SIXIÈME OBSERVATION
Un très-haut fonctionnaire avait marié sa fille, âgée de 20 ans, à un jeune colonel de grande famille. Elevée dans le luxe et la mollesse, cette jeune demoiselle offrait tous les signes d’une frêle organisation : petites mains, petits pieds, taille % mince, élancée, mais, hélas ! sur la poitrine, absence de ces organes charmants dont les yeux
aiment à caresser les séduisants contours ; la funeste mode du corset en avait arrêté le développement. Le corps de cette mignonne créature était d’une délicatesse aristocratique ; mais voilà
tout....
Trois années de mariage se passent, et, malgré la vigueur du colonel, point de résultat. Un voyage en Italie fut ordonné. Ce moyen réussit; Mmc la colonelle accoucha d’une fille. — Chaque année on faisait un voyage, tantôt au nord, tantôt au midi, dans l’intention d’obtenir un rejeton mâle ? Vain espoir ! toutes les fécondations produisaient des filles... On en possédait trois! c’était déjà trop....
Le colonel, devenu général, dépassait sa quarantième année ; sa femme atteignait sa trentecinquième, que faire ? On consulta des médecins qui, comme précédemment, conseillèrent les voyages. — Ce moyen, objectait le général, ne nous donne que des filles..... — On répondait : il faut tout attendre de la nature.
Ces réponses ne le satisfaisant point, il alla trouver des charlatans et des charlatanes. Mais, le général, homme de bon sens, ne voulut point croire à leurs moyens aussi puérils qu’absurdes, et eut le bon esprit de confier son secret à un physiologiste qui, depuis longtemps, s’occupait d’expériences sur la génération. Après avoir exploré la jeune dame, le vieux praticien dit au mari : « Votre femme est bien constituée pour faire
des filles ; elle est complètement femme, et c’est pour cela qu’elle donnera toujours son sexe aux , enfants qu’elle procréera, si, bien entendu, s^ constitution reste telle qu’elle est. Pour obteni * un garçon, il est de toute nécessité de métamorphoser son organisation, trop féminine, en une organisation qui se rapproche un peu de la masculine. Ce résultat obtenu, vous avez neuf bonnes chances contre une mauvaise de voir se réaliser vos désirs.
— Vos paroles me donnent de l’espoir, dit le général ; mais, comment opérer cette métamor • phose ?
— En combinant plusieurs moyens, et en le faisant converger au même but : les exercices du gymnase, l’équitation, l’escrime, la natation, le; promenades de plaisir, en un mot tout ce qui peut détruire la féminité et développer la forci corporelle. En joignant à ces divers exercices, une alimentation riche en principes stimulants nutritifs, vous arriverez, je n’en doute point, à cette métamorphosé qui doit favoriser la formation d’un ovule mâle. Selon moi, c’est la femme qm produit la matière de l’embryon, l’homme ne fail que la féconder, c’est-à-dire donner la vie à cetU matière.
Le général, convaincu, serra la main du physiologiste, avec reconnaissance, et sa femim: commença le jour même à suivre strictement le prescriptions indiquées.
Une année s’était à peine écoulée, depuis cette consultation, que l’heureux général, entouré de sa famille et de celle de sa femme, fêtait la naissance d’un fils.