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« vertu du môme principe, un gouvernement a « d'autant plus à attendre de ses serviteurs qu'ils
« ont plus à espérer de lui Le gouvernement
« pontifical a 15,000 soldats pour dix millions, « La France les payerait cinq millions de plus, « mais elle en aurait pour son argent. Les « hommes qui ont fait deux ou trois congés sont « ceux qui coûtent le plus cher, et cependant il « y a de l'économie à les garder sous les dra- « peaux, car chacun d'eux vaut trois conscrits. « Voulez-vous, oui ou non, créer une force na- « tionale? Etes-vous hien décidés? Votre parti « est-il bien pris? Payez donc et faites tous les « sacrifices nécessaires. Si, au contraire, le gou- « vernement préfère l'économie à la sécurité, « commencez par économiser les dix millions du « budget de l'armée, et faites vendre à l'étranger « ces 15,000 fusils, plus dangereux qu'utiles, « puisque vous ne savez pas s'ils sont pour ou « contre vous. La question se résume en deux « mots : Sécurité qui coûte ou économie qui
« tue Le gouvernement du Saint-Père est
« trop sage pour courir les aventures. Nous ne « sommes plus au temps de Jules II, qui portait « la cuirasse et le hausse-col, et sautait lui- « même à la brèche. Mais pourquoi le chef de
« l'Eglise ne ferait-il pas comme Pie V, qui « envoya ses matelots avec les Espagnols et les « Vénitiens à la bataille de Lépante? Pourquoi « ne détacheriez-vous pas un ou deux régiments « romains en Algérie? la France leur donnerait « peut-être une place dans ses armées; ils service raient avec nous la sainte cause de la civilisa— « tion. Lorsque ces soldais reviendraient, après « cinq ou six campagnes, reprendre modestement « un service d'ordre public, soyez sûr que tout le « monde leur obéirait poliment. Ceux qui les « humilient aujourd'hui seraient fiers de leur « témoigner du respect... » — Nous voudrions que M. Àbout n'eût écrit que de telles paroles. Mais, hélas !...
En ce qui concerne la réforme des institutions, nous nous résumons dans les termes suivants :
1° Les réformes vraies et durables seront accomplies sous l'influence conservatrice et religieuse des deux grandes nations catholiques; elles ne peuvent être révolutionnaires. — Elles seront accordées par le Pape et non imposées par les puissances. Elles affermiront le pouvoir temporel et ne l'affaibliront pas.
2° Malgré les excitations de parti, le radica-
lisme n'est pas sympathique aux masses ; maïs l'idée italienne, dégagée de toutes les vagues théories et formulée de la seule façon pratique que l'Europe puisse et veuille admettre ; l'idée italienne renfermée dans la seule formule que puissent comporter le droit public , le texte des traités et la sécurité de l'Europe, consiste dans l'affranchissement national , que viendra consolider l'unité relative d'une confédération, et dans les améliorations intérieures.
3° Les réformes intérieures ne peuvent ébranler l'autorité de la loi, soit en condamnant absolument le mode de sa formation, en décriant le législateur, soit en arguant d'une incompatibilité prétendue et de l'impossibilité de concilier le droit canon avec les besoins des sociétés modernes.
4° Il importe au gouvernement romain de ne pas se laisser confondre avec la police, principalement dans la ville de Rome. Il est de son intérêt de réprimer le zèle de la police, en matière politique. Les instructions données à tous les agents doivent se résumer dans ces mots bien connus : Pas de zèle, messieurs, pas de zèle. La réforme de la police devra s'accomplir au profit des étrangers ; elle serait dirigée avec raison
contre la rapacité , le pillage, une sorte de hrigandage toléré qui fera toujours jeter les hauts cris aux touristes et aux visiteurs de la ville éternelle.
5° L'administration des finances est désormais entourée de garanties sérieuses, à la condition toutefois que les représentants des provinces, membres de la consulte, entendront la comptabilité et seront dignes de leur mandat. La réforme sera complète si les choix sont bons.
6° L'agriculture, l'industrie et le commerce attendent des encouragements : il s'agit de créer un mouvement commercial qui n'existe pas et que les circonstances vont produire presque sans effort. Une population de cultivateurs est assurée déjà, mais les vrais industriels et les vrais marchands font encore défaut. Aux uns et aux autres, il faut de sages tarifs, des débouchés, des facilités nouvelles pour la vente et pour l'achat. Il faut à l'industrie et au commerce le complément d'une éducation à peine ébauchée, qui s'achèvera par la concurrence.
7° L'armée pontificale existe. La réforme consiste à la rendre solide, à lui assurer l'autorité morale qui devrait lui appartenir. L'armée sera pour le gouvernement un appui véritable;
clic formera pour le pays des citoyens, des hommes énergiques.
C'est par l'armée renouvelée, c'est par l'agriculture encouragée, par l'industrie et le commerce vivifiés que s'opérera la vraie sécularisation.
Séculariser, qu'est-ce donc autre chose que donner aux intérêts du siècle la place et le rang qui leur conviennent dans les sociétés modernes?
Et pourquoi le gouvernement du Pape et des cardinaux serait-il contraire à la sécularisation ainsi entendue? La France sous Richelieu, sous Mazarin, a-t-elle été accusée d'être rétrograde? L'homme de génie, s'il arrivait qu'il fût un prêtre, cesserait-il de se montrer apte aux grandes choses? Il est absurde de vouloir condamner le souverain temporel des Etats romains parce qu'il est Pape, les ministres parce qu'ils sont cardinaux, tel ou tel gouverneur parce qu'il est prélat, comme aussi, il n'est pas nécessaire d'être monsignor pour être probe et intelligent, de porter la mitre ou la barrette rouge pour avoir la capa-
cité qui permet de diriger les affaires publiques.
Séculariser l'Etat, c'est ôter aux fonctionnaires, si l'on veut, l'uniforme qui les enrégimente extérieurement dans les rangs du clergé, et qui ferait confondre des choses essentiellement distinctes.
Séculariser, c'est encore exciter la noblesse à revendiquer un rôle utile et actif; c'est initier la bourgeoisie à la vie publique, sans renverser l'ordre ; c'est combattre la révolution en lui arrachant ses armes, en lui ôtant ses prétextes.
Séculariser, enfin , c'est prendre énergiquement la protection des étrangers et des citoyens, au moyen de la police réformée ; c'est reconnaître que la prospérité de la cité terrestre est un intérêt de premier ordre, et que, parfois même, si celui-ci n'est pas ou ne paraît pas suffisamment assuré, le trouble et la confusion s'introduisent jusque dans la région élevée des principes, puisque les hommes reprochent à ceux-ci le mal qui existe dans celle-là.
En ce cas, la sécularisation résume toutes les réformes, et, nous l'avons dit déjà, la question romaine est une question de réformes.
Nous avons voulu beaucoup moins réfuter M. About, — il faudrait plus de temps et d'espace, — que poser nettement la question romaine. Il nous sera facile de conclure en peu de mots :
L'Empereur Napoléon III a promis à la France la liberté pour couronnement des institutions potiques qui nous régissent.
La France est calme ; les passions sont au moins endormies ou apaisées; les partis, autrefois divisés, s'unissent pour reconnaître la sagesse du gouvernement, disons mieux, la sagesse de son chef.
L'Europe proclame la France impériale vraiment grande par l'industrie, par la science, par les lettres, par la gloire militaire et par tout ce qui honore les nations.
Cette puissance au dehors, cette force au dedans, nul ne les appréciera mieux que celui à qui en revient principalement le mérite.
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La dictai ure du 2 décembre à fait place, peu à peu, à des tendances différentes. Dans la pratique, le régime impérial est devenu plus libéral que ne le souhaitaient ses ennemis. Sans pactiser avec la révolution, parce que la révolution c'est le désordre et l'anarchie, il s'est relâché, de jour en jour, d'une rigueur d'abord jugée nécessaire. L'alliance anglaise a persisté assez pour montrer, malgré la différence des systèmes politiques, des affinités d'idées. Chose remarquable ! Les libéraux anglais sont les plus sympathiques à la cause de Napoléon III. Le ministère de lord Palmerston est ouvertement favorable à la France, celui de lord Derby incline visiblement vers nos adversaires. C'est ce que l'on a vu, de reste, pendant la dernière et glorieuse campagne d'Italie.
L'Empereur avait vu dans l'Italie la révolution toujours menaçante, et les idées sainement libérales n'ont pas de plus terrible ennemi que la révolution. C'est pourquoi l'Empereur a fait appel à la France, afin que par notre intervention l'Ilalic devînt à la fois conservatrice et libérale. Le traité qui affranchit la Péninsule et la dote de son indépendance, en lui assifrant l'unité fédérale, consacre ce nouvel ordre de choses. Dès lors, la
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révolution est vaincue dans son dernier asile. Elle n'aura plus de prétexte en Europe; elle n'aura plus de point d'appui. Et, parce qu'elle ne subsistera plus comme une menace contre la société, celle-ci poursuivra le développement naturel de ses institutions, elle en obtiendra le couronnement.
M. Àbout a fourni à la révolution des prétextes et des griefs. Il n'a donc pas compris la situation générale; il ne l'a pas mieux connue que laqueslion romaine, l'un des côtés particuliers de cette situation. Son livre aurait dû paraître en 1848; en 1859, il ne peut avoir qu'un succès de curiosité.
On oppose à Pie IX cette parole de J.-C, si souvent répétée, et toujours si peu comprise : Mon royaume n'est pas de ce monde. Mais, dit M. Schœbell à qui nous avons déjà emprunté quelques citations : « Qu'on ne cherche pas dans ces paroles la condamnation de la puissance temporelle de la papauté; qu'on les prenne dans le sens naturel qu'elles ont et qu'elles doivent avoir dans la bouche du Roi par excellence. Lorsqu'il dit que son royaume n'est pas de ce monde j
c'est comme s'il disait que son royaume ne relève d'aucune puissance de ce monde, que son royaume
n'est pas un royaume éphémère ou périssable
Ce royaume n'est pas périssable et c'est en cela qu'il n'est pas de ce monde. »
« ...Ils sont peu sincères ceux qui disent que Jésus-Christ n'avait pas où reposer sa tête et qui se foiït d'un conseil de pauvreté et d'humilité évangélique un argument contre un ordre de choses tout différent, contre ce pouvoir tout temporel du Pape, qui est une question de gouvernement et une nécessité pour l'Eglise, assise comme elle l'est, au milieu d'une société qui n'est pas catholique seulement, mais dont une grande partie est schismatique ou hérétique, c'est-à-dire ennemie de l'Eglise ! Que deviendraient dans ces conditions la liberté et l'indépendance de l'Eglise si le Pape cessait d'avoir une position indépendante et souveraine?... Sans doute, l'Eglise est toujours libre et indépendante, quelle que soit d'ailleurs sa position extérieure, elle ne peut pas ne pas l'être. La liberté et l'indépendance sont ses attributs constitutifs» Si ces attributs pouvaient lui être ravis, elle ne serait pas l'Eglise de Dieu. L'Eglise a done été libre et indépendante,
alors même qu'elle a vu expirer dans l'exil les plus saints de ses Pontifes, les Martin Ier, les Grégoire VII, les Pie VI.
« Cependant, nous avons à peine besoin de le dire, la liberté et l'indépendance du martyre sont un fardeau tellement glorieux que l'humanité ne saurait le porter d'une manière continue. Il faut donc que la liberté et l'indépendance de l'Eglise se fassent à la taille commune des hommes, et c'est à quoi Dieu, qui fait tout avec poids et mesure, a pourvu par l'institution du pouvoir temporel des papes. Qu'on n'y touche pas! » (Du pouvoir temporel des papes.)
Est-ce donc sous le pontificat de Pie IX qu'il convient de discuter la légitimité du pouvoir temporel des papes, au nom des idées libérales et des besoins de la société moderne ?
La liberté! s'écrie l'auteur de la brochure intitulée : Faut-il détrôner le Pape, nul ne l'aima mieux que Pie IX. Il l'aima comme elle doit l'être, inséparable de l'ordre.
« Il aima le progrès, il aima l'indépendance légitime de l'Italie.
« Voyez ses actes :
« Il réforme les tribunaux, diminue les impôts, abolit celui des patentes, crée une junte nationale, institue le conseil municipal et la garde civique, révise le code civil et criminel, rétablit l'ordre dans les finances, l'harmonie dans le budget, équilibre les revenus et les dépenses de la fortune publique, crée des salles d'asile, des écoles et des maisons de charité pour les pauvres ; il publie le statut fondamental d'un gouvernement représentatif ; enfin il comble son peuple de bienfaits, sème le bonheur et la justice et ne recueille que le crime et l'ingratitude.
« Il montre, lui aussi, que la papauté, c'est la civilisation, la paix, la lumière, la vie. »
Puisse le congrès de Paris ne pas l'oublier.
La mission du Congrès ne peut être, en effet, de donner satisfaction aux passions, aux préjugés, aux rancunes.
Nous avons dit quelle est la véritable question romaine. Nous dirons aussi, — et cela est nécessaire pour éclairer l'opinion publique, - — quels sont les adversaires, nous allions dire les agresseurs, de la papauté et de son pouvoir temporel.
C'est aussi 1 un des côtés do la qucslion. Ce n'en est pas le moins curieux; mais c'est celui dont on a parlé le moins.
Les études classiques, si peu fortes qu'elles soient, si vile oubliées qu'elles puissent être généralement, ont laissé dans les esprits un certain nombre d'idées qui se répandent dans la circulation, et qui ont, en quelque sorte, un cours forcé dans la conversation habituelle des honnêtes gens.
Rome et l'Italie sont en possession du privilège rare d'exciter des sympathies désintéressées.
Ces sympathies sont, pour les hommes faits, comme une réminiscence des enthousiasmes de la jeunesse, refroidis par l'âge et par les préoccupations, mais d'autant plus persistants qu'ils datent de loin, d'autant plus opiniâtres qu'ils sont moins vifs ; enthousiasmes qui n'ont point eu le sort de tant d'autres parce que ni les passions ni l'intérêt particulier n'étaient en jeu.
Au demeurant, ces sympathies, avons-nous dit, ne sont point telles qu'elles aient rien de véhément, mais elles suffisent à expliquer l'intérêt que réveillent les noms de Rome et de l'Italie. Choisissez Aucune ou Civila pour capitale des Etats
de l'Eglise et donnez à l'Italie un autre nom : tout change aussitôt. Tant est grande la puisdès mots !
Tous ne s'intéressent pas à l'expédition de' Cochinchine, ni à la guerre entreprise par l'Espagne sur la côte du Maroc. Il n'est personne, au contraire, qui ne demande à quel point en est la question romaine.
De même qu'il y eut autrefois des Philhellènes, à l'époque où la Grèce revendiquait son indépendance, et que dans leurs rangs figuraient beaucoup d'hommes ignorants de la situation des provinces grecques placées sous le joug des Ottomans, ainsi l'on compte parmi les amis de l'Italie beaucoup d'hommes qui ne connaissent ai son état actuel, ni ses mœurs, ni ses coutumes, ni ses lois, ni ses institutions, ni le premier mot de son histoire depuis les âges chrétiens.
Ces amis de l'Italie ne peuvent pas s'imaginer qu'il y ait même un gouvernement dans Rome. Ils se persuaderont volontiers que tout est encore à créer. Ils réclament naïvement des institutions pour le peuple romain, et s'étonnent qu'on ait attendu si longtemps pour lui en donner. Ils croient fermement qu'il n'y a eu jusqu'ici nulle tentative d'organisation sociale et, s'ils ne blâ-
ment pas les Papes, parce qu'ils iront point de haine contre leur pouvoir, ou même parce que, comme M. About, ils les respectent sincèrement. du moins ils demandent, attendu les besoins de la société dans les États de l'Eglise, qu'il soit ayisé dans un bref délai.
Ces naïfs, nous les appellerons les classsiqaes.
Or, il y a des classiques parmi les savants, les lettrés, les doctes, comme il s'en rencontre parmi les conditions ordinaires de la vie. L'université, la magistrature, l'armée, le commerce, l'agriculture comptent des classiques, c'est-à-dire des hommes qui ignorent radicalement les données du problème qu'il s'agit de résoudre.
Tels sont les premiers adversaires de la papauté et du pouvoir temporel des Souverains Pontifes.
A la suite des classiques, nous placerons les touristes, les uns gens de lettres, les autres voyageurs par agrément et par fantaisie.
Le touriste homme de lettres ne prend pas le temps de juger. Demandez plutôt à M. Edmond About. C'est ordinairement un gaillard qui a la bourse assez peu garnie pour ne pouvoir loger six mois de suite dans une même ville. 11 ne
s'est d'ailleurs mis en route qu'après avoir traité avec un journal, une revue, avec n'importe quel libraire qui attend de la copie dans un bref délai, et qui la payera bel et bien, pourvu que, prose ou vers, le livre ait apparence d'actualité ou certain cachet original.
Le touriste homme de lettres a de l'imagination et une certaine prestesse de jugement. Il saisit vivement un aspect des choses; il mêle à son insu la vérité et Terreur; il croit volontiers qu'il a fait des découvertes ; il prend ses impressions pour des observations; il se dit impartial et il juge définitivement, sans enquête préalable.
Qu'un touriste homme de lettres soit doué de quelque talent comme écrivain et il parviendra à répandre, à vulgariser les opinions qu'il s'est faites de bonne foi. Le vrai, le faux, le spécieux, le réel se coudoient, se heurtent, se poussent dans son livre qui n'en parvient pas moins sans encombre jusqu'à la dernière page. L'auteur est content de lui-même; le public est satisfait.
Mais le touriste homme de lettres était trop frivole pour être bon juge, trop préoccupé du public pour ne point aimer le paradoxe. Lui aussi, il est devenu l'adversaire de la papauté et
de son pouvoir temporel. Ce que vaut son témoignage, il est inutile de le dire plus longuement.
Le touriste homme du monde ne voyage pas pour ne rien voir de nouveau dans les mœurs, dans les usages. Il a trop de bon ton, de savoirvivre et de goût pour louer sans réserve. Il raconte avec plaisir, au retour de ses pérégrinations. Mais s'il loue peu, que fera-t-il? Il critique, il blâme. Admirer, ce n'est pas juger. Critiquer, c'est émettre une opinion à soi, c'est revendiquer son droit de contrôle sur les faits et sur les choses.
Heureuses sont les contrées, telles que le Groenland ou la terre de Van Diemen, dans lesquelles la mode, l'habitude et la routine n'envoient pas chaque année des milliers de visiteurs, avides de raconter après avoir vu !
Heureux les royaumes, tels que la Suède et le Danemark, auxquels le vulgaire, érudit ou privé de lumières, ne porte pas assez d'intérêt pour s'affliger tout à coup en pensant que ces pays sont peut-être, à l'heure qu'il est, dépourvus d'institutions ou d'organisation sociale !
Au point de vue religieux, les descendants de Voltaire, — car ils ne sont pas morts, — sont
d'autres adversaires et des adversaires plus décidés.
Pour eux, le pontife élevé à la dignité de roi a pu conserver, pendant le moyen-âge, une situation que comportait l'état intellectuel d'une autre époque. Mais ces vestiges d'un temps qui n'est plus doivent désormais disparaître. L'humanité est entrée, disent-ils, dans des voies nouvelles. À Rome, le moyen-âge subsiste encore; et Rome est le dernier asile des idées rétrogrades. C'est au nom du progrès que l'Europe doit condamner le pouvoir temporel des Souverains Pontifes. Et, toutefois, le Pape demeurerait environné de respect. Peut-être même, on lui laisserait la ville éternelle :
« Rome, entourée du respect de l'univers, « comme d'une muraille de la Chine, dit M. About, « serait pour ainsi dire un corps étranger au « milieu de la libre et vivante Italie. »
Mgr d'Orléans répond à ces attaques :
« Moi, je vous dirai:
« 11 y a, comme on l'a proclamé à l'ancienne tribune française, le progrès révolutionnaire de la boule qui roule toujours en tout sens et ne se fixe jamais ; et il y a l'immobilité de la borne qui ja-
mais ne bouge : nous ne voulons ni de l'un ni de l'autre.
« Mais il y a aussi la glorieuse immobilité du soleil, fixe au centre du monde, qui anime tout, qui éclaire tout, et autour duquel s'accomplissent tous les mouvements les plus splendides, autour duquel le monde marche sans que la lumière reste jamais en arrière, quoique vous en disiez : voilà l'image du catholicisme. »
Nous ajoutons : et de la papauté.
Mgr d'Orléans écrit encore :
« Vous vous dites catholique. L'inflexibilité des dogmes est clone dans votre symbole comme dans le nôtre : vous croyez-vous pour cela condamné à être immobile ?
« En quoi l'inflexibilité de vos dogmes nuit-elle chez vous au mouvement de tous les progrès matériels, à l'agriculture, au commerce, à l'industrie, à l'éclairage au gaz, aux télégraphes électriques, aux chemins de fer ?
« L'Angleterre a progressé en tout cela avant nous. Eût-elle été bien reçue à nous dire : c'est l'inflexibilité de vos dogmes qui retarde chez vous l'éclairage au gaz et les chemins de fer?
« Heureusement d'autres nations catholiques devançaient ici, égalaient du moins l'Angleterre,
~ 128 en sorte que ce bel argument était réfuté avant de naître.
« Mais il y a d'autres progrès que les progrès matériels. En quoi l'inflexibilité du dogme nuitelle à l'art, à la science, à la littérature, à tous les progrès intellectuels et moraux ?. . . »
Ces paroles ne sont pas seulement la condamnation des principes exposés dans la brochure : le Pape et le Congrès.
La royauté du pontife ne peut être rejetée au nom de l'immobilité du dogme. Les titres de pontife suprême et de roi ne sont clone pas incompatibles. La civilisation moderne ne condamne point Pie IX à descendre du trône, n'en déplaise aux disciples attardés de Voltaire.
Au point de vue religieux, bon nombre d'indifférents, aussi bien que d'incroyants, qui se préoccupent du négoce, de l'industrie, de l'activité ou du ralentissement des affaires commerciales, du cours des valeurs cotées à la Bourse, sont surpris de rencontrer une question qui ne peut être traitée purement et simplement par les voies ordinaires de la politique. Cette question mixte dans laquelle on leur parle de foi, de convictions catholiques, d'ordre providentiel, et qui
néanmoins peut produire la hausse ou la baisse du trois pour cent, répugne à leurs instincts. Ils ne seront pas les derniers à proclamer qu'il s'agit d'un fait anormal, d'un fait que n'a plus sa raison d'être dans le temps présent.
Parce qu'ils sont indifférents, il ne leur en coûte pas de témoigner de leur respect profond pour la personne du pontife. Ils admireront volontiers ses vertus ; ils loueront sa bonté. Ou bien, ils regretteront sa faiblesse, ses indécisions, ses hésitations, si quelque écrivain leur assure que Pie IX est faible, indécis, hésitant. Mais ni M. About, ni aucun autre ne leur donnera de fiel. Ils sont calmes et de bonne foi. Ce n'est point avec passion qu'ils exigent la suppression du pouvoir temporel. Non, ils admettent tous les ménagements, toutes les transitions. Ils se bornent à déclarer que le but doit être atteint; qu'il en faut venir là; que la diplomatie est tenue de ne pas perdre de vue cette nécessité politique d'une transformation des Etats Romains. Rien n'est moins contestable, à leur sens.
Cependant, est-ce là une opinion suffisamment éclairée ? Dira-t-on qu'un jugement ainsi formé soit sérieux? Assurément non.
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Les sceptiques, les railleurs, les espiiis gaulois, les écrivains légers qui ne connaissent point le respect sont devenus des agresseurs, plus encore que des adversaires de la papauté. Quelle belle et bonne ressource que celte ville des papes, avec ses moines de toutes couleurs, avec ces capuchons et ces robes de bure que l'on rencontre à chaque pas ! Quelle mine inépuisable que celle de peindre les monsignori, les prélats! Comme il y a de quoi s'égayer lorsqu'on s'attaque aux cardinaux, au Pape, au chef spirituel de deux cents millions de chrétiens? Plus les personnages sont augustes, plus ils sont sacrés, et plus aussi l'occasion est excellente ! *
Le rire s'en va. L'esprit s'en va. Eh bienl en route ; nous irons à Rome et la société blasée va rire encore. Nous n'en sommes plus, dit M. About, au temps où « la naïveté des nations catholiques redorait tous les ans l'idole pontificale, » au temps où « les vieilles religions se croyaient éternelles. » Et, cependant, « il n'y a pas plus d'un siècle ou deux » qu'il en était ainsi.
M. About pourra donc signaler agréablement, par exemple, les églises dans lesquelles une inscription « promet une indulgence honnête » à ceux qui viennent prier. 11 faut bien rire!
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A Rome, il l'assure, on lui affirmait que « lout a été dit contre les Papes, » et que, pour « un homme qui se pique d'originalité, » il n'y avait plus rien à faire. On s'était trompé; il suffisait de rajeunir les vieilleries déjà rances de l'impiété et de l'incrédulité :
« Ne croyez pas qu'on soit tenu de pratiquer la religion lorsqu'on pratique les cardinaux, ni qu'il faille aller à la messe pour se faire inviter au bal. » — Superbe! en vérité, comme antithèse. M. About a dû se frotter les mains après avoir écrit cela. « Mais, continue-t-il, il est d'obligation stricte et absolue de trouver que tout est bien à Rome, de considérer la papauté comme une arche, les cardinaux comme des saints, les abus comme des principes, et d'approuver la marche du gouvernement, même lorsqu'il ne marche pas. » — Décidément, Rome a mis en veine M. About.
« Le prélat romain, dit-il encore, est souvent un gros garçon qui sort du séminaire avec une tonsure pour tout sacrement.... Mais il est inouï qu'un prélat, si vicieux qu'il puisse être, professe des idées libérales. » — Charmant, je vous l'assure !
A nos âges de bouleversements politiques et de commotions sociales, il se rencontre par le monde des majestés déchues. Respect aux nobles
cl grandes iiiioi tunes ! Mais non. M. About n'y consent pas. Il nous apprend que Rome « c?t l'asile naturel de tous les rois lombes de leur trône. C'est à Rome qu'ils viennent bassiner leurs contusions et panser les blessures de leur orgueil... Une petite cour, assemblée dans leur antichambre, les couronne à huis clos, les appelle Majestés au saut du lit, et les encense dans leur cabinet de toilette... En résumé, le roi le plus meurtri, le plus contus, le plus froissé par des sujets ingrats (sic), n'a qu'à se réfugier à Rome : avec un peu d'imagination et beaucoup d'écus, il se persuadera qu'il règne sur des peuples absents. » Comme c'est joli! Combien cette fidélité au malheur, combinée avec l'attachement pour la personne et la foi politique, est agréablement raillée! Les hommes de notre siècle ont besoin de telles leçons, assurément.
Rome est « une ville si respectueuse du passé » que nous pourrions soupçonner dans M. About une pointe d'opposition bourgeoise. L'opposition des classes revit en présence de cette société trop peu démocratisée, à ce qu'il paraît. M. About est spirituel, autant ou plus que Beaumarchais :
« Il est certain que la fortune, l'éducation, le
talent ont conquis, depuis cinquante ans, des droits qui étaient réservés à la naissance. Rome a vu venir en chaise de poste des étrangers qui n'étaient pas nés...
« Permettez-moi d'évoquer quelques souvenirs de l'âge d'or...
« Il n'y a pas plus d'un siècle ou deux
quand l'Europe était peuplée de quatre ou cinq cent mille personnes de condition, faites pour s'entendre et s'égayer ensemble, sans nul souci du petit monde, Home était le paradis des étrangers...
« En ce temps-là, il fallait un mois ou deux pour arriver jusqu'à Rome; on n'y venait donc point passer huit jours... L'étranger se débottait tout à l'aise, et faisait porter ses lettres de recommandation... Dès ce jour, il se trouvait partout chez lui. Il était de tous les écots. Il dansait, soupait, jouait, faisait sa cour aux dames. Vous pensez qu'il ne manquait pas de festoyer à son tour ceux qui l'avaient si bien reçu. Il ouvrait sa maison à la bonne compagnie, et ces brillants hivers de Rome en tiraient un nouvel éclat. »
Or, parce que Rome n'est point assez démocratique, on ira jusqu'à contester, au mépris des traités, le droit d'un souverain sur ses Etats: on
prônera ouvertement la révolution, on en proclamera la légitimité, on demandera à un congrès de l'Europe d'en vouloir bien enregistrer les résultats, comme autant de faits accomplis qui ont modifié le droit. C'est étrange! et, pourtant, voilà ce qui est.
Sceptiques et railleurs, esprits gaulois, écrivains légers auront toute licence, parce qu'ils sont en même temps les représentants d'une opposition bourgeoise contre les demeurants d'une autre société.
Nous avons parlé, en passant, des moines et de leurs robes de bure. Pourquoi Rome en estelle peuplée? Pourquoi, dit-on, cette vie oisive, sous prétexte de contemplation? Qui fera comprendre à un gouvernement clérical la nécessité de rendre à une vie active toute une population qui s'endort dans une paresse dévote ?
D'abord, nous répondrons :
Nous autres catholiques, nous croyons à un ordre surnaturel et à la manifestation de la Providence dans la direction des affaires humaines, même dans ce qu'elles ont de personnel. Nous croyons à la vérité des vocations et nous ne discutons pas pour savoir en vertu de quel motif
— IIS — Dieu appelle ici ou là, lois ou tels dans une voie d'exception.
Dieu proportionne le nombre des vocations aux besoins des sociétés, aux conditions de leur existence. Ce n'est pointa nous de lui demandercompto.
Les vocations en Italie, bien que plus nombreuses, peuvent être et sont, sans doute, aussi sérieuses qu'en aucun pays du monde.
Mais, ensuite, n'est-il pas vrai que si Dieu s'accommode, en quelque sorte, à l'ordre purement humain pour susciter des vocations plus ou moins nombreuses, l'état actuel de la société régie par les pontifes romains doit fournir cesvocations en nombre plus considérable.
Ouvrez l'isthme de Suez; créez un courant d'activité commerciale dans la Méditerranée; dotez l'Italie centrale de chemir.s de fer qui lui permettent d'avoir son rang parmi les contrées que le mouvement du monde moderne anime ; vivifiez l'industrie, l'agriculture ; créez des emplois, ouvrez des carrières nouvelles ; attirez dans les rangs de l'armée renouvelée la forte et robuste jeunesse du pays, et lentement, peu à peu, le nombre des moines diminuera. Non point que le catholicisme s'en ira. A Dieu ne plaise! Mais la société aura de nouveaux besoins et, parce que l'ordre de la Providence s'accommode aux faits humains, Dieu
restera, toujours aussi présent, au milieu de celle société, et néanmoins elle ne sera plus la môme.
Cette transformation, rappellerons-nous de nos vœux? Nous la laisserons s'accomplir par l'effet du temps. Nous prierons Dieu de préserver les sujets du père commun des fidèles de l'esprit de vertige et d'aveuglement qui les entraînerait en dehors des voies dans lesquelles se trouve le salut des peuples et celui des particuliers.
Mais, de grâce, esprits gaulois ou sceptiques, esprits railleurs ou bourgeois, ne désapprenez pas aux sujets de Pie IX le respect et la vénération pour tout ce qui est saint et sacré. Les négociants, les hommes de Bourse, les industriels, les spéculateurs se sont laissé entraîner au nom des intérêts matériels. Gomment n'en aurait-il pas été ainsi?
« Je suppose un instant, écrit M. About, que tous les sujets du Pape renoncent volontairement à toutes les libertés religieuses, politiques, municipales et même civiles, pour jouir sans arrièrepensée d'un bonheur épais; qu'ils se contentent des biens matériels à la portée de la brute , comme la santé et la nourriture : trouveront-ils chez eux de quoi se satisfaire? ont-ils en cela du moins à se louer du gouvernement? sont-ils aussi bien traités que des animaux en cage ? le peuple est-il en bon point? Non. »
Comment ne pas s'apitoyer?
« L'indnslrie a surtout besoin de liberté. Or, toutes les industries un peu importantes constituent des privilèges. Non-seulement les tabacs et les sels, mais le sucre, le verre, la bougie de stéarine se fabriquent par privilège. Privilège par-ci, privilège par-là. »
M. Àbout sait qu'en France les tabacs sont soumis au monopole du gouvernement de même que le sel; que la protection accordée par les tarifs aux sucres indigènes constitue un privilège. Pense-t-il que ce soit un motif suffisant pour soustraire à l'autorité du gouvernement de l'Empereur, ne fut-ce qu'un département?
Qu'on ne l'oublie pas, sa conclusion , lorsqu'il s'agit des Etats du Pape, n'est pas celle-ci : améliorez, et, dans la circonstance présente : détruisez le privilège; mais il conclut : au pisaller et en dtrnière analyse, le Pape conserverait toujours la ville de Rome; en d'autres ternies : enlevez au Pape son litre de souverain et ne lui en laissez que l'apparence.
« Les communes les plus voisines de Rome n'ont pas de chemins carrossables. La nation demande des chemins de fer à cor et à cri; le commerce manque de routes et de chemins vicinaux. » Cependant « bientôt peut-être, gnice au talent
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de nos ingénieurs et à l'activité d'un grand financier de Paris (en noie: M. Mirés), les locomotives pourront circuler entre Rome et Civita-Vccchia. »
Nous voulons signaler, en passant , le coup de chapeau donné à M. Mirés. C'est une puissance que l'on traite avec plus de respect que celle du Pape. M. About n'a mis au bas des pages , dans tout son livre ; que quatre ou cinq notes dont l'une est celle que nous venons de citer : M. Mirés. Combien, dans sa brièveté, elle est néanmoins éloquente!
À nos yeux, M. Mirés a bien mérité des Etats romains, et nous le réputons un financier intelligent. Nous le proclamerons un grand homme, si M. About le désire. Mais nous poserons celte question : Y a-t-il, dans les trois cents pages qui composent cet ouvrage, un autre personnage, quel qu'il soit, pour lequel l'auteur ait témoigné ce respect? Serait-ce Pie IX dont il en fait cet éloge, au moins fort singulier: Il croit en Dieu! »
C'est bien là l'un des signes du temps.
Pour égayer le sujet, M. About ajoute qu'au temps où l'on s'occupait de l'avant-projet pour la construction du chemin de fer, chacun des couvents voulait éloigner de ses murs la voie ferrée , comme si le diable demandait à passer chez eux. »
Spéculateurs, industriels, négociants, liom-
nies de Bourse, l'Italie centrale n'est donc pas pour vous un sol privilégié. Ecoutez encore :
« La capitale est en possession d'une Bourse ; je l'ai découverte par hasard en feuilletant l'almanach romain. Cet établissement public ouvre une fois par semaine. Jugez par là de l'activité des transactions ! »
Serait-ce en ouvrant la Bourse deux fois par semaine qu'on doublerait l'activité des transactions? Ce peu d'activité du marché des valeurs publiques ne tient-il pas à la stabilité des fortunes et à l'absence des transactions fictives qu'on appelle du nom de spéculation ou d'agiotage?
La spéculation effrénée n'est pas et ne produit pas la richesse.
Je me défie de cette conclusion d'un chapitre sur les intérêts matériels :
« Mais à quoi bon m'égarer dans les détails ? // suffit de dire que les sujets du Pape seront aussi riches et aussi hem eux que pas un peuple de l'Europe dès qu'ils ne seront plus gouvernés par un Pape,
Le dénombrement de ceux qui se sont rangés d'eux-mêmes ou que l'on a essayé de ranger parmi les adversaires ou les agresseurs de la papauté et de son pouvoir temporel finirait peutêtre par ressembler aux dénombrements d'Homère, si nous voulions absolument ne rien oublier.
Il est inutile de mentionner les hérétiques, les
schismatiqucs et tous ceux qui voient dans l'Eglise catholique une ennemie, dans son chef le commandant suprême d'une armée hostile et prêle à la bataille.
On pourrait examiner avec profit, peut-être, de quelle façon les anciens partis politiques tendant à se transformer se sont comportés dans les circonstances actuelles. Il ne serait pas difficile de reconnaître que certaines nuances du parti avancé ont saisi avec empressement une occasion de se rallier sur un même terrain, une occasion unique, disons-le, de faire croire que l'opinion publique est ici de leur côté et que la majorité leur appartient lorsque viennent à surgir certaines questions importantes, tandis que, d'autre part, les catholiques, oubliant les discussions irritantes, se sont groupés comme à la veille d'un danger commun :
« Croyez-vous donc, s'écrie Mgr d'Orléans, que le sang chrétien ait oublié de couler dans nos veines et que nos cœurs ne battent plus dans nos poitrines ? Prenez-y garde, vous finirez par nousblesser: je ne sais si nous avions besoin d'être réveillés, mais vous réussissez a merveille à nous ouvrir les yeux. »
Les représentants des partis extrêmes, les mécontents endormis ou réduits à l'impuissance, ontrepris goût soudainement à la discussion des affaires publiques.
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D'autres, heureux, de penser intérieurement que leur dévouement n'est pas servilc, ont essayé cle montrer qu'ils ne sont pas moins libéraux lorsqu'ils s'élèvent jusqu'à la région des principes et qu'ils n'ont pas à combattre au dedans contre les fauteurs du désordre.
« A quoi servirait de se faire illusion, dit le catholique sincère, auteur de la brochure : Le Pape et le Congrès ? Par un concours de circonstances diverses, par un enchaînement de causes qui remontent bien loin, le pouvoir temporel du Pape est sérieusement menacé dans les conditions où il s'exerce aujourd'hui. C'est un grand malheur que nous déplorons du fond du cœur... C'est une situation déplorable que l'aveuglement et l'imprévoyance peuvent seuls vouloir prolonger, mais que le dévouement éclairé et respectueux demande de changer au plus vite. Ce changement est nécessaire, il est urgent; il n'y a que les ennemis déclarés de la papauté ou ses amis aveugles qui puissent le repousser. D'abord, nous voudrions que le Congrès reconnût, comme un principe essentiel de l'ordre européen, la nécessité du pouvoir temporel du Pape. Pour nous, c'est là le point capital. Le principe nous paraît avoir ici plus de valeur que la possession territoriale plus ou moins grande qui en sera la conséquence na-
Paris. - T\p. Caittet, rue Git-le-Cœur, 7.
lurelle. Quant à celle possession elle-même, la ville de Rome en résume l'importance , le reste il est que secondaire. Il faut que la ville de Rome et le patrimoine de Saint-Pierre soient garantis au Souverain Pontife par les grandes puissances. »
M. About ne parlerait pas autrement.
Ce qui est au fond de notre pensée, nous le dirons sans détour. Une simple question de réformes intérieures ou d'améliorations, déjà mises à l'élude ou même en voie d'exécution, est devenue, par les circonstances, une question de révolution qu'une opinion publique nombreuse, mais non éclairée, demande au Congrès de résoudre révolutionnairement, contre le droit, la justice et les traités.
Il importait de montrer la véritable question et de dire quels sont ceux qui ne l'ont pas comprise ou qui l'ont détournée de sa voie.
Le désœuvrement d'une société que ne préoccupent point d'autres questions a produit autour de celle-ci quelque chose qui ressemble à de l'agitation. Les gouvernements de l'Europe ne s'y laisseront pas tromper, nous l'espérons. Le désœuvrement des esprits ne vaudra point à la révolution vaincue des concessions qu'elle n'aurait point obtenues avant d'être désarmée.
TARIS — TYPOGRAPHIE GAÏTTET Rue Git le-Cnur, 7