ET DES SOINS QU’ELLE RECLAME
Du jour où le travail de J a grossesse commence, la femme doit se dévouer à l’être qu’elle nourrit dans son sein. Toutes les mères désirent invariablement des couches heureuses et un bel enfant. Or, pour obtenir ce beau résultat, il n’est besoin que d’adopter et de suivre un régime alimentaire convenable et une règle de conduite favorable au maintien de leur santé et à la belle croissance de leur fruit.
Régime alimentaire.
La femme enceinte se nourrira de substances alimentaires riches en principes nutritifs, et de facile digestion. Le nombre des repas et la quantité des aliments seront réglés sur son appétit et sur les forces digestives de son estomac. Elle excluera de sa table les viandes salées, fanées ou faisandées et, en général, tous les mets échauffants. Elle fera acte de ^agesse en se privant de
pâtisseries suant le beurre, d’entremets gras, toujours assez lourds à passer. Les aliments gélatineux, les viandes blanches rôties, les confitures, compotes, et les boissons délayantes conviennent particulièrement aux femmes dont le gros intestin est paresseux; ce qui les rend sujettes aune constipation, quelquefois très-incommode, et qui exige l’injection rectale.
Les liqueurs alcooliques, le café noir et le thé vert seront proscrits pendant la grossesse; les excitants de ce genre peuvent être dangereux.
De nombreuses observations médicales tendent à établir que les femmes qui s’alcoolisaient antérieurement, et qui continuent à s’enivrer pendant leur grossesse,, donnent souvent le jour à des enfants idiots, crétins, épileptiques ou affectés de toute autre dégradation physique et morale. Il n’en est pas de même du café et du thé au lait ; les femmes habituées à ces boissons, peuvent en continuer l’usage, sans inconvénient.
On doit souvent respecter les habitudes ; priver brusquement la femme enceinte d’un aliment ou d’une boisson dont elle use à chaque jour, avec plaisir, n’est pas logique. Nous pensons que, si le café et le thé purs sont excitants, ils perdent cette propriété quand ils sont largement coupés de lait. Le seul inconvénient qu’offre le café au lait, c’est de séjourner longtemps dans l’estomac et d’effacer l’appétit. — L’expérience a prouvé que, pour être digéré, le lait doit, préalablement, être
caillé par le suc gastrique ; la café possède la singulière propriété de s’opposer au caillement du lait; d’où il résulte qu’il séjourne cinq à sept heures dans l’estomac, avant de passer dans l’intestin ; pendant ce temps, la faim ne se fait pas sentir ; c’est ce qui a fait dire à un expérimem tateur éminent, que le café au lait ne nourrissait que fort peu , mais qu’il empêchait de dénourrir. Voyez le pourquoi dans notre Hygiène alimentaire (1).
La température des boissons n’est pas chose indifférente pour la femme enceinte ; trop froides, elles sont dangereuses pour la vive impression qu’elles produisent; — trop chaudes, elles ont aussi leurs inconvénients.
SECTION I
Plus la femme avance dans sa grossesse, et plus elle doit porter une sérieuse attention sur ses fonctions digestives et exonératrices. La santé de
(1) Hygiène alimentaire, indiquant la composition chimique, la qualité et les propriétés de toutes les substances alimentaires ; — leur richesse en principes nutritifs; — leur meilleur mode de préparation et leurs divers degrés de digestibilité, etc.
son fruit dépend de la sienne ; les indispositions qu’elle éprouve retentissent toujours sur lui, c’est un fait incontestable. Or, elle devra, nous le répétons, régler sa nourriture sur les besoins de son estomac; lui donner ou attendre selon qu’il demande ou se tait. Nous lui recommandons de se défier de ces perversions d’appétit, appelées envies de femmes enceintes, qui ne sont que les symptômes d’une affection nerveuse des voies digestives, s’irradiant au cerveau, qu’il est souvent dangereux de satisfaire, et qu’on doit toujours combattre par la raison.
Pourquoi se forcer à manger, lorsqu’il y a inappétence ? Pourquoi ne pas suivre l’instinct de l’estomac fatigué, qui demande a se reposer ? — Il faut que je nourrisse mon enfant, répond la femme ignorante ; si je me force à manger, c’est pour qu’il ne pâtisse point. Cette femme devrait suivre l’exemple de sa chatte ou de sa chienne, qui, guidées par l’instinct, ne mangent point, lorsqu’elles n’ont pas faim. — Je n’ai pas faim de ceci, dit cette autre femme, mais j’ai une folle envie de cela...
Oh! oui, bien folle..., car souvent elle mange des choses malsaines, répugnantes... Cette grave erreur, ce dangereux préjugé que perpétuent les commères, est des plus préjudiciables à la mère et à l’enfant. La femme raisonnable s’affranchit de ce préjugé stupide et ne tarde pas à s’en applaudir. En effet, lorsque l’appétit lui fait dé-
faut, c’est un avertissement que lui donne son estomac et qu’elle écoute; satisfaire les envies qui naissent de l’imagination , c’est mépriser cet avertissement et se préparer des douleurs pour plus tard.
En résumé, la femme intelligente doit diminuer la quantité de ses qliments aussitôt qu’elle éprouve une perte d’appétit, un malaise; il y aurait sagesse de sa part de supprimer un repas, si l’inappétence continuait, parce que la perte de l’appétit annonce une mauvaise disposition, une irritation ou une fatigue de l’estomac. Si dans cet état elle persiste à ne pas écouter l’avertissement de la nature, c’est-à-dire à manger comme précédemment, les digestions deviennent de plus en plus laborieuses, l’estomac fatigué refuse et l’indigestion se manifeste par le vomissement ou la diarrhée ; l’indigestion chez la femme enceinte est toujours nuisible au fœtus, qui reçoit de sa mère des sucs mal élaborés. Les indigestions fréquentes enrayent le développement de l’enfant, et sont une cause de rachitisme, de scrofule, et quelquefois de monstruosité. Une violente indigestion peut provoquer l’avortement !.... Ce grave accident mérite réflexion.
SECTION II
DE L’HABITATION, DES VÊTEMENTS, DES EXERCICES ET DES DISTRACTIONS PENDANT LA GROSSESSE.
Habitation.
Un local spacieux, bien aéré, éloigné de toute cause d’insalubrité, est une des conditions favorables à la femme enceinte. L’exposition de la chambre à coucher n’est pas indifférente ; on doit, autant que possible, choisir la pièce qui regarde l’Orient. — La propreté de l’appartement, le renouvellement de l’air, plusieurs fois par jour, l’aération des divers tissus qui composent le lit, sont indispensables. L’air confiné, réceptacle des gaz de la respiration et des émanations du corps, est nuisible à l’importante fonction des poumons : cet air ne contenant plus la quantité d’oxygène nécessaire pour métamorphoser le sang noir veineux en sang rouge artériel, il s’ensuit, évidemment, que le sang artériel a perdu de ses qualités vivifiantes. La femme intelligente comprendra que si .son sang est vicié, le sang du fdetus le sera également.
Les odeurs fortes, suaves ou nauséabondes sont également à redouter des femmes nerveuses en-
ceintes ; car elles peuvent occasionner des céphalalgies, des maux de cœur, des faiblesses et même des défaillances.
Des vêtements.
Les législateurs de l’ancienne Grèce et des Romains avaient édicté une loi qui défendait aux femmes enceintes de se serrer la taille avec des ceintures, et qui les obligeait à porter des robes dont l’ampleur permît à la matrice et au fœtus de se développer en toute liberté. — Le mot enceinte f dans son acception primitive, signifiait privée de ceinture, parce qu’à Rome les coquettes du grand monde avaient la manie de se serrer la taille et de comprimer les seins. Cette loi, qu’on devrait remettre aujourd’hui en vigueur, diminuerait, sans nul doute , le nombre si grand des accouchements laborieux, des enfants infirmes et contrefaits.
Si les vêtements trop étroits, si les ceintures et particulièrement le corset ont de .graves inconvénients pour les femmes à l’état ordinaire , ces inconvénients augmentent en gravité pour la femme enceinte !... Que nos lectrices veuillent bien lire attentivement ce qui suit.
§ II
Avertissements donnés par le fœtus à, la mère.
A partir du sixième mois de sa grossesse, la femme doit redoubler de précautions; son fruit se développe chaque jour ; il a acquis une longueur de 30 à 35 centimètres, et un poids de 600 à 700 grammes; il s’agite dans l’utérus, et, par ses mouvements brusques, indique la gêne qu’il éprouve de certaines positions du corps de sa mère. Ces mouvements sourds, plusieurs fois répétés, sont des avertissements qui doivent tenir en éveil la prudence de la femme, relativement à ses attitudes et à ses vêtements. Si une coquetterie intempestive ; si les absurdes usages du monde et les modes, plus absurdes encore, l’avaient forcée jusqu’ici à conserver des vêtements qui ne conviennent plus à sa position présente, elle devra s’en affranchir immédiatement, et prendre d’autres vêtements dont l’ampleur permette aux organes de la gestation de se développer en toute liberté.
§ III
Le Corset.
La pression continue que le corset exerce sur la base des seins met obstacle à la circulation du sang dans les glandes mammaires. Supposons, par exemple, que le sang qui doit être distribué à ces glandes soit de 100 grammes par heure ; s’il n’en arrive que 50, l’organe, ne recevant point de nourriture suffisante,’ languit nécessairement et s’atrophie ; c’est ce qui fait, qu’en général, les femmes à taille mince sont dépourvues de ces charmants organes, le plus bel ornement du corps (1).
Les femmes , qui, par des raisons particulières, s’obstinent à garder leur corset pendant les derniers mois de leur grossesse, commettent une grave imprudence. En effet, la sensibilité du sein, déjà augmentée par le gonflement naturel qui précède l’époque où il doit remplir sa fonction, s’exaspère, et ces glandes deviennent le siège de très-vives douleurs.
Si de la poitrine nous descendons à la taille,
(1) Voyez le très-utile ouvrage de l 'Hygiène de la 'poitrine , des pieds et des mains , dont la lecture a préservé un grand nombre de dames, de plusieurs disgrâces et infirmités.
nous voyons que le corset , les liens ou la ceinture compriment les côtes, les poumons, le cœur, l’estomac, la partie supérieure du foie et le premier intestin. G’esL pourquoi les demoiselles et les femmes à taille fine sont maigres, chétives , pâles, exsangues , n’ont point d’appétit et digèrent difficilement. Beaucoup, parmi elles, ont l’haleine forte et sont affligées d’une infirmité particulière à leur sexe.
La pression sur le ventre offre des dangers non moins graves pour la mère et son fruit. Cette pression du çorset nuit au développement de la matrice, qui augmente de volume en raison directe de la croissance du fœtus ; elle force quelquefois cet organe à prendre une position vicieuse, qui est une cause de déformation' de l’enfant et quelquefois d’un avortement. On cite même des cas où l’accouchement naturel ne pouvant avoir lieu, on a été forcé d’avoir recours aux instruments obstétricaux !... accouchement bien souvent funeste à la mère ou à l’enfant.
Il est également dangereux, pendant les derniers mois de la grossesse, de comprimer , de serrer les jambes au-dessus et au-dessous du genou avec des jarretières peu élastiques, parce que la pression qu’exerce le poids de la matrice sur l’origine des vaisseaux qui , du bassin., se distribuent aux parties inférieures des jambes, les prédispose aux engorgements œdémateux et aux dilatations variqueuses. — Les chaussures trop
étroites ont aussi leurs inconvénients, en mettant obstacle à l’ascension du sang veineux et aux fonctions des vaisseaux lymphatiques.
Nous suspendons ici notre narration sur la femme enceinte, pour donner à l’époux un conseil qui intéresse la mère et l’enfant.
5 IV
Recommandation de haute importance, s’adressant aux pères.
Si, parmi les animaux , on rencontre moins de difformités , c’est qu’ils suivent l’instinct naturel et ne s’accouplent que pour perpétuer leur espèce.
L’homme, en les imitant, ferait preuve de sagesse ; mais , le plus grand nombre ne savent point réfréner leurs désirs ; ils sacrifient à un instant de plaisir, la bonne constitution de l’être futur.
Aussitôt après le rapprochement et la fécondation, les femelles s’isolent et repoussent les mâles ; le temps du rut écoulé , ces derniers ne les recherchent plus.
Dans l’espèce humaine les choses se passent autrement : les excitants de tous genres que multiplie notre civilisation, font naître des désirs qu’il est .fort difficile de réprimer : les jeunes époux cèdent ordinairement à l’amour , à l’attrait du plaisir; — leur résister est presque impossible....
Mais, alors, qu’ils veuillent bien écouter et suivre ces avis :
La bonne conformation, la santé, la vigueur de l’enfant, dépendent, en grande partie, de la conduite intime des deux époux pendant la gestation. Donc, à partir du sixième mois de la grossesse, les rapports sexuels doivent être interdits, par la raison plausible que la pression qu’exerceraient ces rapports sur le ventre ou les flancs de la mère et l’ébranlement nerveux qu’ils pourraient occasionner dans son système génital, nuiraient au libre développement du fœtus. Si le mari n’était pas assez raisonnable pour s’en abstenir, sa femme doit les lui refuser dans l’intérêt de l’être futur et de sa propre santé; car il est constaté par l’expérience que les hémorrhagies utérines, les ulcérations et indurations de la matrice, les couches difficiles, les vices de conformation et autres désordres organiques de la mère et du nouveau-né sont très-souvent dus aux jouissances vénériennes pendant les derniers mois de la grossesse. Pour cfonjurer de tels malheurs n’est-il pas du devoir des époux de s’abstenir ?... Enfin, dans les cas exceptionnels, où l’on ne pourrait réfréner la violence des désirs , l’acte devra s’accomplir doucement, et dans l’attitude à rétro f afin de n’exercer aucune pression sur l’abdomen de la femme. De son côté , la femme , guidée par son instinct maternel , se montrera plus raisonnable que l’homme, en res-
tant indifférente physiquement. Elle se rappellera que le fœtus, en voie de formation dans son sein, est presque gélatineux : la tête, la colonne vertébrale , les os de ses membres supérieurs et inférieurs sont d’une flexibilité, d’une malléabilité telles, que la plus légère pression, le plus petit choc altérerait leur conformation ; une convulsion, le spasme vénérien retentissant sur la ' matrice, pourrait les déformer et leur imprimer une direction vicieuse. Les personnes étrangères aux phénomènes de la vie intra-utérine , s’étonnent de voir une femme bien constituée physiquement , donner le. jour à un enfant chétif, difforme, contrefait ? Et cependant le fait est logique ; il est la conséquence naturelle des causes précitées ; les époux n’auront point à se reprocher ce malheur, s’ils pratiquent consciencieusement nos préceptes calligénésiques.
SECTION III
RÈGLE DE CONDUITE DE LA FEMME CONCERNANT LES EXERCICES PHYSIQUES ET LES DISTRACTIONS.
Une vie trop molle , trop sédentaire , de même que les exercices violents et les fatigues, sont également nuisibles à la grossesse. La femme
enceinte doit s’interdire la danse, la^course, l’équitation et la voiture mal suspendue ; — elle se livrera aux promenades en plein air, mais de courte durée. — Les occupations de l’intérieur qui exigent du mouvement lui sont favorables. — Elle s’abstiendra de fréquenter les théâtres, les bals, les concerts et autres lieux de réunion publique où l’air, vicié par des émanations insalubres de la foule, est tout à fait défavorable à la formation d’un sang pur. — Elle devra choisir des distractions plus en harmonie avec sa position : le jardinage , la culture des fleurs et les délassements de la campagne dans la belle saison. — Pendant les journées pluvieuses ou tourmentées par les vents et les orages, les arts d’agrément, si elle en possède quelquesuns, la musique, la peinture, la broderie, ia littérature lui offriront d’heureuses distractions. En hiver, les sociétés d’amis, les soirées intimes et encore, ici, les arts d’agrément qui abrègent les heures et charment nos loisirs.
SECTION IV