‹ La vente HamiltonChapitre 2 sur 4 · L. H. Lefevre's Gallery. /, King street · texte numérisé non relu

L. H. Lefevre's Gallery. /, King street

Saint-James.

Je passe sous silence : la Mare de Millet et les Convulsionnaires de Tanger par Delacroix, qui exhibent également leurs écriteaux. Il y a décidément une forte concurrence pour attraper quelques shillings au public.

Chez Christie, c'est une cohue. On se presse à s'étouffer dans les trois grandes salles de l'exposition. Il est bien difficile de voir à son aise. Promenons-nous ! — Laissant de côté, provisoirement, les objets d'art, je rcgarae autour de moi les visiteurs que me nomme un ami complaisant : la duchesse d'Edimbourg, lady Ashburton, le duc d'Albany, le comte et la comtesse de Roseberg, lady Charlotte Schreiber, le comte de Coventry; tous les Rothschild, de Vienne, de Francfort, de Paris et de Londres; le duc et la duchesse de Cleveland; Bohn, le vétéran des bibliophiles, âgé de quatre-vingt-six ans, et le richissime Christophe Beckett Denizon, qui doit faire de nombreux achats.

Quelques Anglaises, sans doute de l'aristocratie, très gracieuses et très bien mises, me paraissent des Parisiennes élégantes; mais que dire des autres, ladies rousses et misses blondes avec de grandes dents ou des toilettes du plus mauvais goût, des tailles qui descendent au talon pour rejoindre des pieds impossibles, aux chaussures invraisemblables. Ce sont celles-là seu-

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N°(jo3. — Casque en faïence de Nevers vendu 5 4(10 fr.).

lement, à la démarche dansante, que nous rencontrons à Paris se promenant de l'Opéra à la Madeleine. Nous n'avons qu'une fausse idée de l'Anglaise. Il y en a d'adorablement jolies, mais il faut venir à Londres pour les voir.

Les hommes ont une tenue correcte; s'ils viennent à l'Opéra chez nous, en veston et en petit chapeau, chez eux, ce sont des gentlemen d'une extrême élégance. Ils se condamnent à perpétuité à la redingote, et se tiennent raides avec une rose à la boutonnière.

Je demande le petit catalogue des trois premières journées, afin de pouvoir comparer l'objet avec la description — deux choses qui se regardent quelquefois avec étonnement.

— Price, one shilling.

— Et le grand catalogue illustré?

— Price, one guinea (26 fr. 5o).

Rien pour rien. — Décidément tout est profit ici, L'Anglais est un marchand, ne l'oublions pas.

N° 884. — Pendule à carillon (vendue 22 386 fr.).

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Les ventes anglaises ne ressemblent nullement aux nôtres. Elles sont libres, par conséquent pas surchargées de formalités et de difficultés comme en France. Ni crieur, ni commissaire-priseur, ni experts, ni enregistrement, ni bourse commune. Il n'y a qu'un courtier en objets d'art qui ouvre boutique, et n'étant pas un magistrat, agit dans sa liberté absolue, sans garantie et sans responsabilité. Le vendeur lui paie 7 1/2 pour 100 pour ses peines et soins; il ne reçoit rien de l'acheteur en sus du prix d'adjudication, mais cet entrepreneur a soin de se garer de tous les risques, par des conditions de paiement si bien stipulées à l'avance, qu'elles vont même jusqu'à mentionner un versement de cinq shillings par livre, sitôt l'adjudication prononcée, ou la totalité de l'achat, si tel est son bon plaisir.

Uauctioneer n'accepte que des enchères d'un shilling, et sur cinq livres ne laisse pas mettre moins de cinq shillings et ainsi de suite. Il se réserve la faculté de surenchérir, lui-même s'il ne trouve pas l'objet arrivé à son prix.

Bien entendu, l'authenticité des objets n'est point garantie, — c'est plus prudent, — vous avez tout le

temps de les examiner à l'exposition, de vous renseigner et de prendre un parti. Libre à vous de ne rien traiter. Si vous achetez et si vous le regrettez ensuite, tant pis pour vous. Aucune réclamation n'est possible.

C'est sur ces bases, en usage depuis longues années, que doit se faire la vente des collections qui nous occupent. Le moment est venu de dire quelques mots sur ceux qui les ont formées.

Ce n'étaient point de petits compagnons, comme disait Henri IV, ces Hamiltons issus d'une branche cadette des Leicester. Ils ont joué un rôle considérable dans l'histoire d'Angleterre. On pourrait refaire avec eux la tirade d'Hernani. L'un d'eux fut déclaré héritier présomptif du trône d'Ecosse à la mort de Jacques V. Un autre fut tué dans un duel célèbre en 17 12, à Hyde-Park, par lord Mohun, qui resta également sur le pré. Un autre fut fait prisonnier par Cromwell à la bataille de Worcester. Un autre resta longtemps l'ami du duc de Grammont. Le père du duc actuel, mort après souper dans un cabinet de la Maison d'or, avait épousé la fille de Stéphanie de Beauharnais.

Le lord, qui chambarde en ce moment toute sa collection, comme a écrit Albert Wolff, fut Parisien pendant quelque temps. Avant 1870,1e turf l'absorbait : il ne vivait que pour les chevaux. Depuis, il est retourné en Angleterre, ne faisant plus que de courtes apparitions chez nous. La vie politique l'absorbait.

Maintenant le duc Hamilton veut, pour exploiter des mines de charbon, démeubler d'abord le vieux manoir de ses pères, une masse imposante de granit,

\ 919. — Casque en faïence de Rouen (vendu 3 <.P-> fr.l.

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tout près de Glascow, à deux pas de ce vieux château de Chàtellerault, qui a fourni à Walter Scott le sujet d'une de ses ballades. Le dernier de la race le fera raser ensuite sans doute, car il parait préférer aux richesses artistiques, qui ne rapportent rien, les richesses minérales, qui peuvent rapporter beaucoup. Auri sacra famés. Mais il a dû demander une loi à la Chambre des lords pour pouvoir aliéner son majorât, et se séparer de ses collections, qui faisaient de lui un grand seigneur, tenant une place considérable dans la curiosité, comme sir Richard Wallace et le duc d'Aumale. Il ira jusqu'au bout, et quand on aura commencé à creuser le sol, il fera transporter dans son île d'Arran le mausolée de ses ancêtres, qui peut rivaliser de richesse avec celui érigé par la reine Victoria à Windsor.

La collection est estimée à un million de livres sterling (25 millions de francs), en y comprenant les tableaux, objets d'art, et les deux bibliothèques : Hamilton library et Beckford library, cette dernière formée par William Beckford, le bisaïeul du lord actuel, dont la fille unique, en épousant le duc Hamilton, a fait entrer ses richesses dans la maison de Douglas.

Tout ne doit pas être vendu cependant; quelques souvenirs seront respectés : le portrait du premier duc par van Dyck ; le berceau de la reine Elisabeth, et la bague d'or et de saphirs que l'infortunée Marie Stuart envoya, la veille de son exécution, au duc d'Hamilton, qui avait été, pendant sa minorité, régent du royaume d'Ecosse.

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