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La Venus d'Arles

Dans la première visite que je fis h votre noble cité de Yienoe, aujourd'hui si dépouillée de ses vieilles splendeurs, vous me f&tes obligeans cl hospitaliers. Depuis lors, mes relations avec Taotique métropole de TA llobrogte sont devenues fréquentes, et toujours je vous ai trouvés les mêmes à

Voici, sur nos provinces mdndiouales , quelques pa^es d'amateur, d*aniiqaaire, d'artiste et de poëte, saturées de contes el de légendes, et Lrûlantes de contenip(»'aaëité«

La poésie pare, le style lapiclaîi c de t'archébtogue , la période sérieuse et pourtant enperficiello du narrateur bénévole > rien de tout cela ne règne eiclusivcment dans ce' qae YOas ailes fire; mais il y a un pen de tout ce que je viens de nommer mêlé et fondu ensemible comme les cent et quelques drogues qui coroposeot la tliériaque ou la confection de hyacinthe des apothicaires.

Men livre, helles et douces lectrices, c*est un je ne sais quoi de havard , de vagabouH et d^aventureux, o& le principal est souvent sacrifié ii Taccessoire, qui cause de tout et de rien, qui vous plaira pent-étre par la bonhomie du style, la franchise des détails , et souvent encore par quelque chose d tndecis, rcssembluiil assez Lieu au clair-obscur et an denti'jour de vos boudoirs.

Adoime à une vie dissipée , peu soucieuse , paresseux par go4t, ne lisant rien, pas même des journaux, n'étant,

pat' consdqueul pas homme à m'enferuicr deux lietires dans un cabinet, ne craignez pas qu'il y ait trop de science dans ces volumes.

Vous y rencontrerez un roman bien court, au milieu des inscriptions latines et des ruines du moyen-âge t rouan bixarfet éeeit en courant, dans une diligence , roman antique de couleur, et tout actuel d'action, qui, je crois, tous intéressera beaucoup.

' Mais afin que tos grands yeux noirs, belles et douces lectrices, s*abaissent sur tous les chapitres de ces deux volumes; afin que Tolre front blanc, baisé par dHndicibles boudes de cheveux, fasse ombre sur toutes les lignes de cet ouvrage; afin que votre haleine en parfume tontes les pages, je ne vous dis pas d*avance où se trouve le roman. Il est quelque part, il est noyé dans ce singulier écrit que j'intitule la Venvs d Arles , parce que c'est un lîlre comme un autre , el cju il a 1 avantage de présenter une idée suave , fraîche et caressante, en un mol une figure de vierge. Je dois pourtant vous prévenir que la scène ne se passe pas a Arles, cette vieille capitale du royaume de Bourgogne. —

Jja Venvs d'Arles, qu'eu pensez-vous? — Mais elle

sera voilée de lio; mais elle aura une âme de feu, une peau d'albâtre et des lèvres de rose; mais elle aura sur sa tcte toutes les fleurs odorantes du midi.

Je le répèle, belles et douces lectrices» il vous faudra . parcourir et feuilleter ces deux volumes pour y trouver ce que vous demandez toujours ii un livre, une action de sentiment et d*amonr. J*aime ^ me préoccuper de la pensée que vous ne vous plaindrez pas d*arriver trop tard au but.

Et vous, hommes de science et d'e'tudes qui cherchez tout d abord du positif dans iiu ouvrage , je vous dois compte de mes idées sur l archilecture religieuse et mili-

Uire du moyen-âge, et des nots à l'aide desquels j'en caractérise les diverses as^thodes.

ye«iU«s «bac lire la lettre faîtante; c'est U copie de celle qoe j^adreisai , U y a mi mob, k MM. de rAcadtfoiîe des loscripliom et Belles-^lettres (a) : • •

. « Depuis long-teaipsi les antiquaires s*«ccordeut li répons-' ser comiee aiot espriasant une conlre*Térilé, la dénominatioA de g9t6ique^ employée pour désigner l'arcbitccture religieuse et civile dujnoyen^lge. Ce mot a été prononcé, pour la première lois, ^daûi le xri"»* sièele, par les hommes de la renaissance, coasme synonyme de à«»^6«rv. Qé* tait un sobrîqnetlnvenié par eus pour jeter de la défereur su» les monumens de l'école nationale , par rapport aux lignes grecques qiu reprtuaienl leur ancienue JicUture.

«En archéologie, les mots soutd uot; haute impoi tauce : il faut qu ils soient précis, qu'ils représentent une idée bien fixe, bien arrêtée ; alors ils simplilieol la science, et donnent de Tunité à son langage.

tt II n'y a, en arcliîtecture, que trois tvpes connus • 1" le système égyptien; 2* le style grec, dont la facture romaine n'est que le reflet varié par les mœurs latines; 3» la fabrique ogive ou type aigu du xiii"": siècle , dont la France est le berceau, et dont elle renferme les plus parfaits modèles, tels que Notre-Dame d'Amiens» Saint-Remi de Rheims, .Saial-£tienne de Bourges» et Notre-Dame de Rouen.

« Oui, sans doute, ce troisième type est le produit de Tesprit franc modifié par le Gbrisl* G*est la France qui Ta offert AUX générations tudesques, à tous les peuples du nord, et le nord Ta accepté, à cause de ses sympathies de

(a) 1 *Airi<firtn a Inmi vmda tùrê adnMtr à rantcv d'hoaordte fetnercimriu fw M. It bwwi Sav«Mie 4» Siey, 9mMn pcrp«twl. (imst te mai i8U >

ulceurs, de climat et d'origine 11 esl certain que l'idée franqne, avant d'avoir confui. an seîn des croisades, son grand système indigène, et de l'avoir conduit a sa maturité) au retour de ces lointaines expédilions qui impri* mèrent au génie oationat une si profonde impulsion: il est certain t dis-je, que Tidée Iraaque te traduisit, dans lei temps vobios de la conquête , par des ammiiciis smgenem, d'une coolenr native qui n*enipnmU rien aux traditions heUéno-foniaiiMa. M albenreiMefflenl ces édifices ménmn^ gienSf coDstrnlts en bois^ «i*oflt point survécu aui diverees révolntions éa nuiycn*âg«, «t nom ne pontons pas apprécier le sentiment primittf de l*art che> nos ancêtres. L^arcbitcctnra linnçaùe commence au zAï^* siède.

« J'arais» depuis long-temps, désigné sous le nom d*€V^' tecturg emthaiifm lnd%éfie, le magnifique système de Tare aigu, contemporain de mlnf Lonis (a) ; mais cette déoomÎT nation manquait de brièveté , et de cette précision qui burine une pensée. Un architecte de Lyon , qui connaît admirableiuent l art du moven-âgc par étude et par application , et qui û restauré, par des soudures merTcilleusèment harmonisées avec le style généra! dp ces édifices, deux églises d'une haule Jinjiortance, dont s'enorgueillit la seconde cité du royaume, m'a conseillé de clianger ma dénomination verbeuse en celle d ai chitecture christofrançaisc , qui lui appartient. J'ai adopté de grand cœur te mot de mon docte ami ; seulement je l'ai converti en celui de christo-fnmk , qui, peut-être , est plus tranché et plus décisif encore.

« Afin de caraolécisar conrenablement lesmooumens du moyen-âge t je propose ans sarans de donner cours doré-

(a) La pensée mytlérîetiM et infinie de c« tcmp» l'élança plus vâstc et pliu sublime (|n>' i.imais vers le ciel. Tout, dans la aocirté, |iritdilt CnnBMWgMit MifiOftf hab41«iueiu, écriture, meubles, ècus, armoiries, etc.

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MTnt,:et de monnayer, pour ainsi dire, les df^signaiioM •mvantes, corr^poni&iit à deax dassts bien d^rmiorfei i

u laonncma cmi«fo-«oiui»« . II. JiMafTicmi mmwKQ^wnêmm»

« La première de ces dcnominalioni appartient à MAI. de La Mennaîs et de Montalembert» et ne saurait être remplacée , tant elle est juste* La seconde esl TartUte de cboîa dont j'ai parité, pour la plus grande partie» et k moi pour U |ilus faible. Du reste , noua avions tous le^i deux vuj compris et senti de mémo. Cfï mot de ehrisio* Jrank est d*oné baute port^ morale : il nationalise une des pins. sublimiss conceptions cbrétiennes. .Pourquoi vlU rîQiis-nous pas cbercber le patriotisme français partout où il se trouve > dans les mœurs, dans le culte, dans les costumes cbevaleresques , dans les exploits, dans les cloîtres, dans les traditions, dans les monumens religieux et Civils ? A l'ordre christo-roman se rattachent les sui>tliv«sioDS de style lombard (corruption du système grec) , de style roman (quasi-roiuam, corruption du système latitO, de style .byzantin , nommd aussi carloviugicn (labnque grecque du Bas-Empire), lequel n'est qu'un roman ëpurJ ou le retour du ploin-cintre et des protiis aux lignes ioniques , et régna en Frapce dans le xi*"* et le xil"*" siècle , plus ou moins. <analogue à l'un de ses types ^ Saint- Vital de Ravenne.

« Ainsi 1^ abstraction faite de ces nuances locales (a}, tou*

(a) lcitsyl«iii>dalKitaitéeffMé»IoBrd» gvoMior» lÀ»sfe1te» élégwMt n «et

endroit la colonnr-ue farrt'e, massive; en cet autre, robuste, fi-niie , mais f ylîii. ciriqae et aoble : ici «iicore, l'arc nu et s«e i là, l'arc orné en archivolte, et s'«^« payant mt d«i inpoMM ^achiises. Tout cala , selon le goût locsl . lei reUttioM pin* «a OMiIttl dÎTMles uraela LotnbaHie, la ciriliaation {ilus ou moins avanct^e dcg pwffiBOa , lews ■MHita , leur ^fiélùam téOfraplUipie dan» le nard o» dan» le aiidl*

jours deterniini-es par le goût parlicuUer , les reltliont et le voisinage des peuples» nuances qui ne peuvent éire senties que par Vnàl exercé de 1 artiste; tous les moBumens, depuis let premiers temps cUvétieiis jusqu'à le fin da xii»* siècle , constitoent rercliilecture christo^ romane^ c'eU-à-dire la tradition romiûne modifiée par le Christ.

« Les édifiées élevés dan$ la période qui sépare la fin du siède de la renaissance , composent Tarclil*

teclare daisto-franke , c^est-à^dire le génie franc, im* pressionné par le Christianisme. Cette classe renferme

la subdivision de style néo-ogîve (a) ou système riche du XV""- siècle. 11 y a des hommes organises pour comprendre vivement toute la pense'e artistique de nos pères , qui préfèrent dans le christo - frank sa période riche^ que l'on continue à nommer Jleuriey bien qu'elle n'ait employé que des têtes de chou et des feuilles. Je ne suis pas de leur avis. La pureté' et le bon g;oûi ont duré peu dans celte modification de l'art , et jc ne connais que St.*Nisier de Lyon qui esiprlme réellement la bonne et trop courte époque du chnsUh-frank orné* £n général aussi > les monumens de celte catégorie ont été conçus sur une échelle médiocre. Dans ce même âge , rart passa vite de cette direction de la labriqne rkhe , dans le numiéréy Tafféterie» le bâtard, la fioriture, et enfin la dégradation devenue d^k complète aux dernières limites du xv** nède. Et puis je préfère la vaste, sévère et majestueuse ordonnance des lignes du ziii** siècle, plus grave, plus nue, il est vnd« mais plus mystérieuse et Infiniment plus propre k jeter dans Tame des idées de grandiose.

(a) J'appallt ainsi l'oghw apkiU««rofiTe cb S qa« les AnfUis om uat aiiBeé.

Digitizea by <jOO^it:

« Entre les deux ordres christo-roman et chrisio^rank , sont les transilioiM. A la fin du siècle « on Tc^t

]'o|pre marier m svelte et fatrdie tlmetnre aux arcs écrasas et rWÊiftm du plein-cintre; et dent les premicrt ans du Togive abaiiaée^ corrompue, avec son

eninunige de lignes 0nniboyantes et capricieosesy vient exiiirer k eèté des profib encore mal afl^mîs de la renaissance italienne.

tt Le style chrislo-frank , le seul qui convienne à notre culte (a), le seul qui anéantisse Thomme dans le temple, en présence du divin Maître qu'on y adore, le seul qui jette le creiir dans tous les pressentimens les plus mystiques d'infiin , de tendresse et de cclestes initiations, ce stvic calliolique indigène, fils du xiir"« siècle , n'ayant rien emprunté aux lignes romaines, non plus qu'au sentiment sarrasin, forme le troisième type d'architecture connu. Ce type auguste , la France a la gloire de l'avoir créé, et aucun peuple ne peut la lui disputer (b).

(a) Vold an rapprodiMiiMit qoi n'a jaoïais été fait «ntr* la cathoUeime «I l'art

qui est la partie matéi ielle et symbolique de son culte i

Les églises 1 d'abord souterraines an temps des martyrs, s'éièrent ensolte aa-dessos dtt sol humbles, basses et fra^les, parce qae le christianistne nais» •uni alteît pu «mom one pnissanca sodab» imia «n «asti d'émancipation unirerselle, parce que les néophyte étaient encore ano minorité. Prog^rcssive. ment, dès la tu* siàcle, le pleio'cintre roman grandit, et parvint i la porclé da» «Mi bjxmtia») «^atc qu'abc» la christiMiîflM avait gagné mi inmanae t«r* Dana la sut* eClesiv* alida, le style cmutO'Vbaiix jeta josqne dans laa nues ses mapnîfîqTiPS rt sévères perspectives ogîviques , car les idées catbriliqties étaient k leur apogée , dans la société franque. OauA le xv'' et la zvi" siècle, le* cray—ew pUiivaN;» al Part fadasemdii a« pMafdntre. Bain, dé noa joui,

où le catholicisme a perdu de son îiiflucncc sur les masses , et ne l*a gardée que snr des âmes da cboix « tu» églises sont redereBoas exigoës , terrestres et panTres,

(s) Ce qu'il y a da bon à la catbédrala ds Milan, est l'œnTra d'on français et d'un HUemand fotné à l*«col« franqne ; la nala da ott édifice n'an qu'an ampki* foari«

— xw —

u tNoble et beau pays que noire France» où t.iut de merveilles d'arlSj *lc hravonre. de Invîmtc, de ut-nie onl été faites! Mettons donc noire patriolisme dans trois clioses : la première, à demander et à maintenir la liberté générale et le» progrès sociauiii la seconde, à repousser rétrangttr â» «m portet, ai jaoïaia il otail tij montrer t la troisiime» m oamenrer notre cnlte catiioUqae et lea flaonnmeiis par lesquels nos ateiiz respHÉièrent. Ces monomens y c'est la France; ees monawepSj ils parlent et graduent notre passé. Elles sont bien an Christ et k noas» ces vieilles iMsiliqiies peuplent notre patrie» ces églises sombres et hantes, o& tont on cours de morale et d'histoire était écrit , pbar le peuple, en tableaux ti'aosparensi en figures, en asonogrammes et en statoes* Honte ma. hommes qui les méprisent ou les mutilent f honte aux traitans qui les vendent! honte aux architectes encore fidèles aux traditions artistiques du icuips de Loins XV, qui les souillent! honte à ceux qui vont jetant des lignes roniaiaes sur des églises cfiristo-^/rankes ^ comme on l'a fait à Saint-Pierre de (ienèvc; car là un péryslile grec est plaquf' mr \m temple on trois siècles antérieurs au xv!™*" ont écrit leur nom ! ! ! Malgré les n-volulions et la bande noire , la terre salique est encore la plus riche du monde en monumens de tous genres. Qu'ils soient donc dessinés dans toutes nos provinces, et décrils avec ce style tiède et poétique qui colore et vivifie, qui donne une pensée à la pierre, el de l'avenir à des débris ! »

LA

VENVS D'ARLES.

LA JSEUVAIjNE.

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