‹ La Vénus féconde et callipédiqueChapitre 71 sur 106 · IH · texte numérisé non relu

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Quelques physiologistes ont prétendu que le contact sexuel du blanc et de la négresse, de la femme de race blanche et du nègre, ne produisait pas toujours la couleur mulâtre. Plusieurs mariages, disent-ils, de nègres avec femmes

blanches, et d’hommes blancs avec des négresses ou des mulâtresses, ont produit indistinctement des enfants blancs, des mulâtres et des négrillons. Voici quelques-uns des faits sur lesquels ils étayent leur opinion.

Tréviranus cite l’observation d’une négresse, mariée à un blanc, qui eut de lui quatre enfants : deux filles- très-blanches, un mulâtre et un négrillon. — La procréation du mulâtre s’explique très-bien par la loi du métissage; — celle du négrillon peut s’interpréter par des rapports secrets avec un nègre ; — quant aux deux filles blanches, nous croyons le fait apocryphe.

Siebold a connu à Berlin un nègre qui procréa, avec une femme blanche, sept filles mulâtres et quatre garçons parfaitement blancs. — Pour les filles, point de difficultés ; mais pour les garçons, est-ce possible!.... Nous ne le pensons pas.

Valmont de Bomare -rapporte plusieurs cas semblables que nous passons sous silence, attendu qu’on était beaucoup plus crédule à son époque qu’on ne l’est aujourd’hui.

Le Dr Prosper Lucas, dans son remarquable et savant ouvrage sur l’hérédité, signale plusieurs faits de ce genre, dont nous extrayons les suivants.

La fille IL..., ayant profession de giletière, fut, pendant cinq ans, la maîtresse d’un nègre pur

sang; elle en eut trois enfants: deux filles et un garçon.

La première, noire comme son père, et si noire, que malgré la profonde affection de la mère pour cet enfant, elle ne pouvait se décider à sortir avec la petite négrillonne.

La seconde était une vraie mulâtresse.

Le troisième, dont elle accoucha vers la cinquième année de son concubinage, fut un garçon parfaitement blanc.

Cette giletière, vivant très-retirée, n’avait eu, dit-on commerce sexuel qu’avec le nègre.

Le premier cas est une déviation à la règle du métissage, et paraît fort douteux.

Le troisième cas est encore plus douteux ; la giletière aurait bien pu faire une infidélité à son nègre, en faveur d’un blanc.

Un cent-suisse vécut longtemps avec une négresse du plus beau noir ; il en eut beaucoup d’enfants de toutes couleurs : noirs, mulâtres et blancs. '

Mulâtres : — oui; c’est la conséquence des lois du métissage. — Noirs: — oui, encore; à la condition expresse, absolue que la négresse oublia un moment le cent- suisse pour un nègre de sa connaissance. — Blancs : — non ; car ce serait une dérogation inadmissible aux lois physiologiques ; autrement dit, aux lois de la nature.

Le troisième fait est celui-ci: — Le mari était

de race blanche ; la femme était une mulâtresse renforcée, tirant sur la couleur de suie et offrant les traits caractéristiques du type nègre. Cette union produisit trois enfants, deux garçons et une fille. — Les deux garçons ressemblaient à la mère, et la fille ressemblait au père.

On a essayé d’expliquer de semblables phénomènes par la prédominance de la vie intérieure ou de la vie extérieure de l’un des conjoints sur l’autre ; mais cette explication étant moins que satisfaisante, on en a proposé d’autres qui ne satisfont pas davantage. Nous chercherons à élucider cette question, en tranchant la difficulté par le doute, et voici notre raisonnement :

La couleur de la peau est sous la dépendance de l’un des éléments qui la constituent et- qu’on nomme pigment ou couche pigmentaire. Les personnes qui ont lu Y Hygiène du visage et de la peau , savent que l’organe cutané est composé de quatre éléments. Dans l’ordre de superposition de la couche profonde à la superficie, le pigment est le troisième et se trouve immédiatement au-dessous de l’épiderme. Selon que la couche pigmentaire est blanche, rose, brune, jaune ou noire, ; l’épiderme reproduit ces diverses couleurs et leurs nuances. — Chez le nègre, le pigment n’est plus une couche mince comme dans la race blanche, il se présente à l’état de membrane jetée sur le corps muqueux de la peau ; c’est en raison de cette épaisseur que le nègre est beau-

coup moins sensible que le blanc à l’action d’une forte chaleur.

Selon nous, la couleur étant un des types de la race, il nous paraît impossible que l’union de deux êtres appartenant aux deux races extrêmes de l’espèce humaine, la blanche et la noire, donne un produit autre qu’un métis. Le tableau du métissage que nous avons tracé plus haut, en est la preuve irréfutable.

Donc, nous considérons comme fort douteux, pour ne pas dire impossible, qu’une négresse et un blanc procréent un enfant blanc ou un enfant noir, dans toute l’acception des termes; qu’un nègre et une blanche donnent le jour à un enfant blanc ou à un négrillon. — On nous objectera que ce sont des exceptions, des cas rares. Mais, les cas rares sont déjà assez nombreux, pour ne pas les multiplier encore, surtout lorsqu’on peut leur trouver une explication naturelle. Si les écrivains qui ont rapporté les faits précités, eussent pris la peine de remonter jusqu’à leur origine, ils eussent probablement découvert que ces faits étaient apocryphes.

Certes, nous savons qu’il ne faut point pousser le scepticisme à l’extrême ; cependant le doute est permis, et particulièrement en histoire naturelle. Qu’on lise les anciens livres, on y verra combien de fables et de surnaturalités avaient cours autrefois, comme vérités, et dont on rit aujourd’hui. Si le doute n’eût surgi dans quel-

ques esprits investigateurs, nous en serions encore à croire à ces impossibilités.

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