DE LA PRÉDOMINANCE GÉNITALE
D’après cette théorie, la cause de la détermination sexuelle de l’embryon existe dans la force absolue de l’appareil génital de l’un des auteurs, et non dans sa force musculaire , ainsi qu’on le croit généralement. On voit tous les jours des
Hercules n’engendrer que des filles, et des femmes chétives n’engendrer que des garçons.
L’homme transmet avec d’autant plus de facilité son sexe à l’enfant, que les attributs de sa masculinité sont plus développés, plus complets, et que la force génitale de sa femme sera moins développée, plus faible.
La femme transmet d’autant plus facilement son sexe à l’enfant, que les attributs de la féminité sont, en elle, plus développés, plus complets et que la force génitale de son époux est plus faible, comparée à la sienne. — En d’autres termes : celui des deux conjoints dont la puissance génitale l’emporte sur celle de l’autre, donne son sexe à l’enfant.
Les observations et les faits militent en faveur de cette loi physiologique, qui n’aurait d’exception que dans les cas infiniment rares, où les deux procréateurs, homme et femme, sont parfaitement égaux en force génitale.
On voit des mariages qui ne produisent que des filles, comme aussi on en voit d’autres qui ne donnent que des garçons. — La plus légère attention fera découvrir que, dans les premiers, la masculinité de l’homme est au-dessous de la féminité de la femme; et, dans les seconds, que la féminité de la femme est au-dessous de la masculinité de l’homme.
Ces faits s’accordent avec les théories de plusieurs auteurs sérieux qui ont écrit sur la géné-
ration. — Bailly et Wolstein ont toujours vu les hommes à constitution délicate et nerveuse, engendrer des enfants mâles, lorsqu’ils étaient mariés à des femmes fortement musclées, à des viragos tenant plutôt de l’homme que de la femme. — Girou de Bazareingues a remarqué vingt fois sur une, que les hommes robustes , de constitution athlétique, mariés à des femmes frêles et délicates, donnaient le jour à des filles, parce que la puissance génitale de celles-ci l’emportait sur la force génitale de ceux-là.
C’est ainsi qu’aurait lieu la détermination des sexes et dans l’espèce humaine et chez les animaux ; lorsqu’il y a déviation à cette loi , il faudrait en chercher la cause dans les altérations et mutations survenues à la puissance génitale; exemple : — Tel homme, organisé pour procréer des garçons, a eu de sa femme 2, 3 ou 4 enfants mâles; le cinquième et le sixième sont des filles. Pourquoi cette interruption? — Par la simple .raison que la force génitale de cet homme a éprouvé une altération, soit par des fatigues physiques ou morales, soit par des indispositions, des maladies ou toute autre cause. Sa force génitale a baissé, tandis que celle de sa femme est restée intacte, ou bien s’est élevée au-dessus de celle de son mari; conséquemment elle a donné son sexe à l’enfant.
Dans la généralité des cas les choses se passent ainsi; néanmoins, il peut se faire que cet
ordre de choses soit renversé; que le facteur dont la force génitale est plus faible donne son sexe au produit; mais ces cas sont assez rares; ils ne se présentent que lorsque le facteur le plus faible puise une force éphémère dans la suprême exaltation de ses facultés physiques et morales au moment de l’acte reproducteur. Alors, sa puissance génitale s’élève au-dessus de celle de l’autre facteur.
D’autres mariages donnent des résultats contraires; c’est la femme qui a la prépondérance génitale sur son mari; elle n’engendre que des filles. Mais , comme dans le cas précédent , une altération peut survenir dans ses organes sexuels , et la force • génitale supérieure dont elle jouissait, peut descendre au-dessous' du niveau de celle de son mari , alors elle procréera un garçon, par la raison que la puissance génitale de son mari dominait la sienne au moment de la fécondation.
Ces sortes de mutations, de substitutions de la prépondérance génitale de la femme à l’homme et de l’homme à la femme, arrivent fréquemment, et sont la cause permanente de la différence des sexes dans une même famille. Elles ont, très-probablement, leur source dans les- modifications inappréciables des fonctions nerveuses du système génital.
Doit-on conclure de ces faits que le conjoint dont la force génitale est supérieure à.
celle de l’autre , donnera invariablement son sexe au produit?.... Oui, lorsque les choses marchent régulièrement* et non, dans le cas contraire.
Ainsi que les autres organes du corps sont sujets à des maux, à des faiblesses; de même les organes de la génération ont leurs moments de défaillance. L’acte reproducteur exercé en de semblables moments doit nécessairement s’en ressentir. Il arrive alors que celui qui était fort la veille, se trouve faible le lendemain. Aujourd’hui il eût procréé un garçon; demain ce sera une fille, parce que sa force génitale est tombée audessous de celle de la femme; et réciproquement.
Parmi les influences qui produisent des baisses sensibles de la force génitale, les unes agissent sur l’heure , les autres après un laps de temps plus ou moins long.
L’ébriété, l’indigestion, la fatigue excessive, une vive douleur, la crainte, l’effroi, etc., etc., agissent immédiatement. Le coït pratiqué sous de telles influences, s’éloigne de la règle générale, et ne donne que de tristes produits, tantôt mâles, tantôt femelles, selon la supériorité génitale de l’un ou de l’autre facteur.
Les influences qui agissent après un certain temps sont : les maladies chroniques , les longues souffrances physiques et morales, les passions tristes , les excès en toutes choses et enfin, l’âge.
L’ énervation, l’épuisement du corps, l’abus du coït déterminent , chez l’homme, une dégradation très-sensible ddi forces génitales; dans cet état il n’engendre ordinairement que des filles. 11 n’en est pas de même pour la femme: on a remarqué, qu’en général, les courtisanes, les prostituées, lorsqu’elles étaient fécondées, procréaient plus de garçons que de filles. Plusieurs médecins accoucheurs ont signalé ce fait, qui cesse de paraître étrange quand on sait que l’exercice d’une fonction entretient son énergie et que le repos, trop prolongé, la débilite. Hâtons-nous de dire que par le mot exercice il ne faut pas entendre l’abus. Il est certain que les jouissances vénériennes prises immodérément, poussent la femme à la masculinité, tandis qu’elles font descendre l’homme à la féminité. Donc, il est logique, et les faits le prouvent, que la courtisane fécondée donne le jour plutôt à un garçon qu’à une fille.
La modération dans les plaisirs de Vamôur, est de toute nécessité pour l’homme qui veut transmettre son sexe à l’embryon; nous en avons donné plus haut la raison.
De toutes les influences, la plus -puissante esi l’influence de l’âge. En effet, la force relative et absolue des organes générateurs, se trouve sous l’entière dépendance des différents âges de la vie. Très-faible pendant l’enfance, elle se
développe peu à peu, se caractérise par des signes non équivoques à la phase de la puberté, et atteint son plus haut degré de 25 à 30 ans; elle reste stationnaire jusqu’à 40 ans; décline peu à peu, d’une manière plus ou moins sensible, selon les tempéraments et le genre de vie, et finit par s’éteindre vers 65 ou 70 ans. — L’école hippocratique, chez les anciens, avait observé que les hommes très-jeunes, mariés à des femmes plus âgées qu’eux, procréaient d’abord des filles et n’engendraient des garçons qu’au jour où leur virilité était arrivée à un degré supérieur. Les hommes avancés en âge procréaient plus de filles que de garçons , parce que leur énergie virile avait baissé.
Les observations des. médecins modernes sont exactement les mêmes : pendant la première jeunesse et aux approches de la vieillesse, les hommes engendrent plus de filles que de garçons. Les recherches historiques de Girou établissent que les hommes mariés fort jeunes n’engendrent, en général, que des filles : à un âge plus avancé, c’est-à-dire pendant leur virilité, ils engendrent plus de garçons. — Dans les mariages où les conjoints sont du même âge, la progéniture est plus souvent femelle. — Lorsque la femme est plus âgée que l’homme, elle donne son sexe au produit ; si l’homme est plus âgé, il engendre ordinairement un garçon.
L’auteur que nous venons de citer, M. Girou, a relaté dans son traité sur la génération de fort curieuses observations dont nous reproduisons quelques-unes (1).
M. A..., d’un caractère gai, a épousé une femme douce et mélancolique, plus âgée que lui et trèsgrosse. Ce mariage a produit sept filles et point de garçons.
M. B... a de l’esprit, la tête grosse et le corps fluet; — sa femme est chargée d’embonpoint et possède un esprit médiocre : ils ont eu cinq filles et un garçon.
M. G... a la tête grosse, il est très-maigre; — sa femme est grasse et a la tête petite ; elle est plus âgée que lui : — quatre filles et point de garçons.
M. D..., fluet et brun, a épousé une femme d’un embonpoint remarquable qui lui a donné six filles et un garçon.
M. E... a obtenu de sa femme, belle blonde, mais d’une intelligence très-commune, sept filles
(1) Les personnes qui font le sujet de ces observations, étant contemporaines, la bienséance n’a pas permis de faire connaître leurs noms ; on les a désignées par des lettrés romaines.
ressemblant au père et deux garçons ressemblant à la mère.
M. F... d’une activité physique et intellectuelle prodigieuse , et d’une rare ténacité , a épousé une femme douce et nonchalante. De ce mariage sont nés huit filles et un seul garçon.
MmeA... forte femme, ayant la voix masculine et du poil au menton/a eu sept garçons et point de filles.
Mme B petite femme sèche, bilieuse, à poitrine plate , a fait, dans l’espace de dix-huit ans , douze garçons et deux filles.
M. G..., gros homme au front bas, plus âgé que sa femme, maigre et nerveuse, a eu d’elle huit garçons et trois filles.
M. H..., d’un caractère doux et tranquille, le corps bien nourri , marié à une femme nerveuse , très-intelligente et active, a eu treize garçons semblables à la mère et point de fille.
M. I... , fils du précédent, d’un caractère doux et débonnaire , a eu , de sa femme brune et poilue , neuf garçons.
M. J... est un petit homme grêle, brun, actif, passionné. Sa femme , encore plus active , plus résolue que lui et d’un tempérament sec , lui a donné dix garçons qui ressemblent à leur mère *, et une fille image de son père.
Mme G..., atteinte de phthisie pulmonaire, a procréé cinq filles , dont trois ont hérité de la triste maladie de leur mère.
Mme D..., également atteinte de phthisie, a donné le jour à six filles; cinq sont mortes de sa maladie.
Mrae F..., née d’un père phthisique , a eu quatre filles, dont deux sont mortes de la maladie de leur grand-père.
Les notes fournies à l’auteur de ces observations par plusieurs médecins statisticiens, constatent que dix-huit femmes phthisiques ont donné le jour à soixante-quatorze filles et à treize garçons seulement; ce qui signifierait que l’élément mâle de fovaire, chez les femmes phthisiques , serait effacé par l’élément femelle.
D’après les laborieuses recherches du même auteur dans divers ouvrages sur l’histoire de France depuis le xirae siècle , jusqu’à nos jours , et d’après ses propres observations, voici les conclusions qu’il en tire :
1° Les hommes d’un grand caractère, qu’ils aient été vertueux ou pervers, ont procréé plus de filles que de garçons.
2° Les hommes faibles de caractère ont eu plus de garçons que de filles.
3° Ceux qui se sont mariés très-jeunes , ont eu plus de filles que de garçons.
' 4° Ceux qui se sont mariés après trente-cinq ans, ont eu plus de garçons que de filles.
5° Ceux qui ont été mariés à plusieurs femmes , ont eu plus de garçons du second et du troisième lit que du premier.
6° Ceux qui ont épousé des femmes d’un grand caractère, d’une volonté ferme, ont eu plus de garçons que de filles.
7° Ceux qui ont épousé des veuves , ont eu plus de filles que de garçons.
8° Les hommes du midi qui se sont mariés avec des femmes du nord , ont eu plus de filles que de garçons. Les hommes du nord qui ont épousé des femmes du midi, ont eu plus de garçons que de filles.
9° Les hommes de haute stature , et les hommes corpulents , ont eu plus de garçons que de filles.
Tels sont les faits consciencieusement recueillis par Girou de Buzareingues , dans son traité sur la génération , ouvrage rempli d’intéressants détails. Ces faits isolés ne sauraient constituer une loi, -mais ils peuvent être d’un grand secours aux physiologistes qui se livrent à cette étude.