‹ La Venus de Milo comedie en trois actes en vers par le comte Louis d'Assas (volume 2)Chapitre 24 sur 45 · A CT K II, SCÈNE V · texte numérisé non relu

A CT K II, SCÈNE V

J’ai tant souffert, vois-tu !

CHI.OÉ

Mais le ciel nous rassemble Et ce n’est plus souflrir que de souffrir ensemble.

PRAXITÈLE

Tu parles de souffrir, pourquoi donc, clier amour , Lorsque le ciel te rend à mes vœux en ce jour? Quand je suis avec toi, souffrir!., est-ce possible?

Le temps de la douleur a fui; mon rêve horrible Se dissipe bien vite au soleil de tes yeux.

Près de loi je m’éveille et je bénis les dieux.

Nous ne souffrirons plus maintenant.

Cil LO K, le regaulaut avec amour.

Praxitèle!

PRAXITÈLE

Regarde-moi longtemps ainsi. Comme elle est belle 1 Mon cœur par le chagrin loin de toi consumé,

Boit la vie à longs traits dans ton regard aimé.

J’étais si malheureux loin de notre patrie!

L’ennui d’un voile sombre enveloppait ma vie,

Et, rappelant les jours chers à mon souvenir.

Je demandais aux dieux un meilleur avenir.

CHI.OÉ

Tu m’aimes donc toujours ?

PRAXITÈLE

T’aimer! Quand la rosée Ranime par ses pleurs la nature épuisée.

Va-t-elle demander à la fleur : M’aimes-tu?

Ton amour rend la force à mon cœur abattu.

A ton aspect je sens renaître mon courage.

Près de toi je reviens au printemps de mon âge. Lorsqu’assis tous les deux et ma main dans ta main, Le cœur rempli d’amour nous parlions de l’hymen.

Je te retrouve enfin, loi, que j’avais perdue!

CHI.OÉ

A tes lèvres mon âme est toute suspendue.

Ohl parle, parle encor de ces jours d’autrefois.

PR AX 1T ÉI.E.

Te souvient-il du soir, où, sur le bord du bois,

Je saisis un ramier caché dans la verdure,

Et que pour l’enchaîner je te pris ta ceinture.

Le pauvre oiseau captif était tout palpitant,

Et tu me dis : « Là-bas sa compagne l’attend.

« Je veux le délivrer. » Puis tu lâchas ton aile.

Comme lui prisonnier, le triste Praxitèle,

Loin de toi sur ces bords fut longtemps retenu;

Mais le jour du bonheur est enfin revenu.

CHLOÉ

De ma belle Milo je veux être oublieuse,

Je te verrai toujours, je serai trop heureuse,

Et j’aime mieux l’exil te sentant près de moi.

Que les champs paternels où je vivais sans toi.

Ta voix a le secret de calmer mes alarmes;

Ce sera du bonheur que de mêler nos larmes.

Je ne regrette plus ici la liberté.

PRAXITÈLE

Que parles-tu d’exil et de captivité ?

Je suis libre à présent, plus d’exil, plus de chaînes !

Et sans les vents, déjà, je serais loin d’Athènes.

Nous partirons demain.

CtlLOÉ.

Tu veux quitter ces lieux?

Mais je ne puis partir, je suis esclave.

PRAXITÈLE

Dieux !

Qu’ai-je entendu? Le sort, de ses bienfaits avare,

A peine réunis de nouveau nous sépare ?

Toi captive en ces lieux! oh! parle, cher amour.

D’où vient l’affreux malheur qui m’accable en ce jour; • Par qui la liberté t’a-t-elle été ravie?

CHLOÉ

Depuis que le destin, loin de notre patrie,

Eut entraîné tes pas, seule avec mes douleurs,

Aux vagues de la mer j’allais mêler mes pleurs.

Quand Zéphyrc, arrivant de la plage lointaine, Rafraîchissait mon front de sa suave haleine,

Mon cœur était plus calme, et, dans l’air embaumé,

Je croyais respirer ton souffle bien-aimé.

Quand des myrtes la brise agitait les ramures,

Je retrouvais ta voix dans leurs plaintifs murmures. Lorsque venait le soir, quand Phœbé, sur les flots, Penchait so.n front d'argent, phare des matelots,

Page 1