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leuvrine qui rasait les Espap^nols; plus un clocher pyramidal , celui de Notre-Dame-des- Accoules (de las Accoas), et enfin Véglise de Tanciennc abbaye de Saint-Victor, dont nous parlerons plus bas. Intrà muros, des rues magnifiques, des boulevarts, des fontaines simples et nobles, une entre autres dédiée à Oy-xpo-^ , avec celle patriotique et sublime inscription : Les descendons des Phocéens à Homère. Voilà ce qui a remplacé les trois âges de Marseille. Extrà muras, tout ce monde matériel de ville, connues sous le nom populaire de bastideSi ou le mûrier lucratif supplée le laurier-rose de TEurotas , où la jalousie verte et la terrasse blanche ont succédé au gracieux attique et à la fraîche colonnade de la villa grecque. Voilà, oui voilà tout ce ([ui a remplacé les pompes monumentales de cette colonie phocéenne, où se parlèrent les deux langues les plus accentuées, les plus harmonieuses et les plus poétiques de la terre, le grec et le latin. . 11 faudrait avoir la portée d esprit d un Béotien, être décidément homme de goût comme un perruquier de province, castra.t comme un en^nt de chœur de Saint-Jean-dc-Latran , ou féroce comme un pandoure, pour ne pas con-
LA TBNTS d'Arles
venir que la Marëcille moderne est une des plus magnifiques villes du monde^ malgré son extrême pénurie de monumens. Ici , les rues remplacent les palais et les basiliques ; mais chaque maison composant ces rues est si belle, si remarquable par sa distribution, Télégance de sa façade, par ses portes extërieuies de racines de noyer vernies et frottées comme les consoles de citronnier de nos salons « ornées de ferrures de cuivre dans le ^^out flamand; chacune de ces maisons prise isolément paraît si commode , si brillante, avec son vestibule pavé de marbres en mosaïques , son escalier , ses persiennes blanches, ses fenêtres panachées de fleurs et de charmantes draperies, qu'on oublie presque qu'il y a autre chose à deman<* der à une ville que des habitations particulières.
£n effet , ce qui caractérise une (grande et
importante cité, c'est un mélange de superbes rues^ de vastes places^ d'édifices qui surgissent plus hauts et plus fiers que tout le reste , de choses franques, de choses actuelles, de clioses du temps de Louis XIY, de choses contemporaines d'Auguste et de Trajan.
Marseille^ c'est une ville du nord pour la
LA rmvTB d'ahlbs
propreté des liabi talions^ c'est Bruxelles avec des rues plus alignées et des maisons méridionales , dans lesquelles les marbres sont semés avec profusion. Partout tles trottoirs plus larges et plus commodes que ceux de Londres et de Paris, bien (\u\\s ne soient pas revêtus comme les premiers de pierres de W'arvviek , ni comme les seconds de lave d'Auvergne (a) ^ mais tout simplement de larges briques trèsarliblement disposées partout des boutiques et des magasins étincelans. A commencer par Tentrée de la ville du côté d* Ai% , hâtez-vous de franchir cette porlc à triph arcade, ou arc de triomphe (véritable caricature de celui d'Orange)^ qui ouvre Marseille, et regardez !
regardez cette rue verdoyante qu'on nomme le Cours. C'est le boulevart de Gand avec une immense ligne droite , deux rangs d'arbres , une profusion de rayons solaires, des cris harmonieux de plus, et avec des faquins en coupés armoriés, des fiacres, des laquais, des
(a) Le comte (le Cliabrol»eo Auvergnat patriote, fil Irausporter ^ Paris d'énormes blocs de lave , et les fil sculpter en statues. T. a porosité <le la lave a rendu moins salisfaisanl qu'on ne le pensait Teasai de Thonorable ancien jirefet de la S^ioe.
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filous et de la boue de moins. A T extrémité de la rue de Rome, qui n^est que la continuation (lu Coiirs^ s'élève un fort bel obélisque en marbre blanc. Tout cela ibrme une rue longue d'une lieue , fermée par deux monumens en regard, dont l'un, quoique lourd, plaît encore à l'œil, et dont l'autre surgit noble, simple et élancé comme ces aiguilles de granit qui peuplaient le Céramique d'Athènes.
Que le Cours de Marseille est préférable aux boulevarts de Paris ! Presque aussi large que la grande avenue des Champs-Elisëes, il offre une immense commodité, des bancs, beaucoup d'ombre et de lumière^ une retraite sûre et inaccessible aux chariots et aux portefaix. Tout r espace sablé compris entre les ranf^s d'arbres est destiné aux piétons, infanterie bourgeoise ^ presque toute composée , ici , de promeneurs bénévoles et non pas d'escrocs, de banqueroutiers en frac rapé^ en parapluie et en riflard retapé^ comme celle qui tourbillonne dans les rues de Paris. 11 est prescrit d'ailleurs aux voitures et aux crocheteurs chargés, de longer les maisons. Et puis cette vie qui est là, tout autour de vous, cette vie de voluptés, cette vie presque tout orientale,
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moiuâ agitée , moi us tumultueuse , moins écumante que celle de la capitale , mais plus
vive, plus sympathique, plus franche et plus gaie.
Des marchandes d'oranges de Malte et de
Majorque, de grenades, de limons, de figues violettes, de limonade, olTreut sous k's abris du Cours des rafraichissemens agréables et peu coûteux aux passans. Vous avez là une promenade fraîche , arrosée plusieurs loih dans le jour, et sous vos yeux tout le mouvement et toute la circulation d'une riche cité , sans que ce mouvement nuise le moins du monde à votre rêverie locomotive , sans qu une voix de cocher, insolente et aigre, vous crie: détourne.
Quand les arbres finissent, un autre spectacle commence, c est celui du port que vous apercevez à Textrémité de la rue de la Cannebière tellement large et vaste, qu elle ressemble à la fois à une place oblongue et à un élégant bazar, et que toutes les maisons y seraient prises pour des palais, si elles n"uvaient pas des boutiques à leur rez-de-chaussée. En voyant cette Gannebière, ce Cours , cette place qui forme le point de joncLion du
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Cours avec la rue de Home ^ tout ce T de ma/j^nifiques choses, avec le port pour base, le poil liurisst' de, iimircs suédois, américains , danois , lioikiudais , é.^^\ [)liens, maltais, de bricks, de trois-mâts^ d'humbles tartanes; le port où il fait si chaud , quand on patine à Paris, le port avec le dais sublime d'un ciel vif et pur; en contemplant tout cela, on s'aperçoit aisément qu'on n'est pas loin de Livourne et de l'Italie.
C'est en poète et non pas en armateur ou en courtier de noiissement qu'il faut visiter le port de Marseille; ce n'est pas là qu'il faut 8on(yer aux. vers de cargaison, à la littérature de frets et d'arrivages , comme celle du Sé^ maphore, Refjardez la mer calme et bleue comme le ciel, regardez ces forêts de mâts, ces hommes de tous climats , parlant tant de langues diverses; ces costumes variés et bizarres, ces goiuioiiers qui vous olFrcnt une promenade au large ; entendez tout ce tumulte d'afi&ires^ la guitare, les castagnettes, la cantilène de Naples , la valse autrichienne, le boléro de Catalogne, la tarenlèle : encadrez ce tableau dans trois quais sur lesquels on se promène le pied sec , durant neuf mois de
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1 année; ajoutez à Textrennlé de l'un, le fort Saint-Jean , au*dessus de Tautre si sulfureux, et 81 vitriolique, le mont gris et chargé de lavande, de Notre-Damc-de-Ia-Garde , protectrice des matelots y et dites- moi si vous pourrez encore lire des romans maritimes. Les quais suivent la flexion du port: celui de droite ( uelui du centre qui fait iàce à la rade» vers la Cannebière^ sont fort beaux ; vous y remarquerez un hôtel -de -ville exigu pour Marseille, et le magasin de liuspinî, le Martinet du lieu.
Voici à peu prés tout ce qu'un observateur doit visiter à Marseille. D'abord, il n'oubliera pas la promenade au large, vers le soir; il ira respirer la brise marine an sein de cette rade si calme et si pure. Pendant que le batelier ^ courbé sur son aviron , fredonnera quelque romanzetto du Midi, il entendra avec délices tout ce bruit mélancolique de voix qui s'échappent des navires en quarantaine 9 le canon de la patache qui sonne le couvre-feu des casernes , la cloche des églises, celle de la consigne , celle du quart à bord des vaisseaux.
En passant lentement i travers les biti-
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mens de Mahon et de Cadix , qai déchargent kurs oranges et les pipes de vin de Madère ,
il examinera tout, ce niouvement du port, toutes ces frêles embarcations qui le sillonnent avec leurs flottans pavillons , leurs coussins à ([uatlrilles roses cL blancs, et leur cargaison de jolies femmes et de curieux. 11 verra à l'extréniité du bassin, sur la rive droite, les marchandes de poissons à la parole accentuée y de vieux pécheurs au teint brun, fumaut leur pipe en regardant cette mer dont ils regrettent les périls ; la masse compacte de cet antique quartier de Saint-Jean et de la Tourette , sorte de Vendée monarchique et religieuse , demeurée immobile avec ses mœurs du moyenâge. Puis le but ne manquera pas à ces courses si douces et si poétiques \ il ira voir pêcher le thon aux Madragues, se reposer au Château- Vert , ou bien il marchera droit au large vers la longue et trisie file des vaisseaux en quarantaine dans le port de Friouly avec la peste, la fièvre jaune ou le clioléra asiatique dans leurs voiles. Il visitera les îles, et parmi elles surtout file dlf avec son château-forteresse, où on lui montrera le cachot de Mirabeau. En revenant, s'il n'est pas trop tard, il s ar-
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rélera à ia Béserve^ vers le fort St.-Nicolas^ et il ne manquera pas de s'y faire servir dans
l'élégant salon de Sidore ^ les oursins et la fameuse bouillabaisse, soupe aux poissons, chefd'œuvre de cuisine provençale.
Ce qu'il y a encore à voir, soit à IMai scille, soit dans ses environs ^ pour Vliomnic qui n'est ni marchand de peaux de lapins, ni courtier-marron, ni rafïineur de sucre, ni imprimeur sur étoiles, le voici ; 11 entrera à rhôtel-de-ville pour y admirer la Peste de Marseille f de David, et quelques sculptures de Pu{jet; dans Féglise de SuiuL-Jean, pour y entendre prêcher en provençal ; dans la cathédrale nommée la Major, pour connaître la plus basse, la j)1us luiniKle, la plus ii ré- (jnlière^ la plus petite, j'ai presque dit la plus ridicule des églises; pour y entendre un orgue dctcsiable, et v voir officier, selon la liturffie de Home, avec une pétulance et un sans-façon qui ravissent au culte tout ce qu'il doit ofinr de calme et de majesté.
J'engage fortement les amateurs de belle architecture à analyser attentivement le clocher de la Major, si toutefois ils parviennent à le deviner dans la façade de ce monument
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tout -à- fait pareille à celle d'une hninl le maison bourgeoise. Je n'ai rien vu de grotesque comme ce clocher-feuétre. Avouons pourtant que le baptistérë de cette église est un tombeau antique digne d attention. Main tenant > quon tàcbe de découvrir une deihiidée architecturale dains ce sot édifice qui n'olli e pas le plan d une croix mais celui d'nne équerre; qu'on s'eÛoree de le rapportera telle ou telle époque, peine perdue. — Pour moi, qui ai 1 it n quelque habitude de classer des nionuineus , je n'ai rien compris à la fabrique de la Major , sinon qu'elle est inexplicable. Le palais-de-justîce et l'observatoire royal sont deux choses absolument insigniliatiles; il faut pourtant aller voir le premier, à cause de là tour pyramidale de Notre-Dame-des- Accoules ([m se trouve toul [>rès de lui. ^otre-Dame-des-Accoulés , c'était une vaste basilique christo-romane avec quelques motifs cbristo-fi auks , je parle de ce chrisLu-frank bâtard et myope de nos provinces méridionales 9 car ce n'est pas là qu'il faut chercher le type parfait de l'arc ogive , mais à Amiens. Cette église a disparu, moins vson haut clocher qui sert d'hodoge. C'est i^ne lléche lombarde
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un peu écrasée > à huit pans , recouverte dé pierres, à arêtes et stries dans les angles , du genre de celles qu'on voilà là magnifique pyramide de la cathédrale d'Autun.
Marseille possédait deux églises rcfuarquables^ et on les a détruites^ Téglise des Accoules et celle dejSaint-*Ferréol; aussi nulle ville en i raiice II' offre- l-c lie une aussi tiésespérante disette de monumens religieux du moyen-âge. Allez voir toutes ces rues superbes delaDarce, de Noaîlles, de St.-Ferréol , Paradis , Vacon, Beauveau , le cours Bourbon^ et toutes les rues neuves adjacentes, le théâtre moins beau que celui de Bordeaux y moins neuf que celui de Dijon, et uiums vaste que celui de Strasbourg, mais assez semblable, pour sa dimension , ses peintures déflorées et ses couloirs enfumés, au tbéàtrc de Lille.
Allez voir la place Royale où Ton a eu le tort de jeter un corps-d&^arde en planches polu* ces soldats de la ligne qu'on trouve partout comme des sergens-de-ville à Paris, et des apothicaires d'un rude tempérament politique aux bals de la cour ; le musée situé dans un ancien couvent de Bernai dînes ^ "vaste édifice coiffé d'une coupole grise. C'est
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dans l'église même de eet ancien monastère qu*onaplacé la galerie exiguë, mais divinement choisie, des tableaux qui foi ment le iiiusée marseillais. Toutes les administrations de sciences^ de beaux-arts et de littérature, se coudoient dans cet immense local , sans toujours (Vaterniseï outre elles. Là sont racadeaiie de Marseille dont je parlerai plus bas , le collège royal , la bibliothèque publique , le cabinet d'histoire naturelle , le eabuiet des médailles , récole de dessin , l école d'architecture , la galerie de tableaux et d'antiques. Il y a plusieurs chefs-d (euvre dans ce musée : un [jaysa()e d'Annibal Cai l ache^ une grande Assomption d'Augustin Garrache, une précieuse peinture du Péruf^in , deux tableaux de Serres d'une teinte tonte vénitieiuie, un très-beau portrait attribué à Yan-Dyck , un S>alvator Rosa , un Michel-An Carravage , et entiii quelques Rubens.
Le médaillier de Marseille est un des plus riches et des pins habilement classés que je connaisse ; jè n'en puis d'ive autant du eal)inet des antiques. Si les médailles fjrecquesde tous les modules abondent là-bas , ici vous n avez guère que dix ou douze inscriptions phocéen-
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nés éparses sur des tombeaux mutilés^ un trépied de marbre^ de la poterie étrusque,
et quelques bas-reliefs roinaiiis et christofranks avec des urnes cinéraires , pour toute opulence. Il faut cependant remarquer un monolithe en granit qui faisait partie d'un temple égyptien^ et qui servait de niche ou de tabernacle pour un animal sacré. Il fut envoyé en 1825 à M. JanfTret, par le chevalier Drovetli , consul-général de France en Egypte ; 2°unbusleromainy qu*une tradition populaire dit être le portrait de Titvs Ani^ivs MiLd ; 3° plusieurs tombeaux chrétiens enlevés à Saint-Victor^ du v" et du vi' siècle; un trèsbel autel grec , cylindrique ( dans la salle des tableaux) ; 5" le toiiibeau de Glaucias trouvé sous les débris de la même abbaye.
rXavxca fat Tufo;.....
(G*est ici le tombeau de Glaucias).
Quant à la statuaire il y a pénurie absolue.
La bibliothèque publique contient une foule de manuscrits précieux ; mais la poésie et la littérature modernes en sont exclues » excepté
pourtant les f far manies poétiques que j'ai vues, et qui ont été doiuiées à cet établissement par
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M. de Lamartiiie lui-métne, à son pasiiage à Mai*seille pour se rendre en Syrie. Si vous voulez voir une ëglise passable à Marseille , niais une église de la renaissance ^ il faut vous résigner à franchir le plus poudreux des chemins» à travers les allées de Meilhan. En vous dirigeant de ce côlé, vous remaïquerez rapidement les pittoresques bains des quatre saisons, et le second théâtre de Marseille , qu'on nomme 77w(((re- Français, qui, le plus souvent, est encombré de grains. Arrêtez- vous au jardin-des-plantes qui n'a rien de remarquable que son soleil , qui jette partout des nimbes et des paillettes d or; un peu plus loin est l'église des Chartreux. C'est im monument sec et froid , et cepefSdant c'est ce qu'il y a de mieux en ce eenre, à Marseille : cl encore cette église moderne e&t-eWaextra miiros, au milieu d'une rase campagne peuplée de guinguettes , d'oliviers, de vi[jnes et iXoniiuhus.
Puisque nous sommes hors de la ville, indiquons encore aux étranger des choses qu'ils ne peuvent se dispenser de visiter dans les environs de Mai^eille. 11 faut aller à Geuiénos, admiiable site chanté par Méry , propre et joli village bâti à quatre lieues de la cilé, à
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gauche de la roule de Toulon ; ou y trouvera une ombre embaumée , une brise caressante , un château flanqué d'immenses avenues , de
claires ibutaines, et des pins sur les collines. 11 faut aller encore à la grotte de Roland et fiu château des Eygalades, mais surtout à Fîncroyable î'/7/r/, qu on appelle le château 3orély y c'est un palais de rois , élevé par un simple négociant de Marseille ; à Texception des ville Borghèse et Adriani , Tltalie elle-même n'offre r»en de mieux eu ce genre. Je ne puis entrer dans la longue description de ce château ; il me suffira de dire qu â mon avis c est ce que le sol marseillais offre de plus étonnant, après les sermons en provençal de réglise paroissiale de St.-Jean. Riches galeries , channans boudoirs, immenses salons , loiiU' 1 eiégauce commode de la vie actuelle unie à la somptuosité des temps anciens j situation au bord el presque au niveau de la uicr, bois de pins , magnifique terrasse , bassin avec des cygnes qui nagent ; à droite , à j'jauche, derrière, partout un admirable optique, et devant tout cela, la Méditerranée pour bordure. Ajoutez à ce paysage Tembouchure de THenveanne, qu'on prendrait pi'cs-
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que pour un grand tleiive^ au fracas de sa chute dans la mer.
Mais le musée de ce palais, qu en [Kuil-on dire ? Mille chefs-d' œuvra de peinUire et. de sculpture, les plus rares antiques, accumulés dans la salle de bains , dans les vestibules , dans la salie de billard, dans la iûblioLlièque, dans les corridors. , jusque dans la sacristie où Ton remarque un Christ en ivoire qui appartient au pape Pie VI ; voilà ce qu'envieraient tous ces landgraves, margraves et grands-ducs de la Germanie , tons les pachas, hospodars et niu[)lilis, et ce que ne possèdent pas niainis roitelets, ni même les roi$, de Munich et de Wurtemberg,
Je venais de visiter le cliàteau Porélv , quand le hasard me fit rencontrer au cercle phocéen, le libraire Audin, de Paris. — Connaissez-vous le château Borëly, lui deman* dai-je avec fureur? — Non. — Ne perdez pas un instant, allez-y vite; voici un mot pour le comte de Panîsse qui en est aujourd'hui propriétaire. — Et je rencontrai dix jours plus tard Audin y dans une autre merveille, àFhopital Saint-Mandrier de Toulon , et il me dit éner^iqueme^it combien il était encore vive-
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ment ému d'avoir vu une si surprenante chose , malgré ce qu'il voyait encore.
Je ne vous parlerai pas , belles et douces visiteuses y pour qui ce livre est écrit, encore plus que pour les antiquaires , d*aller regarder les tristes (galeries de l hôpital du Saint- Esprit, d'aller voir la rive où safjitent Icsjaugeurs de Commerce avec leur tablier bleu , la place aux huiles, celle où r^ro.ojnent et jurent les charpentiers, les caltats, les constructeurs^, au milieu des quilles, des carcasses de vaisseaux , des billots et des madriers , le bassin inachevé de carénage; non^ au lieu de respirer cette atmosphère de soufre et de goudron si fatale au frais incarnat de vos lèvres, venez, venez passer uue journée avec moi. Vous avez rasé, timide et mélancolique, les flots calmes de la rade ; vous avez causé avec des flâneurs de bord , senti la brise du large caresser vos cheveux ; vous avez déjà parcouru Marseille depuis huit jours; voyons comment nous allons employer celte journée dorant laquelle vous m'avez permis d être votre chevalier. Demain samedi , à six heures du matin , je ferai dire , par le garçon de l'hôtel des Empereurs^ à votre femme de chambre, d'aller
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VOUS éveiller à petit bruit ^ en vous annonçant que le ciel est tonjours au bleu €i\e, et que je
vous attends clans le salon.
D*abord , allons à Notre-Dame-de-la-Garde. 11 est doux de monter à Tasile des consolations et du mystère à celte heure où tout est frais et pur autour de soi. La cloche mélancolique et la foule pieuse, empressée, nous indiquent assez le rude et pierreux chemin. — La voilà, Madame , cette montagne aride où rien ne croit que la lavande odorante^ comme si l-asilc, le nimbe et la pensée de Marie suffisaient pour la peupler de choses ravissantes , et ([ue làhaut, il ne doive rien y avoir qu'elle et des parfums. Voici les stations et les madones de la voie sacrée, voici l humble chapelle où tant de pèlerins sont venus déposer leurs ex-voto et leurs poissons d'argent, où tant de mères ont prié pour leur tils déjà inscrlL sur le registre d'un navire en partance , où tant de naufragés sont venus , les cheveux encore pleins de sable, remercier la mère du Sauveur, de lesavoir ramenés corps et bienssaufs, dans ce port où il y a tant de bien-être et de sécurité ; voici la chapelle où tant de capitaines au long cours sont accourus pour saluer
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la divine providence des mers^ au retour d*une pénible traversée dans les échelles du Levant.
jNotre-Dame-de-la-Garde , c est la protectrice immédiate des matelots , et rien n'est plus touchant que la dévotion de tous les ^eijs de mer à cette bonne et sainte patronne. Le peuple de Marseille aime sa Notre-Dame qui sauve des flots ^ comme VexceUente popululion lyonnaise aime sa Notre-Dame-de- Fourvières. 11 est fâcheux que loratoire marseillais se trouve enclavé, ou mieux, emprU sonné dans un fort. Des soldais , une forteresse d où 1 on signale, à coups de canon , les vaisseaux qui arrivent en rade , et la douce et mystique image de Marie , la force brutale et une puissance toute d amour , de fleurs, de célestes harmonies , d*espérances^ de commisératiçn et de foi , voilà un contraste qui m'a sai(^ué au cœur. Au reste, Marseille et la mer à ses pieds, la mer sillonnée de navires qui inclinent leur pavillon en passant devant Tarchc sacrée , voilà ce (ju'on voit du haut du roc que couronne iNotre-Dame-de-ia- Garde , avec la pittoresque campagne et les bastides du littoral. Y a-t-il au monde une po-
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sitîon plus favorable pour une chapelle de nautoniers et de pèlerins ?
Nous avons entenciu lu messe vers l'autel de Marie ; redescendons doucement la colline au milieu des flots de population qui s'en vont , l'âme tiède et le cœur épanoui comme nous. INous voici à 1 église de 1 antique abbaye de Saint- Victor ^ fondée en 410 ^ par saint Cassien. 11 faut nous arrêter là quelques instans. Voilà ce qu il y a de plus vénérable à Marseille^ demandez plutôt à M. Toulouzan si je dis vrai.
D* abord , examinez cette colonne torse qui orne la place voisine de l'éfjlise ; je; n'ai pas besoin de vous dire que c est une colonne romaine.— Entrons. Cest bien là la fabrique des é(jlises primitives , bâties en forteresse, à créneaux , ilanquees de tours-donjons , dans l'enceinte claustrale desquelles quelques chanoines menèrent jadis la vie commune. Je fais remonter au vi^ siècle les bases du mur d'enceinte extérieure. La moitié de ce mur seulement est conservée, le reste est une reconstruction dans laquelle la couleur du premier style a été maintenue. Les tours nous oflrent une ogive nue et à peine sentie , parce qu'elles furent réparées dans le commencement du
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XIII*' siècle^ c'est-à-dîre peu de temps après les premiers essais de Tare aigu ^ lorsque le trèfle commençait à se montrer dans le nord, mais avec des formes d hémicycle, au lieu de l'angle curvilîgoeà chaque feuille^ et Togive avec le triangle ëquilatéral an Iteu de la courbe en fer de iaiiqe. Entre les reiëndsdu mur d'enceiiite> on ^ bati^ dans le même siècle, la nef ogive que nous voyons aujourd'hui , qui ne iiiaiiijue pas d'une cerlaintj majesté. J'ai tout lieu de. croûe qu'il y eut là, jadis > un temple phocéen ou romain. Le souterrain , ^admirable souterrain,, avec sa vierge miraculeuse , ce caveau qui n'est autre chose qu'une crypte , dans toute la signification restreinte de ce mot, succéda au temple antique; enfin surgit réglise cachée, et fortifiée j, comme furent, dans les premiers temps chrétiens, Saint- Germain-FAuxerrois et Saint- Germain-des?; Prés, à Paris.
Saint-Victor est, à mon avis, le monub ment le plus important de Marseille, en ce qu'il présente un eiti aetère tout-à-fail (i aiiuhc, et cependant, il est le moins reuiarqué de toute celte foule qui accourt en Provence, attirée par la douceur du climat. Nous avons
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passé d'uu golfe du ciel eaux créations contemporaines des rois chevelus; dix heures sonnent à Notre-Danie-des-Accoules, belle et aimable compagne; traversons le port à la rame^ et allons droit à la rue Vacon ^ par la Gannebière et la place Royale. Pendant que vous prendrez un bain d'eau de lavande , dans les élégantes étuvesde cette rue Vacdn où jè vais vous conduire y moi je lirai les journaux chet Gamoin; et j'irai vous chei clier dans une heure pbur déjeûner avec la cuisine sensuelle et confortable du célèbre Marcàdier. Voici les bains : vous y trouverez^ belle compagne,, une reclicrcbe incroyable ^ des pastilles du sérail à discrétion , un luxe inouï dans les môindrcs détails. Au» cun établissement de ce genre n'en peut donner Tidéeà Paris, excepté les voluptueux, néothermes du D' Bouland. D'abord un charmant salon avec un parquet frotté , des gravures choisies^ des glaces, un canapé, un comptoir de citronnier et une femme jolie, avenante, pour ornemens. Puis uiie cour vitrée , entre» mêlée de kiosques et de terrasses aériennes chargées de fleurs et d'arbustes, des cabinets de marbre , des parfums à volonté^ des bouquetières, de beau linge, un sablier, desfem-
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mes de service nées à Arles, ol jusqu à un élégant coussinet de Uu et de dentelles placé à la tête de la baignoire ^ sur lequel vous courberez mollement vos longs cheveux si noirs à l'oeil et 81 soyeux à la main. Avec de pareils bains , on est à Gonstantinople; il ne manque que des Géorgiennes pour vous servir Topium , les pastilles, les cassolettes et la pipe orientale; c'est le sybaritisme de la vie coloniale.
Cependant dix heures m'ayant ramené vers la charmante visiteuse dont J'avais fait la connaissance dans le salon de rhôiel des Empereurs, je la conduisis chez Marcadier où nous fûmes assez heureux |)our être servis par Dominique. C'est tout dire , car je ne saurais rien trouver de neuf sur rexcellence des mets de Marcadier, ce Véfonr de Marseille. Il nous restait à choisir, parmi tant de riches et brillans établissemens en ce genre , qui ont à peine des rivaux à Paris même, le café où nous irions déguster la liqueur d'Arabie. Nous nous décidâmes pour celui de l'Europe, bien qu^on soit presque toujours sûrd*y rencontrer la fort mauvaise compagme des comédiens, nous réservant d'aller savourer plus tard des glaces soit an caféBodoul, rue Saint-Ferréol , soit
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au caté Américain , rue Beau veau. Comme à Lyon, îl y a à Mareeîlle un café des Mille-Gotonnes y vaste et magnifiquement décoré ;
mais ce n'est au fond qu'une tabaf^^ie fréquentée par des étrangers et des commis-Yoyageurs.
Il était midi , quand nous gagnâmes le vieux Marseille, à travers des rues tortueuses et tendues à la manière méridionale. C'est une chose curieuse que cette vieille ville, qui est là en contraste permanent avec la neuve cité. Le vieux Marseille est un réservoir de traditions vivaces, de sucs nourriciers du cœur, de coutumes héréditaires , de sentimens naïfs et stationnaires. C'est là que les moeurs antiques ont résisté avec une louable persévérance aux doctrines et aux séduclions d'une civilisation énervante. Là^ tout est foi comme dans les plus beaux âges du catholicisme; là, tout est esprit de conservation politique , ou plutôt tout est indifférence en matière de révolutions. Qui a tort de ce quartier de Marseille ou de T hôtelde-ville de Paris?
La civilisation nous tue, notre société civile tend à sa dissolution ; car il n'y a plus ni liens, ni discipline, ni hiérarchie^ ni croyances. No*
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tre vie est devenue louL extcrieure^ toute
publiqoe Combien mieux valait la vie
sédentaire du foyer, la vie des félicités domestiques , des jouissances calmes de famille, de parenté^ d'amitiés. L'évêché se trouve au centre de cette population marseillaise du qaar-* lier St. -Jean , encore pleine du souvenir de ce qu'elle doit à la charilé cln eiienne ; ce palais , c'est le presbytère de Belzunce, C'est dans ce quartier qu'il faut chercher le carac-> tère marseillais dans toute son expression de brusque bonté , de cordialité rude et franche, d'affections crédules , de sentimens mobiles , de gaîté véritable et d'indicible vivacité.
N'allez pas insulter un prêtre dans ces rues , n'y paraissez pas non plus en costume de saint-sirnonien , vous seriez aussi sûrs d'y gagner promptement la bastonnade et d'étie pourfendu , que vous seriez certam de recevoir une ovation parmi les huguenots de Metz.
J'ai eu occasion de causer avec un homme du peuple, fabricien à St.-Jean, dans ces rues étroites^ montueuses et malpropres. Il me parla avec énergie de la suppression des lunt processions de la Fête-Dieu à Marseille, C'é-
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taient de belles et touchantes choses que ces promenades religieuses mesurées sur la majestueuse psalmodie du Pange lingua , éclairées par un soleil d^or, avec les confréries » les bannières iloUanies, la toole attentive et recueillie. Oh 1 comme toute cette poésie de trailitions et de foi s'adaptait merveilleusement au caractère méridional si expaosif et si excentrique! Le respectable prélat qui occupe aujourd'hui le siège de Marseille ( M. de Massenod ) a suspendu avec raison ces pieuses solennités^ puisque 1 une d'elles servit de prétexte à quelques désordres , après la révolution de 1830 ; mais les passions s'éteignent , et les processions reparaîtront avec leur pompe de bénédictions et leurs sublimes prières.
Q uant à ce vieux quartier, examiné sous son point de vue matériel , il faut convenir que les rues en sont encore infiniment plus aérées , plus larges , plus propres et moins noires que la presque totalité de celles de Lyon. 11 y a tant à voir, tant à observer , dans toute cette Marseille des jours anciens , que nous y restâmes plus do deux heures sous les rayons d un soleil dévorant.
Nous rentrâmes par le Cours ; et après avoir
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pns des glaces ini-vaniUe, mi-citron^ chez Bo*
doul , nous nous disposâmes à faire, bien qu'un peu tardivement, la siesta: ce désir nous ramena à Thôtel des Empereurs , me Cannebière, qu'avoisine la rue Sl.-Ferréol. J etais fort embarrassé , et je ne pus dormir sur mon ottomane. .... '
M. Jauffret, Fhomme instruit et débonnaire -par excellence, M. Jautïret, bibliothécaire de -Marseille et secrétaire perpétuel de la classe des lettres de Facadémie des sciences ^ belleslettres et arts; ainsi que le docteur Lautard, secrétaire perpétuel de la classe des sciences ^ m'avaient invité à une séance de cette compa- (Tiiic dont je suis, depuis long-temps , associé régnicole. Cette séance était fixée à six heures du soir. D'autre , part y je ne pouvais pas dé cemment laisser éternellement ma belle compagne sur son lit de repos^ puisque j'avais pris l'engagement de lui servir de cicerom et de chevalier pendant tout le jour. Dans cette ex^ trême anxiété , comme j'aime encore mieux le bras d'une jolie femme noué dans le mien qu'une académie , j'allai trouter M. Jauflret et le priai de vouloir bien a^^^réer mes excuses. Nous parcourûmes ensemble la salle des séan-
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ires privées : elle est simple et noble, moins majestueuse pourtant que celle où se réunit la muette académie de Lyon > el elle s'ouvre dans la bibliothèque, comme une sacristie dans une église. Cette salle est ornée du portrait de presque tous les académiciens tant titulaires que régnicolcs passés el présens. Je reinar(|uai le maréchal duc de Viliars , protecteur de l académie^ le cardinal de Bemis, et le portrait de M. de Lamartine, offert par lui-nrieme.
En tout ce qui concerne cette illustre compagnie, vous pouvez recourir à l'histoire pai^ faitement écrite et très-bien pensée de mon docte cullèpjUC Laulard. Sur la demande de M. Jauffret, je déposai les Mélancoliques^ et le Pèlerin qui venait de paraître , sur le bureau, et je pi omis mon portrait, publié à Paris par Gibaut et si admirablement dessiné par Vigneron ; en échange > je reçus quelques livres émanés du sein de Tacadémie. Mes excuses^ diUTicilemeut agréées, je vins rejoindre ma belle visiteuse, et lui offris une loge < au spectacle pour le soir. On donnait la Muette et je ne sais quelle comédie-vaudeville du répertoire des Variétés. Nous nous rendîmes donc^ après dîner, au théâtre, où il y avait
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chambrée couiplète et tumulte; uoui» tûmes assez contens du vaudeville » médiocrement satisfaits de rexéculiori de la prière et du la barcarole de 1 opéra d'Auber, et fort enchantés de l'orchestre ; qui a moins d éclat et de mordant que celai de Lille » un personnel moins nombreux, que celui du Grand-Théâtre de Lyon 9 mais plus de charme et d'harmonie que tous les deux ; les basses surtout y ont de la vigueur, mais les instrumeus à vent chantent d'une manière moins finie qu'on ne pourrait le désirer.
Les divers opéra série, semi-série et huffe du maestro Kossini , traduits par Castii-Blaze et adaptés par lui à la scène française , font souvent les délices des diletlanti marseillais; mais ils n'ont pu encore admirer ni Roberl-le-Diable (a) , ni le Pré-^ux-Clercs , ni les délicieuses compositions de Bellini , qui n^ont pas été montées sur leur scène. Le spectacle fini^ ma tâche était achevée. . • .
— Le seul lieu , maintenant , où je ne puisse pas vous conduire , Madame , dis-je à ma belle compagne en la reconduisant à notre
(▲) Je parle de rannée 1833.
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logis^ à moins que vous n'empruntiez sou le sayon goudronné des ports de i*Océan , soit la brate grecque , soit le vestolin de la Manche , soit le caban des Hollandais, c'est le Wauxhall. Le WauxhaLI est un lieu équivoque où Ton danse le Fandango (ce divertissement lascif de Palma, de Gibraltar et de Grenade), où l'on chante» où l'on lunie, où l'on boit, où trente nations sont représentées , où le peuple s'amuse sans grimacer, où chaque matelot peu t dire de sa gaité: C'est celle du peuple, c'est la bonne (Figaro). Là^ la débauche n'est ni assez effrontée pour faire pitié , ni assez fashionnable pour intéresser. Vous y trouvez des joies grivoises assaisonnées de sel marin , imbibées de rhum, et voilées d'une quasi-pudeur qu'il ne Huit nullement attribuera la j)olice, mais au bon sens populaire. C'est une manière de Lupanar, où personne ne casse les vitres et ne boxe à laisser un homme sur le pavé, où le prolétaire s'enivre et ourdit des intrigues d'un dénoûment facile, mais qui n'a jamais lieu séance tenante.
S'il n'y a rien ici des plaisirs raides cl apprêtés de nos salons^ il faut convenir qu'on y trouve quelquefois autant d*urbanité qu'à la cham-
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bre des députes, à cci iaines séances. Je ne puis pourtant. Madame , vous servir de guide dans ce lieu , que j*ai visité et que je visiterai encore parce que j aiiuele peuple, j'étudie ses mœurs, et j'observe toutes choses > depuis liomainville et la barrière du Mont-Parnasse jusqu'aux bals artistes de M. Véron, aux soirées j)()étiques de Nodier, aux bals iiuanciersdeM. Aguadoy et aux bals semi-aristocratiques du comte Jules (le Piessérniier. — A demain la visite à la maison de santé du docteur Guiaud , ou le bain de mer, si mieux vous aimez.
Résumons un peu cette Marseille que nous avons parcourue si vite, cette ville de marbres et de somptueuses demeures, cette ville où Ton respire je ne sais quoi de voluptueux et d'oriental, où ji y a de si belles lontaines, des femmes si vives, el où Ton parle un si harmo* nieux langa[]^e. Bien que moins peuplée de 50 ou 60 mille âmes que Lyon, Mai scillc n'en est pas moins, sous les rapports de magniiicence extérieure, d*intelligenee, de beaux-arts, de poésie, de mouvement et d'actualilé littéraires, la première ville des provinces de France, et celle qui renferme, avec Nimes, le moins de Y t, c'est-à-dire de castrats en poésie. Aix
dispute bien à Toulouse le titre d'Âlhènes du midi ; mais Tesprit marseillais est' infiniment
plus incisif que celui des habitans d'Aix , précisément parce que les études y sont inoius.générales et moins enveloppées» peut-être» de cette admirable politesse sociale qui caractérise Tanlique cité de Sextius. Sous ie pou\t de vue commercial» ce ne sont plus ces idées étroites ; né(j;atives, liormis pour ce qui est mercantile; cette routine de marcliands et de boutiquiers» cette concentration absolue dans les pensées plombées de chiffres , cette inapti* tudc complète pour tout ce qui n'est pas spéculatiou^ lucre , veute^ qui distinguent la population de la plupart des grandes cités manufacturièrcs. Ce u est pas, au matériel, une ville confuse» avec des maisons qui touchent le ciel et menacent les étoiles » un aspect noir et sordide » des fanges et de crasseux prolé* taires; non, c'est une cité fraîche, blanche, gaie » élégante^ toute badigeonnée en jaune ^ toute propre , toute coquette^ avec un air de fêle en permanence : il ne lui manque que des fosses mobiles inodores. , .
A Marseille» le commerce. large et savant » et non pas la marchandise; ici^ une entente
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parfaite des grandes données et des grands intérêts commerciaux^ mélangée de goûts d*arts et de sensations délicates; ailleurs , le trafic avec sa sotte indiiierence pour tout ce qui est plus relevé que lui. Le fonds de l'esprit marseillais , c'est une lutte constante entre deux forces qui se i c poussent ^ 1 une née de ses besoins^ qui le tourne vers la spéculation ; l'autre f fille de son climat et d'une irritable organisalion, qui l'entiahie vers les choses d'imagination. Les sens impressionnables des habitans de ces tiédès contrées aiment surtout la musique, le plus enivraiit des arts. Aussi est-ce à Marseille qu elle reçoit un culte solennel dans plusieurs sociétés philharmoniques que , malheureusement , l'esprit de système et d exception rend quelquefois boiteuses.
M'oublions pas de dire qu'en cette ville ^ on jouait les symphonies de Beethoven, et que les œuvres de ce grand artiste y étaient comprises bien avant qu'on se doutât à Paris qu'il existait un Beethoven eu Allemagne. Je le répète , ce qui forme le sceau des mœurs marseillais ses 9 c'est une prodigieuse mobilité de sensations unie à de la mansuétude expressive et à de la générosité pétulante. Mes nombreuses
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relations sociales dans ce pays ni*ont mis à même de les apprécier dans toute leur portée.
Le duc d Alumzan , qui a été loDg-temps ambassadeur en Espagne, et que j*ai yu à Marseille y avec M. Sala , me comparait le génie
marseillais à celui des habuaiis de Madrid que je ne connais pas , mais que Je connaîtrai plus tard^ parce qu'il serait par trop absurde
qu'un homuie bieu élevé li eût pas visité 1 Ilespérie.
Je puis dire que j'ai trouvé partout à Marseillerobligeance et la politesse chezles grands, FaiTabilité chez les petits^ poussées au plus haut degré. Marseille renferme plusieurs jeunes gens de choix qui se livrent avec passion à la littérature ; je citerais bien des poètes d'âme et d'avenir à qui il ne manque qu'un peu de camaraderie dans les journaux de Paris pour se faire un nom.
Ce qu'il y a de plus remarquable dans cette ville, en fait de cours scientifiques, ce sont ceux de navigation y de mécanique et de géométrie pratique, proiësses à l'observatoire par M. Flanard. Marseille compte plusieurs instituts au petit pied, l'académie royale des sciences, la société royale de médecine, compagnie
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aristocratique qui regarde par-dessus l'épaule sa consœur non titrée la société académique de médecine , la société de statistique qui travaille^ rathénée des arts, sorte à^casuio avec des cours , le cercle des arts , avec son exposition permanente de tableaux ; enfin , plusieurs cercles où Ton joue et où on lit les feuilles publiques.
Marseille a son Long-Champ comme Paris.
La foule se rend , le Merci edi-des-Cendres, de la porte d'Aix au Chàteau-Yert. Cette ville n'est pas un centre d'action ecclésiastique com« me Lyon, la première cl la plus iiiiporlante cité catiiolu[ue des Gaules et de toute la chrétienté après Rome; cependant la dévotion y est peut-être plus générale et plus populaire encore. Les hommes s'y pressent aux oiiices; les jours maigres y sont observés même dans les auberges , et le dimanche vous trouverez à peine un magasin ouvert. J'ai rcniarqué qu'à la Major, le Saint-Sacrement est placé dans une suspension^ en une chapelle latérale (celle de la Vierge), comme à l'église pnuiaùalc de Lyon.
Puisque j'en suis aux choses de religion, je
vous recommande encore de visiter le Calvaire,
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place en (ace du palais-de-juslice , sur les décombres de Notre-Daœe-des-AccoLiles.
11 serait bien injuste à moi d oublier l'imprimerie^ c|ui esl dans un état si florissant à Marseille. Il suffit, pour se convaincie de ce fait , d'examiner les ateliers de MM. Mille et Senès , Feissat et Martus Olive. Pour la librairie de Camoiu , place Royale , c'est un immense bazar de littérature toute neuve ^ tout actuelle , encore humide de feuilles périodiques, bazar dont tous les poètes ou romanciers voyagfcurs ont visité les salons. Je ne vous dirai rien des divers journaux de Marseille , sinon que presque lous sont écrits avec la vivacité méridionale, excepté le Sémaphore , chargé exclusivement d*enregislrer les sinistres , les cours , les noms des navires en arrivage ou en partance.
Je me hâte d'ajouter, en finissant, quil y a peu de villes, sous le ciel, où Ton vive d'une uiuniere si iacile, si confortable, et pourtant si peu coûteuse , avec des ligues au mois de mai , des melons en juin , d*énormes rai*< sins dans les preinieis jours de juillet^ et les oranges à rien.
Les voyageurs économes qui n'ont pas de lo-
ge aux Bouffes » mangent , mais ne dînent pas, et ne boivent point de madère entre le bœuf
elles entremets; ces voyaijeurs, dis-jc , ([ui aiment les auberges tenant le premier rang parmi celles du second , n'iront pas à l'hôtel des Empereurs , rue Cannebière, où je fus moi-même entiaiuë par un ami , sans savoir à quelle enseigne je me mettais; mais ils pour* ront loger à la Croix-de-Mahe , chez le respectable M. Roubaux. On trouve aussi dans celte ville des chocolatiers^ ainsi qu'à Lyon. Jamolli est le Gasati de ce pays.
Marseille encore peul s'enorgueillir d*avoir donné le jour à plusieurs notabilités d'arts et de lettres. Rappelons qu'elle donna Mas^ caron à la chaire catholique; Pii[;x t à la sculpture ; aux cours d'amour et de galanterie plu^ sieurs troubadours dont on a ))erdu les noms ; à racadcmic iiançaise, M. Raynouard, qui a exhumé ces noms. Honoré d'Urfé , auteur de XAsirée; le généalogiste d'Hosier; Barbaroux^ de la tribune républicaine ; Pastoret, du corps lëgislatii ; et feu Délia Maria , auteur du Prisonnier ^ étaient Marseillais.
La fille d'un simple négociant de Marseille (M""" Clari) a épousé Bernadotle, et figure
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aujourd'hui sur les almanadis ofTiciels de toutes les monarchies européennes , avec la désignation de : EuGéniE-BERNARDiNE-DÉsi-
RÉE, REI»E DE SuEDE ET DE iSoRWEGE, NEE LE 8 NOVEMBRE 1781.