RÉSUMÉ DES FAITS
Le capitaine Dreyfus a été arrêté à la suite de deux expertises contradictoires. Pendant quinze jours, on l’a laissé ignorer ce dont on l’accusait.
L’instruction a été conduite de la facon la plus arbitraire par le commandant äu Paty de Clam, elle a été continuée par les soins de M. Besson d’Ormescheville. Elle n’a abouti qu’à montrer l’inanité absolue des racontars faits sur le capitaine Dreyfus, et le mensonge des rapports policiers que des témoins ont.
démenti et que l'accnsation n'« pas osé retenan.
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La base de l’accusation reste done wne feuille de papier pelure ou plutôt de papier photographique spécial, —sorte debordereau d'envoi, de Style et d'orthographe bizarres, — déchirée en quatre morceaux et soigneusement recollée.
D'où venait cette pièce ? D’après le rapport de M. Besson d'Ormescheville, le général Gonse, en la remettant à l'officier de police judiciaire, M. du Paty de Clam, déclara qu’elle avait été adressée à une puissance étrangère, qu’elle Jui était parvenue, mais que, d’après les ordres formels du ministère de la guerre. il ne pouvait indiquer par quels moyens ce document était tombé en sa possession.
L’'accusation ne sait donc pas comment ce document non daté, non signé, est parti des mains de l’inculpé. La défense ignore par quelles voies il est revenu de l'ambassade qui le possédait. À qui la lettre était-elle adressée? Qui l'a volée ou livrée? A toutes ces questions, pas de réponse.
A-t-on trouvé, pendant les deux mois d’enquête, que le capitaine Dreyfus ait eu des relations suspectes? Non. Cependant, l’étrange missive dit : « Sans nouvelles n'indiquant que vous désirez me voir. » Il voyait donc le correspondant mystérieux? On a scruté sa vie, suivi tous ses pas, examiné toutes ses actions,
on n'a pu ciler aucune fréquentation CoMmpro: mettante. Les perquisitions faites à son domicile n’ont donné aucun résultat. On a fouillé sa correspondance, M. du Paty a exigé de Mme Dreyfus les lettres que durant ses fiançailles elle avait reçues du capitaine. Cet examen n’a rien appcrté à l'accusation. Jamais elle n'a pu produire un fait, allèguer une charge pouvant faire supposer qu le capitaine Dreyfus ail eu desrelations quelconques avec un agent étranger, même pour le service de l’étatmajor.
Les dépositions des témoins cités à l’audience n’ont aucune importance, elles ne contiennent que des appréciations personnelles sur le caractère du capitaine Dreyfus ; les uns disent qu'il est bavard et vantard, les autres le représentent comme renfermé et orgueilleux. Donne-t-on un mobile à un acte aussi odieux ? Quelles raïsons ont pu pousser le capitaine Dreyfus à com-= mettre la trahison dont on l’accuse ? L’accusation se fait là-dessus.
Elait-il besogneux? Non, il était riche.
Avait-il des passions et des vices à satisfaire? Aucun. Etait-il avare ? Non, il vivait largement et n'a pas augmenté sa fortune. Est-ce un malade, un impulsif susceptible d'agir sans raison? Non, c'est un calme, un pondéré, un être de
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courage et d'énergie. Quels puissants motifs cet heureux avait-il pour risquer tout ce bonheur ? Aucun,
À cet homme que rien ne pousse au mal, que rien n'accuse, que l'enquête établit probe, travailleur, de vie régulière et honnéte; à cet homme on montre un papier mystérieux, louche de provenance obscure. On lui dit: « C’est toi qui as écrit ceci. Trois experts, dont un est désormais suspect, l'attestent et deux le nient. » Get homme, s’appuyantsur sa vie passée, affirme qu’il n’a pas commis pareil acte, il proteste de son innocence; on reconnait l’'honorabililé de son eæistence et, sur le témoignage contradictoire de cesexperts en écriture, on le condamne à la déportation perpétuelle !