‹ La Vénus noireChapitre 8 sur 8 · XX · texte numérisé non relu

XX

Le lendemain, vers cinq la caravane allait se ren 8'avança vers MM. Delang<

— La reine, leur dit-il, son pays ; après avoir n:

^•ient de nous rejoindre, € rière un rocher.

— Pauvre femme ! ne put lange.

— Vous la plaignez ? fit

— Certainement, je la pi Je la plains comme on pla maître a chassé.

— Vous oubjiez, mon cl

r^TO LA VÉNUS NOIRE.

son mâttrei II ne s'ef^t même pM contenté dé le mordre : il s'est jeté 6ur lui el Vu dévôtô â beUès dents.

— Oui, mais ce moment de fureur passé, à la suite de ce mouvement de rage inspiré par la jalousie, le chien s*est repétttl ; il est revenu, Toreille basse, vprs la demeure du maître. Il le cherche, il gémit, il pleure, il rampe jusqu'à lui et refuse de s'éloigner ; il ne le mordra plus, soyez-en persuadé.

— Je le crôiô ôomMè Vous ; maié il mordra ceux qui l'ont remplaôè daris i'àfféôfcloii du maître, ceux qui oôcupent sa place âti Ibyeï*.

M. de kofin se toiJi^iiâ vers Nassar.

— Il faut â tout prix, lui dit-îl, chasser cette femme. Je ne veux plus la voir.

— Comment obéir f répliqua Nassar. Mes hommes la menacent du bâton de leur lance, elle ne paraît pas les voir; ils lui jettent des pierres et on dirait «iU'ellé ne les sent pas.

*^ Je vous ai prévenu, fit Delangô, en se tournant vers M. de Morin. Il était* plus simple de la garder au milieu de nous, attachée, garrottée.

LÀ VENUS Î^IRE. i7Ï

y — Non, ce n'était pas plus sittipiô, réîJllqiiâ M. de Morin aveb impâtieticéi et je tous en ai dit les raisons: cette ôréaturë lië dbit pas pliis longtemps faire panie de là caravane de M^* dé GuéMii. Eh! mon cher, âjoUtâ-t-il plus baé fet d*tiiie vôîx îébrilè, si je ne cbtlfeultdis que ihon intérêt, je l*offrirais sans cesse aui Regards dé la baronne. Soil mari se rétablit physiquement, il sef ait dé botihé gîiërre d'en finir avec lui moralement, et Walittda, eh cette circonstancej pourrait më servit^. Mafê, ni Périères ni moi, nous ne saurioûë employer de Semblables moyens; nous dédaignons de telles at^thès et, je lé répète, je ne veux pas que les yeiii de hbtrë Sultanô parisienne puisèetit Èé tixêt sti? vdtrë Véilufe noîfe.

— Faites tuer la malhëtireiisë, alors.

— J'y serai peut-être contraint pour qu'elle né tue pas lei^ autres ; hiëiâ de grade, ïnoti chei», no me réduises pas â bette extrémité. . Ti»ouvèz un meyën d'éldigner cette femme ; je vdus jure qu'elle est dangereuse ; IéI respofîsatbilitê qui pèse Sur riioî, comme chef de cette expédilibn, m^ëffraië.

Lorsque M. de Morin fût parti, M, Delahgo Iniî^sâ

défiler la caravane et se mit au dernier rang pour surveiller tous les mouvements de Walinda.

Elle lui apparut d'abord derrière le rocher signalé par Nassar. Elle jetait autour d'elle des regards craintifs, elle n'avait plus son assurance, sa fierté des jours passés. Puis on ne la vit plus : elle essayait sans doute de se dissimuler dans les plis du terrain, parmi les arbustes et les épines ; au lieu de marcher, elle rampait pour se rendre invisible.

Dans l'après-midi, la caravane eut à descendre les flancs d'une montagne trop escarpée, trop rocailleuse pour donner asile même à des apparences de végétation ; on marchait à découvert sur le granit lisse et glissant, le pied ne rencontrait aucune arête pour s'y fixer, aucune touffe d'herbe, aucune pierre n'attirait le regard.

Alors la reine apparut de nouveau sur le sommet qu'on venait de quitter : elle suivait pas à pas, à cinquante mètres de distance, la même route que l'escorte. Elle s*avançait, la tête droite, le buste rejeté en arrière, les coudes au corps, les reins cambrés. B)lle ne tenait à ]^ main aucun bâton qui pûj; aider sa

marche. Elle était entièrement nue, soleil ; sa chair colorée, rouge plutôt q détachait magnifiquement des flancs om] sâtres de la montagne. Lorsqu'elle s'arn tenté de la prendre pour une spleridid terre cuite, de grandeur naturelle, incru roc.

Toute la caravane pouvait la voir, el autre, un soldat ou un porteur s'arr( contempler.

Au pied de la montagne qu'on venait la végétation commençait à se montra aux arbustes succédèrent des arbres is( grands bois ; ou approchait du lac Albe

Walinda put se dissimuler de nouve qu'au soir, on ne la vit plus.

La nuit, on s'arrêta : les soldats, api lumé des feux poiu* faire cuire quelques se réchauffer, s'étendirent et s'endormii

M. Delange veillait : il comprenait qi tien dont il essayait de couvnr Walind une grave responsabilité, U ne pou\

cher, par instants, àe partager les craintes de son ami et, se méfiant de la vigilance des sentinelles, il surveillait lui - môme les alentours du campement.

Vers minuit , il revit Waii&da : elle avait froid sans doute, et elle s'approchait d*un des feux du bivouac, doucement, pas à pas, à moitié courbée.

Lorsqu'elle l*éût atteint, elle s'accroupit et présenta ses mains, ses jambes, sa poitrine et ses épàiiles à la flamme du foyer.

Celange la contemplait : elle ne liii avait jàmWs pàfti plus belle, éclairée ainsi pài* de grandes liiéùrs rougeâtrôs, superbe dans sa flàmbloyànte nùciité.

Au bout d'un instant, lot*sqa*ellë se fut féchâufféd, ne S6 doutâiit pâë qu'on là ëUivalt des ^ë\x±, elle s^éloigna du foyer, et, à gétiëux, aidée de së§ maihé,elle pénétra dans le ôâinpémeilt.

Qu'allait-elle faire ? Quel était sort projet? Voulaitelle feè gllssët jusqu'à la tenté où reposait M*** dé Guéî'atl?

Il resta ëileiiôiéUx, imttiobile, pi*èt à intervenir lorsqu'il le fàUdi^ait.

Maïs là l'eîne, cette ïlliit-là, n'obéissait à aucune passion; elle ne songeait ni à ses artioUrâ passées, ni à sa Vengeance. Elle cherchait seulement à satisfaire la faim qui la torturait.

Dans un moment de rage elle avait préôlpitè dans r abîme les provisions qu'on lui avait dontiéfes, el maintenant, affamée, dôtninéê paf Tinstinct el non plus par la fierté, elle rampait autour du campement pour essayer dé se nourrir; elle cherchait, auprès des foyers éteints, quelques débris d'aliments : des grains d'éleusîne oubliés, des racines de sorgho, OU un oft à ronger.

Elle put sans doute assouvir sa ftiim la plus ardente, et se relevant, elle s'éloigna du bivouac, ei courut se cacher dans les bois voisins.

Le jour suivant, personne ne la vit» M. Delange interrogea vainement avec sa longue-vue tous les sommets où elle aurait pu apparaUi*e^ tous les vallons qu'elle aurait dû parcourir pour suivre la caravane.

*- Elle aura pris le parti de retourner ohd2 elle, dit M. de Môrin

— Je crois plutôt, lit le docteur, (jumelle aura pris le parti de mourir.

" Ces paroles firent bondir miss Pôles qui se trouvait près des deux Jeunes gens.

— Mourir! mourir! ftt'-elle, vous en parlez à votre aise, monsieur, et vous lui faites bien de Thonneur! Le suicide suppose une certaine volonté, une certaine intelligence, et cette créature n'a que de rinstinct comme les animaux ; l'animal ne se tue ja* mais, consultez les naturalistes.

— Je n'ai pas besoin de les consulter, mademoiselle, fit M. Delange, pour vous dire que vous vous trompez; l'animal ne s'empoisonne pas, de son plein gré , il ne songe ni à se noyer, ni à se brûler la cervelle, je vous l'accorde. Mais on a vu des chiens se laisser mourir de faim après la mort de leurs maîtres.

— Les chiens dont vous parlez, monsieur, reprit miss Pôles avec aigreur, ont vécu dans la société des gens civilisés.

— Voulez-vous dire par là, mademoiselle , que }A. le baron de Gué^an n'e§t pas civilisé?

— Je ne comprends pas, monsieur faire ici M. de Guéran.

— Mais Walinda a vécu dans sa se semble»..

— Je ne veux pas savoir ce qu'il monsieur ; je maintiens que cetl n'est pas une femme.

M. Delange attendait impatiemmen paraissait probable que Walinda rejoi vane pour tenter, comme la veille, d aux feux du bivouac et de se nourrir dernier repas. Mais, les sentinelles c Nord assez vif tenait éveillées, firen bonne garde. La reine ne parut pas exprimées par le docteur semblèrent la malheureuse se mourait de faim et quelque coin de la montagne.

Cette pensée le tourmentait; il essa; mir, il ne put même pas sommeille heures du matin, il crut entendre com dans le lointain. Il se redressa etprêl

Le bruit semblait se rapprocher, il

.'^78 LA \^NUS . N'OÎRE.

distittcl ; les éèhôs dô la ittontàgné le répétaient.

C'était quelque chose de laiûéfttable et qui tf avâil rien d'humain. On aurait dit lé long gémissement d'un animal blessé, ou la plainte prolongée du chieii qui htirlela mort. Les sentinelles écoulaient, inquiètes, Bffaréés ; M. Delange dût se îeVer et sfe tàpprôcher d'elles pour les rassurer. Puis, seul, il pénéti^ dans un bois voisin où. il pensait tï'oùvef Walinda ; persuadé quÉ ces crîs étaient poussés par elle, il voulait là secourir.

Il Ue vit personne et, avec les premiers rayoàs du jour, les Jplaintès cessèrent.

Alors il SB diJrigéa Vers la tente où M^ dé Guéréh devait avoir passé la nuit; il savait que la baronne était toujours la première levée, et il espérait lui parler aVatit qu'on Vtnl troubler leUr entretien.

comme si vous teniez à la main votre affreux scalpel. Je ne vous en ai pas voulu, cher docteur, vous le savez bien; je vous ai inscrit, au contraire, depuis cette époque, sur la liste de mes meilleurs amis, et c'est pourquoi, ayant péché contre l'amitié, je veux aujourd'hui vous demander mon pardon.

— Quel péché avez- vous donc commis, ma chère pénitente ?

— J'ai accepté, fit-elle, que Vous cédiez la place à votre confrère. J'ai laissé le docteur Desrioux donner des soins presque exclusifs à mon mari.

— C'est moi qui l'ai voulu, répondit-il. Vous n'aviez pas vu Desrioux depuis longtemps, je me suis effacé pour vous permettre d'être souvent avec lui, et d'entendre ce qu'il pouvait avoir à vous dire.

— Croyez-vous donc, s'écria-t-elle, qu'il me parle de son amour?

— Il n'a pas besoin de vous en parler. Il vous l'a prouvé en vous rejoignant.

— Et croyez- vous, continua- t-elîe, que je puisse encore, maintenant...

Elle s'arrêta ; elle n*osait pas achever.

Il compléta sa pensée :

— Ci'oyez-vous que je puisse encore l'aimer , vouliez- vous dire? Eh bien, oui ! je le crois, j'en suis même convaincu... Vous Taimez et vous n'aimez plus votre mari.

' — Ce n'est pas vrai ! ce n'est pas vrai ! fit-elle en se cachant la tête dans ses mains.

— C'est vrai, reprit-il, et vous le savez bien, et vous souffrez plus que jamais, parce que vous êtes une honnête femme, la plus honnête de toutes, et que, du vivant de M. de Guéran, vous n'avouerez jamais votre amour. •• Ah î je vous connais, allez, mieux que vous ne vous connaissez peut-être vous-même. Vous mourrez, s'il le faut, mais vous ne trahirez jamais vos devoirs ; cette persuasion m'a seule décidé à ne plus donner mes soins à votre mari.

— Je ne vous comprends pas, fit-elle étonnée.

— Je ne voulais pas, répondit- il hardiment, qu'il me dût sa guérison, je ne voulais pas avoir à me reprocher votre malheur.

— Oh I fit- elle, que dites-vous là !

— Eh parbleu ! continua-t-il, je l'aurais soigné, je

382 LA VÉNUS NOIHE.

l'aurais sauvé si Desrioux n'éèait pas vei^u. Mais il pouvait me remplacer, et j'ai préféié disparaître. C'est à lui qu^l appartient de Mt& cette oupe ; son honnêteté, son grand o€eur y trouveront leur coâipte. Son amour y gagnera aussi : vous ne l'en aiiBer^ que davantage pour l'abnégation qu'il montre, l'immolation à laquelle son honneur protessioniiel, sa cob*» science le condamnent.

Le camp commençait à s'éveiller, la soHtude dont M. Delange et M"^ de GuéranavÉuent joui jusqu'alors allait cesser.

— Dans quelques instants, dit vivement le docteur, on troublera notre entretien; permettez-moi de vous dire quelques mots.

— Je vous en prie, fit-elle. C'est juste, j'avais oublié que vous aviez à me parler. De quoi s'agit-il, mon ami?

— Je viens vous supplier d'user de votre influence sur M. de Morin pour faire cesser ua marliyre qui m'émeut malgré moi.

— Mfk mm\^iie ! s'éoria-t-eUe. M. de Moipt^ œaity-

ris^'ait quelq^a'un de la caravane ? C'est imçossibie 1 Lui, si bon, si juste ...

— Yous ui*avez mal compris, ^ ne^ martyrisQ pçrsosnne ; mais, par suite d'un ordre qu'il a cru devoir donner, qu'il a eu raison de donner, je le reconnais, quelcpi'un souffre en ce moment, et se meurt peutêtre.

— Oh ! mon Dieu ! que me dites-vous là ? Pourquoi ne m'avoir pas prévenue plus tôt... C'est peutrêtre ma négligence qui est cause... Oui, depuis notre départ du Caire j*ai toujours donné mes soins aux blessés, aux malades de la caravane, j'ai protégé les faibles, et maintenant j'oublie tous mes devoirs^

— n ne s*agit pas d'un membre de la caravane, dit le docteur ; personne parmi nous ne manque ni de soins, ni de protection. Il s'agit d'une malheureuse qui s'obstine à nous suivre, d'une malheureuse, indigne de la pitié de tous, mais que seule vous avez le droit de sauver, et que vous voudrez sauver.

— De qui s'agit-il?

— De notre ennemie Walinda*

— Comment I elle est ici ?

884 LA VÉNUS NOIRK,

— Non, elle est près d*ici, du moins je l'espère.

Il expliqua, le plus brièvement possible, à la baronne les motifs sérieux qui avaient obligé les Européens à entraîner la reine loin de son pays.

— On a bien fait, dit-elle, cette femme pouvait être redoutable aux Mombouttous et nous devions protection à nos anciens alliés.

M. Delange fit connaître alors les^motifs non moins sérieux qui avaient décidé M. de Morin à ordonner la mise en liberté de Walinda.

— Comment !s*écria-t-elle, c'est à cause de moi!.. C'est pour ne pas blesser mes regai*ds qu'on a pris ce parti, qu'on chasse cette femme !.... En vérité, c'est de la folie ! continua la baronne en s'échauffant. Est-ce que je me serais occupée d'elle? Est-ce que je l'aurais vue seulement? Est-ce que je lui fais l'honneur de la prendre pour une ennemie et de la craindre ? Pourquoi donc lui en voudrais-je, je vous prie? ajouta-t-elle ironiquement. Qu'a-t-elle fait qui ne soit très-naturel? Quel crime a-t-elle commis?... Quoi ! elle est bien tranquille dans ses Etats, lors-

qu'un jour il plaît à un Européen d'y pénétrer, malgré ses avertissements, malgré ses menaces... Il est jeune, il est beau ; c'est surtout un homme blanc ; elle n'a jamais vu des gens 'de sa nuance ; elle reste étonnée, éblouie ; puis elle s'émeut, elle s'enthousiasme et elle aime l'étranger.... De son côté, celuici, un homme marié, mais un de ces maris errants. pour lesquels sans doute les infidélités faites en voyage ne comptent pas; celui-ci, dis-je, s'émeut aussi à la vue de cette belle créature et s'endort... dans les délices de Capoue... Un jour, la femme, l'autre, celle qui est restée en France à se lamenter, s'avise d'aller creuser une tombe là-bas, en Afrique, pour le défunt.... Au lieu d'un mort, elle trouve un .vivant, assez ennuyé peut-être d'être dérangé, d'être découvert dans son domicile illégal.... Par un reste de pudeur, cependant, il essaie, sinon de rejoindre sa femme, au moins de rejoindre ses compatriotes venus de si loin à sa recherche. Mais l'Africaine esl jalouse, elle trouve mauvais qu'on l'abandonne pouï la nouvelle venue, et elle court après son prisonnier Il tient une hache, il pourrait se défendre, la tuer ;

3gS LA VÉNUS NOIRE.

il s*en gafde bien, il a trop peur de lui faire iBaL.. Elle n'a pas la même délicatesse, elle Téti'eiiit, le renverse elle tue à moitié.... Au point de vue des mœurs du pays elle est dans son droit ; n'était-il pas son prisonnier, son esclave, son bien, sa chosôî Nos codes eux-mêmes pourraient-ils la coadamnarî Estce qu'il n*était pas armé? Est-ce qu'il ne oombaètait pas?... Et Ton ose supposer que j'en veux à cette femme ! Je ne suis pas injuste à ce point ; je puis la voir sa&s souffrir... Si M. de Guéran était mort dd ses blessures... je ne dis pas... j'aurais envisagé certaines questions avec plus d'indulgence et peut-être aurait-il fallu éloigner de moi.... sa meurtrière. Mai* il se guérit rapidement ; bientôt il sera sur pied et je ne veux pas que, pendant qu'il revient à la vie, son... Africaine bien-aimée souffre et meure. J'aperçois M. de Morin, je vais lui parler.

M"* de Guéran , si calme d'ordinaire , toujours maîtresse d'elle-même, s'était exaltée peu à peu en prononçant ces paroles empreintes de tant d'amertume. Sa voix avait des accents nouveaux, son regard im éclat inaccoutumé, tandis qu'elle lançail

cette accusation contre M. de Guéran et qu'elle Taccablait de tous ses griefs , comme si elle avait voulu se justifier à ses propres yeux de n'avoir plus pour lui les sentiments d'autrefois.

Quelques instants après, M. de Morin rejoignait le docteur.

— Eh bien ! vous êtes gentil, vous, lui dit-il en riant, vous vous plaignez à la baronne de vos chefs, vous faites rapporter leurs ordres! C'est bien, mon* siear, courez après votre Vénus, faites-lui une bonne petite place â notre foyer ambulant; mais, sHl arrive un malheur, vous reconnaîtrez qu'il no serait pas juste de m'en rendre responsable.

Pendant que le soleil montait à l'horizon et que la caravane s'apprêtait à partir, M. Delange, suivi de Nassâr et de trois ou quatre Nubiens choisis parmi les plus habiles, se mirent à la recherche de la reine. Us restèrent cachés dans le bois jusqu'à ce que la caravane eût disparu. Ils pensaient que Walinda attendait son départ pour sortir de sa retraite, essayer de trouver quelque aliment dans le camp abandonné et se remettre en route.

Leur calcul était exact : un quart d'heure ne grêlait pas écoulé qu'ils virent la reine sortir d'un épais fourré, et, croyant êtrrf seule, s'avancer de leur côté. Lorsqu'ils pensèrent qu'elle ne pouvait plus leur échapper, ils s'élancèrent tous à la fois sur elle, l'entourèrent, et sans qu'elle fît une trop vive résistance, lui mirent les mains sur les épaules.

Alors, pendant que tout effarée, un peu frissonnante, elle restait immobile à la place oii les Nubiens l'avaient pour ainsi dire clouée, Nassar lui expliqua qu'on ne voulait lui faire aucun mal, et qu'on lui permettait désormais de vivre au milieu de la caravane. A cette nouvelle, ses regards éteints par la fatigue et la souffrance s'allumèi'ent, le sang revint à ses joues ; elle semblait radieuse d'être de nouveau prisonnière.

On lui offrit des vivres ; elle les saisît avec avidité et, se réfugiant dans un coin, elle mangea jusqu'à ce que sa faim fut apaisée. Puis, elle revint vers la petite ti*oupe, et tendit elle-même ses bras pour qu'on les attachât. Delange ne crut pas pouvoir supprimer cette formalité; les craintes de son ami de

Morin lui paraissaient exagérées, mais il croyait devoir en tenir compte.

Bientôt la prisonnière et son escorte rejoignirent la caravane, et se confondirent au milieu d'elle.

Dans la même journée on descendit les dernières Çentes des Montagnes-Bleues et on atteignit le lac Albert. Le point d'arrivée, à deux milles près, était le même que le point de départ. Une douzaine de Béloutchis envoyés en éclaireurs découvrirent leurs? camarades qui, depuis trois semaines, les attendaient, campés sur la rive du lac. On se rejoignit, on fu- ' sionna, et les Européens de Texpédition de Guéran éprouvèrent un véritable plaisir à goûter aux provisions apportées de France par MM. de Pommerelle et Desrioux. Les explorateurs, qui ont éprouvé de longues privations, comprendront seuls ce genre da satisfaction matérielle.

XXXM

Une semaine de repos fut accordée aux trois oara» vanes réunies, et personne ne demanda de plus longues vacances : s'il arrive souvent qu'un voyageur européen soit contraint par son escorte à ftiire des stations beaucoup plus longues qu'il ne le voudrait, c'est que le pays parcouru, la ville près de ' laquelle on s'arrête, offrent des séductions aux soldats et aux porteurs. La rive occidentale du lac Albert n'ayant aucun attrait pour des êtres insensibles aux beautés de la nature, tous aspiraient à gagner, au plus vite, des régions moins désertes.

Ce repos fut mieux apprécié par les Européens que par l'escorte. A la suite de tant d'émotions et de fatigues, ils avaient un impérieux besoin de se recueillir et de rester inactifs. La tranquillité du pays, les flots bleus qui semblaient dormir à leurs pieds,

LA VÉNUS NOIÊE. 891

ce paysage frais et souriant rafrsdchissaient leur esprit, calmaient leurs nerfs surexcités, en même temps que leurs membres endoloris par des marches forcées reprenaient leur souplesse dans les eaux bienfaisantes de rAlberl-Nyanôa.

M. de Guéran, surtout, devait se bien trouver de ce temps d'arrêt : l'air de la montagne, le changement de climat, une température relativement douce, succédant à la chaleur équatoriale de TUlindi, lui avaient fait un bien excessif. La fièvre, sans le quitter entièrement, lui donnait des journées entières de répit; son affaiblissement diminuait et les craintes éprouvées par M. Desrioux au sujet de quelque maladie cérébrale s'étaient évanouies. Mais, malgré les soins et les attentions de tous, le blessé avait cruellement souffert d'une course de dix jours dans la montagne : son hamac s'était plus d'une fois heurté contre les obstacles de la route, et ses plaies, que TimmobiUté eût cicatrisées, ne se fermaient pas encore. Étendu maintenant sur un lit de camp, près de la rive, à l'ombre d'un tamarinier, loin des bruits ' de la caravane, il se trouvait dans d'excellentes

conditions pour pai'faire sa guérison. Sous le prétexte, très-sérieux, du reste, que sa pensée ne devait faire aucun effort, que son cerveau devait jouir d'un repos absolu, on évitait aussi de s'entretenir avec lui, et M"' de Guéran fuyait obstinément touta conversation suivie.

Peut-être aurait-on prolongé dans l'intérêt du convalescent, ces loisirs et cette villégiature au bord du lac, si on n'avait pas désiré quitter l'Afrique équatoriale avant la saison des pluies et surtout arriver à Gondokoro pour le grand départ des embarcations, en mars et avril. Trois mois séparaient encore de cette époque, et, d'après tous les calculs, quelques semaines suffisaient pour atteindre la dernière station du Nil; mais, en Afrique, il faut toujours faire une large part aux accidents et aux éventualités de toutes sortes.

L'expédition se remit donc en marche le 2 janvier 1874. Elle suivit d'abord, pendant plusieurs jourS; en marchant à petites journées de quinze milles environ, la rive occidentale de l'Albert- Nyanza. A mesure qu'on s'avançait vers le Nord,

le lac devenait plus étroit; bientôt, sans longuevue, on aperçut distinctement la rive orientale et ses moindres accidents de terrain. On aurait été tenté de se croire sur les rives d'un grand fleuve, si les cartes n'avaient pas indiqué que la nappe d'eau que Ton côtoyait se terminait en pointe.

Mais, quelques jours après, on ne fut plus en présence d'un lac, on eut sous les yeux une rivière.

— C'est le Nil, disait M. de Morin, il sort de TAlbert-Nyanza, comme Font établi les travaux de Speke, de Grant, de Baker. Nous n'avons qu'à le suivre et nous arriverons à Gondokoro par les pays des Madis, des Barris, des Latoukas et la vallée de l'EUyria.

— Je crois que vous vous trompez, cher ami, répliquait le docteur Desrioux, le Nil, d'après toutes mes études, vient de l'Ouest-Sud-Ouest et coule vers le Nord-Est. La rivière qui se trouve en face de nous descend, au contraire, vers l'Ouest et semble s'éloigner des pays que vous venez de signaler. On affirme aussi que le Nil, en sortant de TAlbert-

Nyanza, entre aussitôt dans un défilé, formé par deux chaînes de montagnes dont Tune s'appelle le Géhel- Kouk&u, et je ne vois aucun défilé de ce genre. Je suis donc tenté dô croire que nous avons découvert un second bras du Nil, sortant comme l'autre du lac Albert. Mais quimporte! Suivons la route qyCil semble nous tracer, à moins qu'il ne se détourne trop brusquement et nous force à modifier notre itinéraire.

Cet avis fut adopté ; la caravane, sans chercher une autre voie, et sans essayer d'approfondir un des nouveaux mystères du Nil, poursuivit sa course riveraine.

Bientôt, tout vint affirmer la justesse des observations du docteur. On n'apercevait sur le bras que l'on suivait aucun des obstacles signalés sur le Nil : les îles rocheuses, les bancs de vase couverts de papyrus, les profonds ravins, les rochers abruptes. On ne rencontrait ni torrent impétueux, ni gorge étroite, bordée de falaises perpendiculaires où croissent des forêts de bambous. Le fleuve paraissait navigable dans tout son parcours, tandis que le Nil, au dire

iI'c:^pioi'ateurs dignes de foi, était, depuis sa sortie du lac Albert jusqu'à Goadokoro, interrompe par des chutes infranchissables.

On voulut interroger les habitants, savoir le nom de leur pays ; mais, eiirayés à la vue d'une cara* vane aussi nombreuse, et redoutant Tesclavage, ils fuyaient au plus vite. Pour se procurer des vivres, on dut même souvent pénétrer dans les demeures abandonnées et prendre ce qu*on aurait voulu acheter. Mais, sur Tordre formel des Européens, on laissait en échange, dans les habitations ou sur les places publiques, de la verroterie, du fil d'archal ou des indiennes dont MM, Desrioux et de Pommerelle avaient encore une assez grande quantité.

Cependant, le fleuve ne descendait plus vers l'ouest ; à partir du quatrième degré de latitude, il courait directement vers le nord et confirmait les Européens dans cette pensée qu'ils ne s'éloignaient pas de leur route. D'autres indices ne laissaient aucun doute à ce sujet : si on ne pénétrait pas dans le cœur du pays de Latouka, on reconnaissait cependant que sa frontière était proche. L'aspect des vil-

V^-Î^ir

lages, la toilette des naturels, qui maintenant se laissaient approcher, quelques coutumes surprises au passage et conformes aux renseignements doni^s par Baker disaient clairement qu'on se trouvait sur lin territoire déjà signalé, déjà parcouru, et dont certaines parties seulement, celles que Ton traversait, étaient inexplorées.

Enfin le 5 février, tandis que la caravane suivait, selon sa coutume, un chemin parallèle au Nil, elle aperçut, à sa gauche, la montagne conique de Redgia, et à sa droite le pic éloigné de Bélignan. Au coucher du soleil, on ne se trouvait plus qu'à trois milles de Gondokoro.

, Le voyage était en quelque sorte terminé. En effet, pour des explorateurs qui venaient de si loin, descendre le Nil dans une barque, faire escale à Khartoum, à Berber, franchir quelques cataractes, traverser la Nubie, l'Egypte, arriver au Caire et s'embarquer sur un paquebot des Messageries pour Marseille, c'était une simple promenade, c'était un jeu.

La journée ayant été laborieuse, on dut renoncer

isr^r- -

à pénétrer dans Gondokoro le soir môme,

la dernière fois» le campement fut dressé,

air, sur les bords du ^11. Gomme d*habi

tentes des Européens furent placées à V

extrémités du camp, le plus loin possible

de Khartoum et de Zanzibar, trop nombr

n'être pas bruyants. Ces tentes, après un ai

voyage, étaient fort délabrées; plus d'u

échancrure y laissait pénétrer les rayons i

Celle de M"^ de Guéran avait sQule cens

air, par suite des soins particuliers qu'on

pris. Elle se distinguait des autres par

drapeau fixé sur son sommet ; grâce à cet g

les Européens, en cas d*alerte, pouvaient ]

lement venir au secours de leur chère Sull

La veillée ne fut pas, ce soir-là, de longi

Chacun avait hâte d'être sur pied de gra

pour entrer dans Gondokoro, y trouver si

des nouvelles d'Europe, et tout préparer

retour inmiédiat. Avant de gagner sa ten

Morin eut cependant un court entretien av

lange.

S98 LA VÉNUS NOIREr.

— Eh bien ! mon cher, lui dit-il, qu'aUez-vous faire maintenant de votre Vénus noire? Vous n'avez pas, sans doute, l'intention de lui donner passage sur la barque que nous allons fréter? Mes craintes sont dissipées : Walinda, je le reconnais, n'a plus de regards farouches, vous veillez sur elle avec une conscience admirable, enfin vous avez eu l'intelligente cruauté de ne point lui retirer ses liens. Ce* pendant elle ne peut pas s'éterniser dans notre société. Jusqu'à ce jour, vous avez évité toute rencontre entre la reine et son ancien prisonnier. C'était possible : l'une, surveillée de près, marchait à l'arrièregarde; l'autre, encore souffrant, toujours porté dans son hamac, ne quittait pas le centre de la caravane. Mais, bientôt, M. de Guéran sera superbe de santé, il vagabondera au milieu des soldats, des porteurs.., et voyez-vous le coup de théâtre?

— Rassurez -vous, mon cher, fit le docteur; à partir de <lemain, Walinda sera libre, et tout me porte à croire qu'elle ne songera qu'à retourner dans son pays. Je ne tienô pus à la mener à Paris, je désire seulement. • .

CfÇW?-^

— Qu'elle vous récompense de tous vo c'est justice, cher ami. Au revoir!

Il s'éloigna, et M. Delange, dès qu'il l'eu paraître, rejoignit sa prisonnière.

Pour pouvoir la surveiller plus facileme

faisait dresser une sorte d'abri assez ék

tentes européennes, mais séparé cependant

de l'escorte. Souvent il venait lui apporter 1

sa ration quotidienne et s'oubliait quelques

auprès de cette femme étrange. Il ne se lai

attendrir, cependant : comme l'avait constî

Morin, il ne s'était pas cru, jusque-là, le

rendre à la reine la liberté de ses mouvemer

à quelques milles de Gondokoro, presque

égyptien, M. Delange, auquel on avait fait

quelque promesse et qui en avait fait une au

tour, se départit de sa sévérité et de sa j

Pour la première fois depuis six semaines,

de la Vénus noire tombèrent.

Vers deux heures du matin, tandis que le plein de confian:ce maintenant dans sa pris se reposait des fatigues du jour, Walinda

long couteau de chasse que M. Delange avait déposé près de lui, regarda longtemps autour d'elle et, lorsqu'elle eut constaté que tout reposait dans le camp^ que les sentinelles elles-mêmes, rassurées par le voisinage de Gondokoro, avaient abandonné leur poste, elle se glissa dans Tombre, pas à pas, jusqu'aux tentes des Européens.

Là elle s'arrêta et, dans la nuit étoilée, cherclia des yeux le drapeau qui servait d'ornement à la lente de M"' de Guéran. Elle l'aperçut et, certaine maintenant de ne pas se tromper, rampa jusqu'à cette tente, en souleva sans bruit un des coins, se glissa par l'ouverture et, se redressant tout à coup, bondissant jusqu'au lit de camp, enfonça son couteau dans le cœur de la personne endormie.

Le lendemam, à la pointe du jour, les tambours et les clairons réveillèrent joyeusement le kraal. Sol-

LA VÉNUS NOIRE. /lOl

ddls et porteurs ne se firent pas prier, contraîrehiént « leurs habitudes, pour quitter leurs lits de feuilles sèches ou de peaux de bêtes : ils avaient hâte de faire une entrée triomphale dans Gondokoro. Walinda elle-même, que rien ne semblait distraire, insensible d'ordinaire à tous les bruits, à tous les incidents de la route, avait quitté son abri ; les yeux fixés sur les tentes, elle semblait attendre impatiemment le moment où les Européens allaient en sortir et donner le signal du départ.

M. de Morin apparut le premier; puis, un instant après, M. de Pommerelle, M. Périères, les deux docteurs Delange et Desrioux. Au bout d'un instant, ce Alt au tour de miss Pôles ; elle s'était éveillée avant tout le monde pour consacrer plus de temps à une toilette destinée à faire sensation dans Gondokoro.

Deux tentes conservaient seules leur immobilité : celle de M"* de Guéran et celle de son mari, éloignées l'une de l'autre d'une dizaine de mètres.

Enfin, la tente qui n'avait pas de drapeau sembla frémir, s'agiter, et, au moment où le soleil levant

réolatrait de ses premiers rayons, la colorait de ses lueurs roses, on vit apparaître souriante^ charmante, tout ensoleillée, la baronne de Guéran.

Walinda, en l'apercevant, poussa un cri terrible . un cri de rage et en même temps d'épouvante.

D'autres cris lui répondirent. Ils étaient poussés par Joseph qui, sur l'ordre de M. de Morin, avait pénétré sous la tente de M. de Guéran, pour lui offrir Bm services et lui dire qu'on l'attendait.

Il avait trouvé le malheureux couvert de sang, inanimé, mort. Le couteau, avec lequel on Tavait frappé, était encore planté dans sa poitrine.

Walinda s'était trompée : elle avait cm tuer la femme, elle avait tué le mari.

Elle ignorait que, la veille. M"" de Guéran, oraignant pour le malade l'humidité des marécages voisins de Gondokoro, lui avait cédé sa tente, et avait passé la nuit dans celle qu'il occupait d'ordinaire.

Huit jours après cet événement, les Européens parvenaient à fréter deux negghers, bateaux en usage

LA VÉNUS NOIRE. 40îl

sur le haut Nil, et descendaient ce fleuve. Une troisième embarcation, plus petite que les autres, portait le cercueil de M. de Guéran.

Avant de s'embarquer, les Européens, aprêô avoir largement réglé leurs comptes, s'étaient séparés des soldats et des porteurs, et ceux-ci avaient aussitôt contracté de nouveaux engagements avec les traitants, si nombreux dans ces parages à cette époque de Tannée. Les serviteurs seuls ne furent pas congjédiés. Nassai% dont le dévouement et l'intelligence avaient été si précieux, et les deux interprètes arabes, Omar el Ali, voulurent accompagner leurs maîtres jusqu'au Caire.

On naviguait depuis quelques heures seulement, Gondokoro était encore en vue et les barques, obli-^ gées de louvoyer, s'avançaient lentement, lorsque M. deMorin crut npercevoir au milieu du fleuve un cadavre entraîné par le courant.

If descendit aussitôt* dans une embarcation, fit force de rames et reconnut le cadavre de la reine Walinda. Ce corps splendide, sur lequel la mort n'avait pas commencé son œuvre de destruction, qu'elle

respectait encore, flottait au-dessus des eaux ^-^ rées par les reflets du soleil couchant.

La reine, désespérée d'avoir épargné sa rivale et d*avoii* tué celui qu'elle aimait, avait profité de rémoi répandu dans le campement pour prendre la fuite. Elle avait erré, sans doute, quelques jours sur les bords du fleuve, puis elle s'y était précipitée.

Et, morte, elle suivait encore la caravane et le car*^ cueil de son amant.

A Khartoum, les Européens ne s'arrêtèrent que peu de temps, au commencement d*avril 1874, pour conférer avec le colonel Chaillé-Long, chef d'étatmajor du général Gordon. En échange des nouvelles d'Europe qu'il leur donna, il obtint de MM. Desrioux et de Pommerelle des renseignements sur le pays du Ganda et son roi Mtéza, chez lequel il se rendait/

Aucun incident ne signala la longue descente du Nil : chacun vivait de son côté, replié sur soi-même, seul avec ses souvenirs et ses pensées. On profitait de cette inaction, succédant à une vie si tour* montée, pour sa recueillir, meltre en ordre les notes

à Port-Saïd, sur un paquebot des Messageries mari<« times, arrivait à Paris quelt(ues jours après»

Alors, eurent lieu de nouveaux adieux : miss Prfes prit congé de ses compagnons, qui s'étaient souvent amusés de ses ridicules, mais qui avaient apprécié la bonté, le dévouement de cettç courageuse créature. Au moment de quitter les quatre jeunes gens qu'elle avait aimés tour à tour, pour qui elle avait brûlé des mêmes flammes, elle oublia ses dernières préférences pour M. de Pommerelle et confondit toutle monde dans la même étreinte : des bras de M. Périères elle passait dans ceux de M. de Morin, pour tomber dans ceux de M. Delange, qui la renvoyait au comte de Pommerelle. Il ne manquait à ce grand embrassement circulaire que les rois Mounza et Kadjoro; s'ils avaient été présents, la fête eut été complète, et miss Pôles eût donné à ses différents bien-aimés un baiser d'ensemble.

Après avoir essuyé ses lunettes ternies par lôs larmes, remercié M™' de Guéran qui venait de Im assurer l'indépendance pour le reste de sa vie, elle regagna sa obère Angleterre, où elle prend mainte-

nant le thé auprès de son amie, la confidente de ses plus intimes pensées, la seule déf meuses aventures chez les Touare

Le fidèle Joseph, lui, ne s'est ] maître, il en a trop besoin : M. de peut s'exprimer ainsi, le couronn( gloire de Joseph, l'enseigne de fois par jour, le valet de chambre maître aux domestiques, aux fouri nage, en leur disant : c Voyez cet les Arabes allaient le fusiller, j Niams-Niams voulaient le dévorer en holocauste ; les Amazones s'ap sacrer, je l'ai délivré de leurs t beaux faits d'armes de M. de K inscrits sur les états de service ainsi souvent qu'on écrit l'histoi sont renversés et que les petits mi

Les différentes sociétés de gè rendent plus de justice à l'expédit elles ont accueilli d'abord avec un les notes remises par un explorate

M. Périèies, elles vont, dans quelque temps, oons-. tater officiellement les découvertes dont il lait mention et remplacer sur les cartes ces mots : régions, inexplorées, par le nom des Domondoûs, des Maleggas et des Walindis. Tous les jours, du reste, quelque nouveau voyageur vient confirmer ces découvertes et, tout dernièrement, dans le courant de Tannée 1876, M. Gessi, un lieutenant de Gordon, reconnaissait Texistence d*un second bras du Nil, sortant comme l'autre de TAlbert-Nyanza , se dirigeant vers Touest, et, au dire des indigènes, rejoi-, gnant le grand fleuve au-dessus de Gondokoro. C'est ce bras du Nil que le docteur Desrioux a découvert et signalé en 1874.

Dix*huit mois se sont écoulés sans que M*^ de Guéran ait quitté le deuil et parlé de se remarier,

— Mais enfin pourquoi n'épouse-t-elle pas son chef docteur? disait un jour M. de Morin à M. Delange. Ils s'adorent! C'est, hélas! facile à constater, et je connais la baronne : elle est aussi incapable de donner des coups de canif au veuvage qu'elle eût

LA VKNUS NOIRE.

été incapable d*en donner à son contrat de m BUe n'a qu'une ressource : la légalité. Qu' fette donc, le plus tôt possible , si elle ne v< dépérir» dans les bras du maire et du prêtre.

— Mon cher, répondit M. Delange, Périèj Tait, la semaine passée, à peu près dans les

termes, le même petit discours, mais il étc preint comme le vôtre de tant d'amertume, n'ai pu le répéter à M"" de Guéran. Si elle v( tendait l'un et l'autre, loin de se décider, vous l'y invitez, elle attendrait encore.

— C'est donc vraiment par scrupule , pai tesse vis-à-vis de nous, qu'elle temporise ai:

-* Oui, elle veut que le temps cicatrise v Bures; elle a pour vous une si sincère amitié hésite à vous faire du mal.

— Eh bien! mon cher, dites-lui que nous i pas la douleur de codhaitre la date de son i Notre premier voyage nous a mis en goût, 1 des découvertes s'est emparée de Périères, c merelle et de moi, et nous partons dans quel maines pour l'Afrique occidentale* A l'exen]

frères Grandy, nous suivrons les rives du Zaïre et. noué marcherons vers le, nord-est, dans la direction du lac Tanganyika. Yous voyez que c'est sérieux et que M"*' de Guéran peut reprendre sa liberté ; nous voyageons sans elle» elle a le droit de se marier sans nous»

Deux mois après cette conversation, Laure dev; Guéran devenait M"** Desrioux. ï^es nouveaux raariéB: se sont retirés 'dans une villa, située au bord du lac. de Corne, dont les rives pittoresques leur rappellent rAlbert-Nyanza,'près duquel il se sont retrouvés. De tous nos héros, M. I^elange et Joseph sonti restés à Paris. Le premier est devenu un méséfieux; ce qui ne Tempêche pas, lorsque ses \s sont terminées, vers minuit, de faire sou t au cercle, ou de tailler un baccarat. C'est lit-on, que Gondinet et Félix Cohen ont voulu [re, dans le deuxième acte de leur jolie pièce ; lab. Le docteur rêve aussi parfois aux Africain ^ut en avouant que plusieurs de ses clientes pâmes leur sont supérieures. ' ,

Joseph s'est montré un peu fn question devant lui de repartir po être, du reste, que M. de Morin n' cause, devoir insister. Le fidèle d plus ; il est rentier, grâce aux larg tre et à la vente d'une trentaine d(

Quant à nous, notre tâche est elle cette longue étude qui n'a qi d'être absolument exacte, au point graphie et des mœurs africaines, montrer une fois de plus à nos n'étions pas un spécialiste. Il nou de les entraîner loin de Paris, é sous une forme peut-être attrayani laboiieuses, des découvertes intén dévoiler les mystères d'un monde

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