SCÈNE VI
Les mêmes, cachés, ACATHON, PHIDIAS, CALLI.MAQUE,
CLÈON.
CLËON.
Nous voici tous ensemble.
Allons, décide-toi; montre-nous ta Vénus.
CAI. LIMA QUE
Il me tarde de voir ses charmes inconnus.
Nous allons rire un pou.
AG AT H ON, ouvrant le pavillon.
Riez donc.
. PRAXITÈLE, caché A part.
Ali! Ma vue
Se trouble; Phidias est devant ma statue.
'Qu’en dis-tu, Phidias?...
(Phidias reste eu contemplation devant la statue saus mot dire. Comme dans le premier acte, la statue est cachée au public, les acteurs seuls sont censés la voir.)
CH LOÉ, cachée, montrant la statue à Praxitèle.
Dieux ! quelle illusion !
Praxitèle ! voilà, voilà ma vision.
Elle est là, devant moi, je la vois, c’est...
PRAXITELE.
Achève.
CH LOÉ
Le marbre qu’à Milo tu sculptais dans mon rêve.
PRAXITÈLE, même jeu.
Dans ton rêve? oui, c’est toi...
CLÉ ON, k Phidias.
Vrai, ce n'est pas trop mal !
AGATHON
Tu vois que lorsqu’on veut on fait de l’idéal.
Comme toi, Phidias.
PRAXITÈLE, à part.
Ah ! mon àme est émue,
Mon front brûle !
PHIDIAS, & Agathon.
C’est toi qui fis cette statue ?
AGATHON
Oui, c'est moi.
PHIDIAS
Tu veux rire.
ACATHON.
Eh 1 non, je ne ris pas.
PniDIAS.
Quoi? tu veux soutenir...
AGATHON
Sans doute, Phidias.
PHIDIAS, à Agathon.
Agathon, je suis franc, moi, je ne sais pas feindre :
Ce n’est point ton ouvrage.
AGATHON
Ah ! c’est trop me contraindre !
Ce langage me blesse, et, je le jure ici,
Je ne souffrirai plus que l’on m’outrage ainsi.
Des succès d’un rival ta vanité s'irrite!
Dans Athènes toi seul as donc quelque mérite?
Hormis toi, nul ne peut être appelé sculpteur!
PHIDIAS
Moi, bassement jaloux ? tu juges mal mon cœur, , Agathon, il est pur.de toute ignominie.
Et je fus toujours fier d’honorer le génie.
Ce marbre est un chef-d’œuvre.
PRAXITÈLE, caché à part.
O ciell qu’ai-jc entendu ?
Phidias ! un chef-d’œuvre ! hélas ! je l’ai perdu.