‹ La Vénus de GordesChapitre 13 sur 15 · LE SERPENT · texte numérisé non relu

LE SERPENT

L'Arabe se remit tristement en marche ; le découragement et la crainte s'étaient emparés de son cœur.

Au détour dun sentier, ils rencontrèrent un vieil Arabe.

— Tiens, dit le serpent, nous allons consulter ton semblable, et tu verras que ce sera lui qui signera ton arrêt de mort.

— Dis donc, l'ami, s'écria-t-il en s'adressant au passant, arrête-toi un instant, nous avons une question à te faire.

— Parle, dit le passant.

— Crois-tu à la reconnaissance des hommes î

Le voyageur ainsi interpellé s'arrêta étonné, et voyant la mine piteuse de Yazil, il comprit sa triste position ; connaissant la nature perverse du serpent, il soupçonna quelque vilain trait de sa façon, et il se dit: Usons de prudence.

Puis :

— : Avant de répondre à ta demande, lui dit-il, permets-moi de te demander pourquoi tu me l'adresses.

Le serpent se mit à lui raconter ce qui était arrivé.

— Oh ! oh ! dit le voyageur, tu me fais \h un conte, maître serpent, car il m'est impossible de comprendre comment cet homme aurait pu te sauver la vie si tu t'étai» trouvé eu effet au milieu d'un cercle de feu ?

— C'est pourtant bien facile, dit le serpent ; tiens, je vais te montrer cela sur-lechamp.

Et joignant le geste à la parole, il se déroula prestement et bondit par terre droit sur sa queue. Mais, plus lestement encore,, le vieil Arabe lui asséna un coup de bâton qui lui brisa la colonne vertébrale, puis écrasa sa vilaine tête plate sous son pied.

Et comme Yazil, heureux d'être délivré do son redoutable compagnon, remerciait son sauveur avec effusion, celui-ci lui dit :

— Mon fils, crois à l'expérience de ma barbe blanche et souviens-toi de ceci :

« Il faut toujours dans ce monde battre ses ennemis avec leurs propres armes. »

Olympe Audofard.

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