‹ La vérité sur Jeanne d'ArcChapitre 23 sur 24 · JEANNE DARG AU VINGTIÈME SIÈCLE · texte numérisé non relu

JEANNE DARG AU VINGTIÈME SIÈCLE

rabaisser une des plus pures gloires de notre nation.

Toute une catégorie d'écrivains libres penseurs s'est ruée sur le renom de Jeanne. La franc-maçonnerie elle-même, cette association puissante qui, pendant des siècles, fut l'asile de toutes les idées généreuses, le refuge et le soutien de ceux qui luttaient pour la liberté contre l'oppression, aveuglée maintenant par son matérialisme doctrinal, s'est abaissée jusqu'à prendre l'initiative d'un mouvement contre la grande inspirée. L'institution d'une fête de Jeanne d'Arc fit probablement craindre aux grands maîtres de la Maçonnerie française, que la glorification de l'épopée de Jeanne provoquât un réveil de l'idéal religieux.

Quel que soit le mobile auquel ils aient obéi, voici la circulaire que le président de la Loge « Clémente amitié » adressa aux députés francsmaçons du Parlement, le jour où la discussion sur rinstitution de la fête de Jeanne d'Arc devait venir à la Chambre :

« La Chambre est aujourd'hui saisie d'un rapport sentimental appuyé sur des pétitions de femmes, colportées par les curés. Le projet de loi pour une fête de Jeanne d'Arc porte de nombreuses signatures de membres du Parlement, aveugles ou complices de la réaction cléricale. Les aveugles, adressez-vous

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à eux, TT.-.CG/.FF.*., et relevez leurs paupières; les complices, complices du Pape et des Jésuites, c'est notre affaire; nous les connaîtrons et nous ne les oublierons pas; mais nous vous supplions, TT.'.CG.-.FF.'. républicains, sans compromissions sordides, d'empêcher l'institution de la fête de Jeanne d'Arc. »

Cette injonction produisit son effet, et la mise à l'ordre du jour fut définitivement repoussée en 1898.

Ont-ils obéi au même mot d'ordre, ce directeur d'un journal parisien et ce professeur de l'Université, qui se sont acquis une notoriété spéciale en dénaturant l'œuvre de Jeanne ? ou bien ont-ils simplement cédé à ce besoin malsain d'abaisser toute supériorité, qui est le propre de certains esprits ? On ne sait ; mais on ne peut que déplorer l'attitude de ces deux hommes, que leur culture intellectuelle eût dû préserver d'une telle déchéance.

Lisons ce qu'écrit M. Bérenger, directeur du journal r Action, sur la grande âme dont nous venons d'étudier la vie :

« Maladive, hystérique, ignorante, Jeanne d'Arc, même brûlée par les prêtres et trahie par son roi, ne mérite pas nos sympathies. Aucun des idéaux, aucun des sentiments qu'inspire l'humanité d'aujourd'hui n'a guidé l'hallucinée mystique de Domremy.

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En soutenant un Valois contre un Plantagenet, que fit-elle d'héroïque ou même de louable ? Elle contribua, plus que tout autre, à créer, entre la France et l'Angleterre, le misérable antagonisme dont nous avons peine à nous libérer six siècles après. Puisque les calottes prétendent imposer son fétichisme à la République, nous saurons répondre à cette provocation comme il convient. Cette vierge stérile n'aima que la religion et l'armée, l'huile sainte et l'arquebuse. Son bûcher final nous la fait plaindre, non l'admirer. Donc, à bas, le culte de Jeanne d'Arc ! A bas, la légende empucelée ! A bas, toute hystérie contre nature et contre raison, qui paralyse l'humanité au profit d'une dynastie I »

Que dire de cet amas dinsanités, où presque chaque mot est un outrage, chaque pensée un défi à riiistoire et au bon sens ?

Et M. Thalamas, ce professeur d'un lycée de Paris, cherchant, par ses cours à des enfants de quinze ans, à faire pénétrer dans ces jeunes cerveaux des doutes sur le véritable caractère de la Pucelle ! A quelle source a-t-il puisé sa prétendue érudition ?

Jaurès, le grand orateur socialiste, qui, le l^*" décembre 1904, prit, à la Chambre des députés, la défense de ce singulier professeur d'histoire, fut plus habile. Il sauva son client des mesures disciplinaires qui auraient été

peut-être édictées contre lui, en puisant dans ses souvenirs de l'École, les éléments d'une sorte de panégyrique de la grande calomniée. Dans son discours, Jeanne n'est plus l'hallucinée, dépeinte à ses élèves par le professeur du Lycée Gondorcet ; l'orateur est bien obligé de lui concéder une « merveilleuse hauteur d'inspiration morale » ; puis il atténue cette appréciation, trop spiritualiste sans doute, par une louange excessive de « sa merveilleuse finesse et subtilité d'esprit», ce par quoi elle se rattache « au vieux fond gaulois de notre race ». Dans ses articles de journaux, conférences et brochure, M. Thalamas semble aussi étranger au patriotisme et aux nobles sentiments dont l'histoire de la Pucelle est tissée, qu'aux notions psychiques et aux connaissances militaires qu'il est nécessaire de posséder, pour la bien comprendre et surtout pour la décrire. En parcourant son opuscule : Jeanne d'Arc^ Vhisloire et la légende^ on est tout d'abord surpris de voir avec quelle légèreté il fait la leçon à des historiens tels que Michelet, H. Martin, etc., qui ont lu les textes, les ont compris et les ont interprétés logiquement à leur point de vue psychologique, patriotique et humain, dans un beau langage. Tout en rendant justice çà et là à la « splendide conviction » et même à « l'héroïsme »

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de la Pucelle, sous sa plume, la physionomie de la Vierge lorraine s'estompe, s'efface ; sa mémoire pâlit, son rôle se restreint. Elle devient un personnage de deuxième ou troisième plan.

Parfois, sa tactique consiste à comparer, à opposer à Jeanne d'Arc d'autres voyantes : Catherine de La Rochelle et Perrinaïc la Bretonne. Or, on chercherait vainement dans l'existence de ces pauvres femmes un fait, un acte, une parole comparables à ceux qu'on trouve en abondance dans la vie de Jeanne. Il y a là un parti pris évident, un désir d'amoindrir l'héroïne.

Dans ses conférences à travers la France, M. Thalamas émettait l'opinion que les Orléanais assiégés pouvaient se tirer seuls d'affaire; dans sa brochure, il est d'un tout autre avis. La prise d'Orléans, dit-il (p. 3/i), dans un délai plus ou moins rapproché, malgré la mauvaise direction du siège, n'en était pas moins fatale.

Les Parisiens, en 1870, pouvaient aussi chasser les Allemands ; ni les hommes, ni l'argent, ni le courage ne leur manquaient : on l'a bien vu par la durée de leur résistance ; c'est un chef possédant la foi communicative et les talents militaires nécessaires, qui leur a fait défaut. Ce chef-là, Orléans le trouva et, par lui, fut sauvé !

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Parmi les écrivains contempteurs de Jeanne d'Arc, M. Anatole France s'est fait une place considérable par la publication, en 1908, de deux gros volumes in-8. Mais son œuvre, si importante en apparence par l'étendue et la documentation, perd beaucoup de sa valeur dès qu'on la soumet à une analyse attentive. Ce qui domine en elle, c'est l'ironie perfide et les subtiles moqueries. On n'y trouve pas de brutalités à la manière des Bérenger et autres critiques. L'habile académicien procède par voie d'insinuation. Tout concourt, dans ces pages, à rapetisser l'héroïne et, souvent, à la rendre ridicule.

Si, en certains cas, il consent à lui rendre justice, la plupart du temps, il la ravale au dernier rang et lui attribue le rôle d'une fille imbécile. Ainsi, lorsque Loyseleur vient l'entretenir^ nombre de fois, dans sa prison, tantôt sous le costume d'un cordonnier, tantôt sous un vêtement ecclésiastique, elle ne s'aperçoit pas qu'elle a affaire à une seule et même personne.

Le premier volume de M. France était remarq^uable comme style et coordination d'idées. On y retrouvait le subtil lettré. Le second fut incohérent, d'un style relâché, rempli d'anecdotes plaisantes ou tragiques, de faits curieux, par-

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fois étrangers au sujet. Ces récits en rendent cependant la lecture amusante, et en ont assuré le succès. Mais c'est en vain, que dans toute l'œuvre on chercherait un sentiment élevé et quelque grandeur. Ces qualités sont inconnues à Fauteur. Et que d'erreurs volontaires!

Ces erreurs. M. Achille Luchaire, professeur à la Sorbonne, Tun des maîtres incontestés des études sur le moyen âge, a été un des premiers à les signaler. En voici un exemple. Le chevalier Robert de Baudricourt est, pour M. Anatole France, un homme « simple et jovial ». Et, à Pappui de cette affirmation, il cite {Procès, t. III, p. 86) une page où il n'est nullement question de ce personnage (Luchaire, Grande Revue, 25 mars 1908, p. 231, note). M. France prête au même Baudricourt cette opinion « que Jeanne ferait une belle ribaude, et que ce serait un friand morceau pour les gens d'armes ». « Mais le Procès (t. III, p. 85), auquel M. France se reporte à ce sujet, dit ^î. Luchaire, ne parle que de l'entrevue de Chinon et du siège d'Orléans, et nullement du capitaine de Yaucouleurs. » {Grande Revue, 25 mars 1908, p. 230, note) (1).

M. Luchaire donne d'autres exemples. Des

(1) Voir Revue hebdomadaire, 4 juillet 1908.

constatations identiques sont faites par M. Salomon Reinacii dans la Revue critique. M. France ccrit : « Elle entendit la voix qui lui disait : Le voilà! » En note, renvoi à Procès (t. II, p. Zi56), où on ne trouve rien de tel [Revue cri^ tique, 19 mars 1908, p. 214). De même M. Andrew Lang, dans la Fortnightly Review. A propos de prétendues prophéties que les prêtres auraient révélées à quelques dévots, et parmi eux à Jeanne d'Arc, M. Lang fait observer : « A l'appui de son dire, M. France cite un passage du procès qui prouve exactement le contraire de ce qu'il vient d'avancer. » Ailleurs, il s'agit des voyages que Jeanne aurait faits à Toul, pour y paraître devant le tribunal de Pofficial, sous l'inculpation d'avoir rompu une promesse de mariage, et M. Lang objecte : « A Fappui de ses dires, M. France cite trois pages du Procès (t. I et II). L'une des trois (t. II, p. M6) n'existe pas, les deux autres ne confirment en rien ce qu'il avance, et l'une des pages suivantes le contredit. »

Dans un article bibliographique publié par la Revue hebdomadaire (1), M. Funck-Brentano fait ressortir avec justesse ces graves imperfections de l'œuvre de M. France:

(1) Revue hebdomadaire, 4 juillet 1908.

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« Les inexactitudes y reviennent sans cesse. Elles surprennent de la part d'un écrivain qui, au cours de sa préface, se montre si sévère à ses devanciers ; mais, après tout, il n'y a là que péché véniel, encore qu'il se répèle souvent. On devient plus perplexe sur la valeur historique de l'œuvre de France, quand on trouve aux textes une portée toute différente de celle qu'il leur attribue. Qu'un historien force sa pensée dans la direction d'idées préconçues, c'est regrettable ; mais que dire s'il y incline arbitrairement les documents eux-mêmes ?

« Les différents critiques, qui se sont occupés jusqu'à ce jour de l'œuvre retentissante de M. France, de cette Vie de Jeanne tfAi^c qui fit tant de bruit avant même que de paraître, ont été surpris de constater, en maints endroits, à propos des textes auxquels renvoyait l'auteur comme fondement de son récit ou de ses opinions, que, non seulement ces textes étaient reproduits ou commentés inexactement, mais qu'ils ne contenaient rien qui concernât de près ni de loin ce que M. France leur faisait dire.

« Le sens commun, dit M. France, est rarement le sens du juste et du vrai (t. I, p. 827). Aussi le sens commun a-t-il été exclus de son livre avec un soin parfait. En son lieu et place, pour l'agrément du lecteur, des histoires pittoresques et inattendues, T. I, p. 532, il s'agit du don, attribué à nos anciens rois, de guérir les écrouelles. Notre séduisant historien constate que, dans la vieille France, les vierges

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avaient le même don, à condition qu'elles fussent toutes nues et qu'elles invoquassent Apollon. Voilà, du moins, qui est imprévu! La citation renvoie à Leber (Des Cérémonies du sacre). M. Salomon Reinach Ta vérifiée : il s'agit d'un emprunt fait par un clerc à Pline, lequel vivait au premier siècle! »

Au cours du même article, M. Funck-Brentano cite encore Topinion d'Andrew Lang, auteur d'un ouvrage estimé sur Jeanne d'Arc, publié en langue anglaise :

« M. Lang signale l'éternel et déplaisant ricanement dont M. France accable littéralement ses lecteurs. Le mot « ricanement » est sans doute un peu dur. M. France ne ricane pas. C'est le fin sourire d'un aimable ironiste. Mais l'ironie n'est pas de l'histoire. L'ironiste se moque et l'historien doit expliquer. Qu'est-ce que l'histoire? L'explication des faits du passé.

« Mais revenons à M. Lang qui dit : « La première « qualité du véritable historien, c'est l'imagination « sympathique qui, seule, permet de comprendre « l'époque dont il parle, d'en connaître les pensées et « les sentiments, et de revivre en quelque sorte la vie « des hommes d'autrefois. M. Anatole France manque « de ce don essentiel à un degré tout à fait surpre- (( nant. »

« M. France est un admirable sophiste — à prendre ce mot dans son vrai sens. »

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Enfin M. Funck-Brentano commente un article du critique allemand, Max Nordau, sur la Jeanne d'Arc d'A. France. 11 débutait par ces mots, empruntés à Schiller, à propos de la Pacelle d'Orléans : « Le monde aime à ternir ce qui brille, il aime à traîner dans la poussière ce qui s'est élevé. » La conclusion de l'article répondait à cette entrée en matière :

« Après le travail d'Anatole France, il nous sera difficile de passer sans haussement d'épaules devant la statue équestre de la Pucelle d'Orléans. Sans brutalité, avec la main habile, douce et caressante d'une soubrette, il l'a dépouillée de sa légende, et voici que, privée de cette riche parure faite de contes et de traditions, Jeanne d'Arc n'inspire plus que de la pitié; il ne peut plus être question pour elle d'admiration, ni même de sympathie. »

Ces lignes font ressortir nettement le caractère perfide et malfaisant de l'œuvre d'un écrivain soi-disant rationaliste, qui, ne comprenant rien aux effets, a néanmoins la prétention d'en indiquer les causes, et ne craint pas de torturer les textes pour fausser l'opinion.

L'œuvre de M. iVnatole France est, à certains points de vue, une lourde erreur et une mauvaise action. On pourrait lui appliquer le mot de Mme de Staël, parlant de- la Pacelle de Voltaire : « C'est un crime de lèse-nation ! »

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A ces diatribes, nous allons opposer l'opinion de contemporains illustres, qui ne se sont pas laissé aveugler par la haine politique.

Vers la fin du dernier siècle, un journaliste, Ivan de Wœstyne, ayant eu l'idée de demander aux membres de l'Académie française leur sentiment sur Jeanne d'Arc, recueillit un ensemble de témoignages constituant le plus magnifique éloge de l'inspirée (1). Ces représentants les plus raffinés du talent et de l'esprit en notre pays, tinrent à honneur de déposer aux pieds de l'héroïne le tribut de leur admiration et de leur reconnaissance.

Pasteur écrivait :

« La grandeur des actions humaines se mesure à l'inspiration qui les fait naître ; la vie de Jeanne d'Arc en est la preuve sublime. »

Gaston Boissier s'écriait à son tour :

« Nous la reconnaissons ; elle est bien de notre race et de notre sang: Française par les qualités de son esprit autant que par son amour pour la France. »

Mézières, un Lorrain, lui consacre les vers suivants :

(1) Voir le supplément du Figaro du 13 août 1887.

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« Si tu ressuscitais, ô ma bonne Lorraine,

Tu conduirais au feu par les monts, par la plaine,

Nos jeunes bataillons vengeurs de leurs aînés. »

Léon Say ajoutait :

« Quand la patrie est malheureuse, il reste aux Français une consolation. Ils se souviennent qu'il est né une Jeanne d'Arc et que l'histoire se recommence. »

Enfin, Alexandre Dumas fils exprimait dans une brève formule les sentiments du pays tout entier :

« Je crois qu'en France tout le monde pense de Jeanne d'Arc ce que j'en pense moi-même. Je l'admire, je la regrette et je l'espère I »

Beaucoup d'autres penseurs et hommes politiques s'associèrent à cette manifestation. Dans un discours prononcé au Cirque américain, Gambetta s'écriait (1) :

« Il faut en finir avec les querelles historiques, On doit passionnément admirer la figure de la Lorraine qui apparut au quinzième siècle, pour abaisser l'étranger et pour nous redonner la patrie. »

De son côté, Jules Favre prononça à Anvers un panégyrique de Jeanne d'iVrc, qui se terminait ainsi:

(1) Voir J. Fabre, Procès de réhabilitalidn, t. II. La fête nationale de Jeanne d'Arc.

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« Jeanne, Pucelle d'Orléans, c'est la France! la France bien-aimée, à laquelle on se doit dévouer d'autant plus qu'elle est malheureuse; c'est plus encore, c'est le devoir, c'est le sacrifice, c'est l'héroïsme de la vertu ! Les siècles reconnaissants n'auront jamais assez de bénédictions pour elle. Heureux si son exemple peut relever les âmes, les passionner pour le bien et répandre, sur la patrie entière, les germes féconds des nobles inspirations et des dévouements désintéressés ! »

Avant Jules Favre, Eugène Pelletan avait admiré dans Jeanne la patronne de la démocratie. II disait aussi (1) :

« O noble fille ! tu devais payer de ton sang la plus sublime gloire qui ait sacré une tête humaine. Ton martyre devait diviniser encore plus ta mission. Tu as été la plus grande femme qui ait marché sur cette terre des vivants. Tu es maintenant la plus pure étoile qui brille à l'horizon de l'histoire. »

Francisque Sarcey s'inscrivait sur les listes de l'évêque de Verdun et déclarait :

« saluer de tout son patriotisme le jour où toutes les églises du pays s'ouvriront à la fois pour célébrer les louanges de Jeanne, et lui réserveront une chapelle que les femmes viendront parer de fleurs. »

Cette déclaration nous ramène dans le camp

(1) Voir J. Fabre, Procès de réhabilitation, t. II. La fête nationale de Jeanne d'Arc.

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adverse, le camp de ceux qui pensent avoir racheté le passé, en érigeant sur leurs autels la statue de Fhéroïne.

Nous nous sommes suffisamment expliqué à leur endroit pour n'avoir plus à insister. En ses messages reproduits plus haut, Jeanne ellemême s'est prononcée; après sa parole, la nôtre aurait peu d'autorité.

Rappelons seulement certains propos et discours, qui jurent singulièrement avec l'affirmation des écrivains et des orateurs de ce parti, que leur culte pour la « sainte nouvelle » est un sentiment noble et sans alliage, une des formes les plus pures de l'amour du pays.

Dans une circonstance solennelle, au milieu d'une assistance nombreuse où figuraient, au premier rang, trois grands dignitaires de l'Eglise, Pévêque de Belley, Mgr Luçon, tenait le langage qu'on va lire. La scène se passe en Vendée à l'érection du monument de Cathelineau. Après avoir fait du mouvement vendéen le panégyrique inévitable en pareil lieu, l'orateur termine par cette adjuration : « Plaise à la divine Providence de consacrer un jour, en la personne de Gathelineau, comme elle l'a fait pour la libératrice de la France au quinzième siècle, un des plus beaux modèles^ de l'héroïsme se dévouant y^ro aris elfocis. »

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Peut-on vraiment concilier Famour de la patrie, avec cette glorification enflammée de la guerre civile en la personne d'un de ses chefs ? Est-ce du patriotisme, cet aveuglement qui confond en un même éloge Théroïque paysanne qui, jadis, chassait l'Anglais de France, et les Vendéens qui l'y introduisaient ?

Il faut noter aussi que le Monde et VUnivers attaquèrent vivement l'institution d'une fête de Jeanne d'Arc par la République, et soutinrent qu'il appartenait aux seuls catholiques et royalistes de célébrer la Pucelle (1).

De nombreuses manifestations politiques se sont produites sur divers points de la France, dans lesquelles le nom de Jeanne devient un trophée, un instrument de combat. Citons un exemple entre tous :

Le Journal du 5 juillet 1909 publie le fait suivant :

Lille, 4 juillet. — Cet après-midi, une réunion royaliste a eu lieu à Lille. Quatre cents personnes y assistaient. Après un exposé du programme royaliste par M. Pierre Lasseyne, professeur révoqué, M. Maurice Pujo a fait une conférence sur Jeanne d'Arc. Il a engagé les royalistes à adopter la conduite

(1) Voir Joseph Fabre, Procès de réhabillîalion, t. II. La fête nationale de Jeanne d'Arc.

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