ACTE II, SCÈNE V. 3S
J’aimais à contempler sa lumineuse trace.
Il la voit, me disais-je, il la suit dans l’espace,
Et dans l’astre cliarmanl qui scintillait aux deux.
Mon âme retrouvait un rayon de tes yeux.
Un jour, au bord des flots, je m’étais endormie;
Je rêvais, près de moi tu vins, ta voix amie Me disait : « Ma Chloé, je t’adore toujours,
Et désormais Vénus protège nos amours. »
Je voyais, sur ton front que la gloire environne.
Le laurier d’Apollon former une couronne;
Dans tes regards si doux une mâle fierté,
I)’un éclat inconnu rehaussait ta beauté;
Ta main taillait le marbre et ton cœur, Praxitèle,
Reproduisait mes traits dans une œuvre immortelle :
J’étais heureuse et fière!
PRAXITÈLE, enthousiasmé.
Oui, ce rêve enchanteur,
Quand j’étais seul ici souvent charma mon cœur!
Oui, j’ai taillé le marbre, et...
(a pari.)
Mais je dois me taire.
J’ai juré, nul ne doit pénétrer ce^mystère.
(Haut.)
Parle-moi de ton rêve.
O vaine illusion !
Un instant dissipa la douce vision;
Des pirates avaient débarqué sur la rive.
Je m’éveillai trop tard, je m’éveillai captive.
Us m’entraînaient, riant de mes chagrins amers!
PRAXITÈLE
Les lâches!
CHLOÉ
Le vaisseau fendit le sein des mers;
Ce matin seulement j'ai vu les murs d’Athènes.
PRAXITÈLE, avec enthousiasme.
Je te délivrerai, je briserai tes chaînes!
L’amour m’inspirera dans un dessein si beau !
Pour te sauver ce Dieu guidera mon ciseau!
Jusqu’à ce jour heureux, je n’aurai pas de trêve;
Oui, ma Chloé, je veux réaliser ton rêve,