CONCLUSION PHYSIOLOGIQUE
La vie , dans son acception la plus générale, est une. des forces, un des principes de l’univers.
— La vie , telle que nous la connaissons par ses phénomènes sensibles , appréciables à nos sens , est inhérente à notre planète ; elle procède d’elle et ne peut s’éteindre que par un bouleversement de fond en comble et une transformation de la matière qui compose notre planète. Mais, après ce bouleversement et cette transformation qui anéantiront les espèces existantes, d’autres espèces surgiront, tout à fait différentes de celles d’aujourd’hui. La vie étant une des forces, un des principes de l’univers, ne peut disparaître qu’avec lui; or, si l’univers est éternel, la vie. doit l’être également.
Le but de la vie est la génération. — Toutes les espèces vivantes se recherchent et se reproduisent, » aucune d’elles n’échappe à cette grande loi. Cette vérité devient évidente pour le naturaliste, lorsqu’il voit que, chez beaucoup d’espèces inférieures, la vie des procréateurs cesse dès qu’ils l’ont transmise aux êtres procréés. — Dans les espèces supérieures , le but de la vie est absolument le même, avec cette seule différence que la période procréatrice a une durée plus longue.
S IV
Les organes générateurs jouent le rôle principal dans l’existence physique de l’homme et de la femme ; ainsi l’a voulu la nature pour perpétuer la vie sur le globe terrestre. C’est pendant la pé-
riode que nous nommerons génitale , qui s’étend dé la puberté à la première vieillesse, que l’être humain jouit de la plénitude de toutes ses facultés. Cette période est celle de la vigueur physique et morale ; elle renferme les âges de la jeunesse et de la virilité, durant lesquels la vie est semée d’amour et de plaisirs, de succès et d’insuccès, d’espérances et de déceptions. Les désirs brûlent au fond du cœur de l’homme qui possède les instruments pour les satisfaire ; si des obstacles s’opposent à leur réalisation , il espère les voir bientôt s’aplanir ; car il a du temps
devant lui, et il retrempe, ses forces dahs cet
espoir.
Pendant la période génitale, la plus belle et la plus longue de son existence , l’homme' est incessamment occupé à augmenter, à assurer son bien-être, à satisfaire plus ou moins modérément ses besoins et ses passions. Lorsqu’aucun revers ne le fait déchoir de la position qu’il s’est acquise ; quand son moral est sain, son corps exempt d’infirmités, la vie est pour lui un bienfait, un bonheur. Cette heureuse période devrait durer
toujours Mais, hélas ! la marche du temps est
rapide...., la cinquantaine arrive; la -vigueur physique baisse quoique insensiblement ; les désirs sont moins pressants et leur satisfaction n’est que le pâle reflet „des plaisirs d’autrefois. Bientôt la soixantaine l’atteint C’est la première vieil-
lesse : la période génitale penche à sa fin. L’or-
gane procréateur sommeille , et si parfois l’imagination vient le réveiller, ce triste réveil n’est que momentané et ne procure pas les voluptés
qu’on en attendait C’est l’âge des premiers
regrets.
Six ou dix ans plus tard , selon le tempérament du sujet et la conduite qu’il a menée, la faculté procréatrice languit de plus en plus et Finit par s’éteindre tout à fait ; c’est la période de l’impuissance sénile, la dernière de la vie. Le physique et le moral éprouvent un changement très-sensible ; les goûts ne sont plus les mêmes, les idées sont remplacées par d’autres moins riantes. Le grand mobile de la reproduction n’existant plus, le septuagénaire éprouve, parfois, des regrets au souvenir de ses amours juvéniles bien loin de lui!.... C’est un nuage qui passe et se dissipe plus ou moins vite.
11 est des hommes d’un tempérament qualifié d’amoureux, qui, durant toute leur vie, ont voué un culte à Vénus ; dominés par l’instinct génital, pendant la longue période de la jeunesse à l’âge de déclin, ils arrivent à la vieillesse avec le même penchant, les mêmes désirs. Alors, ce n’est plus l’instinct génital qui les pousse, qui les excite, c’est l’imagination, la folle du logis. — Mais l’imagination, si prompte autrefois à stimuler l’organe copulateur, reste impuissante aujourd’hui, et le piteux vieillard se consume en vains efforts, à la porte du temple.
Les auteurs qui ont écrit sur ce sujet s’accordent à dire que l’amour physique est ridicule chez le vieillard ; ses caresses sont répulsives et sa maigre offrande est presque toujours un échec à sa longévité.
Etonné d’ahord de- son impuissance , ensuite honteux, affligé, quelquefois désespéré, le vieillard encore vert se révolte, accuse la nature de sa cruelle disgrâce.... ; il ne peut croire à sa nullité présente. Elle n’est que momentanée, pense-t-il, et aussitôt il se met à la recherche des moyens propres à, conjurer cette décadence. Il lit les ouvrages qui traitent de l’impuissance ; il essaie divers excitants, rien...., l’organe reste muet aux stimulants les plus forts. Enfin, après plusieurs tentatives infructueuses, il appelle à son secours la raison, pour chasser l’idée fixe qui l’obsède...., et, lorsqu’il croit en avoir triomphé, un sourire de femme, une circonstance fortuite ramènent la même idée aussi vivace et plus pressante ! Cette perfide recrudescence est un commencement de vésanie . Si l’érotomane ne parvient pas à expulser entièrement de son cerveau l’idée fixe qui le tourmente, hélas ! il ne tardera point à en être victime. C’est, en effet, >ce qui a lieu : la raison l’abandonne tout à fait, et le malheureux s’éteint bientôt dans les transports d’un délire érotique.
D’autres vieillards, et fort heureusement c’est le plus grand nombre, après avoir longtemps et
amèrement regretté leur vigueur d’autrefois, après avoir inutilement tenté d’en reproduire le pâle reflet, finissent par comprendre la vanité de leurs efforts et l’absurdité de leur passion. Alors, l’éroticité se dissipe, le calme renaît au cerveau, la raison reprend son empire, et le vieillard, à jamais débarrassé de son ridicule amour, se montre plein d’attentions pour les dames et promène autour d’elles son aimable galanterie. Il aime toujours la femme, il professe toujours un culte pour la beauté, mais non comme naguère ; son rôle désormais se borne à celui d’admirateur.
De soixante-dix à quatre-vingts ans et au-delà pour ceux qui parcourent cette période , le cercle des distractions se rétrécit de plus en plus; le nombre des amis de son âge va toujours en diminuant, les infirmités arrivent, la vie s’écoule froide et monotone. Heureux le septuagénaire dont l’esprit a été cultivé ! il trouve encore de doux moments à passer avec ses auteurs favoris.
Le septuagénaire ne doit plus songer à Vénus..., mais d’autres plaisirs lui restent encore : ceux que lui procurent l’amour de ses enfants et les joies bruyantes de ses petits-enfants ; le plaisir qu’il goûte au milieu de ses vieux amis, dont la conversation roule presque toujours sur le temps passé. — Un autre plaisir s’offre à lui, le plaisir de la bienfaisance, si doux, si pur, et qui ne laisse jamais d’amertume au cœur. . .
Vieillards ! mettez à profit le peu de jours qui vous séparent de la tombe, pour utiliser votre longue expérience et éclairer de vos conseils les gens fourvoyés ; pour multiplier vos actes de bonté et de générosité; pour vous faire aimer et vous attirer la reconnaissance de tous ; et lorsque vous ne serez plus, pour qu’on vous regrette et qu’on bénisse votre mémoire.