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ne conteste pas mon affirmation, maïs il faut cependant que je la précise. Je vais le faire. La
lettre révélée pour Ia premiére fois malgré le double huis clos, si je puis
dire, par l’Eclair, est arrivée au ministère de la guerre par l'intermédiaire du ministre des affaires étrangères, huit moîs environ avant l'affaire Dreyfus, et non vers le 20 septembre 4894. Il est si vrai qu'elle ne contenait pas le nom de Dreyfus, qu’on s’appliqua pendant quelques temps à filer et à surveiller un malheureux garçon de bureau du ministère de la guerre dont le nom commençait par un B. Cette fiature fut rapidement abandonnée, ainsi qu’une ou deux autres, postérieurement entreprises, puislalettre futoubliée. Aucun soupeonne se portasur Dreyfus (nouvelle preuvequ'onne se méfiait pas de lui dès l’origine) et on ne songea à cette missive. qu'après la saisie du bordereau et son atéribution au capitaine Dreyfus. Le récit de l’Eclair (15 septembre 1896) n’est donc pas exact. Faut-il maintenant examiner la vraisemblance de cette lettre? Supposons qu’une puissance étrangère soit assez heureuse pour s'attacher un officier de l’état-majoret que cet officier lui livre les pièces les plus confidentielles, les documents les plus importants. Il sera pour
ar
Cetté puissance d’un prix inestimable, elle fera tout pour se l’attacher, et prendra, de concert avec lui, toutes les précautions nécessaires pour qu'il ne puisse être soupçonné. N'est-il pas évident qu’en premier lieu elle lui demanderade ne jamais écrire,el surtout de ne pas lui remettre de bordereau commercial concernant les notes qu'il fournit. Geci est pour les garanties dont cet officier doit s’entourer. D'autre part, cette puissance étrangère se fera un devoir, commandé par la plus élémentaire prudence, de ne pas compromettre elle-même,par d'inutiles confidences,un homme si précieux, et elle se gardera bien plus encore de confier à une lettre qui peut s’égarer ou ètre saisie, le nom de l'officier susceptible de lui rendre de si grands services. Cette lettre était écrite en langage chiffré fera-t-on remarquer, cela importerait peu, car tout le monde sait que les correspondances diplomatiques sont toujours ouvertes et que tous les chiffres secrets sont connus ou, gràce aux méthodes cryptographiques, déchiffrées avec facilité, mais cette lettre était écrite en langage ordinaire et non en langage chiffré. Cela la rend-il plus vraisemblable ?
N'insistons pas là-dessus. Jusqu'à présent, je le répète, personne n’a démenti l'affirmation de
l'Eclair. Il reste acquis, jusqu’à ce que le gouvernement l'ait nié, que la condamnation du capitaine Dreyfus, que nulle preuve suffisante ne provoquait, a été obtenue en mettant sous les yeux des juges une lettre systématiquement soustraite à l'accusé, systématiquement souwstraile au défenseur. Au cours du procès ls l'ont ignorée ; Us n'ont donc pu la discuter, contester soit son origine, soit l'attribution qu’on faisait d'une iniliale à un homme que rien autre ne désignail. Est-il admissible qu'on puisse condamner quelqu'un en lui refusant les éléments nécessaires à sa défense:
n'est-il pas monstrueux qu’on puisse, hors la salle d'audience, peser sur l’esprit, sur la décision, sur la sentence des juges. Est-il permis à qui que ce soit d'entrer dans la chambre des. délibérés et de dire au magistrat : « Oublie ce que tu viens d'entendre en faveur de l’homme que tu as à juger, nous avons, nous, en main, des pièces que, par raison d'Etat ou de haute politique, nous lui avons cachées el sur lesquelles nous Le demandons le secret.Ces pièces, nous en affirmons l’authenticité, la réalité. » Et un tribunal, là-dessus, a prononcé sa sentence. - Nul de ses membres ne s’est levé et n’a dit : « On nous demande là une chose contraire à toute équité, nous n'y devons pas consentir. »
AUS = 7 PSE CONTENTER
HR ro0 re
Et l’on avait à tel point égaré l’opinion, on lui avait tellement présenté l’homme qu’on avait condamné comme le dernier des misérables, indigne de toute pitié, que l'opinion ne songea pas à s’'émouvoir de la façon dont celui qu'on lui présentait comme le plus odieux destraitres,
avait été condamné. Ceux mêmes dont le patriotisme s'inquiète lorsqu'on touche à un officier oublièrent les procédés employés dans cette circonstance parce qu'on les avait convaincus, au nom de la patrie offensée,de la nécessité du chàtiment,par tous les moyens. $'il n’en eût pas été ainsi, des milliers de voix se seraient élevées — et elles s’élèveront peut-être demain, après que les préventions auront été dissipées — pour protester au nom de la justice. Elles auraient dit : « Si l’on admet de semblables abus de pouvoir, des mesures aussi arbitraires, la li-
berté de chacun est compromise, elle est à la
merci du ministère public, et on enlève à tout citoyen aecusé les garanties les plus élémentaires de la défense. »