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COMMENT FUT ECRITE LA LETTRE ‘: J’ACCUSE

Zola avait prévu l’acquittement d’Esterhazy. Il avait dit à Leblois et à moi, puis à Clemenceau, qu'il fallait amener l’affaire devant des juges civils, au grand jour de la Cour d’assises.

Clemenceau gardait ses doutes sur Dreyfus, que des juges eussent consenti à condamner cet homme même Juif, s’il n’y avait rien au delà du bordereau, il ne pouvait l’admettre. Apparemment le document secret n’était pas sans valeur.

Zola plus perspicace, était certain de l'innocence de Dreyfus d’autre part, s’il professait une grande estime pour les promoteurs de la Revision, il n’en avait que mieux discerné l’une des causes de leur faiblesse : c’est que l’Affaire si simple, n’avait jamais été mise, dans son ensemble, devant le public, mais par bribes et par morceaux, ou défigurée par le mensonge.

Il était nécessaire de codifier ces fragments de vérité, de donner aux fidèles leur Credo.

Cette grande page où éclatera tout le drame, Zola en était obsédé : ce sera sa part personnelle à l’œuvre commune.

Sa conversation avec Clemenceau, la veille de l’acquittement d’Esterhazy, l’avait mis en verve. Il eut en outre, une crainte d’artiste (qu’il m’a avouée), point banale, qu’un autre eût son idée en même temps que lui ou que Clemenceau, peut-être, la lui prît. — Indifférent d’abord à l’extraordinaire aventure, puis entraîné par elle, maintenant il se jette en avant. Il écrivit tout le jour, d’une haleine, dans la fièvre de l’inspiration et de la colère ; et le lendemain, pendant que .’achevait la comédie du Cherche-Midi ; et encore toute la matinée du troisième jour, fouetté par le cri de triomphe de la canaille, et par le titre provocateur d’un article de Cornély : ‘‘ Affaire classée ”.

Vers le soir, il porta son ouvrage à L’Aurore, en donna lecture. Les rédacteurs, quelques visiteurs qui se trouvaient là, virent le drame pour la première fois, dans toute son horreur, éclatèrent en applaudissements.

JosEerH REINACH, Histoire de l’Affaire Dreyfus, (tlsipu22le)

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