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APRÈS LE VERDICT

Emile Zola est condamné. Nous nous y attendions, sans l’avoir jamais souhaïté, sa lettre au président de la République ne dépassant guère les bornes des parades de la comédie italienne. Tourner en drame de cour d'assises cette bobécherie d’‘‘intellectuel ”” en goguette, c'était vraiment traiter comme une plaie gangreneuse la plus inoffensive démangeaison.

Si l’orgueil maladivement imbécile de ce condamné malgré nous n’épaississait pas devant ses yeux déjà troubles un voile de plus en plus compact, il s’apercevrait qu’il a été, en réalité, la victime des Juifs du Syndicat Dreyfus, qui, tout en restant prudemment dans la coulisse, ont spéculé sur son aveugle vanité pour le lancer en avant et se faire emprisonner à leur place.

I n’y avait pas de danger que les Reinach ni les youpins directeurs ou inspirateurs des torchons dreyfusards se découvrissent le moins du monde. Ils étaient d’autant plus violents conseilleurs que les autres devaient être les payeurs. Ces misérables ont encaissé l’argent du Syndicat et le principal exécuteur de leurs basses œuvres encaisse les mois de prison. C’est toute la doctrine de la race.

Sans plus en douter, le dindonnant Zola a été également sacrifié par son défenseur, qui a plaidé pour lui-même et contre son client.

Tout ce qui pouvait contribuer à le faire frapper plus durement, il semble qu’il l’ait accumulé à plaisir, au point qu’on se demande si sa maladresse, désormais légendaire, n’était pas simplement du cynisme.

HENRt ROCHEFORT.

L’Intransigeant, 25 février 1898.

La conscience publique a reçu un commencement de satisfaction avec la condamnation de Zola.

Le pays saura gré aux douze honnêtes gens qui ont su faire virilement et fermement leur devoir de bons Français.

Je ne sais si, comme l’annonce la Voyante, le malfaiteur de la plume, qu’une si juste condamnation vient de frapper quittera cette terre de France, qui le vomit, et ira bénéficier, dans sa véritable patrie, du plebiscito d’admirazione que les Italiens ont organisé pour lui.

À vrai dire, nos voisins devaient bien cela à l’insulteur de notre armée et les outrages que viennent de subir nos généraux leur ont

semblé, sans doute, une agréable compensation de la raclée formidable que le vaillant Ménélik leur a flanquée à Adoua.

Je crois plutôt que le gouvernement s’empressera d’accorder à Zola la permission de faire sa prison dans une élégante et confortable maison de santé où il sera certainement mieux qu’à Sainte- Pélagie, quoique l’on n’y soit pas trop mal quand on a l’amour de la retraite.

Il faut espérer, en tout cas, que le grand chancelier de la Légion d’honneur, le général Davout, fera ce qu’il aurait dû faire depuis Jongtemps : Dès demain, il réunira le Conseil de l’Ordre pour rayer du livre d’or comme indigne l’écrivain dont le contact serait une souillure pour tant de braves gens qui ont gagné la croix en servant leur pays.

Ce ne serait vraiment pas la peine de porter le nom glorieux d’Auerstaldt, pour en arriver à supporter la présence d’un membre désormais noté d’infamie, qui a couvert de boue le drapeau français.

EDOUARD DRUMONT, La Libre Parole, 24 février 1898.

Deux TÉMOIGNAGES D’ERNEST VAUGHAN

L’Aurore, à son quatrième mois d'existence, avait déjà fait quelque bruit et quelque besogne; mais c’est grâce à la collaboration généreuse d'Emile Zola qu’elle allait acquérir, du jour au lendemain, une notoriété universelle.

En novembre et décembre 1897, Emile Zola avait donné trois belles chroniques sur l’affaire Dreyfus au Figaro. Les lecteurs habituels de ce journal, en majorité cléricaux et militaristes, ayant manifesté leur désapprobation, il dut interrompre la série de ses articles et en publier la suite en brochures. Ce fut ainsi que parurent ses magistrales lettres 4 la Jeunesse et À la France. La propagation de brochures à 50 centimes est forcément restreinte. L’Aurore avait atteint un assez gros tirage. Je me risquai à solliciter la collaboration d’Emile Zola qui, non seulement me l’accorda, mais ne voulut pas entendre parler de rémunération. Cet être rapace se faisait scrupule de tirer le moindre profit de ce qu’il considérait comme l’accomplissement d’un devoir de conscience. Et il fit cela avec sa simplicité de bon grand homme. On aurait dit que c’était lui qui me devait des remercîiments.

Il m’envoya le texte de la Lettre au Président de la République dont le retentissement fut tel qu’on peut voir en elle la cause déterminante de la revision du procès de 1894.

Au journal, nous cherchions un titre plus énergique pour cette œuvre admirable dont la lecture nous avait enthousiasmés. Je voulais faire un grand affichage et attirer l’attention du public. Clemenceau me dit : ‘* Mais Zola vous l’indique lui-même le titre. IL ne peut y en avoir qu’un : J’accuse!.. ?”?

Mes affiches furent apposées dans la nuit du 12 au 13 janvier

1898. Ce jour-là L’Aurore tirait et vendait — car il ne revint pas de bouillons et l’on manqua de papier partout — à trois cent mille exemplaires! L’outillage dont je disposais ne m'avait pas permis d’en imprimer davantage et beaucoup de marchands roublards en profitècent pour vendre à des prix fantastiques leur soi-disant ‘+ dernier numéro ”’.

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