‹ La Vénus féconde et callipédiqueChapitre 75 sur 106 · HÉRÉDITÉ MENTALE · texte numérisé non relu

HÉRÉDITÉ MENTALE

C’est la transmission des qualités de l’esprit ou facultés intellectuelles. — Si l’hérédité physi-

que est admise sans conteste, il est logique d’admettre l’hérédité mentale, puisque celle-ci provient directement du cerveau. En effet, pour parler le langage physiologique, nous dirons que les facultés intellectuelles ou l’esprit étant le résultat des fonctions du cerveau, la conformation et la composition matérielles de cet organe doivent se transmettre héréditairement, tout aussi bien que celles des autres organes du corps. Cependant, cette sorte d’hérédité a été attaquée par plusieurs physiologistes et médecins distingués; mais d’autres physiologistes non moins savants, ont répondu à ces attaques, en leur prouvant, par des faits et des arguments irréfutables, qu’ils s’étaient fourvoyés dans un dédale psychique.

Les adversaires de l’hérédité mentale citent de nombreux exemples de parents renommés par leur bonté, leur générosité, leur esprit, leur vaste intelligence, qui n’ont donné le jour qu’à des êtres fort médiocres, hargneux, avares , ou à des monstres qui ont été la honte de l’humanité. Ces oppositions des bons aux mauvais instincts, disent-ils, sont frappants dans plusieurs personnages historiques : par exemple entre Vespasien et son fils ; — entre Titus et Domitien ; — entre Marc-Aurèle et. l’infâme Commode, son fils; etc., etc.

Les défenseurs de l’hérédité intellectuelle répondent à leurs adversaires :

L’hérédité intellectuelle n’offre point une régularité mathématique^ elle est sujette, au contraire, à de nombreuses irrégularités, à des bizarreries dont les causes nous sont inconnues, de même que celles de tant de phénomènes qui se renouvellent incessamment autour de nous. Mais, ces irrégularités, ces bizarreries ne détruisent point la règle; il est plus naturel que des procréateurs intelligents donnent le jour à des enfants semblables à eux, qu’à des enfants ineptes; si le contraire a lieu, ce sont des exceptions, des irrégularités, provenant d’une fécondation mauvaise, et qui ne sauraient battre en brèche les lois de l’hérédité.

2° Puisqu’il est admis que l’hérédité marche en ligne directe de la mère au fils et du père à la fille , les empereurs romains cités plus haut par les adversaires de l’hérédité sont une preuve contre leur théorie. — Titus et Marc-Aurèle avaient hérité de leurs mères les excellentes qualités qui firent leur gloire. — Les monstres portant les noms de Néron, d’Héliogabale et de Commode, étaient issus de mères dont les déportements faisaient présager les débauches, la perversité et les crimes de leurs fils.

Un savant distingué, un praticien éclairé par de nombreuses expériences sur la Génération , M. Girou de Buzareingues, a compulsé l’histoire ancienne et moderne pour en extraire les faits relatifs aux transmissions héréditaires d’un sexe

au sexe opposé. Voici le relevé de ses laborieuses recherches :

Pythagore laissa quatre enfants, trois garçons et une fille nommée Damo ; la fille seule hérita de la haute intelligence de son père, qui lui confia ses écrits.

Cléobule de Rhodes, un des sept sages de la Grèce, transmit à sa fille Cléobulie son savoir et sa sagesse.

àristippe de Gyrène eut un disciple célèbre dans sa fille Arethé.

Antipater, l’un des plus fins politiques de son temps, s’éclairait aux lumières de Pkila , sa fille, dans les affaires difficiles.

Platon descendait de Solon par les femmes.

Hortensia, fille du célèbre orateur Hortensias , plaida et gagna la cause des dames romaines devant les triumvirs.

Tüllie possédait l’éloquence de son père Cicéron.

Cornélie et Porcie reçurent de leur père l’éminent patriotisme et la grande âme qui les rendirent célèbres.

Le salace Tibère et le cruel Caligula tenaient de leurs mères. — L’infâme et sanguinaire Néron avait hérité des vices de samèr q. Agrippine. — Faustine avait transmis ses penchants orduriers à son fils Commode.

Soemie, l’émule de Messaline par ses dissolutions,. engendra Héliogabale. Ce misérable, après

avoir violé une Vestale, se déclara femme, épousa un de ses officiers et un de ses esclaves.

àbubeker, premier kalife et successeur de Mahomet, rédigea YAlcoran, en collaboration avec sa fille Fa-tmè.

Le fameux Tamerlan descendait de Gengis-Kan , par les femmes.

Charlemagne fermait les yeux sur les désordres de ses filles, parce que leurs vices étaient les mêmes que les siens.

Charles-le- mauvais avait hérité du caractère de sa mère.

Jean-sans-Peur, duc de Bourgogne, fut impérieux et fier comme Marguerite de Brabant sa mère.

Louis XI tenait de sa mère le goût des pèlerinages et des dévotions superstitieuses.

Charles-le-Téméraire ressemblait à sa mèm au physique et au moral ; il était soupçonneux, caché, méfiant ; défauts qui contrastaient avec la franche loyauté de Philippe-le-Bon , son père.

Catherine de Médicis, mère de Charles IX et de Henri III , conçut et prépara la Saint-Barthélemy. — Charles IX ar-quebusa les protestants, et Henri III fit assassiner les ducs de Guise..

Marguerite de. Valois rappela par ses galanteries, celles de Y amant de Diane de Poitiers.

Eléonore, reine de Navarre, fut aussi ambitieuse que Jean //, son père.

Catherine, fille de Gaston, tué dans un tournoi

et mère de Henri IJ, disait à son époux : « Don » Jean, si nous fussions nés, vous Catherine, et » moi Don Jean, nous n’aurions jamais perdu la » Navarre. »

Henri II hérita de l’énergie de sa mère. C’était de lui que Charles- Quint, après avoir traversé la France, disait : — « Je n’y ai rencontré qu’un seul homme. »

Jeanne d’Albret, fille de Henri II, avait l’esprit puissant aux grandes affaires et le cœur à l’épreuve des plus grandes adversités. Elle fut mère du meilleur des rois, le vaillant Henri IV.

Louis XIII et Gaston furent presque tout semblables à Marie de Médicis, tandis qu' Henriette de France, digne fille du bon et loyal Henri IV, se fit remarquer par son dévouement envers l’infortuné Charles Ier d’Angleterre.

On aime à retrouver dans Charles II une parfaite ressemblance avec son aïeule maternelle ; même clémence, même tournure d’esprit, même galanterie.

Louis XIV avait hérité d'Anne d'Autriche et de son orgueil et de son despotisme. Le goût du prisonnier au Masque de fer pour le beau linge, ajoute à la croyance qu’il était fils de cette reine orgueilleuse, pour laquelle il n’y eut jamais de linge assez fin.

Le Régent avait l’originalité d’esprit de sa mère. Les mœurs de la duchesse de Berrï sa fille, furent aussi dissipées que les siennes.

Don Pedro, dit le Cruel, consomma son premier

crime à l’instigation de sa mère , qui exigea de lui le sacrifice de Léonore de Guzman.

HENRi IV d’Angleterre , prince débonnaire et d’intelligence bornée, ressemblait à sa mère.

Henri VIII fit mourir sur l’échafaud deux de ses épouses. Son fils Édouard avait un caractère doux et craintif ; tandis que ses deux filles, Marie et Elisabeth, furent aussi cruelles que leur père.

La mère de Cromwell était dure et sombre ; elle lui donna son caractère. Les deux fils de cet usurpateur furent doux et humains comme celle qui leur avait donné le jour ; tandis que ses deux filles , surtout l’aînée , étaient le portrait de leur père.

Saint-Just, ce républicain convaincu, devait le jour à une mère enthousiaste qui déclamait de mémoire les plus beaux morceaux de la tragédie de Cinna.

Robespierre, dont le nom seul glaçait d’effroi, et dont la vie intime était contradictoire à ses sanglantes proscriptions, était fils d’une fe.mme de haute intelligence qui lisait et commentait le Contrat social de J. -J. Rousseau.

Nous nous bornons à ces citations, qu’il serait facile de multiplier.

L’hérédité intellectuelle se manifeste sous toutes les formes, jugement, mémoire, sciences, arts,

poésie, enfin toutes les facultés, toutes les aptitudes particulières. Le célèbre phrénologiste Spurzheim a constaté que certaines facultés dominaient dans des familles entières. — L’art oratoire se transmettait chez les Hortensius et les Lélius. — Le génie de la politique, héréditaire dans les familles des Médicis et des Pitt, prenait sa source chez les femmes. La famille d’Eschyle comptait huit poètes tragiques. — Le Tasse descendait d’une famille de poètes. — La science, chez les anciens, fut personnifiée dans Pythagore et Aristote ; — la sculpture, dans Phydias ; — la peinture , dans Apelles ; — la musique , dans Linus, tous hommes de génie, issus de mères remarquables par leur intelligence. — Chez les modernes, Ganova, Thorwaldsen, Horace Vernet, Mozart, etc., comptaient beaucoup d’artistes dans leurs familles.

Le développement héréditaire des hautes facultés mentales, chez beaucoup de fondateurs de race , est un fait historique lié à une circonstance fort singulière. On a observé que ce développement ascensionnel s’arrête presque toujours à la troisième génération ; il se continue rarement à la quatrième et ne dépasse jamais la cinquième. La race des Pépin nous présente ce dernier terme : Pépin de Landin ; — Pépin d’Héristal; — Charles Martel; — Pépin-le-Bref , et, enfin, Charlemagne. C’est la seule dynastie qui offre ces cinq degrés.

Le génie est propre à l’individu et ne se transmet point. Beaucoup de grands hommes commencent et finissent la gloire de leurs familles. La nature tend partout à l’harmonie ; après un suprême effort en faveur de l’être privilégié d’une famille, elle reprend sa marche ordinaire ; le génie s’éteint dans cette famille, à laquelle il ne reste plus que la gloire de ses ancêtres; mais pendant que les races s’abâtardissent, il en surgit de nouvelles pour rétablir l’équilibre dans le milieu social.

Avant de terminer cet article, nous ferons observer que les fils de pères de haute intelligence qui ont laissé sur leur passage un sillon lumineux dans les arts ou les sciences ; ces fils peuvent être et sont souvent fort intelligents ; mais, écrasés par la célébrité de leurs pères, ils vivent sans laisser de traces. Une sorte de fatalité, commune à ces fils de grands hommes, dit le docteur Prosper Lucas, veut qu’on ne les regarde que du haut de leurs pères.

On pourrait expliquer, par l’influence de l’âge, pourquoi les hommes de talents supérieurs transmettent .si rarement leurs éminentes qualités à leur progéniture mâle. En général ces hommes, peu favorisés de la fortune, se livrent, pendant leur jeunesse, aux travaux opiniâtres de la pensée, afin de parvenir. Ce n’est qu’après être arrivés à la célébrité ou à la fortune qu’ils se marient; mais alors, le système nerveux est

épuisé, le corps usé par la contention d’esprit et les veilles prolongées ; d’où il résulte une moins grande vitalité des zoospermes et forcément une fécondation moins riche.

SECTION V

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