CHAPITRE XVIII
ORTHOPÉDIE. - CALLIPLASTIE.
Ces deux mots techniques, formés de deux mots grecs, signifient, le premier :
Art de redresser les vices de formes et les déviations de la charpente osseuse, chez les enfants. Le second terme :
Art de modeler les belles formes ; c’est-à-dire, de remplacer les formes disgracieuses par des formes agréables.
L’art orthopédique est sérieusement cultivé par d’habiles médecins qui lui ont fait faire de grands progrès. Il existe aujourd’hui, dans la plupart des grandes villes de France, des établissements orthopédiques où l’on obtient d’immenses résultats.
L’Art callïplastique , en honneur chez les anciens, est, de nos jours, tombé dans F oubli. Cependant nous devons dire que quelques médecins orthopédistes ajoutent cet art au premier, et opèrent, parfois, de miraculeuses métamorphoses. 11 serait à désirer que la calliplastie fût remise en honneur, et l’on verrait dans nos villes moins de laideur et plus de beauté.
Surveillance orthopédique de la mère.
Pendant les premières années qui suivent la naissance, le corps du petit être est, en partie, gélatineux ; les os sont mous, flexibles ; les articulations peu solides ; les muscles à peine formés et les tissus gorgés de sucs ; tout est malléable dans ce faible corps qui commence à se développer. Il est alors facile de combattre et de redresser les difformités héréditaires ou acquises.
Une mère intelligente doit visiter, chaque jour, son enfant, afin de s’assurer si sa croissance, marche régulièrement, si la tête, le tronc et les membres gardent leur direction normale ; si les organes des sens ne présentent rien de défectueux. Si tout va bien, elle continue à l’élever, comme il est dit au paragraphe 2 du chapitre XIII; si , au contraire , elle s’aperçoit de quelque tendance à une direction vicieuse du tronc ou des membres ; soit au développement excessif d’une partie du corps, au détriment d’une autre partie ; soit à un arrêt de développement , elle doit aussitôt recourir aux lumières et à l’expérience d’un médecin orthopédiste. En négligeant de le faire, elle manque à ses devoirs de mère et se prépare le poignant remords d’avoir pro-
créé un être difforme qui l’accusera, un jour, des amertumes de son existence.
Nous ne décrirons que très succinctement, dans ce chapitre, les vices de direction et de conformation héréditaires ou acquis que peuvent offrir les enfants en bas âge, par le motif que cette question a été traitée, avec détails, dans plusieurs de nos ouvrages (1), auxquels, le cas échéant, nous renvoyons le lecteur.
SECTION I
ORTHOPÉDIE-CALLIPLASTIQUE,
APPLIQUÉE AU CRANE ET AU viSAGE.
Tête.
La tête comprend le crâne ou boîte osseuse, le cuir chevelu, le visage et les divers organes qui le composent.
(1) Hygiène de la beauté humaine dans ses lignes, ses formes et sa couleur.
Hygiène des pieds et des mains, de la poitrine et de la taille.
Hygiène des cheveux et du système pileux.
Hygiène du visage et de la peau , ouvrage des plus utiles aux dames.
Hygiène des organes des sens, — hygiène des douleurs.
Hygiène des organes vocaux, indispensable aux chanteurs.
Le crâne renferme le cerveau, siège des facultés intellectuelles. Les sept pièces osseuses dont la réunion forme le crâne ne sont pas entièrement ossifiées chez l’enfant ; la soudure de ces pièces n’a lieu que plus tard.
La malléabilité des os du crâne des nouveaunés est souvent une cause de déformation ; car le moindre choc, la pression la plus légère, si elle est continue , peut altérer la conformation naturelle dé la tête, et nuire au libre développement de tel ou tel organe du cerveau.
' La meilleure méthode à suivre, pour, protéger la tête du jeune enfant, est le bonnet à trois pièces qui se moule exactement sur le crâne sans nullement le gêner. — Le bourrelet en paille ou en caoutchouc est un excellent moyen de protéger la tête de l’enfant qui commence à marcher ; ses chutes étant fréquentes, il est prudent de prévenir les accidents.
Les déformations du crâne, chez les nouveaunés, ne doivent jamais être traitées par’ la compression mécanique continue. — Lorsqu’une déformation en saillie se manifeste à la partie postérieure de la tête (sur l’os occipital) , le seul moyen à employer est de coucher . l’enfant sur le dos, la partie postérieure de la tête appuyée sur un oreiller de crin. Le poids de la tête et la molle résistance qu’oppose l’oreiller suffisent assez souvent pour empêcher le développement ultérieur de la difformité.
Lorsqu’une déformation semblable se présente sur les parties latérales de la tête , même indication de coucher l’enfant sur le côté en saillie. — Dans les déformations du front et du sommet de la tête, on garnit le bonnet de l’enfant d’un renfort de linge fin, plié en plusieurs doubles, de façon à opposer une légère résistance à la saillie frontale ou sinccipitale. A ce premier âge de la vie, tout autre traitement serait dangereux.
On ne doit jamais laver la tête des nouveaunés à l’eau froide. Le meilleur moyen d’enlever la couche de méconium , provenant des eaux de ïamnios, qui, chez quelques enfants, forme une crasse très-adhérente à la peau, est d’oindre le cuir chevelu, le matin et le soir, avec un corps gras frais, de l’huile ou du cérat frais. Au bout de quelques jours, cette crasse disparaît en la frottant avec un linge. — Les éruptions de petits boutons cèdent facilement aux décoctions émollientes de racines de guimauve, de violettes, de bouillon-blanc ou de tout autre adoucissant ; mais, toujours tièdes et jamais froides.
Nous ferons encore observer, ici, aux femmes enceintes, que la belle et bonne conformation de leurs fruits, dépend de leur conduite, de leur manière de se vêtir et de vivre pendant leur grossesse. — La femme enceinte doit savoir que son fœtus, croissant et se développant chaque jour, il est nécessaire que la capacité de la matrice se prête aux évolutions fœtales. Elle sait aussi que
son ventre grossit, que la peau qui le recouvre prête et se distend à mesure que la matrice augmente de volume. Or, dans cet état, la compression exercée par un corset, une ceinture ou un vêtement trop serré, doit nécessairement mettre obstacle à l’extension de la cavité abdominale et contrarier le travail de la grossesse. Il arrive alors que le fœtus éprouve une gêne d’autant plus grande que l’obstacle résiste davantage, et qui se traduit, à sa naissance, par un vice de conformation, ou par un arrêt de développement de l’organe gêné, et quelquefois par une monstruosité.
Le devoir de toute femme enceinte est donc de proscrire tout vêtement étroit, ligaturé ou trop lourd , et de suivre le régime et la conduite tracés au chapitre XI de cet ouvrage.
Le Visage.
Le visage est la partie de la tête la plus animée,, la plus expressive ; celle sur laquelle les yeux d’autrui s’arrêtent d’abord, avant d’examiner les autres parties du corps. Le visage réunit tous les sens et exprime les diverses situations du cœur et de l’âme ; c’est une toile vivante sur laquelle viennent se peindre nos sentiments et nos passions.
Le visage se compose de divers traits et organes possédant chacun une fonction et des charmes qui leur sont propres. De l’ensemble harmonieux de ces traits et de ces organes naît la beauté que tout le monde admire. Donc, un beau visage est une précieuse qualité ; c’est pourquoi les femmes ont raison de cultiver cette fleur si fragile ; de demander à l’hygiène les moyens de la conserver, et à la calliplastie , les procédés pour détruire ou, du moins, atténuer les imperfections du visage (1).
Le Front.
Les fronts bas ou dégarnis et fuyants ; les fronts offrant des saillies ou des creux et des dépressions, peuvent être modifiés en mieux. — Les fronts bas, au moyen d’une dépilation graduelle e't longtemps continuée. — Les fronts dégarnis, au moyen de frictions avec une pommade excitante, la trikogène. — Les saillies du front s’aplanissent peu à peu sous une pression légère mais continue , à l’aide d’un bonnet et d’un chapeau compresseur ou d’un bandage. — Pour les fronts déprimés, la pression devra être exercée
(1) Voyez à ce sujet 1 Hygiène du visage et de la peau, cinquième édition, chez Dentu, Palais-Royai, à Paris.
à la partie postérieure du crâne et sur les tempes.
S IV
Les Yeux.
Les yeux sont sujets à de très-nombreuses maladies et imperfections qui ne sauraient trouver place dans cet ouvrage. — Aujourd’hui la pratique de la médecine tendant à se localiser à tel ou tel genre de maladie, on rencontre beaucoup de médecins-oculistes qui font leur spécialité des maladies des yeux. Leur savoir et l’expérience de la plupart d’entre eux inspirent la confiance, et c’est à eux qu’on doit s’adresser. Relativement aux affections légères des yeux et aux imperfections des cils et des sourcils, voyez notre Hygiène du visage , où sont consignés les formules pour guérir les unes et les procédés pour redresser les autres.
Ici nous donnerons quelques conseils , aux parents sur certaines défectuosités' des yeux et du regard chez les enfants.
Loucherie. — Strabisme.
Ce vice, lorsqu’il n’est pas héréditaire r provient le plus souvent du peu d’attention des parents
ou des nourrices, qui placent le berceau de l’enfant dans un faux jour , c’est-à-dire obliquement à la lumière. L’enfant qui tourne instinctivement les yeux du côté d’où vient le jour, contracte l’habitude de porter ses prunelles dans les coins de l’orbite. Cette direction du globe de l’œil se renouvelant chaque jour et pendant un certain temps, devient la cause occasionnelle delà loucherie accidentelle. Une autre cause est la mauvaise habitude qu’ont beaucoup de nourrices d’approcher de côté, c’est-à-dire vers l’angle externe des yeux, un jouet, un objet quelconque pour apaiser les cris de l’enfant. Il importe donc aux parents d’éviter ces deux causes si nuisibles à la rectitude du regard, en surveillant la nourrice et plaçant la couchette de l’enfant en face de la lumière ou de la croisée par laquelle le jour pénètre dans l’appartemeiit.