SCÈNE III
Les MÊMES, CHLOÉ, entrant rivement et se précipitant dam les braa de Praxitèle qui la regarde d’un air égaré.
CHLOÉ
Je me suis échappée et j’accours dans tes bras.
ASPASIE
Sa raison est troublée, il ne te connaît pas.
CHLOÉ
O ciell Que dites-vous? Sa raison... Praxitèle,
Reconnais-moi; c’est moi, moi, taChloé Adèle;
Mais, qu’as-tu donc? Pourquoi cet aspect égaré?
Regarde-moi ces traits qui t’avaient inspiré :
Ce sont les miens.
ÀSPAStE.
Tu vois, il se tait.
> CHLOÉ
Ahl Je tremble!
(Avee beaucoup de tendresse.)
Viens, parlons de Milo; là, nous vivions ensemble,
Là nous étions heureux; souviens-toi des beaux jours Où libres, souriants... -
PRAXITÈLE, revenant à lui.
Oh ! parle-moi toujours.
Je n’éprouvai jamais une ivresse pareille;
Oui, mon âme endormie à ta voix se réveille, .
Ma Chloé, maintenant je renais de nouveau :
Le soleil de l’amour éclaire mon cerveau.
LA VfcNÜS- DE MILO.
CHLOK.
Àh ! Je le savais bien !
PRAXITÈLE
Je ne suis plus le môme.
J'ai toute ma raison, à présent, et je t’aime.
J’ai brisé ma Vénus, mais, vois-tu, cher amour. Près de toi j’en puis faire une plus belle un jour.
CHLOÉ
Crois-moi : la gloire n’est qu’une vaine fumée. Moi je t’aime pour toi, non pour ta renommée. Aux applaudissements conquis au Parthénon ,
Je préfère ta voix qui murmure mon nom.
ASP ASIE.
Chloé I Que ton amour ne soit pas égoïste, Aime-le, comme on doit aimer un grand artiste. L’amour, de l'art divin sublime inspirateur,
Ne doit pas étoufler mais grandir le sculpteur. C’est toi qui l’inspiras, sois fière de sa gloire,
Et la postérité bénira ta mémoire.
La Grèce te devra son génie, et les dieux Protégeront l’amour qui le fit glorieux.
Nous allons couronner ton œuvre, Praxitèle.
PRAXITÈLE
On va la couronner?
ASPA31E.
Sans doute.
PRAXITÈLE
Où donc est-elle?
11 ne doit en rester que d’informes débris Et...
Quoique mutilée on lui donne le prix.
Le prix! Elle a le prix, ma Vénus? Parle encore. Je t’écoute.
ASPASIE
Ton œuvre, un autre s’en honore.
Cet autre est Agathon; mais je veux dévoiler La vérité.
PRAXITÈLE
Non, non, il ne faut pas parler;