‹ La Venus d'ArlesChapitre 14 sur 41 · I.A TBMTS D*ARLSS · texte numérisé non relu

I.A TBMTS D*ARLSS

tés , s'offrit la Provence avec ses contrastes de verdure et d^arîdîté, ses monts âpres et ses

fraîches vallées ; ils y aiiiarrèrent leurs gondoles. Ils avaient retrouvé leur patrie, ces heureux enfans de rHellénie, en cette Provence propice à 1 exil , propice à la douce et cai^essante liberté; bientôt toute la Thessalie, avec ses bois sacrés ^ ses plantations , ses tamaris, sa lan.jjue harmonieuse, se reproduisit dans celle extrémité méridionale des Gaules, où s'étaient arrêtés les Phocéens; et voilà comment naquit Marseille.

D'abord les petites trirèmes phocéennes visitaient toutes les villes du voisinage : Arles , Narbonne ; puis la colonie , devenue forte el puissante comme Tyr et Sidon, parcourut ses jours de pompe et de splendeur. Marseille eut des temples bâtis en marbre de Carrare : dans le lieu où Ton voit aiijourd'hûi cette église -masure qu'on nomme la Major, s'élevait le temple de Diane chasseresse (a). Il était alors au centre de la ville, ce qui prouve que la mer actuelle couvre une

(a) La DiAiiA Epsesia irrLTiMAiiifiA ne paraît sur aucune médaille marseillaise. Les Marseillais adoi*atent Diane sous les attributs de la chasse.

LA VBKT8 D'AULBS

[];raDde moitié de ranfi([ue cité. La colonnade de ce temple faisait face à la Méditerranée , et en était séparée par une longue avenue de tamaris. Tout ce quartier de Marseille était peuplé des attributs ingénieux d'Hécate , de Lucine ; plus loin^ en mer, à la pointe du promoiuoircj surgissait le magnifique teinplede Vemvs Pyrrhena.

Il fallait voir Marseille dans ce temps de large et sensuelle poésie, tout l'Olympe s'y trouvait. Le râle assoupissant des vagues marines, le bruissement des figuiers, les mystères nocturnes, un clergé de viei"()cb, le trident, la conque, les tritons de iNeptune^ la Mélopée du Parthénon , les théories voluptueuses de Délos, la Nécropolis avec ses cyprès, ses marbres funéraires , ses profondes excavations dans les rochers de la montagne , les libations avec les diotas (a) , àla blonde Aniplii-

trite, aux Grâces; les chœurs de jeunes /jens, tenant tes ihyrses et les pommes de pin» chantant les hymnes de Gérés et du Bacchus grec,

(a) Les iliotaSf t'Spèces d amphores à deux aos« s , dont la partie inft'ncure se termine en pointe, (Viinc capac ile double de celle de l'amphore romaine , servaient jionr les oflfraiides aux Dieux, dans les cérémonies de la lustratiou des vignes.

tu LA rCNYS D'ABLBS

à la chevelure enveloppée du credemnon; c'étaient partout Texistence et le culte des Hellènes. C'étaient les temples éparpillés sur la campagne et le flanc des culiiaes^ les innombrables portiques ceints de pampres et de myrtes , les étuves abritées de citronniers et de lauriers-roses, la salle des rioces et des festins, les lits soyeux rangés yers le iricUnium (très ordines sedium), le brouet au safran sur des plats d*or, les (ciUures de pour^ire d'Orient, toutes les mœurs antiques si vives, si causeuses, si resplendissantes d^amours et de joies, la gaîte lustique et la /;ailc citadine. Tout était là, à Marseille, dans cette Marseille que nous trouvons si belle encore aujourd'hui malf^ré les modifications immenses qu elle a subies.

Les jours romains de la colonie phocéenne forent plus sérieux, et ses mœurs, devenues lentement latines de grecques qu'elles étaient, se traduisirent en une architecture moins svelte, mais plus solide que celle qu a^ vaient fait naître les riantes et voluptueuses traditions du Féloponèse. Hélas! ville phocéenne, ville latine, ville du moyen-âge, tout a disparu pour nous.

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A peine ai-je pu rencontrer dam la vaste cilé moderne un seul pan de mur grec ou romain^ ne fût-ce que pour sauter par-des^ sus ce débris comme un Rémus au petit pied. Il y a peu d'années encore , on iaisait remarquer aux Anglais^ qui viennent chercher du soleil et de la lumière à Marseille plutôt que des anli(|uilcs , une niai^on située bA, rue des Grauds-Carmes^ qui pass»aitpour un vestige latin. Cette maison^ d'un devis anti(iuc , que le rçoiii anachronistc et monumenticide de notie époque a écartelée , défigurée^ recrépie et badigeonnée à jaune » avait été habitée, dit-on, par le fameux Milon, exilé à Marseille, malgré l'éloquent plaidoyer de

Cicéron (et si vereor judices ), après le

meurtre de Glodius. Plus loin , vous trouverez la JoUetle (à Julio) , la plus rongée et la plus indéchiffrable des ruines : c'est par cette porte que Jules-César fit son entrée à Marseille ; plus loin encore des caves qu'on regarde comme un reste des thermes romains. Ajoutez à cela , en fait de traces du moyen-âge » quelques décombres et un tas de poussière qui indiquent que là fut la tour créuclce de Sainte-Paule au faite de laquelle on braquait cette célèbre cou-

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