HÉRÉDITÉ DE L’ALIÉNATION MENTALE
L’aliénation mentale est une des graves questions de la physiologie-pathologique; mais, c’est surtout depuis le commencement de notre siècle que plusieurs médecins-aliénistes ont consacré leur vie à l’étude et au traitement de cette déplorable altération des fonctions du cerveau , sans , hélas ! obtenir des résultats complets... Honneur à eux ! au nom de l’humanité, pour la tâche difficile qu’ils ont entreprise et pour leurs savants travaux.
L’hérédité de l’aliénation mentale est un fait malheureusement trop avéré ; l’aliénation s’attache à certaines familles et les poursuit pendant plusieurs générations, quoi qu’on fasse pour l’arrêter. Il est des familles où ce fléau n’atteint qu’un, des membres ; il en est d’autres où il frappe plusieurs victimes et quelquefois la famille en-
tière. L’aliénation revêt presque toujours le même type chez les descendants : le père ou la mère sont-ils atteints de monomanie telle que celle du meurtre, du suicide, de l’ébriomanie, de l’érotomanie, etc., les enfants, ou du moins quelquesuns, hériteront des affreux penchants de leurs procréateurs. C’est fort triste à révéler, mais c’est l’exacte vérité.
L’aliénation mentale dépend-elle d’une lésion appréciable du cerveau, ou bien n’est-elle qu’une modification inconnue de cet organe ? Ces deux opinions comptent également un grand nombre de savants pour les défendre. — Nous nous rangeons à l’opinion des premiers, sauf une .légère différence. Selon nous, l’aliénation mentale dépend d’un dérangement dans la direction, normale des fibres du cerveau, qui produit nécessairement un désordre dans les fonctions régulières de cet organe ; la cause de ce dérangement peut être physique ou morale. Que l’on donne le nom de lésion, de modification appréciable ou non appréciable à ce dérangement, toujours est-il que le cerveau ne fonctionne plus normalement. Telle est, croyons-nous, la cause de l’aliénation mentale.
Les formes sous lesquelles se manifeste l’aliénation mentale sont très-variées et les degrés qu’elle parcourt le sont également. Depuis la simple hallucination éphémère jusqu’à la démence la plus complète, on distingue une foule de .
nuances plus ou moins tranchées dont nous ne relaterons que les principales.
L’hallucination simple ou du premier degré ne doit pas être comprise dans la question qui nous occupe ; elle dépend d’un mouvement nerveux insolite, d’une sensation de très-courte durée, sans stimulus extérieur et s’évanouissant aussitôt.
Les hallucinations des deuxième et troisième degrés se rattachent plus ou moins à l’aliénation (1) selon leur durée et leur périodicité. Ainsi les visionnaires, les extatiques, les illuminés, etc., qui croient aux apparitions d’êtres fantastiques, aux voix intérieures, aux esprits, etc., éprouvent des perturbations dans les fonctions cérébrales et sensorielles. Lorsque ces perturbations, d’abord périodiques, revêtent, plus tard, le type continu, il y a imminence d’aliénation prochaine... Bientôt la folie se déclare, creuse de profondes racines et, hormis quelques rares exceptions , accompagne, hélas ! l’individu jusqu’à la tombe.
Les hallucinations peuvent aftecter un ou plusieurs sens ; les exemples d’hallucinations de tous les sens à la fois se rencontrent rarement. Nous renvoyons le lecteur à notre ouvrage sur Y Hygiène des douleurs et des sens , où sont relatées de
(l) Les Mystères du sommeil et du magnétisme exposent aux yeux üu lecteur les éiranges phénomènes qu’enfante une imagination exaltée ou timorée par des croyances superstitieuses. Voyez ce curieux ouvrage. (Chez Dentu, libraire, Palais-Royal, Paris.)
très-curieuses observations sur l’exaltation cérébrale et les hallucinations sensorielles.