‹ La véritable édition originale des uvres de MolièreChapitre 3 sur 11 · DES · texte numérisé non relu

DES

Jusqu'en 1817,, l'édition des Œuvres de Molière, publiée en 1682 par Lagrange et Vinot, amis de l'auteur, ne fut pas très-estimée , quoique ces éditeurs, autorisés par la veuve de Molière, eussent fait usage des manuscrits autographes qui leur avaient été confiés. On accusait, à tort ou à raison, le comédien Lagrange et son collaborateur Vinot d'avoir revu le texte avec très-peu de soin et de s'être permis des suppressions regrettables dans plusieurs pièces, notamment dans les Fourberies de Scapin et dans le Tartuffe. « Si l'on défigure ainsi , avait dit Antoine- François Jolly dans l'Avertissement de son édition de 1734, un auteur qui n'étoit mort que depuis neuf ans, que devons-nous penser de

la fidélité avec laquelle les ouvrages des Grecs et des Latins nous ont été transmis?» Antoine- François Jolly, qui fut chargé de revoir le texte de la grande édition in-40, publiée, en 1734, avec les figures de François Boucher 3 avait donc donné la préférence à l'édition de 1730 sur celle de 1682.

Cette édition de 1682 fut réhabilitée, lorsque Beuchot, dans une très-curieuse note bibliographique insérée au Journal de la Librairie, année 18 17, p. 362 et suiv., eut signalé les utiles variantes qui pourraient être recueillies dans cette édition non cartonnée. La difficulté était d'en découvrir un exemplaire vierge et intact, car Beuchot annonçait que ladite édition, faite sur les manuscrits de Molière, avait été défigurée par plus de cent cartons que la censure aurait exigés. L'exemplaire de cette édition > conservé à la Bibliothèque du Roi, n'était qu'à demi cartonné, et l'on avait déjà pu constater l'existence des variantes indiquées par Beuchot. Peu de temps après, un exemplaire, absolument non cartonné, arriva de Constantinople., où l'avait transporté M. Simonin^ son dernier possesseur; c'était l'exem-

plaire du lieutenant général de police M. de la Reynie; c'était l'exemplaire même, que les éditeurs Lagrange et Vinot avaient présenté à la censure, avant la mise en vente de leur édition. M. de Soleinne l'acheta, moyennant 75 fr., le fit laver et réparer, et le jugea digne d'une superbe reliure de Bauzonnet. Ce fut seulement à partir de i833, que cet exemplaire, alors unique^ fut considéré comme devant servir de base au travail d'un nouvel éditeur, qui voudrait reproduire le texte authentique et complet des comédies de Molière.

Ce bienheureux éditeur fut Aimé-Martin. En 1844, l'exemplaire de La Reynie avait passé dans les mains d'Armand Bertin , par suite de la vente des livres de M. de Soleinne, où il n'avait été payé que 800 fr. ,, et Armand Bertin prêta cet exemplaire à Aimé-Martin, qui préparait une quatrième réimpression de son édition de Molière. Aimé-Martin fit assez bon usage du précieux exemplaire , surtout en le collationnant avec les éditions originales des comédies, et le résultat de son travail fut une ample réunion de variantes et de deux cent soixante et une cor-

rections. En proclamant ce résultat inespéré dans la préface de son édition nouvelle, il ne manqua pas de prendre, en ces termes, la défense des éditeurs de 1682 et de leur édition :

« L'édition de 1682, publiée par Lagrange, acteur de la troupe de Molière, et par Vinot, ami du poëte, a été l'objet des plus vives critiques. On a dit qu'elle fourmillait de fautes d'impression, qu'on y trouvait des vers isolés et sans rimes , que l'indication du jeu des acteurs était souvent tronquée; enfin, que le texte même de plusieurs pièces avait subi des corrections, et l'on a signalé comme ayant été l'objet de cette odieuse mutilation : Tartuffe, les Fourberies deScapin, Y Avare et le Malade imaginaire. D'abord, il faut convenir des fautes d'impression ; elles sont nombreuses, quelquefois graves; mais enfin le blâme d'une pareille négligence ne saurait remonter jusqu'à Vinot et à Lagrange : il ne frappe que le correcteur du libraire Denys Thierry. Quant aux altérations du texte, le livre ayant été cartonné, nous ne pouvons plus aujourd'ui accuser que la censure. En présence du lieutenant général de police, les éditeurs sont justifiés. »

Après avoir examiné très-minutieusement l'édition de 1682, Aimé-Martin reconnut que partout le texte primitif y était respecté, et que,, sauf de nombreuses fautes d'impression, les mutilations systématiques, qu'on imputait aux éditeurs, se bornaient à l'oubli d'une douzaine de lignes dans les Fourberies de Scapin. Il déclara, en outre,, que le texte du Malade imaginaire étant supérieur incontestablement, dans cette édition, à celui de toutes les éditions publiées en Hollande, les éditeurs avaient eu le droit de dire dans leur préface : « Cette comédie est corrigée, sur l'original de l'auteur, de toutes les fausses additions et suppositions de scènes entières, faites dans les éditions précédentes. » Le jugement d'Aimé-Martin fut accepté et tenu pour définitif; l'édition de 1682 reprit le premier rang parmi les anciennes éditions de Molière^ et l'exemplaire de La Reynie, acquis par M. le comte de Montalivet, à la vente de la bibliothèque d'Armand Bertin, au prix de 1,210 francs, n'a pas été estimé moins de 10,000 à 12,000 fr., depuis qu'il est entré dans une collection de livres, qu'on peut juger par ce rare échantillon, mais que peu

d'amateurs ont eu l'avantage de voir , depuis qu'elle s'est formée à grands frais dans un château du Berry *.

J'avais eu l'occasion, dès l'année 1843, de dire leur fait aux exemplaires cartonnés de cette édition, dans une note du Catalogue Soleinne (tome 1", p. 3o3): « Les éditeurs de 1682 publièrent, pour la première fois^ cinq comédies qui étaient restées inédites et qui ne se jouaient plus : Don Garde de Navarre, don Juan, Mélicerte, l'Impromptu de Versait les } la Comtesse d^Escarbagnas. Ils prétendirent aussi donner le véritable texte du Malade imaginaire, et ils ajoutèrent aux œuvres de Molière les Amans magnifiques et la Gloire du Val de Grâce, qu'on n'avait encore imprimés que séparément. Mais ils se servirent, pour faire leur édition, de manuscrits originaux, que Molière avait modifiés depuis en faisant re-

1 A. Chaude, qui a préparé l'édition des œuvres de Molière publiée par Fume, en 6 volumes in-8*, avec le beau travail de M. Taschereau sur la vie de l'auteur, avait eu le bonheur de trouver un exemplaire, non cartonné, de l'édition de 1682. Cet exemplaire, acquis, à sa vente, en 1867, pour M. le ducd'Aumale, au prix de 2,56o francs, a été relié depuis par Trautz-Bauzonnet, et fait maintenant partie de la plus riche bibliothèque qu'un amateur ait jamais formée.

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présenter et imprimer ses pièces ; de là les différences qu'on remarque entre cette édition et celles publiées du vivant de Molière. Les comédies qui ont le plus souffert de cette maladroite révision, sont Tartuffe, les Fourberies de Scapin, V Avare et le Malade imaginaire. Ils ne se contentèrent pas de marquer les jeux des scènes; ils se permirent, sans doute de leur autorité privée, nombre d'altérations, qui, si légères qu'elles soient en général, deviennent graves quand elles s'attaquent à la langue de Molière. Enfin, ces altérations se compliquèrent d'autres, plus fâcheuses, par suite des cartons que la police exigea, surtout dans les deux tomes VII et VIII, qui portent le titre d'Œuvres posthumes, et dont le privilège est accordé au libraire Denys Thierry comme ayant traité avec la veuve de feu J. B. Poclin [sic) de Molière. »

Le temps m'avait fait faute pour étudier l'exemplaire de M. de la Reynie, pendant que je rédigeais le Catalogue de la bibliothèque dramatique de Soîeinne, et je m'étais déchargé de ce soin, en renvoyant le lecteur à la notice de Beuchot sur l'édition de 1682, non cartonnée. L'exemplaire

de La Reynie passa dans les mains d'Armand Bertin, et Aimé-Martin fut le seul critique qui eut la bonne fortune de l'examiner à loisir.

Je ne connaissais pas alors l'édition de 1674- 1675, que tous les bibliographes avaient négligée, sans doute à cause de son excessive rareté. Un bel exemplaire de cette édition presque inconnue faisait partie de la bibliothèque de Félix Solar; notre savant bibliographe, M. Pierre Deschamps, créateur de cette remarquable bibliothèque, n'avait pas oublié de recommander cette édition , dans le Catalogue raisonné, dont il ne publia que le tome premier (Paris, typogr. de Firmin Didot, 1860, in-8°): « Deuxième édition, dit-il après l'avoir décrite sommairement. La première, formée par Molière lui-même et publiée l'année de sa mort chez Denys Thierry, est introuvable. Celle-ci est également fort rare, et le texte en est bien supérieur à celui de l'édition donnée par Vinot et Lagrange en 1682. »

L'édition que M. Pierre Deschamps nomme la première porte la date de 1673 ; nous ne l'avons jamais vue, et voici en quels termes nous l'avions mentionnée dans la Bibliographie Moliéresque,

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d'après un catalogue de librairie : « Œuvres de monsieur de molière. Paris, Claude Barbin , 1673, 7 vol. in-12. Molière avait obtenu un privilège, en date du 18 mars 1671 , pour faire imprimer ses œuvres complètes ; mais il ne s'occupa de cette édition que peu de mois avant sa mort. Il en avait préparé le texte , et il la faisait imprimer, à ses frais, chez Denys Thierry, lorsqu'il mourut presque subitement (17 février i6y3). Sa veuve céda l'édition commencée à Claude Barbin, qui l'acheva et la mit en vente. C'est donc là l'édition originale de Molière; mais, comme elle est à peu près introuvable, on doit supposer que des circonstances particulières en arrêtèrent la vente. » Un amateur de Bordeaux, qui possède cette édition, rectifia-, dans une revue bibliographique , ce que ma note avait d'erroné, en annonçant que l'édition de 1673 n'était qu'un recueil factice d'éditions séparées des comédies de Molière, lesquelles avaient été réunies sous un titre collectif et divisées en 7 volumes. Nous regrettons que le possesseur de cette édition factice n'ait pas cru nécessaire de la décrire avec plus de détails, car 1 auteur du Manuel du libraire dit positivement

que «celte édition de 1673. en sept volumes, n'a de pagination suivie que dans les six premiers volumes, et que le septième volume renferme Psyché , les Fourberies de Scapin et les Femmes savantes, imprimées séparément. »

Laissons donc de côté cette édition de 1673 , que nous n'avons pas vue, et parlons seulement de l'édition de 1 674, qui a été vendue 9 1 o fr. chez Solar, et qui se vendra six fois plus cher, quand on saura ce qu'elle vaut. M. Léopold Double a eu la chance d'en découvrir un exemplaire, qui figure aujourd'hui dans sa nouvelle bibliothèque, un exemplaire unique, incomparable, avec une reliure de Duseuil en maroquin rouge. Cet exemplaire1, de la plus grande beauté, proviendrait, dit-on, delà bibliothèque de Golbert; il rappelle, en effet, les belles reliures de Duseuil, qui étaient en grand nombre dans cette célèbre bibliothèque; mais l'exemplaire de Molière, décrit dans leCataloguedeColbert, est indiqué ainsi :« Amsterdam,

» Il est à grandes marges, et nous paraît être en papier fin. Ce papier a pour filigranes une grappe de raisin et un cartouche contenant un cœur renverse', entre ces deux monogrammes : 1D et IC.

1679, 7 vol. in-i2j maroquin. » Ce n'est donc pas la même édition. Peu importe; l'exemplaire de 1 674-75 , en vieux maroquin, que possède M . Léopold Double, est une merveille, et nous ne l'échangerions pas même pour un exemplaire, non cartonné, de l'édition de 1682.

M. Léopold Double a eu la gracieuse obligeance de me confier son trésor : nous avons pu examiner à loisir cet exemplaire, et nous en ferons la description, après avoir exposé l'intérêt particulier qui s'attache à l'édition de 1 674, laquelle a été certainement préparée et revue par Molière lui-même.

A la date du 18 mars 1671, Molière obtenait un privilège du roi, privilège très-explicite et très-détaillé, dont les termes ont été sans doute soigneusement choisis par lui-même : « Nostre cher et bien amé Jean-Baptiste Pocquelin de Molière nous a très-humblement fait remontrer qu'il avoit cy-devant composé, pour nostre divertissement , plusieurs Pièces de Théâtre , partie desquelles il avoit fait imprimer par divers imprimeurs ou libraires, en conséquence des privilèges que nous luy avons accordé pour l'impression

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de chacune en particulier. Mais la pluspart desdits privilèges estant expirez et les autres près d'expirer , plusieurs desdites pièces ont esté réimprimées, en vertu de Lettres obtenues par surprise en notre grande Chancellerie, portant permission d'imprimer ou de faire imprimer les Œuvres dudit Molière,, sans en avoir son consentement; dans lesquelles réimpressions il s'est fait quantité de fautes qui blessent la réputation de l'Autheur, ce qui Ta obligé de revoir et corriger tous ses ouvrages, pour les livrer au public dans leur dernière perfection; mais, comme il luy faut faire une grande dépense,, tant pour l'impression que pour les Figures., qu'il fait graver, il craint que quelques envieux de son travail ne luy fassent contrefaire, par concurrence, de mesme que l'on a déjà fait, plusieurs desdites pièces ; ce qui l'empescheroit de retirer les frais qu'il auroit fait et luy causerait une perte très-considérable, s'il ne luy estoit pourveu de nos Lettres sur ce nécessaires. A ces causes, désirant favorablement traiter l'Exposant, nous luy avons permis et permettons, par ces présentes^ d'imprimer ou faire imprimer, vendre et débiter en tous les lieux de notre Royaume

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et terres de nostre obéissance, toutes les Pièces de Théâtre., par luy composées jusqu'à présent, lesquelles ont esté représentées, et ce conjointement ou séparément, en un ou plusieurs volumes, en telle marge et caractère, et autant de fois qu'il voudra, durant le temps et espace de neuf années. »

Ce privilège du roi fut libellé tel que Molière l'avait disposé lui-même avec une minutieuse prévoyance, qu'on ne rencontre dans aucun autre privilège à cette époque, et le roi, qui était alors au château de Saint-Germain en Laye, le signa, sans aucune difficulté, malgré les clauses exceptionnelles que l'auteur y avait glissées. En effet, ledit privilège lui était accordé pour neuf années, « à compter du jour où chaque pièce ou volume sera achevé d'imprimer pour la première fois. » En outre, défense était faite « à toutes personnes, de quelque qualité et condition qu'elles soient, d'imprimer, vendre ou distribuer aucune desdites pièces de théâtre, sans le consentement de l'Exposant ou de ceux qui auront le droit de luy , sous prétexte d'augmentation , correction , changement de titre, fausse marque ou autrement,

en quelque manière que ce soit, ni en extraire aucune chose, à peine de 2,000 livres d'amende, payable sans déport par chacun des contrevenans. » On n'avait jamais vu, dans un privilège du roi, cette défense, sous peine d'amende, à' extraire aucune chose de l'ouvrage, pour lequel le privilège était obtenu. Il est probable que Molière voulait se mettre en garde contre M. de Bacilly, qui, dans son Recueil des plus beaux vers qui ont esté mis en chant, recueil publié en six parties, in-12, de 1661 à 1669, n'avait pas hésité à extraire, des intermèdes de plusieurs comédies de l'illustre auteur , les vers d'un grand nombre d'airs, de gavottes, de menuets et de rondeaux, mis en musique par Lully, Lambert, etc.

Lorsque Molière demanda et obtint ce privilège, il venait d'avoir une difficulté, sinon un procès, avec les Ballard, qui, en vertu de leur ancien privilège pour la musique, prétendaient s'arroger le droit d'imprimer, dans le format in-40, sans la permission des auteurs, tous les opéras, ballets et ouvrages de musique, représentés sur le théâtre, et, par conséquent, la tragi-comédie de Psyché, représentée devant le roi au château des

Tuileries, en janvier 1 671. Les réclamations de Molière n'avaient pas empêché l'impression et la publication du programme de la pièce, avec la plupart des intermèdes de musique et de danse, car le privilège général des Ballard était formel à cet égard. Tout ce que Molière put faire fut d'imprimer, à ses frais et pour son compte, une édition in- 12 de Psyché, tragédie-ballet, sur le titre de laquelle il fit mettre cette indication formelle : Et se vend pour VAutheur, à Paris, che\ Pierre Lemonnier, libraire. Il avait eu la précaution de se pourvoir, avant la représentation de cette tragicomédie, d'un privilège en son nom, à la date du 3i décembre 1670, afin de se réserver exclusivement le droit d'imprimer à sa guise la pièce qu'il avait composée avec la collaboration de Pierre Corneille et de Quinault.

Molière était alors décidé à se faire lui-même l'éditeur de ses ouvrages : il ne voulait plus céder à des libraires, plus ou moins consciencieux, le privilège qu'il obtenait en son propre nom. Depuis dix ans, il avait eu avec les libraires une foule d'ennuis, de débats et de procès; tantôt on s'était passé de son consentement, pour faire une

édition de la comédie en cours de représentation et de succès1; tantôt on avait outre-passé les concessions faites par lui à un libraire ou à plusieurs libraires de Paris - ; tantôt les éditions

1 La comédie de Sganarelle, représentée pour la première fois le 28 mai 1660, était encore dans toute sa vogue, lorsqu'un sieur de Neuf-Villenaine demanda et obtint un privilège, en date du 26 juillet 1660, pour imprimer la pièce accompagnée d'arguments en prose; Jean Ribou acheta ce privilège et fit imprimer i,25o exemplaires de cette comédie. Molière voulut faire saisir l'édition chez l'imprimeur et le libraire; le commissaire, chargé d'opérer la saisie, ne mit la main que sur quatre exemplaires. Voy. Documents inédits sur J.-B. Poquelin Molière, découverts et publiés par Emile Campardon (Paris, H. Pion, 1871, in- 16, pag. 9 et suiv.). 11 y eut procès, mais Jean Ribou tint bon contre l'auteur, et réimprima plusieurs fois Sganarelle, en vertu du privilège accordé au sieur de Neuf-Villenaine.

2 Le libraire Guillaume de Luyne, imitant les procédés de Jean Ribou, obtint un privilège en son nom, à la date du 19 janvier 1660, pour imprimer les Précieuses ridicules, sans faire mention, dans ce privilège, de l'auteur, qui est nommé Molier sur le registre de la Chambre syndicale des libraires de Paris. (Voy. VHistoire de Molière, par M. Taschereau, en tête des Œuvres, édition de Furne, i863, tome 1er, p. 54.) Voilà pourquoi Molière dit, dans la préface de cette comédie : « C'est une chose étrange qu'on imprime les gens malgré eux; je ne vois rien de si injuste, et je pardonnerois toute autre violence plutôt que celle-là. » Gabriel Quinet avait acquis ensuite de Molière le droit de publier ses premières comédies, en achetant les privilèges obtenus par l'auteur pour l'impression de chacune de ses pièces; les pièces imprimées, le libraire se crut autorisé à réunir ces comédies en volumes, avec le litre d'Œuvres de J.-B.

étaient pleines de fautes et d'erreurs; tantôt ces éditions se vendaient au-dessus ou au-dessous du prix qu'il avait fixé. Le libraire Jean Ribou fut un des plus opiniâtres et des plus audacieux, dans cette lutte malhonnête,, entreprise et poursuivie, sous toutes les formes,, contre la propriété littéraire. Molière avait fait opérer des saisies dans la boutique de ce libraire; il lui avait intenté deux ou trois procès ; il s'était plaint, au syndicat de la librairie, des fraudes et des tromperies auxquelles donnaient lieu l'impression et la vente de ses ouvrages l} mais il ne réussissait pas même à se mettre à l'abri de la contrefaçon,, qui le bravait à Paris et qu'il ne pouvait at-

P. Molière. A son exemple, les libraires, auxquels il avait vendu un nombre d'exemplaires desdites comédies, se permirentde faire aussi des recueils factices, portant leur nom et leur adresse. (Voy. le Catalogue de la Bibliothèque dramatique de M. de Soleinne, tome Ier, p. 3oo.) Bien plus, Gabriel Quinet prit, en son propre nom, un privilège, dans lequel les droits de l'auteur ne sont pas même mentionnés, pour faire l'édition des Œuvres de M. Molière, qui parut en 1666.

« Molière ne put empêcher ni supprimer la publication des Précieuses ridicules, mises en vers par Antoine Baudeau, sieur de Somaise (Paris, J. Ribou, 1660, in-12). Il est probable que le procès et même les procès qu'il avait intentés à ce contrefacteur et plagiaire, qui s'en étonne dans ses préfaces, demeurèrent sans résultat.

teindre en province1. C'est alors qu'il commença de se faire l'éditeur de ses comédies, en annonçant au public que les éditions^ faites par luimême et à ses frais,, se vendaient, pour l'auteur, chez un libraire dépositaire. Il en serait arrivé sans doute à les vendre chez lui, à son domicile, comme sa veuve le fit plus tard, dit-on^ sans parvenir à sauvegarder sa propriété contre les spoliations effrontées de la contrefaçon française et étrangère.

Molière trouvait un avantage,, pour sa réputation, à faire imprimer ainsi, sous ses yeux, les éditions de ses comédies : il en revoyait, il en corrigeait le texte avec le plus grand soin2, et,

1 La seconde édition de la Bibliothèque Moliéresque (cet ouvrage est totalement épuisé depuis un an) donnera des détails nouveaux sur les contrefaçons des pièces de Molière, qui ont été imprimées, de son vivant, soit à Rouen et à Caen, soit à Orléans, soit à Lyon, etc.

2 On a lieu d'être surpris que M. Eugène Despois ait pu dire dans l'Avertissement de son édition des Œuvres de Molière (Paris, librairie Hachette, 1873, in-8°, tome 1er), qUi est et qui sera la meilleure de toutes : « Tout le monde sait avec quelle insouciance Molière, préoccupé de tant d'autres soins, laissait imprimer ses pièces; quelques-unes même n'ont été publiées qu'après sa mort. Lui-même a écrit, dans une de ses préfaces (celle de Y Amour médecin), ce mot qui étonne et qu'on a peine à s'expli-

l'édition imprimée, il corrigeait encore à la main les fautes qui avaient pu lui échapper à l'impression. Ces corrections autographes ont été reconnues et signalées dans plusieurs exemplaires des éditions faites et vendues/?Ottr V auteur. Après l'édition de Psyché, Molière fit imprimer successivement, de la même manière et dans les mêmes conditions, en 1671, le Bourgeois gentilhomme et les Fourberies de Scapin, éditions qui portent sur le titre la même indication : Et se vend pour VAutheur, à Paris, che\ Pierre Lemonnier. On est forcé de supposer qu'il ne fut pas plus content de Pierre Lemonnier que de

quer, même de la part d'un comédien, pénétré, comme il devait l'être, de l'importance de Vaction : « On sait bien que les comédies ne sont faites que pour être jouées... » Molière paraît avoir été si sincèrement convaincu de ce qui nous semble une opinion très-paradoxale, qu'il s'est mis fort peu en peine de la façon dont on l'imprimait. Presque toutes les éditions de ses pièces, faites de son vivant, sont remplies de fautes choquantes; et les variantes des premiers recueils, lesquelles ne sont souvent que des erreurs typographiques, prouvent également l'indifférence du grand poëte pour la fidèle transmission de ses écrits. » M. Despois, qui a relevé si minutieusement et si soigneusement, de concert avec M. Adolphe Régnier fils, toutes les variantes des premières éditions, a lui-même infirmé, par là, l'assertion, au moins très-exagérée, qu'il a laissée subsister dans son Avertissement général.

Jean Ribou et des autres libraires qui avaient été en relations d'affaires avec lui; car la dernière comédie, imprimée de son vivant, les Femmes savantes, parut en janvier 1673, avec un nouveau nom de dépositaire : Et se vend, pour Vautheur , à Paris, au Palais , et che\ Pierre Promé. On voit, par cette adresse, que tous les libraires du Palais étaient autorisés à débiter, dans leurs boutiques, les exemplaires reliés, qu'ils faisaient prendre, contre argent, sans doute 3 chez l'auteur ou chez son principal dépositaire, Pierre Promé.

Cependant, quoique brouillé avec la plupart des libraires qui se chargeaient de la vente des nouveautés, Molière n'avait pas renoncé à son projet de publier lui-même une édition de ses œuvres complètes, édition définitive qu'il voulait taire à loisir, en la revoyant et corrigeant, avec plus de soin que ses premières éditions partielles, et en l'ornant de gravures, qui auraient représenté d'après nature les principales scènes de ses comédies, avec les costumes des personnages.

Il avait déjà offert un essai de ce genre & illustration, dans six estampes, où il s'était fait repré-

senter lui-même dans ses rôles , en tête des premières éditions de Y Ecole des maris, de l'École des femmes, de Y Amour médecin, du Médecin malgré lui, du Misanthrope et du Tartuffe : chacune de ces estampes, en effet, reproduit exactement son costume et même sa physionomie, qui changeait d'une manière si étonnante avec le personnage. On pourrait donc supposer que Molière avait pensé , pour le dessin des nouvelles estampes, à son ami François Chauveau, qui s'était déjà chargé des frontispices de l'édition de 1666, dans lesquels le grand comédien est représenté deux fois, avec l'habit de marquis et avec le costume traditionnel de Sganarelle. Cependant on a lieu de croire qu'il n'eut pas le temps de donner un commencement d'exécution à son projet de faire dessiner et graver une suite de figures, pour accompagner l'édition projetée de ses œuvres complètes.

Cette édition, il ne s'en occupa que l'année qui suivit l'obtention du privilège général, qu'il voulut faire enregistrer au syndicat des libraires de Paris dès le 14 août 1671. On lit cette sommation, à la suite du privilège qui fut imprimé

in extenso dans l'édition de 1674, que nous allons décrire : « L'an mil six cent soixante et onze, le quatorzième jour d'aoust, à la requeste de Jean-Baptiste Poquelin (sic) de Molière : Nous, huissier ordinaire du Roy en ses Conseils, soussigné, continuant les réquisitions d'enregistrer le Privilège cy-dessus, l'avons signifié, aux fins y contenues, et baillé copie, et fait les défenses y portées sur lesdites peines, à la Communauté des marchands libraires de cette ville de Paris, au domicile de maistre Louis Sevestrer syndic de ladite Communauté, tant pour luy que pour les autres imprimeurs et marchands libraires, en parlant à sa personne, en cette ville de Paris : à ce qu'ils ayent présentement à faire l'enregistrement dudit Privilège; sinon et à faute de ce faire, que la présente signification vaudra enregistrement, à ce que tant luy que ladite Communauté des marchands libraires n'en ignorent. Signé : Olivier. »

Malgré cette sommation, qu'on chercherait en vain à sa date dans les registres du syndicat des libraires, l'enregistrement ne fut pas fait, sans doute, parce que deux libraires-éditeurs de Mo-

lière, Charles de Sercy et Etienne Loyson, alors adjoints du syndic, s'y opposèrent, sous prétexte que ce privilège, accordé à Molière en des termes si insolites et avec des avantages si exorbitants, emportait une dérogation manifeste aux privilèges précédents, cédés aux libraires par Molière lui-même. Toujours est-il que Denys Thierry, imprimeur-libraire, qui était syndic depuis le 8 mai 1671, ne put rien obtenir de ses adjoints et fut obligé de laisser en suspens l'enregistrement réclamé par Molière. Aussi, plus tard, après la mort de Molière, quand il jugea nécessaire de sauvegarder ses droits de cessionnaire du privilège du 18 mars 1671, il fut obligé de faire exécuter sous ses yeux l'enregistrement dudit privilège, à la date du 20 avril 1673. On remarquera , dans la mention de cet enregistrement , qu'on n'y relève pas l'erreur manifeste que contenait la requête de Molière, signifiée par huissier au domicile de Louis Sevestre, qualifié syndic de la Communauté des libraires, le 14 août 1671 : à cette date, Louis Sevestre n'était plus syndic, après sept ans d'exercice, et Denys Thierry lui avait succédé : « Registre sur le livre de la Com-

munauté des marchands libraires et imprimeurs de Paris, pour servir d'enregistrement du 1 4 aoust 1 671 , suivant la signification à la Requeste dudit sieur Jean-Baptiste Poquelin de Molière, faite au sieur Louis Sevestre , lors syndic de la Communauté; sans néantmoinsque le présent enregistrement puisse nuire ou préjudicier à ceux auxquels ledit sieur de Molière avoit cédé aucuns Privilèges desdites pièces de théâtre par luy composées, ou leur empescher l'impression de celles dont les Privilèges n'estoient escheus avant l'obtention de la présente continuation de Privilège. Fait à Paris, le 20 avril 1673. D. Thierry, sindic. »

Il résulte des réserves consignées dans l'enregistrement tardif du privilège général du 1 8 mars 1 67 1 , que certains privilèges particuliers n'étaient pas encore expirés, celui de Cl. Barbin, par exemple, pour le Tartuffe, car ce libraire mit en vente, sous la date de 1673, une nouvelle édition de cette comédie, édition qui ne se vendait pas pour l'auteur, et qui portait seulement l'adresse du libraire. Molière avait toujours été, d'ailleurs, en très-bons termes avec Claude Barbin, qui publiait les œuvres de Boileau et de quelques-uns

de ses meilleurs amis. Ce fut à Claude Barbin qu'il céda le privilège général de la prochaine édition définitive de ses œuvres complètes, et Claude Barbin rétrocéda une partie de ses droits à Denys Thierry, qui devait imprimer cette édition. On trouve donc cette déclaration,, à la suite du privilège du 18 mars 1 671 : « Le Privilège cydessus a esté cédé à Claude Barbin et à sa Compagnie, marchands libraires à Paris, suivant actes passez devant les Notaires du Châtelet de Paris. » Ces actes originaux sont encore à découvrir dans les archives du notariat de Paris.

C'est en raison de cette cession, que Molière mit sous presse l'édition qu'il préparait, et que l'imprimeur Denys Thierry se chargea d'exécuter. Cet imprimeur avait une fonte neuve de petits caractères,, analogues à ceux des Elzeviers, avec des lettres grises et des fleurons absolument elzeviriens; l'édition, qu'on allait établir dans le format grand in- 12 ou petit in-8°, était destinée à rivaliser avec les plus jolies impressions des célèbres imprimeurs de Hollande, que les bons imprimeurs français s'efforçaient d'imiter.

Il paraîtrait qu'à cette époque les fontes d'im-

primerie étaient assez considérables, pour qu'il fût possible de composer et de mettre en pages un ou plusieurs volumes à la fois, avant de tirer une seule feuille : ce qui était souvent une impérieuse nécessité, à cause des changements et des suppressions que la police ou la censure ordonnait, avant de permettre la mise en vente et la circulation d'un livre nouveau. Ainsi l'édition des Œuvres de Molière imprimée en 1682 ne fut autorisée qu'après de nombreux remaniements, exigés par les cartons, qu'on estime à plus de cent, pour les huit volumes de cette édition expurgée.

On peut donc assurer, presque avec certitude, que les six premiers volumes de la nouvelle édition des Œuvres de Molière, qui portent la date de 1674, avaient été entièrement composés, mis en page et peut-être corrigés, au moment où Molière mourut, en laissant inachevé son travail d'éditeur. En effet, on remarquera, en examinant cette édition, que chacune des pièces est précédée d'un feuillet blanc, qui compte dans la pagination générale. Pourquoi ce feuillet blanc, si l'on n'admet pas que Molière l'avait fait réserver pour

y mettre une préface, semblable à celle qui est imprimée en tête des Précieuses ridicules ?

Les mêmes feuillets blancs, réservés en tête de chaque pièce, existent aussi, il est vrai, dans la première édition des Œuvres de Monsieur Molière, en deux volumes in- 12, publiée en 1666 par Gabriel Quinet. Dans cette édition, plusieurs de ces feuillets blancs sont même disposés d'une manière tout à fait inexplicable, non pas à la suite du faux-titre de la pièce,, mais entre les noms des acteurs et le commencement de la pièce. C'est là, croyons-nous, un défaut d'imposition typographique. Selon notre opinion et d'après les probabilités les plus naturelles, le feuillet blanc réservé, dans l'édition de 1666, comme dans l'édition de 1674, accuse l'attente d'une préface. On a pensé, aussi, que Molière avait l'idée de livrer la place, en quelque sorte, à ses amis, qui, suivant l'usage du temps, eussent recommandé la pièce, en vers français, comme Boileau avait fait pour VEcole des femmes, en adressant à l'auteur les fameuses stances qu'on a si souvent reproduites dans les anciennes éditions de Molière. Ces deux suppositions seraient fon-

dées sur ce passage de la préface des Précieuses ridicules: « J'aurois tâché de faire une belle et docte préface, et je ne manque point de livres qui m'auroient pu fournir tout ce qu'on peut dire de savant sur la Tragédie et la Comédie,, l'étymologie de toutes deux,, leur origine, leur définition et le reste. J'avois parlé aussi à mes amis, qui, pour la recommandation de ma pièce, ne m'auroient pas refusé ou des vers françois ou des vers latins. J'en ai même qui m'auroient loué en grec, et l'on n'ignore pas qu'une louange en grec est d'une merveilleuse efficacité en tête d'un livre. On me met au jour, sans me donner le loisir de me reconnoître, et je ne puis même obtenir la liberté de dire deux mots pour justifier mes intentions sur le sujet de cette comédie. » Ce sont donc deux mots que Molière voulait dire, pour justifier ses intentions, en tête de ses pièces.

Molière étant décédé avant d'avoir écrit ces préfaces, personne ne s'est trouvé pour le suppléer, ou bien sa veuve, dont l'humeur était difcile et assez rogue, se sera refusée à confier ce soin pieux à quelqu'un des amis de son mari défunt. Ainsi, Mme Molière obtint un nouveau privilège,

à son nom, en date du 21 mars i6j3, pour réimprimer le Médecin malgré lui, et cette édition parut, six semaines après la mort de Fauteur, sans aucune préface qui rappelât l'immense perte que le théâtre et la littérature venaient de faire , mais avec cette adresse sur le titre : Et se vend, pour la veuve de l'auteur, à Paris, che^ Henry Loyson.

Il est donc probable que l'édition des Œuvres existait, sur le marbre, composée, sans doute corrigée, mais non tirée^ dans l'imprimerie de Denys Thierry, quand Molière fut enlevé par une mort subite le 17 février 1673. Il ne restait plus qu'à compléter cette édition, par des préfaces,, ou par des dédicaces^ ou par des recommandations en vers, qui n'avaient pas encore été remises à l'imprimeur, et que l'imprimeur ne pouvait remplacer par rien; peut-être même, toutes les feuilles étaient-elles tirées, à l'exception de celles qui devaient contenir ces préfaces : ce qui a lieu encore aujourd'hui, en typographie, dans des circonstances particulières. Quoi qu'il en fût, Claude Barbin, à qui Molière avait cédé le privilège de cette édition, attendit autant que possible, avant

de la faire paraître, et quand il se décida enfin à la publier, avec la date de 1674,, sans aucun achevé d'imprimer (contravention grave aux règlements de l'imprimerie), il n'y ajouta pas même une préface générale du libraire, et il laissa en blanc, par force majeure, la place que les préfaces spéciales auraient occupées en tête de chaque pièce, sauf pour les Précieuses ridicules, qui ont leur préface, celle de la première édition, que Molière avait voulu conserver. Les six premiers volumes parurent ainsi et ne trouvèrent pas un grand débit. Les exemplaires de cette édition sont si rares,, qu'on serait tenté de supposer que l'édition entière a été supprimée et détruite, après des contestations réciproques entre Claude Barbin et la veuve de Molière, ou bien entre celle-ci et l'imprimeur Denys Thierry. Ce n'est que Tannée suivante que les libraires ajoutèrent un septième volume, daté de 1675 , qui ne renfermait que le Malade imaginaire, avec l'éternel feuillet blanc préliminaire, et Y Ombre de Molière, comédie de Brécourt, précédée aussi d'un feuillet blanc, qu'on n'eut pas même le bon goût de remplir, pour expliquer au moins la présence de cette pe-

DE MOLIERE. 3y

tite pièce parasite, dans les œuvres de Molière. Voici maintenant la description exacte de cette édition, qui est certainement l'édition originale, la seconde que Molière avait revue lui-même,, en regardant l'édition de 1666 [Paris, Louis Bill aine ou Estienne Loyson, 2 vol. in-i 2), comme la première,, car il est dit formellement, dans le nouveau privilège de l'édition de 1682, que le libraire cessionnaire du privilège du 18 mars 1671 n'a publié, depuis la mort de l'auteur, qu'une seule et unique édition des œuvres, achevée d'imprimer en 1675. Denys Thierry, dans cette déclaration, veut parler certainement de l'édition de 1674, dont le septième volume fut publié avec la date de 1675, et pour laquelle on refit des titres datés de 1675 et 1676. C'est, comme nous l'avons dit, l'exemplaire de M. Léopold Double, qui nous servira à décrire l'édition de 1 674.

Les Œuvres de Monsieur de Molière. Paris, che^ Denys Thierry, rue Saint- Jacques, à l'enseigne de la ville de Paris, et Claude Barbin, au Palais, sur le second perron de la Sainte- Chapelle, 1674. Avec privilège du roi. — Fleuron elzévirjen sur le titre de chaque volume.

Premier volume. Pas de faux-titre , mais page blanche, qui compte, ainsi que le titre, dans la pagination suivie ; 3 1 3 pages (le dernier chiffré 1 1 3 , par erreur); plus, trois feuillets pour le privilège formant 5 pages. La première signature, Aiij, semble indiquer l'attente d'une préface générale qui n'a pas été fournie par l'auteur. La feuille d'impression étant de huit feuillets par signature de un, on est fondé à dire que l'édition est de format in-8° plutôt qu'in- 12. Les fleurons elzéviriens reproduits, dans le cours du volume et des suivants, représentent, soit un fleuron en entrelacs, soit un bouquet de fleurs avec palmes,, soit les deux enfants dans des rinceaux1, qu'on retrouve en beaucoup d'éditions hollandaises de ce temps-là.

Le texte commence par le Remerciement au Roy, pag. 5 à 8. Suit la prélace des Précieuses ridicules } sur trois pages non chiffrées ; au verso de la troisième, les personnages de la comédie.

Les Précieuses ridicules, de la page i3 à la page 5 1 , dont le verso est blanc.

1 Ce fleuron a été gravé exprès pour l'ornement de la présente dissertation bibliographique.

Feuillet blanc, qui représente les pages 53 et 54.

Sganarelle, ou le Cocu imaginaire, comédie. Faux-titre, avec les personnages au verso.

La comédie commence à la page 57 et va jusqu'à la page 94. Fleuron : deux enfants portant des fleurs.

Feuillet blanc représentant les pages 95 et

Titre de YEstourdy , avec les acteurs au verso.

La comédie commence à la page 99 et continue jusqu'à la page 210. Même fleuron que celui de Sganarelle.

Feuillet blanc, représentant les pages 211 et 212.

Titre du Dépit amoureux, avec les acteurs au verso.

La comédie commence à la page 2 1 5 et finit à la page 3i3, au verso de laquelle commence le privilège.

Tome second. Titre général, comme au premier volume. Ce second volume contient 416 pages, y compris le titre et un feuillet blanc, qui sont

comptés; plus, le privilège in extenso. Au verso du titre général, la table des pièces contenues en ce volume'.

Les sept premiers feuillets du volume , non chiffrés, comptent dans la pagination pour quatorze pages.

La comédie des Fâcheux, qui ouvre le volume, est précédée d'un feuillet blanc, qui devrait être paginé 3 et 4. La dédicace au Roi occupe les recto et verso du feuillet qui répond aux pages 5 et 6. La préface^ que Molière a laissée subsister telle qu'elle était dans la première édition, remplit les quatrième et cinquième feuillets correspondant aux pages 7 à 10.

Le prologue commence au sixième feuillet et se termine, au recto du feuillet suivant, par un fleuron représentant deux génies ailés dans des rinceaux; le verso de ce septième feuillet contient les noms des personnages.

La comédie des Fâcheux va de la page 1 5 à la page 62.

Feuillet blanc représentant les pages 63 et 64.

' Cette table ne se trouve plus, au verso du titre des exemplaires, datés de 1676, qui portent le nom de Trabouillet.

L'Escole des maris, comédie. Faux-titre, avec verso blanc.

À Monseigneur le duc d'Orléans, frère unique du Roy. Dédicace, pag. 67 à 69; au verso, les personnages.

La comédie va de la page 71 à 1 32.

Feuillet blanc, représentant les pages 1 33 et 134.

L'Escole des femmes, comédie. Faux-titre, à coter 1 35 et 1 36.

A Madame. Dédicace,, pag. 137 à 139. Au verso, commence la préface, finissant à la page suivante qui doit être cotée 141. Les personnages sont à la page que nous coterons 142.

La comédie commence à la page 143 et finit à la page 237, dont le verso est blanc. Le fleuron représente des palmes et des immortelles.

Feuillet blanc, à coter 23g et 240.

La Critique de VEscole des femmes, comédie. Faux-titre, avec verso blanc.

A la Reyne-mere. Dédicace, trois pages non chiffrées; au verso de la dernière, les personnages.

La comédie va de la page 247 à 291 .

Feuillet blanc , représentant les pages 293 et 294.

Les Plaisirs de Visle enchantée. Faux-titre, à coter pag. 295 et 296.

La Relation des Plaisirs de l'isle enchantée, laquelle est certainement de Molière,, commence à la page 297 et finit le volume, terminé par quatre feuillets pour le privilège et ses accessoires.

Tome troisième. Ce volume a 3o6 pages, y compris le titre et le feuillet blanc préliminaire, qui représentent les pages 1 à 4; plus, trois feuillets pour le privilège.

Au verso du titre général sont les noms des personnages du Sicilien * .

La comédie du Sicilien commence à la page 5 et finit à la page 36.

Feuillet blanc, représentant les pages 37 et 38.

L'Amphitryon, comédie, par I. B. P. de Molière (sic). Faux- titre, à coter page 39 et 40.

A Son Altesse serenissime Monseigneur le

1 Ces noms manquent dans le titre qui a été réimprimé pour les exemplaires à l'adresse de Trabouillet. Les acteurs de George Dandin sont également supprimés, au verso du tome IV, dans les exemplaires de Trabouillet.

Prince. Dédicace 3 correspondant aux pages 41, 42 et 43. Au verso,, les acteurs.

La comédie d'Amphitryon remplit les pages 45 a 128.

Feuillet blanc 3 représentant les pages 129 et i3o.

Le Mariage forcé, comédie,, par I. B. P. de Molière (sic). Faux-titre, à coter i3i et i32, avec les personnages au verso.

La comédie du Mariage forcé va de la page 1 33 à la page 170. Fleuron^ vase de fleurs.

Feuillet blanc, représentant les pages 171 et 172.

L 'Avare, comédie par J. B. Molière (sic). Faux-titre. Au verso, les acteurs.

La comédie de l'Avare se développe de la page 175 à 292.

La Gloire du Val de Grâce, poëme sur la Peinture, par M. de Molière (sic). Faux- titre } verso blanc.

Le poëme occupe les pages 295 à 3o6, qui sont suivies de trois feuillets pour le privilège.

Tome quatrième. Ce volume a 3 1 7 pages , y compris le titre général et le feuillet blanc préli-

m inaire, représentant les pages i à 4. Au verso du titre,, acteurs de George Dandin.

La comédie de George Dandin, ou le Mari confondu y va de la page 5 à la page 72.

Feuillet blanc représentant les pages 73 et 74.

Le Tartuffe ou l'Imposteur, comédie, par I. B. P. Molière (sic). Faux-titre, verso blanc.

Préface, remplissant onze pages qui représentent, dans la pagination, 77 à 87. Au verso de la page 87, le Libraire au Lecteur.

Premier placet présenté au Roy, trois pages, 89 à 91. — Second placet, trois pages, 92 à 94. — Troisième placet, une page, 95. Au verso, les acteurs.

U Imposteur ^ comédie, commence à la page 97 et finit à la page 196.

Feuillet blanc, représentant les pages 1 97 et 1 98 .

Le Médecin malgré luy , comédie, par I. B. P. de Molière (sic). Faux-titre. Au recto, les acteurs.

La comédie du Médecin malgré luy va de la page 201 à la page 266.

Feuillet blanc, représentant les pages 267 et 268.

L'Amour médecin, comédie, par I. B. P. Molière (sic). Faux-titre, avec verso blanc.

Au Lecteur. Une page non chiffrée, à coter 271 et 272. Au verso, les acteurs.

Prologue. Feuillet non chiffré, représentant les pages 273 et 274. Fleuron, palmes et immortelles.

La comédie de Y Amont* médecin remplit les pages 275 à 3 17. Au verso de cette dernière page, commence le privilège qui occupe les deux feuillets suivants.

Tome cinquième. Ce volume a 323 pages, plus quatre feuillets préliminaires non chiffrés et deux feuillets à la fin pour le privilège.

Le feuillet blanc, qui se trouve avant le titre général du volume, est compris dans la pagination, ainsi que le titre. Un troisième feuillet non chiffré : Extrait du privilège du Roy, accordé à Jean-Baptiste Pocquelin de Molière, pour faire imprimer, vendre et débiter une pièce de théâtre : Monsieur de Pourceaagnac, en date du 10 février 1670.

Au verso de ce feuillet, commence la Sérénade en vers, qui forme la première scène delà comédie dans les éditions modernes, et qui en est ici sépa-

rée. La fin de la Sérénade remplit le quatrième feuillet, au verso duquel sont les acteurs de la pièce.

Monsieur de Pourceaugnac, comédie faite à Chambor (sic) pour le divertissement du Roy, commence à la page 1 et se termine à la page 78.

Feuillet blanc représentant les pages 79 et 80.

Le Misantrope, comédie, par I. B. P. Molière (sic). Faux- titre, avec verso blanc.

Le Libraire au Lecteur. Cet avertissement, qui n'a pas été réimprimé dans les éditions modernes, commence ainsi : « Le Misantrope dès sa première représentation ayant receu au théâtre l'approbation que le lecteur ne luy pourra refuser...» Ce feuillet devra être coté 83 et 84.

Lettre escrite sur la comédie du Misantrope (par Donneau de Visé), de la page 85 à la page 1 o 1 . Au verso de cette dernière page, les acteurs.

La comédie du Misantrope commence à la page io3 et va jusqu'à la page 191. Le verso de cette dernière page est blanc.

Feuillet blanc représentant les pages 193 et 194.

Le Bourgeois gentilhomme , comédie-ballet, faite à Chambort, pour le divertissement du Roy,

par I. B. P. Molière (sic). Faux-titre; au verso, les acteurs.

La comédie remplit les pages 197 à 32 3.

Au verso de la page 32 3, commence le privilège qui occupe les deux feuillets suivants.

Tome sixième. Ce volume, dont le titre général, comme celui des autres volumes, porte la date de 1674, n'a que 290 pages, dont les six premières ne sont pas chiffrées ; plus, trois feuillets de privilège.

Le feuillet blanc, placé avant le titre, est compris, de même que le titre, dans la pagination.

Le Libraire au Lecteur, une page; au verso, les acteurs.

La comédie-ballet de Psiché commence à la page 7 et va jusqu'à la page 96.

Feuillet blanc représentant les pages 97 et 98.

Les Femmes sçavantes, comédie, par I. B. P. Molière (sic). Faux-titre. Au verso, les acteurs,

La comédie des Femmes se avant es commence à la page 101 et finit à la page 197. Le verso de cette dernière page est blanc.

Feuillet blanc, représentant les pages 199 et

Les Fourberies de Scapin, comédie, par I. B. Molière (sic). Faux-titre. Au verso, les acteurs.

La comédie va de la page 2o3 à la fin cfu volume. Le volume se termine par trois feuillets de privilège.

Tome septième. Ce volume, daté de 1675, se compose de deux feuillets préliminaires non chiffrés et de deux parties, l'une de i50j l'autre de 52 pages, sans que le privilège général y ait été reproduit comme dans les précédents volumes.

Le feuillet blanc préliminaire et le titre du volume ne sont pas compris dans la pagination.

Le Malade imaginaire, comédie mêlée de musique et de danses, par Monsieur de Molière (sic). Faux-titre., avec verso blanc, à coter 1 et 2 '.

Le Malade imaginaire commence à la page 3 et finit à la page i52. Fleuron, un enfant assis

1 Dans quelques exemplaires, cependant, il existe une transposition pour les deux parties qui composent ce tome Vil : l'Ombre de Molière y est placée en tête du volume, au lieu d'être renvoyée à la suite du Malade imaginaire, et cette transposition n'a pas l'air d'un effet du hasard, car elle dénote l'intention de faire commencer le volume par une dédicace à un prince du sang et par un privilège du roi en date du 12 avril

sur deux cornes d'abondance. Cette comédie, qui paraissait pour la première fois à Paris, n'est accompagnée d'aucun privilège spécial, et l'on peut présumer que ce privilège n'a jamais existé.

Feuillet blanc , qui représente les pages i et 2 de la seconde partie du volume.

L'Ombre de Molière, comédie. Faux-titre, avec verso blanc, à coter pages 3 et 4.

A Son Altesse Sérénissime monseigneur le duc d'Enguien. Dédicace signée Brécourt. Deux pages qui devraient être chiffrées 5 et 6.

Privilège du Roy, accordé à Claude Barbin , marchand libraire, le 12 avril 1674, pour faire imprimer une pièce de théâtre intitulée YOmbre de Molière. Achevé d'imprimer pour la première fois le 2 mai 1674. Au verso de ce privilège, acteurs de la comédie.

Le prologue de YOmbre de Molière occupe les pages 9 à 12. La comédie, qui vient ensuite, continue jusqu'à la page 52.

Telle est la description détaillée de l'édition de 1 674-1 675, et cette description,, dont la minutie a pour excuse l'importance de la question à résoudre, ne laisse pas de doute, ce me

semble, sur l'embarras dans lequel s'est trouvé le libraire-éditeur, après la mort de Molière, en ne pouvant plus rattacher l'une à l'autre, par des préfaces de l'auteur, les comédies, dont le recueil devait former un tout homogène, comprenant les pièces déjà imprimées séparément, à l'époque de leur première apparition sur le théâtre. De là ces feuillets blancs, qui sont restés, comme les pierres d'attente dans un édifice, pour attester que l'auteur n'avait pas eu le temps d'achever sa tâche. Mais le libraire, qui avait fait les frais d'une édition, entièrement composée alors et peut-être en partie imprimée, aura patienté un an, avant de la mettre en vente, sans remplir les lacunes, que la veuve se refusait sans doute à combler dans ce livre qu'elle voulait laisser imparfait. L'omission de Y achevé d'imprimer est un fait grave , qui prouve que cette édition était terminée longtemps avant qu'on en eût fait les titres portant la date de 1674.

Quant au Malade imaginaire, qui figura pour la première fois dans le septième volume de cette édition, daté de i675, c'est Mme Molière qui en aura fourni le manuscrit, qu'elle ne pouvait pas

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retenir, comme elle l'eût fait certainement, si elle n'avait été contrainte et forcée par un traité antérieur, émanant de Fauteur sans doute, car elle se promettait de publier elle-même } à son profit, une autre édition des œuvres complètes de son mari l, dès que le privilège cédé à Denys Thierry et à Claude Barbin serait expiré. On s'explique ainsi par quelles causes et quelles circonstances l'édition de 1674- 167 5 resta tout entière chez les éditeurs et fut peut-être roulée en cornet chez l'épicier2.

1 Nous voyons, dans les notes manuscrites de Trallage (bibliothèque de l'Arsenal, manuscrits non classés), que la veuve de Molière, peu de temps après la mort de son mari, avait cédé à Claude Barbin la traduction du poëme de Lucrèce, moitié en prose et moitié en vers libres, et d'autres œuvres inédites qui n'ont jamais paru, on ne sait trop pourquoi.

2 Le nouveau Catalogue de livres anciens et modernes, rares et curieux, de la librairie Auguste Fontaine, nous présente, sous les numéros 1,602 et i,6o3, deux très-beaux exemplaires de l'édition 1674-1675 , tous deux admirablement conservés, à grandes marges, l'un presque conforme à la description que nous avons faite d'après l'exemplaire de M. L. Double, et l'autre ayant des titres refaits, à la date de 1676, avec les trois noms de Denys Thierry, Claude Barbin et Pierre Trabouillet. Les exemplaires qui portent ces nouveaux titres sont ceux que Trabouillet avait achetés aux éditeurs, un an après la mise en vente de l'édition. Au reste, il faut s'en tenir à la déclaration formelle de Denys Thierry, qui a reconnu, en faisant renouveler, à son

Il est malheureusement impossible d'examiner ici toute cette édition de 1 674, au point de vue du texte qu'elle nous donne, et qui nous paraît bien préférable à celui de l'édition de 1682 , puisque c'est Molière qui l'a certainement établi et approuvé.

Nous avons pourtant, et avant tout , constaté que ce texte ne présentait pas, dans le Tartuffe, Y Avare et les Fourberies de Scapin, les trois altérations capitales qu'on reproche à l'édition de 1682, et qu'on est forcé d'attribuer à ses éditeurs.

Dans le Tartuffe, ive scène de l'acte V, rien n'a été changé à ces deux vers, que dit Damis, indigné de la conduite de M. Loyal :

Cette audace est étrange; J'ai peine à me tenir, et la main me démange.

La censure avait exigé un carton, pour faire disparaître une menace injurieuse contre un sergent à verge ; les éditeurs de 1682 adoptèrent le

nom, le privilège du 18 mars 1 67 1, au moment de l'expiration de ce privilège, qu'une seule et unique édition des œuvres de Molière avait été faite depuis que ledit privilège avait été cédé par Molière lui-même.

changement, déjà imposé aux comédiens qui représentaient la pièce :

Cette audace est trop forte !

J'ai peine à me tenir... Il vaut mieux que je sorte.

Dans Y Avare, acte III, scène v, on ne rencontre pas l'énumération du menu somptueux que maître Jacques propose à Harpagon. Tous les éditeurs, depuis Antoine-François Jolly, avaient pensé que cette addition inopportune était le fait de Facteur (Hubert ?), qui jouait le rôle de maître Jacques. L'addition figure néanmoins dans l'édition de 1682. Enfin, dans les Fourberies de Scapiny l'édition de 1674 n'a pas mutilé la troisième scène du premier acte, dans laquelle l'édition de 1682 supprime, sans motif , une vingtaine de lignes,, depuis ces mots d'Argante : « Il ne le fera pas, ou je le déshériterai ! » jusqu'à ces mots prononcés par Scapin : « Mon Dieu ! je vous connois, vous êtes bon naturellement. »

Convaincu de la préférence que l'édition de 1674 mérite sur l'édition de 1682, comme sur toutes les éditions antérieures, nous avons voulu seulement démontrer, par quelques exemples re-

cueillis presque au hasard, que c'est bien là le dernier texte revu et corrigé par Molière, Ainsi, la Gloire du Val de Grâce, publiée en 1669 dans le format in-40, n'avait pas encore pris place dans les Œuvres de Molière, avant l'édition de 1674. L'idée nous est venue que Molière pouvait y avoir fait quelques retouches, et voici plusieurs variantes qu'on chercherait en vain dans l'édition de 1682:

Prenant un soin exact que dans tout un ouvrage... 1682. Prenant un soin exact que dans tout son ouvrage...

En savoit séparer la foible vérité...

1682. En savoit réparer la foible vérité.,.

Balancés sur leur centre en beauté d'attitude... 1682. Balancés sur leur centre en beautés d'attitude...

Le fit aller du pair avec le grand Apelle... 1682. Le fit aller de pair avec le grand Apelle,..

Il y faut les talens que ton mérite joint... 1682. Il y faut des talens que ton mérite joint...

Le reste précieux des jours de ce grand homme... 1682. Les restes précieux des jours de ce grand homme...

Ces variantes , si légères qu'elles soient , ont une sérieuse importance, quand il s'agit du style de Molière.

Mais nous avons fait une épreuve plus complète

et plus décisive, en collationnant la plus grande partie du tome premier de l'édition de 1674,, pour le comparer avec le tome premier de l'édition de 1 682 ; il était inutile de mentionner les variantes que les éditeurs modernes ont déjà signalées et qu'on trouvera relevées plus ou moins soigneusement dans leurs éditions ; nous n'avons pas jugé plus nécessaire d'indiquer les fautes d'impression,, les vers omis,, les négligences inséparables de l'œuvre typographique ; il nous a paru suffisant de noter les variantes qui ne sont pas connues et qui ne peuvent être attribuées qu'à la révision de l'auteur.

Selon nous, le texte de l'édition de 1674 est tel que Molière a voulu le fixer^ soit qu'il ait conservé intégralement celui des premières éditions partielles, soit qu'il y ait fait des changements notables ou imperceptibles. Le texte de l'édition de 1682,, quoique revu sur les manuscrits de l'auteur, ne donnerait que des variantes^ adoptées peut-être à la représentation,, mais que Molière aurait lui-même abandonnées. On sait, d'ailleurs, que les comédiens ont, de tout temps,, introduit dans leurs rôles certaines modifications

de style, qui leur appartiennent en propre, et qui ne sont pas admises dans le texte original des pièces qu'ils représentent.

Remarquons, en passant, que dans l'édition de 1674, comme dans celle de 1666, toutes deux faites avec le concours de Molière, les pièces sont classées dans l'ordre chronologique de leur représentation à Paris; aussi, n'a-t-on pas tenu compte de la représentation antérieure de Y Etourdi et du Dépit amoureux, qui furent joués d'abord en province. Dans l'édition de 1682, au contraire, on a placé ces deux comédies avant les autres, Y Etourdi ayant été représenté à Lyon en i653, et le Dépit amoureux, en 1654, à Pézénas.

Commençons par les Précieuses ridicules.

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