‹ La Venus d'ArlesChapitre 2 sur 41 · LA NEU VAINE · texte numérisé non relu

LA NEU VAINE

ans

AFFUCTOATIC.

ous voici dans le vieux LyGDVNVHy dont j'abandonne volontiers la racine gauloise aux froides recherches des étymologistes. La voilà

* Ce chapitre est de fraiche date. Il remplace une iVoufelle extraite de la \EKva, et publiée isolément, dam le meû de juin, chex L* Babeul, k Paris et k Lyon.

LA VETtrS D'ABLBS

bien, cette vaste et noble cité de Lyon que fonda y quarante ans avant J.-C.^ le consul Lvcivs MvNATivs Flamcvs. C'est la ville des contrastes moraux et matériels, la ville de France la pins pittoresque et la plus étouffée, la plus salubre et la plus humide, la ville du soleil et la ville des ténèbres , la ville où la prose coudoie la poésie, où la colline, coiffée de délicieux ombrages et enlreniélée d'habitations aériennes, domine la rue noire, étroite et fanf»euse; la ville la plus élancée et la plus accroupie, celle où le débris latin embrasse le plein-cintre christo-roman et Togive christofraiike , où Teclioppe se montre à côté du palais, le xv'' et le xvi*" siècle en regard du xix'; où une population d'ouvriers heurte un peuple crartistes et de gens de goût , où la piété et rinditlérence religieuse, la chai i té et la sécheresse de cœur, la misère et l'opulence, Fhospitalité et l'égoïsme, le trafic et l'étude hai)itent sous le même toit et se rencontrent sans se régarder du coin de l'oeil.

A Lyon , vous pouvez tout étudier, le tumulte des rues, les rumeurs de l'atelier, la borne de la place publique et le salon , la fraîche vallée et le roc abrupt , la science des li-

JUA VSNVS d'ahles 7

vres , la société élégante et la société travail* leuse^ les monumcas de tous les àges> Vim* primerie typographique et l'impressioa sur étoffes , les cérémonies du culte catholique

dans leur plus large expression^ et la fabrique de chapeaux. Toutes les époques de Thistoire de Lyon sont encore écrites sur les pierres de ses édifices en solides documens^ depuis Taqueduc de Saint-Irénée jusqu'à cette belle statue équestre de Louis XIY , la plus magnifique qu ait créée Lemot^ et qui remplace, sur la place Belleoour, Tancienne statue renversée pendant la révolution de 1793 : iniqvis TKMPORXBvs DisiECTAjn, dit i ioscriptioD.

Mais ce n'est,pas quand tonne le canon de Tordre public^ ce n'est pas quand le drapeau noir flotte sur la flèche de St.-Nizier, quand le tocsin, à la déchirante et funèbre psalmodie, tinte soui demoiil dans l'air comme le râle d'un peuple mourant, ou retentit éclatant et sec comme la voix rauque d*une guerre civile; ce n'est pas quand loulc le lalal tombereau chargé de cadavres^ à la lueur de l'incendie, au bruit des habitations qui craquent et tombent; quanti les églises sont prises d'assaut et deviennent autant de théàti^es de carnage;

LÀ V£MVâ D AHLES

quand lesdragonSy ]e sabre au poing, bivouaquent sur les quais; quand un silence de mort, troublé seulement par l'explosion des pétards et les cris des malheureux qu'on égorge, règne dans les rues ; — ce n esl pas alors, non ce n'est pas alors qu'il faut visiter la grande cité lyonnaise.

Hélas ! que c'était chose pénible à voir, que Lyon^ au lendemain de ses désastres de six jours ! Le canon avait cessé de gronder, les feux de la mousquelerie s'éteignaieiiL dans le sang des derniers insurgés du &ubourg de Vaise Mais la brutalité mili-

taire partout^ partout des devantures et des vitrages en poudre, partout des larmes, des sanglots , de la fumée et des décombres, partout une population devenue hâve et blafarde par six jours de prison et d*angoisses , regardaui , l'œil fixe et terne, loiiLcs ces ruines, tout ce peuple de frères rajustant, sur le pavé , les lambeaux de vétemens arrachés aux flammes. Ali ! malheureux pays, (juc cette plaie soit donc la dernière de tes plaies I l u t'es relevé après Tincendie de l'an LX , après les dévastations des barbares ; tu as reconstruit tes maisons brisées durant ton mémorable

LA YEMVS D AaL£S 9

siège j tu as cicatrisé tes blessures de novem-

bi e 1831 ... . ïu répareras encore tes pertes . d'avril 1834^ car Dieu et Notre-Dame-de- Fourviéres veillent sur toi^ parce que tu es la ville catholique de France par excellence, parce que tu es la ville des maurtyrs, parée que tu es la Romb des Gavlbs(a). Mais, au moins, ne te jette plus le premier dans la mêlée des luttes civiles, ne va plas risquer tant de fortune et d'avenir; peuple de finères, ne va plus compromettre tes frères, et sache enfin que tu as des familles, des foyers , un culte, des intérêts, des affections qu'il ne faut pas jouer au jeu féroce des balles et des

boulets

Sans parler de tous ces souvenirs qui s'attachent au temps où le sang des néophytes fécondait le sol lyonnais, et où le bourreau païen allait frapper ses victimes chrétiennes

(a) C*esl ainsi que je I ai nommée dans plusieurs écrits sur Lyon : cette qualification elait vraie, el le nom est reste. (>onime siège prima liai, comme centre d action ecclesiasliquc , comme cîtéoù le culte catholique est le mieux senti et le plus noblement exprimé» comme foyer de croyances vivaces et de pratiqoes religieuses, comme terre arrosée jadis du sang des marlyrs et des confesseurs , Lyon est évidemment , après Home, la première ville du monde : altéra orbis roma.

10 &A YIITYS D'ABIiSfl

dans les cryptes et les âichots, que de choses actuelles retiennent à Lyon Thomme avide

d'apprendre et d'observer ! Voilà cette magnifique école de dessin où 400 élèves sont instruits gratuitement chaque année ; voilà deux bibiiotiièques publiques^ l'une immense collection destinée aux savans, l'autre choix spécial à l'usage des artistes. Voilà ce musée des antiques si riche en débris romains^ et cette galerie de tableaux, où l'école lyonnaise a déposé ses chefs-d'œuvre à côté de phisîeurs peintures de maîtres , tels qu un Paul et un Càgliari Véronése, un Pietro Perugino, un Guide, un Carrache et un Rubens. Il y a en ce pays^ où la tradilion latine est demeurée vivante 9 parce qu'il est éloigné du premier théâtre de la conquête franque, un sentiment populaire des beaux-arts qui étonne dans une ville où les boutiquiers et les commerçans forment une incontcsiable majorité. Je vous délie de me montrer , à Lyon, un seul monument public 9 excepté rhôtel-de-villc (x) , (jui n'ollre pas sur son arcliiU ave ou son entabie-

(a) La lettre oDciale eût ete' déplacée à rh6tel-de*vtUe* C'est une indication qu'on lit au-dessus de la porte , et non pas une inscription.

LA TBNT8 D'ABLBS 11

ment , la lettre onciale dans toute sa pureté.

Au fioiU d'un corps-de-(jarde , bàli récemment près du pont Tilsitt^ on Ut ainsi orthoraphiée la devise :

LlUtUTE . ORDUE . PVBLIC

11 n'y a pas jusqu'à une petite lame de cuivre

placée au palais des Arts^ sous le cordon d'une sonnette^ qui iic contienne ^ en caractères lapidaires, l'indication suivante :

GONCIBRGB.

Page 1