SCÈNE II
ASPAS1E, PRAXITÈLE.
Aspasie s’est un peu retirée en arrière pour dire les derniers vers.— Pendant ce temps, Praxitèle marche d’un air égaré sous le péristyle en cherchant à se rendre compte de l’endroit où il est.
PRAXITÈLE
Où suis-je donc, ici ?
ASPASIE
Voilà le Parthénon.
PRAXITÈLE
Auprès de Phidias qu’on y grave mon nom.
Oui, Vénus m’a promis la gloire... elle m’appelle.
(changeant tout A coup de ton.)
Agathon de Chloé voulait faire un modèle.
Je viens de la tuer! j’ai bien fait, n'cst-ce pas?
Pour éviter l’horreur de la voir dans ses bras,
Je l'ai, comme un barbare, à mes pieds abattue.
(il s’approche d’une colonne et en touche le marbre avec émotion.)
Du marbre 1 ah 1 je vais faire une belle statue!
LA VÉNUS DE MlLO.
L’amour m'inspirera ! Chloé, sous mon ciseau, Renaîtra. Je veux faire un chef-d’œuvre nouveau.
(il essaye de travailler.)
Mais non; je ne peux pas, vois-tu. Ma pauvre tète Semble un vaisseau fouetté d’une horrible tempête. Pourtant, si j’en ai bien gardé le souvenir,
Vénus me promettait un riant avenir.
ASPASIE
Ranime ton espoir.
PRAXITÈLE
C’est étrange, il me semble Entendre encor sa voix; la tienne lui ressemble; Serait-ce toi, Vénus?
aspasie.
Praxitèle, oui c’est moi.
Sous le nom de Vénus je me montrais à toi.
Je te disais qu’un jour la Grèce serait fière...
PRAXITÈLE
O puissante déesse, exauce ma prière,
Rends-moi Chloé; qu’ici ses yeux revoient le jour. Je t’en prie à genoux, ô mère de l’amour!
Ah l ne repousse pas mes vœuxl
ASPASIE
Mais, Praxitèle,
Je ne suis point Vénus, je suis une mortelle.
Ah! reprends ta raison, ta Chloé vit encor.
Elle vit! Que dis-tu? MaCbloé, mou trésor,
Elle est vivante?
Oui.
aspasie.
PRAXITÈLE
Dérision cruelle I Ah ! tu veux me tromper, je le sens.
ASPASIE
Praxitèle,
Crois ce que je te dis, bientôt tu la verras.
PRAXITÈLE
Tu médisais : Courage et tu triompheras!
Je ne triomphe pas pourtant 1 Elle est bien morte. Je l’ai tuée, hélas! Tu vois bien cette porte?