'espérance. Pourtant, la vie m'est devenue.si “dure, depuis que je la vois à travers. mes remords, que je ne. devrais. pas hésiter une minute à: l’exposer, pour mériter de nouveau votre estime et l'amour de J Sn

Il eut un long soupir... ti

Elle attendait, muétte, anxieuse. er

— C'est fini. Me voici prêt.à suivre votre conseil. C’est que je ne suis pas du .tout un héros, Greneviève:::..et, peut-être, vais-je faire pour vous obéir,.un bien pauvre soldat!

+ Si vous. faites votre serons qi: pourrait “exiger davantage. :::,. :.: | ‘Elle lui. tendit la main, par un géste. soil

lant, comme pour récompenser cette velléité

de réhabilitation.

C'était la première fois. Jusqu'alors, sa réserve, sans avoir rien de hautain, ni d'hostile, demeurait extrême.

Léon prit cette main, la serra, ne voulant plus la rendre. Tous ses torts envers la douce créature se dressaient pour l’accuser.

— Je vais vous chercher votre fille, fit-elle avec son angélique bonté.

Un instant après, le père et l'enfant échangeaient des caresses heureuses, et l'ingénieur quittait Geneviève en lui disant :

— Merci. Vous ne me reverrez que moins indigne de vous.

Ce fut un revirement étrange, du celui qui s’accomplit dans la destinée de cet homme faible, avide, coupable, et maintenant saisi par le remords, honteux de son existence, aspirant à la réhabilitation, transformé sous un souffle purifiant.

Quel souflle, quelle influence, quelle force pouvaient agir ainsi sur une conscience atrophiée, sur un cœur éteint ?

Geneviève.

Touchante dans sa charité, grave dans sa beauté, digne toujours et partout d’admiration, d'infini respect, elle lui était apparue comme une pure vision du bonheur volontairement perdu.

Il savait ne pouvoir reconquérir ce bonheur;

du moins, voulait-il se rapprocher de la vision an élique.

J’amers regrets poignaient son âme. Sans doute, ces regrets ne s'élevaient pas tous dans les régions élevées où planait l'âme de. Geneviève, après avoir si fort aimé les biens matériels, Ÿ éût été trop-demander à cette nature mobile.

Mais, retours en arrière et résolutions courageuses se mélaient en lui de telle sorte qu'il marchait, par l’expiation, au relèvement réel.

Il le fit, d’ailleurs, comme il l’avait promis. On vit, dès le lendemain, le nom de ‘ Léon Bourgeal, ingénieur suisse,” figurer sur les listes d’enrôlements volontaires.

A cette époque, les formalités assez sommaires permettaient d'entrer dans un corps, d'en prendre l’uniforme et de monter sa première garde séance tenante. |

Un corps d'anciens élèves des grandes Écoles parisiennes s’ouvrit devant Léon, qui s’équipa prestement, se mit à étudier le maniement des armes avec une volonté tenace et se prépara, comme l'avait dit Geneviève, à devenir mieux qu'un ‘‘soldat de rempa

Hélas ! il fallait, encore quelques semaines, se résigner à n'être pas autre chose.

Pour se consoler de leur inaction, ceux que le patriotisme enflammait regardaient un but unique : la sortie !... la trouée!

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