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de rhéroïne, c'est-à-dire à employer la méthode violente pour arriver à leur but.
Certes, il est loisible aux catholiques et aux royalistes d'honorer à leur manière cette mémoire bénie. Mais qu'ils n'oublient pas une chose : ce serait un acte coupable de mêler le nom de la grande inspirée à nos luttes, à nos dissensions et, sous prétexte de lui rendre hommage, de prendre à tâche de diviser les Français, en discréditant, par des violences, une cause que l'on croit servir.
Jeanne a péri victime des passions politiques et religieuses de son temps. En ce qui la concerne, le présent, on le voit, n'est pas sans analogie avec le passé. Sa mémoire est ballottée entre des courants d'opinions diverses. Abandonnée par les républicains de la Chambre, qui ont dédaigné de sanctionner les décisions du Sénat, elle est accaparée par les royalistes dans un but trop intéressé. Exaltée par les uns, dénigrée par les autres dans un esprit d'opposition systématique, son prestige sombrera-t-il dans cette tourmente d'idées? Non, car la pure et noble image de la vierge lorraine est gravée pour toujours dans le cœur du peuple, qui, lui, saura Taimer pour elle-même, sans arrière-pensée. Rien ne saurait l'en effacer!
Au milieu de nos discordes, le nom de Jeanne d'Arc est encore le seul qui puisse rallier tous les Français dans le culte de-la patrie. L'amour de la France s'est affaibli dans le cœur de ses fils. Des divisions profondes les séparent ; les partis se font une guerre sans merci. Les revendications violentes des uns, l'égoïsme et le ressentiment des autres, tout contribue à déchirer la famille française. Les grands sentiments se font rares ; les appétits, les convoitises, les passions régnent en maîtres. Gomme au temps de Jeanne, la voix des Esprits s'élève et nous dit, sinon au point de vue matériel, du moins au point de vue moral, « la grande pitié qui est au pays de France ».
Élevons nos âmes au-dessus des misères et des déchirements de l'heure présente. Apprenons, par Pexemple et les paroles de l'héroïne, à aimer notre patrie comme elle sut l'aimer, à la servir avec désintéressement et esprit de sacrifice. Redisons bien haut que Jeanne n'appartient ni à un parti politique, ni à une Église quelconque. Jeanne appartient à la France, à tous les Français!
Aucune critique, aucune controverse ne saurait ternir la chaste auréole qui l'entoure. Grâce à un mouvement national irrésistible, cette grande figure montera toujours plus haut dans
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le ciel de la pensée calme, recueillie, libérée des préoccupations égoïstes. Elle apparaît non plus comme une personnalité de premier plan, mais comme l'idéal réalisé de la beauté morale. L'histoire nous offre de brillantes pléiades d'êtres de génie, de penseurs et de saints. Elle ne nomme qu'une Jeanne d'Arc !
Ame toute faite de poésie, de passion patriotique et de foi céleste, elle se détache avec éclat de l'ensemble des vies humaines les plus belles. Elle se montre sans voile à notre siècle sceptique et désenchanté, comme une pure émanation de ce monde supérieur, source de toute force, de toute consolation, de toute lumière, de ce monde que nous avons trop oublié, et vers lequel doivent maintenant se tourner nos regards.
Jeanne d'Arc revient parmi nous, non seulement par le souvenir, mais par une réelle présence et dans une action souveraine. Elle nous invite à compter sur l'avenir et sur Dieu. Sous son égide, la communion des deux mondes, unis dans une même pensée d'amour et de foi, peut encore se réaliser pour la régénération de la vie morale expirante, pour le renouvellement de la pensée et de la conscience de l'humanité!
XXL — Jeanne d'Arc a l'étranger.
Nous pensons en Angleterre que Jeanne est la plus grande héroïne qu'ait vue le monde, et nous regrettons ce qui a été fait et qui fut mal fait.
Edward Clarke.
La vie et Fœuvre de Jeanne d'Arc ont suscité l'admiration de tous nos voisins. La vierge lorraine, critiquée, dénigrée en France, ne rencontre au dehors qu'un respect et une sympathie universels.
Domremy est devenu le but de pèlerinages internationaux. Le 14 juin 1909, les journaux de Nancy publiaient la note suivante :
« Trois trains spéciaux ont amené jeudi, à Domremy, des dames italiennes venant accomplir un pieux pèlerinage à la maison natale de Jeanne d'Arc. »
De leur côté, les Anglais, venus soit en groupes, soit isolément, y affluent. On y rencontre aussi des Américains, des Russes, des Hollandais, des Belges, des Allemands, etc.
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L'Angleterre tout entière s*est prise d'enthousiasme pour la grande inspirée, et ses fils ne manquent pas une seule occasion de la glorifier.
Aux fêtes normandes célébrées en mai, à Rouen, figurent, chaque année, des délégations anglaises, qui traversent la Manche pour honorer, avec solennité, la mémoire de la Pucelle. En 190/i, M. Tree, maire d'Hastings, s'y présentait en grand cérémonial, revêtu de son costume d'apparat et précédé des deux massiers traditionnels, pour déposer une branche de lis en fer forgé, sur la place même où Jeanne fut suppliciée.
Ce beau geste fut répété en 1909. Des Anglais, en nombreux cortège, vinrent prendre part aux fêtes de Rouen. M. Edward Glarke^ maire d'Hastings, vice-président de VUnion Jeanne d'Arc de Bouen, avait pris l'initiative de cette manifestation. Quelques jours auparavant, il écrivait au maire de la grande cité normande :
« Il n'y a pas un seul Anglais qui ne soit prêt à rendre un sincère hommage à Jeanne d'Arc. Nous pensons, en Angleterre, qu'elle est la plus grande héroïne qu'ait vue le monde, et nous regrettons ce qui a été fait et qui fut mal fait (i). »
(1) Voir le Journal, 31 mai 1909.
Le 30 mai 1909, sir Ed. Clarke renouvelait, au nom de la délégation anglaise qu'il dirigeait, ces déclarations émouvantes. Elles furent très applaudies.
En 1885, un Italien, le comte Balsami, ayant découvert aux archives du Vatican un mémoire du quinzième siècle sur les « miracles » accomplis par Jeanne^ une commission fut constituée pour dépouiller et vérifier ce document.
Le président désigné fut un cardinal anglais, l'éminent Howard, d'illustre naissance. Il eut une noble expression : « Ce n'est pas d'une main sanglante que je vais tourner les pages de cette sublime histoire : c'est d'une main repentante. )>
L'Angleterre avait déjà répudié le crime de Bedford, le jour où la reine Victoria voulut avoir sous les yeux l'image de notre Jeanne, et fit peindre son portrait.
Catholique, l'Angleterre n'avait pas cherché à intimider Rome lors du procès de réhabilitation ; devenue protestante, elle aida de son mieux à la béatification.
Spectacle touchant : le léopard se couche aux pieds de la vierge de Domremy et implore son pardon!
N'y a-t-il pas là une leçon pour les Français ? une invitation à tresser la plus belle des
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couronnes à leur héroïne et, comme nos voisins d'outre-Manche, à faire amende honorable devant celle envers qui tous les partis se rendirent coupables ? Oui certes, coupables ! Ce furent des catholiques français qui la condamnèrent, au moment même où les royalistes l'abandonnaient à son sort cruel, et les libres penseurs n'ont guère mieux agi envers elle : un de leurs maîtres. Voltaire, Fa profanée, et aujourd'hui encore, c'est parmi eux que se rangent tous ses détracteurs.
Recherchons de quelle façon la mémoire de Jeanne a conquis peu à peu l'opinion publique en x\ngleterre et en Allemagne. Dans cet examen, nous nous inspirerons, tout spécialement, du travail de M. James DdLrmesteter : Nouvelles Études anglaises^ et de l'intéressante brochure de M. Georges Goyau : Jeanne d'Arc devant l'opinion allemande.
Tout d'abord, en ce qui touche l'opinion anglaise, citons M. J. Darmesteter :
« La vie de Jeanne d'Arc en Angleterre, depuis sa mort jusqu'à nos jours, se divise en trois périodes : sorcière, — héroïne, — sainte ; d'abord deux siècles d'insulte et de haine, puis un siècle de justice
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humaine; enfin, en 1798, s'ouvre une ère d'adoration et d'apothéose. »
A la première période se rattachent les chroniques de Caxton et Holinshed, et le Henri VI attribué à Shakespeare. La vague de haine et de calomnie, soulevée par l'œuvre de Jeanne d'Arc, s'arrête là. En 1679, le docteur Howell constate déjà, que « la fameuse bergère Jeanne de Lorraine a fait de bien grandes choses».
En 17 M, l'historien conservateur William Guthrie écrit, à propos du jugement de la Pucelle : « Comme l'or, elle parut plus pure à chaque épreuve. » Peuaprès, John Wesley, commentant le récit de Guthrie, ajoutera : « Elle ne méritait certainement pas ce sort, soit qu'elle fût une enthousiaste convaincue ou une personne qu'il avait plu à Dieu de susciter pour la délivrance de son pays. »
En 1 796 apparaît l'œuvre célèbre de Southey : Joan of Arc, poème épique plein de lacunes et d'erreurs, mais qu'anime un souffle généreux. Nous en détacherons quelques passages.
Jeanne, en route pour Chinon, raconte à ses compagnons de voyage, parmi lesquels l'auteur range Dunois, les impressions de sa jeunesse, et comment elle apprit la mission dont elle est chargée. Elle n'est pas aimée chez elle ; elle
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demeure chez son oncle et mène paître le troupeau de son père le long de la Meuse. La beauté du paysage et la solitude des bois agissent peu à peu sur son âme contemplative ; la mort d'une amie tourne son cœur vers les soufFrances humaines ; une conversation enthousiaste la remue et l'exalte.
« Des pensées guerrières, — dit-elle, — assiégeaient mon esprit, si bien que je ne m'endormis qu'à l'aube; mais cela ne calma pas mon esprit surexcité, car des visions surgirent, envoyées, j'en suis convaincue, par le Très-Haut ! Je vis une ville fortifiée de toute part, garnie de hautes tours et cernée par les ennemis. La Famine y suivait d'un œil d'envie, près d'un amas de squelettes, le corbeau repu, qui se nourrit de lambeaux sanglants. Je me tournai, alors, vers le camp de l'assiégeant, et là il y avait fête; le rire grossier éclata, très fort, à mes oreilles, et je contemplai ces chefs qui, même pendant leurs festins, préparaient des plans de mort. J'en fus écœ.urée jusqu'au fond de l'âme. Puis il me sembla que d'un nuage, aussi noir que celui qui engendre la tempête, un bras géant surgit et laissa tomberune épée qui raya, comme l'éclair, les ténèbres de la nuit. Une voix se fit entendre à mon oreille, qui résonnera de nouveau à l'heure de joie terrible, où l'ennemi affaibli s'évanouira devant ma colère. Depuis cette nuit-là, je pus sentir .mon âme soucieuse palpitant sous la force divine qui s'épandait
en moi. Je restai songeuse, pensant aux jours à venir, sans voir ce qui se passait autour de moi et sans m'en soucier, dans ce demi-sommeil de Tâme où tous les sens corporels sont comme- endormis et que, seul, l'esprit veille. J'ai entendu des voix inconnues, dans le vent du soir; des formes étrangères, à demi visibles, remplissaient en foule l'air du crépuscule. Ceux qui m'avaient connue autrefois, jeune fille gaie et insouciante, s'étonnèrent. » (Livre I, vers 44o et suivants.)
« Oui, capitaine, — dit-elle à Dunois, — le monde croira bientôt en ma mission, car le Seigneur fera soulever l'indignation et déversera sa colère sur ceux qui oppressent, et ils périront. » (Livre I, les 4 derniers vers.)
L'auteur n'en fait pas une dévote : elle déclare aux théologiens qui l'interrogent que, maintenant, c'est dans la contemplation de la nature et non dans les pratiques extérieures de la piété, qu'elle trouve réconfort et communion divine. (Livre III, vers hOO et suivants.) On la tient pour une hérétique, et l'on veut la soumettre au jugement de Dieu ; mais voici Jeanne qui s'écrie, en montrant un tombeau voisin :
« L'épée de Dieu est ici ; la tombe va parler pour le prouver. Entendez-vous? Là, sont les armes qui jetteront la terreur dans l'armée ennemie ; je les revê-
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tirai en présence de notre roi et du peuple assemblé ; je les sortirai de ce tombeau où elles sont enfermées depuis longtemps, incorruptibles, cachées, à moi destinées, l'envoyée du ciel ! »
Ce n'est pas sans difficulté que Jeanne pourra se mettre en route pour l'armée ; elle a revêtu l'armure dans le sanctuaire de Sainte - Catherine; c'est sans crainte qu'elle va partir, bien qu'elle sache comment elle mourra :
« C'était pendant la dernière nuit que je passai à Domremy ; j'étais assise près du ruisseau, l'âme débordante d'esprit divin. Je vis alors une troupe de bandits entourant un bûcher ; au poteau, une femme était attachée ; les fers meurtrissaient sa poitrine, et, autour de ses membres, le feu lançait ses flammes ardentes. Je vis ses traits et je me reconnus. » (Livre IV, hgnes 3io et suivantes.)
L'œuvre de Southey accentua le revirement d'opinion en faveur de Jeanne. Certains critiques anglais la trouvèrent pourtant insuffisante. Thomas de Quincey, Fun des écrivains les plus érudits et les plus estimés de ce temps, reproche au poète d'avoir arrêté la carrière de l'héroïne au sacre de Reims, et d'avoir esquivé sa passion. Il dit à ce sujet :
« Tout ce qu'elle avait à faire était accompli ; il lui restait à souffrir. Jamais, depuis que furent jetés
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les fondements de la terre, il n'y eut tel procès que le sien, si on pouvait le déployer dans toute sa beauté de défense, dans toute son horreur infernale d'attaque. 0 enfant de France, bergère, jeune paysanne foulée aux pieds de tous ceux qui t'entourent ! »
Depuis un siècle, l'Angleterre ne cesse de rendre à la mémoire de Jeanne les plus chaleureux hommages. Richard Green la considère comme « la figure de pureté qui se détaclie du sein de l'avidité, de la luxure, derégoïsme, de l'incrédulité du temps ». Les biographies de l'héroïne, les apologies se multiplient. Citons aussi ces paroles de Carlyle :
« Jeanne d'Arc devait être une créature de rêves pleins d'ombres et de lumières profondes, de sentiments indicibles, de pensées qui erraient à travers Téternité. Qui peut dire les épreuves et les triomphes, les splendeurs et les terreurs dont ce simple esprit était la scène? »
Il y a soixante ans, le jeune pasteur et poète John Stirling célébrait à son tour notre héroïne nationale, et voyait en elle « le personnage peut-être le plus merveilleux, le plus exquis, le plus complet de toute l'histoire du monde ». Il ajoute :
« Bien haut parmi les morts qui donnent une vie meilleure à ceux qui vivent, voyez briller la jeune
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paysanne dans sa cuirasse sacrée, elle que le Seigneur de la paix et de la guerre envoya, comme un char de flamme, loin du bercail paternel. »
L'œuvre toute récente de l'écrivain écossais Andrew Lang, sur Jeanne d'Arc (1), vient compléter cet ensemble de travaux. Elle constitue un magnifique plaidoyer en faveur de l'héroïne, que l'auteur défend avec humour et sagacité contre les attaques sournoises d'Anatole France. Dès le milieu du dix-huitième siècle, dit-il, lorsque David Hume, grâce aux chroniqueurs écossais, put acquérir la certitude de l'iniquité de la condamnation de Jeanne, tout le monde en Angleterre fut éclairé sur cet événement historique.
Depuis, on y a glorifié la martyre de maintes façons. Chaque enfant connaît son histoire, histoire sans pareille, constate iVndrew Lang. Quelles que fussent les difficultés présentes, Jeanne les comprenait à l'instant, résolvait le problème et, selon les circonstances, agissait en capitaine, en savant ou en grande dame (p. 6). Ce qu'il admire surtout en elle, c'est sa volonté, sa ténacité (p. 193). Rien ne la rebute pour arriver à ce qu'elle envisage comme étant
(1) Andrew Lang, The Maid of France. Longmans, Green, and C°, 39, Paternoster Row, London, 1909.
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le bien du royaume. A Rouen, elle est sublime de courage et de résolution, lorsqu'elle refuse de donner sa parole qu'elle ne s'échappera pas, préférant ainsi endurer l'odieuse compagnie de « houspilieurs », que de sacrifier son droit légitime ! (P. 252.)
Quant aux forces déployées par l'Angleterre pour envahir la France, l'auteur affirme, sur la foi de documents encore inédits, que, pour jeter la terreur dans les cœurs français les plus audacieux, l'Angleterre fît des préparatifs considérables et dépensa sans compter, utilisant les dernières inventions de l'art militaire (p. 66). Mais, ajoute-t-il, les Anglais n'étaient pas en nombre suffisant pour se maintenir dans leur conquête.
Andrew Lang est bien forcé de l'avouer : la science ne peut pas tout expliquer dans la vie de Jeanne d'Arc. Il espère cependant qu'elle le pourra sans doute un jour (p. 1/i). Son espoir ne saurait être déçu.
L'Amérique possède aussi une Vie de Jeanne d'Arc (1) très estimée; elle est due à la plume de Francis Low^ell.
(1) F. LowELL, Life ofJoan of Arc.
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En Allemagne, les exploits de Jeanne d'Arc, nous dit M. Georges Goyau (1), étaient connus et suivis au jour le jour. Il en subsiste des preuves écrites, par exemple le Mémorial d'Eberhard de Windecke, historiographe de l'empereur Sigismond.
Un siècle plus tard, vers la fin du règne de François P'", au même moment où Du Maillan, chroniqueur patenté des Valois, diffamait la Pucelle, et où Etienne Pasquier constatait avec douleur le discrédit dans lequel sa mémoire était tombée dans notre pays, un jeune Prussien, Eustache de Knobelsdorf, improvisait un éloge pathétique de la grande inspirée.
En 1800, Schiller, que la Convention avait honoré du titre de citoyen français, dans un poème tragique de belle envolée, vengeait Jeanne d'Arc des insanités de Voltaire.
Ce poème fut mis à la scène et obtint, dans toute l'Allemagne, un succès extraordinaire. De 1801 à 1843, la Pucelle d'Orléans n'eut pas moins de 2/il représentations sur la seule scène berlinoise; on ne se lassait pas de l'applaudir. C'est ainsi, nous dit G. Goyau, que, grâce à
(1) G. Goyau, Jeanne d'Arc devant Vopinion allemande.
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l'œuvre de Frédéric Schiller, la gloire de Théroïne lorraine se confond avec la gloire littéraire de l'Allemagne.
Gœthe écrivait à Schiller (1) : « Votre pièce est si bonne, si bonne et si belle, que je ne vois rien à lui comparer. » Cette œuvre est cependant loin d'être parfaite.
L'auteur a bien vu en Jeanne une âme enflammée de patriotisme, mais, dans son drame (2), il a complètement défiguré l'histoire.
Le poème contient pourtant des passages qui méritent d'être signalés. Voici d'abord, comment l'auteur nous présente l'héroïne :
Un paysan apporte de Vaucouleurs un casque qu'une bohémienne lui a, pour ainsi dire, imposé. A cette vue, Jeanne s'approche. Elle voit dans ce casque un signe du ciel et s'en empare, prêtant avidement l'oreille aux récits du laboureur, qui vient d'apprendre la détresse d'Orléans et la désunion des Français. Inspirée, elle prophétise le relèvement de la patrie par le secours de Dieu. Elle gagne Chinon où, tout de suite, son succès dans un combat et sa clairvoyance maintes fois vérifiée, lui obtiennent la faveur de la cour.
(1) Correspondance entre Gœthe et Schiller^ traduction Saint- René-Taillandier, t. II, p. 229.
(2) Die Jungfrau von Orléans. Eine romanlische Tragôdie von Fr. von Schiller.
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Le drame se transforme ensuite en un pur roman. A la fin, Jeanne, capturée par les Anglais, leur propose fièrement, au nom de son roi, un contrat de paix, s'ils consentent à restituer à la France ce qu'ils lui ont pris, les avertissant que leurpuissance touche à sa fin. Cependant l'armée française cherche à délivrer Jeanne, que ses ennemis veulent mettre à mort. De la tour où elle est enchaînée sous la garde d'Isabeau, qui doit lui donner le coup de grâce si les Anglais ont le dessous, l'héroïne suit avec émotion les péripéties du combat, que leur décrit un soldat placé à un poste d'observation. Ses prières accompagnent les Français. Mais voilà le roi entouré d'adversaires ! Une ardente invocation procure à Jeanne le pouvoir de rompre ses lourdes chaînes; elle vole au secours des siens. Du haut de la tour, on la voit dégager son roi et ramener la victoire du côté des Français. C'est au prix de sa vie. Elle meurt glorieusement sur le champ de bataille, dans une dernière vision, où la Vierge l'accueille avec un sourire. Et, sur un signe du roi, tous les drapeaux sont doucement déposés sur son beau corps refroidi.
Certes, nous ne saurions reconnaître notre Jeanne dans celle du poète allemand. Il en a pris trop à son aise avec la vérité historique. Son drame, néanmoins, passera, sans doute, à
la postérité, car il témoigne du noble idéal de son auteur en des vers tantôt incisifs, et qui se Sfravent comme des sentences dans la mémoire, tantôt si touchants, si vraiment humains, que Fàme en garde une impression profonde.
Un critique éminent, A.-W. Schlegel, disait en ces termes son admiration pour le caractère de Jeanne d'Arc dans l'œuvre de Schiller (1) : « La haute mission dont elle a la conscience, et qui imposele respectàtout ce quil'approche, produit un effet extraordinaire et plein de grandeur. »
Schlegel, l'illustre ami de Mme de Staël, consacra une pièce de vers au supplice de l'héroïne. Dans cette œuvre, il prend violemment Voltaire à partie et semble même demander compte au peuple français tout entier, de l'erreur commise par le philosophe : « Un poète, dit-il, non ! un insulteur de la pieuse voyante, outrage la pure créature; la gloire de l'histoire, en un poème infâme, vous sert de passe-temps répugnant. » Et Schlegel, avec véhémence, traite les Français de « race sans cœur, étrangère à la loyauté et au droit, tantôt oppressive et tantôt esclave, jamais douce, jamais libre » (2). De
(1) Cours de lillérature dramatique, t. III, pp. 309-310. Paris et Genève, Paschoud, 1814.
(2) A.-W. Schlegel, Poetische Werke, t. I, pp. 233-236. (Heidelberg, Mohr et Zimmer, 1811.)
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son côté, Mme de Staël écrivait, dans son livre De V Allemagne : « Les Français seuls ont laissé déshonorer la mémoire de Jeanne : c'est un grand tort de notre nation, que de ne pas résister à la moquerie, quand elle lui est présentée sous des formes piquantes (1). » Schlegel, dit G. Goyau (2), traduisait en invectives la sévère remarque de Mme de Staël; pour réprimer son torrent d'injures, il eût suffi de lui dire, d'un mot, que la France de Voltaire n'est pas toute la France.
L'odyssée littéraire de laPucelle en Allemagne ne s'arrête pas là.
Au lendemain de 1815, un publiciste bavarois, Friedrich Gottlob Wetzel, écrivit une tragédie sur Jeanne d'Arc.
Le baron de la Motte-Fouqué, descendant de réfugiés protestants, pour célébrer l'héroïne se fit traducteur. Il adapta au goût allemand V Histoire de Jeanne d'Arc, de Lebrun desCharmettes.
Mais l'œuvre la plus rigoureusement historique consacrée, au delà du Rhin, au souvenir de notre Jeanne, est celle de Guido Goerres. Joseph Goerres et Guido, son fils, écrivirent un livre, dans lequel « ils prosternaient aux pieds de la
(1) Mme DE Staël, De V Allemagne., édit. Garnier, p. 242.
(2) G. Goyau, Jeanne d'Arc devant Vopinion allemande, pp. 43-44.
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vierge française les hommages de F Allemagne ».
Jeanne d'Ar? est l'envoyée de Dieu pour le salut de la France : voilà la thèse que soutient Joseph Goerres, dans la préface dont il fait précéder le livre de son fils.
« Déjà dans le lointain — nous explique-t-il — se préparait la Réforme, et, plus loin encore, la Révolution; or ni l'une ni l'autre ne devaient trouver l'Angleterre et la France réunies sous un même sceptre, parce que, dans l'état de complet absolutisme qui eût pesé sur le monde européen, elles eussent été étouffées par la force purement matérielle, ou bien, s'étendant victorieusement sur cette partie du monde, elles auraient produit une anarchie effrénée, et, dans l'un et Fautre cas, la dissolution de l'ordre social. C'était en outre la destinée des Français de devenir, entre les mains de Dieu, dans les âges suivants, un fouet et un aiguillon pour les autres peuples, et la France n'eût pu remplir ce rôle providentiel, si elle n'eût pas été délivrée de la domination étrangère et n'eût pas conservé son individualité (1). »
Selon Joseph Goerres, Jeanne appartenait à deux mondes, celui de la terre et celui du ciel ;
(1) GuiDO Goerres, Jeanne d'Arc, traduction Léon Bore,
pp. XI-XII.
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elle était appelée à agir dans Pun comme envoyée de l'autre; à ce titre, elle appartiendrait à tous les peuples, au peuple français par le sang, aux autres par ses nobles actions.
11 s'en fallut de peu que Guido Goerres ne précédât Quicherat dans ses recherches. Montalembert eut Fintention d'aborder ce grand sujet, mais le travail de Guido Goerres lui parut assez important pour l'y faire renoncer, et il l'écrivit au père de l'auteur. Guido séjourna à Orléans, vint à Paris, à la Bibliothèque Nationale, et projetait un nouveau livre sur la Pucelle, plus documenté que le premier, quand il fut rappelé en Allemagne et détourné par d'autres travaux.
Depuis cette époque, une pléiade de savants, d'historiens, d'écrivains de tous rangs se sont mis, au delà du Rhin, à commenter l'épopée de la vierge lorraine.
Par la plume des deux Goerres, le catholicisme allemand avait rendu hommage à la Pucelle; Charles Hase, en 1850, lui apporta Thommage du protestantisme (1). Hase est aussi un admirateur passionné de Jeanne d'Arc. Guido Goerres avait instauré, parmi les catholiques
(1) Heilige and Propheten, Zweiter Teil (3» édition, 1893, Leipzig, Breitkopf etHaertel).
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d'Allemagne, une sorte de culte de Jeanne d'Arc ; Charles Hase, lui, introduisait chez les protestants une sorte de religiosité de Jeanne.
L'historien Reinhold Pauli, en 1860, déclarait que, « pour tous les esprits impartiaux, elle demeurait une énigme » (i).
Un des biographes allemands de Jeanne (2), le professeur Hermann Semmig, osait écrire en 1883 : « En France, hors d'Orléans, la Pucelle n'est pas partout aussi chère au peuple français, qu'elle l'est au peuple allemand (3). »
« L'Allemagne — ■ écrit encore G . Goyau (4) — semble affecter une sorte de coquetterie à l'endroit de la Pucelle; et cette coquetterie, parfois, dans l'expression dont elle se pare, devient presque offensante pour nous. Si la France pouvait être accusée d'oublier Jeanne, l'Allemagne serait là pour la célébrer; si quelque Français diffame Jeanne, l'Allemand surgit comme chevalier. On dirait que l'Allemagne littéraire et savante, toujours éprise de l'antique Velléda, porte quelque envie aux Français. »
Cet intérêt passionné pour notre héroïne
(1) Bilder ans AU-England (Gotha, Perthes, 1860).
(2) Semmig, Die Jungfrau von Orléans und ihre Zeitgenossen. (Leipzig, Unflad, 1885.)
(3) Die Garlenlaube, 1883, n" 18, p. 291.
(4) G. Goyau, Jeanne d'Arc devant l'opinion allemande, pp. 76-77.
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démontre à quel point les Allemands ont le goût de l'idéal. Chez eux, les écrivains de toutes écoles : rationalistes et spiritualistes, physiologistes et mysticfues, ont tourné leurs regards admirateurs vers cette figure si française, qui projette, à travers les siècles, un sillage lumineux.
L'Italie nous olfre, sur le même sujet, la Chronique générale de Venise on Diario^ d'x\ntonio Morosini, récemment traduite et publiée (1).
A. Morosini, noble Vénitien et négociant armateur de réel mérite, a rédigé sous ce titre un (( journal », tenu sans interruption de \!\^!x à l/i3/i, que la Revue hebdomadaire commente en ces termes :
« Observateur prévoyant et avisé, il (Morosini) a su intercaler le texte de vingt-cinq lettres ou groupes de lettres relatant au furet à mesure la suite des actions de la Pucelle. Ainsi se trouve composé, spontanément, le plus sincère des ensembles, la « série » la plus captivante de notions, d'impressions et de sensations, rédigées non seulement de semaine à semaine, mais presque de jour à jour.
(1) Chronique d'ANTONio Morosini. Commentaire et traduction, Ed. G. L.-P. et Léon Dore/,
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« Ces correspondances, pour la plupart, proviennent de Bruges, la grande place commerciale de Flandre, centre de négoce, d'affaires et d'informations. Elles résument elles-mêmes, quelquefois, des lettres de multiples origines, de Bourgogne, de Paris, de Bretagne. D'autres arrivent à Venise, directement d'Avignon, de Marseille, de Gênes, de Milan, du Montferrat. Elles ont pour auteur principal le Vénitien Pancrazio Giustiniani, résidant à Bruges. A côté de lui, se décèle Giovanni de Molino, fixé à Avignon.
« En très peu de jours, dès le lo mai peut-être, avec une rapidité vraiment surprenante, parvenait d'Orléans jusqu'en Flandre la nouvelle du combat des Tourelles, livré le 7, avec la prévision de la rupture immédiate du siège. Par le courrier ordinaire, la « valise » qui voyage entre Bruges et la cité des Doges, Pancrazio Giustiniani, presque immédiatement l'expédie à Venise, à son père. Ce jour même, le 18 juin, Antonio Morosini transcrit la lettre, la préserve et la sauve.
« Depuis, à intervalles plus ou moins proches, il enregistre, copie ou résume de continuelles missives. La retraite des Anglais, Patay, le sacre, la marche sur Paris, sont annoncés, observés, transmis, avec le reflet de la stupéfaction et de l'enthousiasme suscités par ces incompréhensibles réalités. Même après l'affreux retour sur la Loire, après le désastre de Compiègne, les sympathies continuent. Il court des bruits d'invasion et de renti'ée en campagne.
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Jusqu'au deuil de Rouen, le drame est suivi avec une émotion qui ne se dément pas (i). »
Par cette étude rapide, on peut voir comment Jeanne, partout glorifiée au dehors, même par ses ennemis d'antan, n'a rencontré des détracteurs que dans le pays fait, par elle, libre et victorieux. Le culte dont elle est l'objet à l'étranger n'est-il pas de nature à frapper ses contempteurs, eux qui se disent animés de sentiments internationalistes ? C'est en France seulement que Jeanne a été dénigrée par des écrivains de mérite peut-être, mais incapables de la comprendre, parce qu'en elle l'humain et le divin se fondent et s'harmonisent en une idéale figure qui nous surpasse tous.
Sa vie est comme un reflet de celle du Christ. Comme lui, elle est née parmi les humbles; comme lui, elle a subi l'injustice et la cruauté des hommes. Morte jeune, sa courte et douloureuse existence s'illumine, ainsi que la sienne, des rayons du monde invisible. Il s'y ajoute même un élément de poésie de plus : c'est qu'elle était femme et, parmi les femmes, une des plus
(1) G. Lefèvke-Pontalis, Jeanne d'Arc et ses contemporains, Revue hebdomadaire^ 17 avril 1909, p. 313.
sensibles et des plus tendres. Chose singidière et touchante, cette guerrière a le don de pacifier et d'unir. Elle attire tout à elle. Les Anglais, qui l'immolèrent, sont aujourd'hui ses plus chauds partisans; en France même, pour tous ceux dont Pâme n'est pas desséchée par le vent du scepticisme, les divergences de vue en ce qui la concerne, s'estompent et s'évanouissent dans une commune vénération.
Nous parlons des âmes desséchées. Le nombre en est grand chez nous. Depuis un siècle, le scepticisme a fait son œuvre. Il tend de plus en plus à appauvrir les sources de la vie et de la pensée. Loin d'être une force, une qualité, c'est plutôt une maladie de l'esprit. Il détruit, annihile la confiance que nous devons avoir en nous-mêmes, en nos ressources cachées, la confiance aux possibilités de nous développer, de grandir, de nous élever, par un effort continu, sur les plans magnifiques de l'univers, la confiance en cette loi suprême qui attire l'être du fond des abîmes de vie, et ouvre à son initiative, à son essor, les perspectives infinies du temps et le vaste théâtre des mondes.
Le scepticisme détend peu à peu les ressorts de Tâme, amollit les caractères, éteint l'action féconde et créatrice. Puissant pour détruire, il n'a jamais rien enfanté de grand. En s'accrois-
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sant, il peut devenir un fléau, une cause de décadence et de mort pour un peuple.
Le criticisme est un produit de l'esprit sceptique de notre temps. Il a accompli un lent travail de désagrégation; il a réduit en poussière tout ce qui faisait la force et la grandeur de l'esprit humain. La littérature est son principal moyen d'influence. En ce domaine, Renan a été un créateur et comme le modèle du genre. Anatole France est actuellement le représentant le plus illustre de cette école, qui recrute chaque jour, parmi notre jeunesse, de nombreux partisans. La nouvelle génération se laisse séduire par la forme élégante du langage et la magie de l'expression chez ses devanciers, et aussi par cette considération morbide, qu'il est plus facile de critiquer, de railler, que d'étudier à fond un sujet et de conclure logiquement. On renonce ainsi peu à peu à toute conviction, à toute foi élevée, pour se complaire en une sorte de dilettantisme vague et stérile. Il est de bon ton de poser pour des désabusés, de considérer l'effort comme vain, la vérité comme inaccessible, d'écarter toute besogne pénible, en se contentant de comparer les opinions et les idées, pour les traiter par l'ironie et les tourner en dérision.
La méthode est aussi indigente que funeste, car elle débilite l'intelligence et le jugement.
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Il en résulte, à la longue, un amoindrissement sensible des qualités viriles de notre race, une insouciance des grands devoirs de l'existence, une méconnaissance du but de la vie, qui gagnent de proche en proche, pénètrent jusqu'au cœur du peuple, et tendent à tarir les sources de l'énergie nationale.
Les progrès du scepticisme s'expliquent en ce sens que, chez nous, les formes de la foi ne répondent plus aux exigences de l'esprit moderne et de la loi d'évolution. La religion est dépourvue des bases rationnelles sur lesquelles peut s'édifier une conviction forte. Le spiritualisme expérimental vient combler cette lacune, et offrir à l'âme contemporaine un terrain d'observation, un ensemble de preuves et de faits, qui constitue un ferme appui pour les croyances de l'avenir.
Gomme aux temps de Jeanne et du Christ, le souffle de l'invisible passe sur le monde. Il va ranimer les courages défaillants, réveiller les âmes qui semblaient mortes. Il ne faut jamais désespérer de l'avenir de notre race. Le germe de la résurrection est en nous, dans nos esprits, dans nos cœurs. La foi éclairée, la confiance et l'amour sont les leviers de l'âme ; quand ils l'inspirent, la soutiennent, l'emportent, il n'est pas de sommet qu'elle ne puisse atteindre !
De la vie de Jeanne d'Arc, trois grands enseignements se dégagent en traits de lumière. Les voici :
L'humanité, dans ses heures de crise et d'épreuve, n'est pas abandonnée à elle-même ; mais, d^en haut, des secours, des forces, des inspirations viennent la soutenir et la guider dans sa marche. Quand le mal triomphe, quand l'adversité s'acharne sur un peuple, Dieu intervient par ses messagers. La vie de Jeanne est une des manifestations les plus éclatantes de la Providence dans l'histoire.
Une communion puissante relie tous les plans de la vie, visibles ou invisibles. Pour les âmes sensibles et évoluées, chez qui les sens intérieurs, les facultés psychiques, sont suffisamment développés, cette communion s'établit dès ce monde, au sein de la vie terrestre. Elle est d'autant plus étroite et féconde
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que ces âmes sont plus pures, détachées des influences inférieures, mieux préparées aux missions qui leur incombent. Tels sont la plupart des médiums. Parmi eux, Jeanne d'Arc fut un des plus grands.
Cette communion des vivants et des morts, des habitants de la terre et de ceux de l'espace, chacun de nous est appelé à y participer dans l'avenir, par l'évolution psychique et le perfectionnement moral, jusqu'à ce que les deux humanités, terrestre et céleste, ne forment plus qu'une seule et immense famille, unie dans la pensée de Dieu.
Dès maintenant, des liens subsistent entre les hommes et les disparus. Toutes les âmes qui se sont rencontrées sur la terre sont reliées par des fils mystérieux. Le présent est solidaire du passé et de Tavenir, et la destinée des êtres se déroule en spirale ascendante^ depuis notre humble planète jusqu'aux profondeurs du ciel étoile.
De là, de ces hauteurs, descendent les messies, les messagers providentiels. Leur apparition parmi nous constitue toute une révélation. En les étudiant, en apprenant à les connaître, nous soulevons un coin du voile qui nous cache les mondes supérieurs et divins auxquels ils api)artiennent, mondes que les hommes
Soupçonnent à peine, écrasés qu'ils sont, pour la plupart, sous la lourde chrysalide matérielle.
Aux grandes dates de l'histoire, Dieu offre de telles vies en exemples et en leçons à l'humanité. C'est vers ces figures de héros et de martyrs, que doivent se tourner les regards de ceux qui doutent, de ceux qui souffrent. Parmi elles, il n'en est pas de plus suave que celle de Jeanne d'Arc. Ses actes, ses paroles, sont à la fois ingénus et sublimes. Cette existence si courte, mais si merveilleuse, est un des plus beaux dons que Dieu ait faits à la France, et ce sera une des gloires du dix-neuvième siècle, parmi tant d'erreurs et de fautes, que d'avoir remis en lumière ce noble profil de vierge. Aucune nation ne possède dans ses annales un fait comparable à cette vie. Ainsi que l'a écrit Etienne Pasquier, elle est bien « un vrai prodige de la main de Dieu ».
Son action dans le passé a été le signal d'une rénovation nationale ; dans le présent, elle est le signal d'une rénovation religieuse, différente de celles qui l'ont précédée, mais s'adaptant mieux encore aux nécessités de notre évolution. Quand nous disons religieuse, il serait plus exact de dire scientifique et philosophique. Toujours est-il que les croyances de l'humanité vont être renouvelées. Le senti-
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ment religieux périra-t-il pour cela? Non, sans doute ; il se transformera seulement, pour revêtir des aspects nouveaux. La foi ne peut s'éteindre au cœur de l'homme. Elle ne disparaît un instant que pour faire place à une foi plus haute. Ne faut-il pas que notre soleil passe sous l'horizon, pour que les soleils de la nuit s'allument, et que l'immensité étoilée se révèle à nos yeux? Quand le jour s'évanouit, il semble que l'univers se voile et que la vie va prendre fin. Et cependant, sans l'extinction de la lumière diurne, pourrions-nous voir le fourmillement des astres au fond des cieux ? lien est de même des formes actuelles de la religion et de la croyance. Elles ne meurent en apparence que pour renaître plus amples et plus belles. L'action de Jeanne et des grandes âmes de l'espace prépare cette renaissance, à laquelle, de notre côté et sur le plan terrestre, nous travaillons sans relâche, depuis longtemps, sous Tégide de la glorieuse inspirée, dont les conseils et les instructions ne nous ont pas manqué.
Aussi est-ce avec un sentiment d'ardente sympathie pour elle, de tendre vénération et de vive reconnaissance, que j'ai écrit ce livre. Il a été conçu en des heures de recueillement, loin des agitations de ce monde. A mesure que
se précipite le cours de ma vie, l'aspect des choses se fait plus triste et Tombre s'épaissit autour de moi. Mais un rayon venu d'en haut illumine tout mon être, et ce rayon émane de l'esprit de Jeanne. C'est lui qui m'a éclairé, guidé dans ma tâche.
Depuis un demi-siècle, on a beaucoup écrit, disserté, discuté au sujet de la Vierge lorraine. Des polémiques violentes, des manifestations tapageuses se sont produites en divers sens ; on a presque livré bataille en son nom. Au milieu de ces contradictions, de ces luttes, qu'elle suivait d'un regard attristé, elle a voulu faire entendre sa voix. Elle a daigné se communiquer à nous, comme à un serviteur dévoué de la cause qu'elle protège aujourd'hui. Ces pages sont l'expression fidèle de sa pensée, de ses vues. C'est à ce titre, qu'en toute humilité personnelle, je les présente à ceux qui, en ce monde, honorent Jeanne et aiment la France.