RÉFLEXIONS SUR CE QUI PRÉCÈDE
Le lecteur doit toujours se tenir en garde contre les cas rares; sans nier les anomalies qui se rencontrent dans les deux règnes végétal et animal, nous croyons, et tous les éleveurs pensent comme nous, que l’accouplement d’un cheval noir avec une jument blanche ; — d’un chien, d’un bélier, d’un bouc de couleur noire, avec leurs femelles de couleur blanche, donnent des produits dont le pelage participe du mâle et de la femelle, et qui n’est jamais semblable à celui du père ou de la mère ; c’est un mélange de l’un et de l’autre. La même loi s’applique à tous les animaux. Ce mélange de la robe, du mâle et de la femelle est la cause unique de ces innombrables variétés de couleurs, de nuances, et de taches qui s’offrent tous les jours à nos yeux.
Dans l’espèce humaine, il faut ajouter le type de la race, persistant, tenace et ne disparaissant qu’après une succession de siècles et par d’incessants croisements. Partant de ce principe , Fanion du nègre et de la femme blanche, produira un métis et jamais un blanc pur ou un nègre pur. — Si le mulâtre s’unit à une femme blanche, la couleur de l’enfant se délaiera encore, et toujours ainsi jusqu’à la vingtième génération.
Alors, il n’y aura plus de différence 'dans la couleur avec le blanc pur ; mais, les systèmes pileux et ongulaire , ainsi que certaines régions du corps, conserveront encore des signes de race plus ou moins appréciables.
Lorsque le mulâtre s’unit à une négresse, leurs enfants tendent à se rapprocher du nègre. — Si, pendant plusieurs générations, les descendants de ce mulâtre s’unissent à des négresses, le type nègre prendra le dessus.
La théorie des croisements que nous venons d’énoncer est le résultat d’observations constantes pendant deux siècles. Donc, les cas d’enfants blancs procréés par un nègre et d’enfants nègres issus d’une femme blanche sont des accidents, pour ne pas dire des impossibilités.
Il n’existe qu’une seule circonstance où l’enfant, issu d’une femme blanche et d’un nègre et réciproquement, offre en naissant la couleur blanche ; cette couleur d’un blanc d’ivoire jaune est le signe d’une maladie cutanée qu’on nomme albinisme: la peau est décolorée par l’absence de l’élément pigmentaire, mais les traits de cet enfant métis accusent son origine à ne pas s’y tromper.
S IV
Hérédité des traits du visage.
Cette sorte d’hérédité est celle qui s’observe le
plus fréquemment. En effet, il est très-rare qu’on ne rencontre point chez les enfants quelques-uns des traits de leurs parents soit directs , soit ascendants. Les transmissions de cette nature sont d’autant plus exactes, qu’elles datent, sans interruption, d’une époque plus éloignée.
De tous temps et chez tous les peuples, il a existé des familles dans lesquelles se transmettaient un ou plusieurs traits du visage, et que l’on désignait par un surnom ou sobriquet. — Chez les anciens grecs, les noms de mégalorhino , grand nez ; — microrhino, petit nez, etc., étaient donnés aux individus affligés d’un trop grand ou d’un trop petit nez. — Chez les Romains, les noms de capitones , nasonnes , labéones, buccones, s’attachaient aux individus affligés d’une grosse tête, d’un grand nez, de grosses lèvres, de grande bouche. — Chez les peuples modernes , les Bourbons se transmettent, depuis des siècles, le nez aquilin. — Les gros nez sont héréditaires dans la famille des comtes Borromée. — Les ducs de Guise se faisaient remarquer par deux yeux étincelants, des lèvres minces et un large menton.
Le docteur -Grégory a donné l’observation fort curieuse, de la persistance du type de la famille dans les traits du visage. — Appelé, dit-il, dans une campagne d’Ecosse, pour voir une riche héritière, je reconnus d’abord, à la forme du nez, qu’elle ressemblait au grand chancelier d’Ecosse, sous le règne de Charles Ier. Le portrait du chan-
celier se trouvait dans le château. Sur le soir, pendant une promenade que je fis au village, en compagnie de l’intendant, je fus très-surpris de reconnaître la même forme de nez chez plusieurs paysans. — Gela n’a rien d’ étonnant, me répondit l’intendant ; ces paysans descendent des bâtards de l’illustre seigneur.
Dans un journal de médecine physiologique, on trouve ce fait curieux :
Un riche baron normand, doué d’un excellent cœur et d’un naturel très-généreux, tenait du bon roi Henri IV par sa physionomie et son amour pour le beau sexe. — Pendant une pérriode de vingt années, il ne cessa de mugueter auprès des filles des villages avoisinant son château, et fut presque toujours écouté. Chaque année , le registre civil s’ouvrait pour un enfant naturel, et chaque année, aussi, les compagnies d’assurances sur la vie, recevaient vingt mille francs placés sur la tête du nouveau-iié.
A la mort du baron, son intendant releva sur ses livres une somme de 200,000 francs qui indiquaient vingt enfants : quatorze filles et six garçons. — Au dire de cet intendant, chargé de veiller sur ces enfants et de fournir à leurs besoins , les quatorze filles ressemblaient parfaitement à leur père, et les six garçons n’avaient hérité de lui que le menton , les oreilles et la taille.
L’hérédité , quoique souvent capricieuse dans
ses écarts, obéît néanmoins à des lois dont quelques-unes sont connues. Un fait constaté et vulgarisé par le temps, c’est que les fils ressemblent à leur mère, et les filles à leur père. — La loi qui préside à cette sorte d’hérédité est sujette à des exceptions; car il arrive que le fils ressemble à son père et la fille à sa mère. Pourquoi ? Peut-être pourrait-on rechercher la cause de ces exceptions dans la puissance plastique des ovaires de certaines femmes qui moulent à leur image l’embryon, qu’il soit mâle ou femelle, n’importe ; c’est ce qu’on observe dans quelques familles où tous les enfants ressemblent à la mère.
Nous citerons, à l’appui de cette opinion, les faits suivants que nous avons plusieurs fois observés :
Il existe des individualités féminines dont la puissance plastique, très-prononcée, agit d’une manière spéciale sur l’embryon. Ces femmes donnent toujours leur ressemblance physique aux enfants qu’elles font (filles ou garçons); jusqu’au jour où fafTaiblissement de leur puissance plastique exceptionnelle , les ramène au niveau des autres femmes, c’est-à-dire à la loi commune.
J’ai remarqué, bien des fois, sur les promenades et dans les jardins publics de la capitale, trois et quatre enfants de la même mère, ressembler, par les traits du visage, à celle-ci et jamais au père; cette ressemblance allait quel-
quefois en se dégradant, mais le type de la mère était si profondément empreint, qu’il était impossible de s’y méprendre. Une circonstance qui m’a frappé, dans cette transmission du type féminin à tous les enfants d’un même lit, est le tempérament de la mère. Ce sont presque toujours des femmes lymphatiques et blondes qui offrent cette particularité, que je n’ai jamais rencontrée chez les brunes et les bilieuses.
La cause probable de ces faits existe dans la puissance plastique exceptionnelle, dont nous venons de parler.
Structure intérieure.
L’hérédité de la structure organique intérieure du corps, n’est pas plus contestable que l’extérieure ; elle se manifeste en dedans comme en dehors, d’après les mêmes lois. Les parents, bien conformés intérieurement, font bénéficier leurs enfants de leur belle organisation. Les parents mal conformés intérieurement, repassent, hélas ! leur conformation vicieuse à leur progéniture. C’est une triste vérité, qui se renouvelle tous les jours. Pour ne citer qu’un exemple : les enfants nés de parents phthisiques, s’éteindront tôt au tard dans
les langueurs de la phthisie à moins que, dès
le bas âge, un traitement hygiénique et gymnas-
tique à la fois, n’étouffe le germe qu’ils portent en eux.
s VI.
Hérédité des tempéraments.
Les tempéraments types et leurs nuances ou idiosyncrasies se transmettent par voie de génération. Il est plus que probable que le mariage de deux sujets sanguins, donnera des produits de même tempérament. — Dans les mariages où la femme est sanguine et l’homme bilieux, les filles tiendront de leur père et les garçons de leur mère.
— Quand la mère est bilieuse et le père sanguin, les garçons hériteront de la constitution bilieuse de leur mère et les filles du tempérament sanguin de leur père. Il en sera de même pour les autres j tempéraments, sauf les exceptions.
Nous terminerons cette série par la relation d’un fait authentique, qui doit faire tomber tous les doutes sur la puissante action de l’hérédité d’instincts et de race.
Un très-jeune enfanta physionomie intelligente, appartenant aux peuplades indiennes appelées Peaux-rouges , fut pris par les Anglais. On le plaça dans un collège où il étonna ses maîtres par les rapides progrès qu’il fit et remporta plusieurs prix. Lorsqu’il eut achevé ses études, son pro-
tecteur le ramena en Amérique pour le placer dans une maison de commerce. — Le vaisseau qui le portait s’arrêta, pour faire de l’eau, près d’un littoral fréquenté par une tribu de Peaux-rouges ; à la vue de ses compatriotes, le jeune collégien "sentit l’instinct héréditaire se réveiller subitement et si violemment, qu’il ne put lui résister ; il se jeta soudain à la mer, gagna, en nageant, le rivage, se dépouilla de ses habits et s’élança au milieu d’un groupe de Peaux-rouges , étonnés de son apparition. Là, il se mit à gesticuler, à pousser des cris gutturaux, à leur prendre les mains, à leur montrer son corps, semblable aux leurs ; puis renouvelant ses cris, il les entraîna et disparut avec eux dans l’épaisseur d’un bois.
SECTION II