‹ La vente HamiltonChapitre 1 sur 4 · PARIS G. CHARPENTIER, ÉDITEUR · texte numérisé non relu

PARIS G. CHARPENTIER, ÉDITEUR

l3, RUE DE GRENELLE SAINT-GERMAIN

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— Cocher, à la gare du Nord.

Et le fiacre, contrairement à ses habitudes, file comme une flèche et me dépose dix minutes après sur le trottoir de la place Roubaix.

J'entre dans la salle; je vais au guichet prendre mon billet, un cahier à plusieurs feuillets.

— Tiens! Mannheim, Chevallier, Guénot, Michel, Bourgeois, font déjà enregistrer leurs bagages.

Nous partons tous pour Londres. C'est l'hôtel Drouot qui se met en wagon afin d'aller soutenir l'honneur du pavillon français à la vente Hamilton. Les uns chargés de commissions, d'autres avec de gros chèques dans leurs portefeuilles pour faire des achats, d'autres enfin, comme moi, non pour entrer dans l'arène, mais pour étudier de près, en simple spectateur, la physionomie des ventes anglaises.

L'heure du départ sonne bientôt.

— En voiture ! messieurs les voyageurs, en voiture !

Nous nous groupons tous ensemble. Nous parlerons de nos projets : le voyage sera ainsi moins long.

La locomotive glisse d'abord doucement sur les rails, puis sa vitesse s'accélère peu à peu. Saint-Denis, Creil et ses fabriques passent rapidement devant nous.

Amiens ! Quinze minutes d'arrêt ! Pas le temps d'aller voir la cathédrale gothique !

Abbeville! Une vision cachée dans la fumée. Elle est déjà loin. La voie court dans la charmante vallée de la Somme, et nous sentons l'air vivifiant du bord de la mer.

Voici Boulogne avec sa colonne de la grande armée qui s'élève à cent cinquante pieds de hauteur. Le train passe près de l'embouchure de la petite rivière de la Liane, s'arrête sur le quai encombré de pêcheuses en jupons courts et de marins lourds, nerveux et râblés autant que des sangliers.

Le paquebot V Alexandra est là qui nous attend dans le bassin, jetant en l'air des torrents de fumée. Nous retrouvons d'autres voyageurs, MM. Cernuschi, Sichel, Stettiner, Warneck, Beurdeley fils, Arnold Tripp, Eugène Lecomte et Gauchez, l'aimable et savant directeur de Y Art. Comme nous, ils vont au grand congrès anglais. Décidément la lutte sera chaude, car le continent envoie en Angleterre ses meilleures réserves.

L 'Alexandra se met en route. Sous les roues qui la frappent, l'eau jaillit en écume. La mer est forte et

LA VENTE 1IAMILTON.

houleuse, la cime des lames surmontée d'une crinière blanche, le ciel chargé de nuages. Tandis que nous mettons le ne^ dans la plume, comme disent les marins, chacun se prépare à la traversée. Quelques-uns s'assoient bravement près du timonier sur la dunette, la figure exposée aux âpres baisers de la brise, comme pour narguer le mal de mer. Plusieurs, n'osant affronter ce terrible compagnon de voyage, prêts au contraire à lui payer leur tribut, s'adressent au steward et se retirent prudemment dans une cabine.

Mais nous sommes en pleine mer. Rien n'y manque, roulis et tangage, embruns et coups de mer, parfums et trépidations de la machine. Ceux qui ont le pied marin se rient des malades : ils les engagent à demander au capitaine de faire installer des béquilles pour appuyer le navire.

Le cap Gris-ne^ se découpe à l'horizon, puis s'efface dans un lointain bleuâtre, tandis que se dessinent bientôt les falaises jaunâtres des côtes anglaises. Folkestone apparaît avec ses maisons grises et ternes.

Nous débarquons au milieu d'une haie de curieux. Il y a bien quelques visages un peu blêmes, mais en général on s'est bien comporté. Le cœur a été solide.

Les bagages doivent être visités à Londres; aussi sur le quai pas de douanier qui vous jette, comme en France, des regards d'amère défiance. Nous montons dans un wagon-salon que, par une délicate attention, l'un d'entre nous, très habitué à ce voyage sur la route du South-Eastern raihvay, a fait retenir pour la colonie française. Très confortables avec leurs délicates

attentions. Ce n'est pas comme à Londres où, si l'on a inventé le mot ivater-closets, on n'a guère créé la chose.

Le chef de gare fait sonnerie départ, 'et le mécanicien se dispense du strident coup de sifflet qui vous écorche d'ordinaire les oreilles. En peu de temps nous prenons notre allure : une vitesse de quinze lieues à l'heure. La route est monotone, peu de pittoresque. Des tunnels et de grands pâturages avec beaucoup de moutons et de bestiaux. Les Anglais ont, pour les céréales, le monde entier comme grenier; ils ne font que de la viande. Et Londres fait tuer par an 400000 boeufs et 2 millions de moutons pour se nourrir.

Voilà Ashford et les grands ateliers de la Compagnie du chemin de fer; Tunbrîdge, Penshurt au milieu d'un grand parc ; Edenbridge, Godstone, vus de loin — des mirages!

Le beau temps pour aller à Londres! c'est la saison! (season). Le parlement siège, Hyde-Park est resplendissant. Tous les théâtres attirent à eux les premiers acteurs du monde. La Royal Academy fait son exposition annuelle.

Bientôt apparaît Sydenhdm avec son immense palais de cristal. Les chaumières deviennent des cottages, les maisons se multiplient. Nous traversons un épais brouillard de charbon de terre. De tous côtés se lisent de grandes affiches aux couleurs violentes. Nous entrons dans le pays de la réclame, nous sommes à Londres! Saluez la ville qui compte plus d'Écossais qu'à Édim-

bourg, plus d'Irlandais qu'à Dublin, plus d'israélites qu'en Palestine, et plus de catholiques qu'à Rome.

Le train suit un haut viaduc qui traverse le faubourg des prolétaires, franchit la Tamise à London-Bridge, s'arrête à la station de Cannon-street, revient en arrière, traverse deux fois encore le fleuve, et nous conduit à la grande gare vitrée de Charing-Cross.

Chacun s'apprête à gagner son hôtel, car les goûts sont très divisés, et nous n'avons pu, pendant la route, nous mettre d'accord.

— Où descendez-vous, Messieurs?

— A Charing-Cross Hôtel.

— C'est un grand capharnaùm où l'on devient un numéro.

— Où allez-vous?

— A Royal Hôtel.

— C'est trop près des odeurs de la Cité.

— Et vous?

— Chez Mma Dieudonné, nous avons nos chambres préparées. Nous y retrouverons la Comédie-Française.

On hèle ies cabs et l'on se quitte :

Beivare the pick-pockets! Good byeï

Nous sommes déjà à moitié Anglais.

Le grand rendez-vous est pour le lendemain, troisième jour d'exposition des collections Hamilton, chez MM. Christie Mansonand Woods at their great rooms, King street, Saint- James square, tout près de la maison que Louis-Napoléon habitait avant la révolution de février.

\ 466. -- Vase de Chine « Mandarin » la paire vendue i5 6go Ir.) J*/J

La vente Hamilton, ce grand tournoi artistique, se divise en cinq parties. Trois jours d'exposition, mercredi, jeudi et vendredi; puis trois jours de vente, samedi, lundi et mardi. C'est l'usage de vendre les tableaux le samedi. Ne me demandez pas trop pourquoi. Pendant la journée du dimanche on laisse réfléchir les acheteurs pour reprendre la vente le lundi. Ce qu'il y a de plus précieux est toujours réservé pour la fin des vacations. Le degré d'enthousiasme 'est ainsi savamment ménagé.

Dès neuf heures, grande réunion aristocratique chez les célèbres auctioneers, dans Piccadilly. Autour de la porte se promènent, revêtues d'une sorte de chasuble, des affiches ambulantes. C'est une belle occasion de faire de la réclame devant cette foule qui aime les beaux-arts. Il ne faut rien négliger; je note au hasard quelques-unes de ces annonces portées par de pauvres diables :

Munkacsy.

Great picture Christ before Pilate at conduct slreel

{Régent street).

The Lion at home. — Chef-d'œuvre. — Rosa Bonheur.

Openfrom ten till six.

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