CHAPITRE XVII
Le citoyen Hluviét avait lieu d’être tr de son œuvre, L'ambulance n'existait plus: ,
Les condamnés qu'elle renfermait ne devaient plus exister davantage.
Au début de l'incendie, quand les infirmiers et les moins malades s’enfuyaient éperdus, le le secrétaire de ‘“‘Bourgeal l'exilé” surveillait la porte de l’hôtel Le Bastu pour n’en pas laisser échapper ses victimes.
Ni Jacques, ni Geneviève, . ni Placial ne parut à la sortie, devenue d’ailleurs bientôt i impraticable.
Un peu plus tard, M, Mme Le Bastu, et le capitaine Hubert à demi asphyxiés, furent tirés hors de leur hôtel par une fenêtre, grâce à l'énergie d’un interne.
Un blessé vint tomber près du trottoir en traversant les flammes, un autre. hurla longtemps de douleur dans la cour obstruée. .
Bouvier s’assurait, du poste d'observation où il demeurait placé, que ce n'était là aucune des individualités désignées par les ordres de son chef.
Alors, comme le feu ravageait l’intérieur, il espéra que sa besogne, à lui, se trouvait faite par le fléau, et que ‘“ Bourgeal l'exilé” devrait se contenter de retrouver, le lendemain, les corps carbonisés de ses ennemis personnels.
Mort pour mort, puisque ni Jacques, ni le docteur, ni Geneviève, n'y devait échapper, celle qui les frappait valait mieux que 11 fusillade à l'angle d'un mur et coûtait moins à l'exécuteur.
. Bouvier jugeait donc Popération excellente, pleinement réussie et, tout gonflé de satisfacon, il vint droit à la mairie de la place Vol- ‘tairé pour rendré Compte de sg mission, et recueillir dés éloges, dont son terrible chef ne se mo£trait pas prodigue.
‘© __Téut eët bien, citoyen ! dit-il en, s’appro- Chant du vieux Bourgeal, qui écrivait fébrilement des ordres.
N 2 Tu réponds du résultat ? ?
:’ — On peut entendre di les derniers effondrements.
— Rien de V4 n’a échappé ? a +R, °° Ainsi, le service médical ?... le personnel des infirthiers” .
— Disparus.
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— Cinq maintenant, interrompit l'interhe
| La plus.j jeune. est. mort. ,1..1,,,
, — C'est bon. Je me souviondrai de ton ser* vices. | ' 1")
Un tayon fe joie fans tiwmios le visäge sombre qu'un pouvoir sanguinaire avait chan:
gé en visage féroce.
Bouvier së cambrait déjà, tout radieux’ de la promesse, quand un bruit différent des bruits de sabres trainés et de jurements, habituels à ces parages, s'éleva sur lé seuil de la salle. -
On vit un groupe singuliér, formé d’un malade roulé dans des couvertures que portaien deux hommes révêtus du brassard de Genève.
| Le docteur Molins et l’interne qui l'avait rejoint.
Le prem'er dit dès l'entrée, croyant 8 ’adresser au magistrat municipal de l’arrondissement :
— Ordonnez qu’on axe plasei à mes mahdes, citoyen maire. " L Le vieux Bourgeal tressaillit en reconnaissant le cousin de Greneviève.
Que Jui disait-on que tous les suspects avaient péri 2... Et voilà que l’un d'eux, sin le plus, détesté, “du moins le plus be & dressait devant lui,
Bouviér, la sueur au front, eût voulu à sou floutir sous;le sol. 14
— Quels malades ? demanda le: citoyen Pérrgenl. d'au! eus Hs |
— Ceux de l'ambulance ‘Le Basti qui brûle; Ilé-sont 1à six malheureux. .
— Cinq malheureux que les maisons parti culières repou: «ent. Une maïson du ville doit les recueillir. |
— Nous n'avons pas de lits:
1 + Vous avez les lits de camp du poste. Je m'en contente.
-— Comment ont-ils échappé à l'incendie ?
— Enlevés par nous des salles et transportés, par la petite porte de la cour, dans la rue Blot.
nr - Oeux-là seuls sont sauvés ?
— — Hélas ! ! je le crois.
Et les infirmiers ?
Tr Eh ''citoyen, faites faire une enquête sur les morts, si bon vous semble, mais laissez-moi sauver les mourants.
— Faites, fit le vieillard d’un ton farouche. "Maïs aussitôt, dans la salle: encombrée l'officiers fédérés et de fonctionnaires de la Communeé, s'élevérent des protestations.
— Ne recevez pas ces hommès, citoyen.
Nous avons assèz de dangers à courir sa s accepter gratuitement celui-là! |
‘#= "Vous ne Voyez donc pas qu’ fl Ya là six variolenx sur un fourgon y ass
2 Citoyen: Bourgeal. :: cHassez-les !
| Placiol se redressa, saperbé, sons le flot de réprobation. !
LL Là Melson dé vilté eit'iroés malddes, s'il n'ont pas d'autre abri, entendez-vous ? Chas
qu’
brûle:
parti le doit
te. Je die ?
ansporla rue
1ôte sur séz-moi
rouche.
ée Jl'of-
a Com-
ven.
courir
a là six
flot de
les, s'ils Chas-
. j, LA VENGEANCE DE GENEVIÈVE 817 sez-nous par la force, alors. Jusdue:là, je maintiens le droit des malheureux.
in Les chasser par la force ?. .: les toucher ? Allons-donc !:; : tout ls: monde recula.
Le citoyen Bourgeal fit un geste impérieux.
“1Prènez l’école 'congréganiste, ordonna-t-il, iéttez-y des lits de camp et retirez-vous.
Placial entrevit eñ une secondé de réflexion la paix de l’école. l'isolement, peut-être le salut pour les misérables auxquels il se. dévouait. —Allons à l'école, répondit-il, en reprenant son triste fardeau.
U— Encore un de moins, murmura l'interne.
Voyez, docteur, ce soldat est mort.
. Placial soupira ; replaçant ce nouveau cadavie sur le fourgon, il dirigea le sinistre convoi vers l'école de jeunes filles, dont les sœurs avaient été outrageusement expulsées, et qui demeurait close ; les femmes, sorties de Saintpe? pour faire la classe préférant de beau-
la, dégustation du -trois-six à la FRE & 8. grammaire, .
“Bourgeal. l'exilé ”: le suivit d'un œil dr ;
puis: se, tournant vers Bouvier! :
— Tu es un présomptueux: et: un / niais !
Sache qui ést vivant, sache::qui est mort, et ne
te:trompe pas une seconde fois : 11e 7 me ré-
pond de la leu !
Bouvier disparut, térrifié.
S'informer ?.…. Chercher ?..: tâche difficile.
qu'il entreprit résolument. Si laide que füt
oo oo
Rs
“sa peau,” comme disait brütelement son chef, il y tenait fort. tot &
On se souvient que leo! pompièrs: po ie
l'ordre de ne ‘pas éteindre les: incendies, :celui de l’ambulance ne devait cesser que faute un ments. Une nuée de pillards se tenait toutefois. sutour des décombres, pour essayer d'en retirer quelques épayes, la croyance, populaire. étant, dans le quartier, qu'un opulent bricant comme M. Le Bastu devait avoir un coffre-fort incombustiLie et bien garni.
Bouvier sentit qu’on ne pouvait. refrouyer que des cadayres méconnaissables, si même on parvenait, avant un certain temps, à remuer les ruines fumantes.
Mieux valait tacher d'apprendre, rie Blot, quels personhages Y. syaient ‘passé fuyant le feu.
Là, au miliéu de l'incohérenceé’de propos des locataires éncore effarés, Bouyier récuei hi 4 des réniséigneménts précieux,
On'aväit vu les varioleux apportés +6: ar à tour par le docteur Molins, connu dans lé quartier, ét par ‘des infirmiers, deux ‘homes! ‘ét 'une femme, que tout lé motide CORNE" aussi par leur dévouement. ::: L
Un de ces: infirmiers, était. patti tont seul après le troisième où qüatrième sauvetage. L'infirmier, une jeune dame bien belle, s'était trouvée mal de fatigue dans la rue. Alors, l’autre, le plus: courageux —- nn boiteux, celui-là, -—
* . Fe + ET PE x |
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l'avait emmeñée, presque :emportée, tant elle était faible. | |
— Ah! ill'a emmenée! dit Bouvier avec un mauvais sourire. Je la cherche justement pour 14 récompenser de la part du Comité central.
Où peut-elle être maintenant ?
— Maïs chez elle, sans doute. Sa famille demeure sur le boulevard du Prince - Eugène...
126.) ou 115... quelque chose comme cela, dit une voisine de l’ambulance, plus familiarisée avec le pe*sonnable charitable.
— Merci,
Bouvier courait déjà sur la piste nouvelle.
Là, il ne fut pas difficile de tirer de Mme Péchu cette explication concluante :
— Oui, cui, elle est revenue, la pauvre petite dame !... C’est pas dommage !...ily a assez longtemps qu'elle se mange le sang à soigner les varioleux !... si c’est pas une pitié de voir une si jolie dame s'enfermer dans un hôpital?... quasiment avec des pestiférés!... Mais voilà. .: élle était attachée là par le cœur !... C’est si drôle, les femmes !... quand le cœur s'en méêle!... y a pas de bêtises dont ont ne soient susceptibles !
Et sur mot philosophique Mme Péchu haussa les épaules en regardant le plafond de la loge d’un air béat.
Après cinq minutes de conversation, Bouvier apprit que Geneviève était revenue soutenue par Jacques Ferrat, qu'elle s'était instalée dans une mansarde libre, à côté de celle de ce der-
ES
nier, afin dé né pis apporter à sa fille, à om
au-dessous, un risque,de.çontagion...., ; .,. — C'est . conclut la rh sa roneerge,
C’ est pas ‘bon: du si Jour une maison, ces ne là. On fait toujours quelque impruden- : Moi qui vous parle, tenez, quand:ils sont A mr sottement couru: à. Mme üteneviè ve pour! l'aider à monter.. Ki, tout - à coup, J'ai pensé que celle que je tenais là, venait de soigner des varioleux, .. Ca m'a fait un effet! . je l’ai lâchée tont de suite... Ce qui n’empéche pas que, depuis deux heures, il me anale avoir la fièvre... Voyez plutôt.
Et dans un geste plein d'abandon envers une si récente connaissance, Mme Péchn posa sa lourde main, moite sur la grosse ’nsin de
. Bouvier.
: Celui-ci fit un . mouvement. en arrière SUR brusque et sentit un frisson de peur courir sur ses épaules.
Si cette femme disait vrai 2. Si le contact . Brrou !..:.
Il se seCOUA, remeroia, dit qu "il était inutile d'avertir Mme Carvès ni M. Ferrat de, sa visite, puisque bientôt ils recerraient de “le nation!” la récompense de leur dévouement,
* Puis il s'éloigne précipitemment, comme poursuivi par la vague terreur que Mme Péchu venait de faire naître en lui, et frottant rhtas ArSnent Sa: main, an elle avait touchée.
+ RUE A H Fe | Te f; t
Bc nant féroc saille
Son rapport au citoyen fut, cette fois, concluant.
“Mme Carvès et M. Ferrat soient réunis sous le même toit, au no 125 du boulevard du Prince-Eugène.”
Le vieillard n’hésita pas une demi - sosie.
— Prenez des hommes. Arrêtez leé suspects désignés; amenez-les dans la cour de la mairie aussitôt la nuit venue, joignez-les aux deux anciens sergents de ville et au deux Versaillais ai 1 attendent dans le poste.
— Et après ? demanda Bouvier à
— On les jugera.
— Et après ?
- On les exécutera.
— La femme aussi ? ;
— La femme aussi. e
-— Où cela?
— Dans la cour.
— J'y vais, citoyen. :
Bouvier prit quatre hommes et un lieutenant fédéré, cinq brutes à moitié ivres, mais
féroces, que les progrès de l’armée de Ver-
sailles affamaient de sang.
Le quartier de Charonne était hérissé de barricades. Le père-Lachaïse demeurait le suprême rempart de l'insurrection râlante et formidable encore dans les sursauts de son agonie. -
Arrêter des suspects ! . .. C'était la dernière
joie ! Ces hommes se dirigèrent en titubant jusqu'au No 115, précédés par, Bouvier, dont
le D out À le dm M D à D
les Btigues de ri journée alonrdissabent la
marche. :
Un frisson le remuait par énietat Puis une flamme soudaine pnpan à : son front, : il allait
Lee oi
Mme Péchu fat saisie. d’effroi en voyant entrés: les:fédérés dans une maison tranquille, où jamais encore personne n'avait été inquiété.
‘Elle sé répandit en exclamations. :
Bouvier la fit taire par une menace d’arres-
tation, et lui interdit de pousser un cri, de bou-
ger de sa loge, à la porte de sapelle, il plaça
. un fédéré.
Alors, il voulut monter: mais, au premier escalier, il trébucha sur la pierre. Qu'avaitil?... Unblouissement. +
Ce n'était pas naturél... Le souvenir lui revint de sa main touchée par la main dela concierge. . . laquelle’ avait-elle même aidé à monter Mme Carvès... Oh! oh!... serait-ce un symptôme ?...
FH s'appuya au mur, tout baigné d'une sueur
d’ angoisse.
1 —"Qu'avez-vous, ritoyen indie demanda
Je lieutenant fédéré.
= Je... Je ne sais... Je ne sais pas... un malaise. .. f | Le — Quoi, un malaise ?... la tête lourde ?
+ Qui.. ‘la tête... et puis une chaleur ! . ‘11 0e ne sera rien. Vous aurez prisün grog pas assez épicé, ça vous tourne sur le cœur. . — Non...je ne vois pas...je ne puis pas...
fè
sarde femm
| sième
femm
Carvi
saille:
2] at la
‘une lait
t ene; où
LTres- > bou-
plaça
mier av aitui reconmoné un sueur
anda
; ui
— Eh bien ! reposez-vous.
— J'ai un ordre.
— On peut pas le remplir, et ordre 2 ‘C’est du citoyen Bourgeal lui-mème.
— Oh !... alors, montons.
Bouvier fit encore un effort. Déciément, il.
voyait trouble. Pourquoi cette femme lavait-.
elle touché ?... Si elle lui avait inoculé le mal, pourtant?
— Montons-nous ?. . Montons-nous ps! a.
demanda le Haritasasé 4 — Vous êtes bien pressé. 548 —J ’ai soif, voilà.
=— Attendez un peu. (
— Je.suis de garde depuis. hier. j'en ai ag sez: Mon heure est passée mu Allons, citoyen.
secrétaire, montons.
Bouvier, déjà secoué par une BA folle,
venait soudainement de penser qu'il allait, en,
poursuivant sa mission, affronter la présence dangereuse et peut-être le contact mortel des infirmiers des varioleux.
Ses dents en claquèrent.
Sa lâcheté le cloua sur le palier...
— Allez tout seul au cinquième, trois man-
sardes sur le carré. Dans l’une une jeune:
femme, dans l’autre un boiteux; dans la troisième je ne sais qui : je n’ai besoin que de la femme et du boiteux. Voici l’ordre, pour Mme
| Carvès et M. Permet: . Connivence avec Ver- sailles.
no
C'était sans doute un des derniers jours de la défense.
Le lieutenant prit le papier signé ‘“Bourgeal” papier déjà froissé par la main du secrétaire, et que ses yeux troublés par'les libations réitérées ne daignèrent même pas consulter.
‘— Une femme. .. un boiteux... trois mansardes au cinquième, marmottait-il en' montant, tandis que Bouvier demeurait le dos à la
rampe, tout blémissant de peur. |
* Ses hommes le suivirent.
Au cinquième, il avisa la première porte et l’ouvrit aussitôt Sans frapper. |
‘Un homme à cheveux blancs, vêtu d’habits trop courts pour sa taille et dont la tonsure demeurait visible sur la tête. penchée, priait à genoux sur une petite chaise de paille en face d’un christ pendu au mur.
Le lieutenant parti d’un éclat de rire aviné. - — Un calotin!... Faut pas être malin pour deviner ça tout de suite. Oette racel.. .yena donc toujours ?... On les croyait tous partis... envolés... claquemurés à la Roquette. Malheur!. .. en voilà un, bien tranquille, à bondieuser dans son coin! Attends, va tu es pas sur la liste, mais ça ne fait rien...onte fera ta petite affaire tout de même.
:L'abbé Régnard, retournant la tête au bruit de la porte, comprenant à peine les paroles du misérable, se releva lentement: pour faire face à ce nouveau péril.
— Hé là ! dit l'officier fédéré, un homme à cette porte.
— Que me voulez-vous? demanda l'abbé,
— Peu de chose. T'arrêter, voilà tout, calo-. tin de mon cœur!... C'est toujours de bonne prise.
‘F mit un fédéré devant l'abbé pour l’empécher de fuir, ce dont le prêtre n'avait nulle envie. Echappé une fois à la mort grâce à Jacques, privé maintenant du secours de son jeune: ami, il ne se sentait ni la force, ni le désir de tenter une nouvelle lutte contre sa destinée.
Le lieutenant entra brutalement dans la 8e- | conde mansarde, où Geneviève surprise par le : bruit, l'attendait debout, calme, tellement prête à tout dans cette période horrible, que sans : comprendre même ce qu’on pouvait lui vouloir elle se résignait déjà.
— Ga, c'est la femme cherchée, Us à jo brin.
de femme ! grommela-t-il. Hé !.: 1 4 a otages et otages!.….. “
-— Que me voulez-vous ? dit Geneviève avec dignité. €
= Oh ! ma-poulette, je ne te veux rièn im tout, moi, personnellement; mais parait qüe’ le: citoyen Bourgeal te veut quelque chose puisqu'il m'envoie t'arrêter. x
-1Gteneviève devint pâle... pâle...
— Le citoyen oder eh ?
++ Lui-même., — Qu'ai-je fait ?