AN
dans toute la presse. Qu'elle écarte, si elle le peut, la personnalité du capitaine Dreyfus, mais qu'elle proteste contre un tel mode de procédure, qu’on lui appliquera peut-être demain. Quant à moi, devrais-je être seul, je dirai : Envers cet homme, on «à failli au aroil el manqué «a la justice
J'ai deux mots encore à dire : Je ne parlerai certes pas de ceux qui m'ont accusé de faire l'apologie d’un acte de trahison. Je défends quelqu'un contre cette accusation infamante.
Voilà ma réponse. D’autres m'ont reproché d’insulter le conseil de guerre. Si c’est insulter un tribunal que d'admettre qu'il à pu se tromper, et si on doit éhâtier ceux qui en appellent des sentences de la justice humaine, il faut à jamais se taire devant l'erreur et laisser l’innocent au bagne, même après avoir démontré son innocence. Je n'ai jamais suspecté le conseil de guerre, jamais douté de la sincérité et de la loyauté de ses membres. Je dis qu'ils ont été abusés par des experts, abusés par des affirmations inexactes, trouhlés par la terrible campagne qui fut faite contre l'accusé, etfpar les affirmations que leur chef hiérarchique faisait entendre dans les journaux. Des officiers ne sont ni des juristes, ni des légistes ; on les a
trompés en leur faisant commettre une illéga-
lité, mais ils ne sont pas responsables de cela,
le responsable est celui qui leur a communiqué
le document secret dont j'ai parlé et leur à demandé de juger là dessns un de leur cama-
rade. Jele répète encore : le conseil de guerre
ne peut être suspecté.
J'en viens enfin à une autre objection. On
m'adit: Vous ne contestez pas l'authenticité des documents, vous êtes donc un auxiliaire de l’accusation, Il y à là une confusion. J'ai dit que ces documents existaient, je n'ai pas dit qu'ils fussent authentiques.On me demande de m'expliquer là-dessus, je le veux bien et je déclare que ces documents sont faux, faux
comme les papiers Norton,par exemple.
Jamais l’ambassade d'Allemagne n'a
possédé le bordereau incriminé, et par conséquent les documents que ce bordereau mentionne; jamais attaché militaire allemand à Paris n’a écrit à l’attaché militaire allemand, en Italie, la lettre qu'on a voulu considérer comme la suprême preuve, Document et Lettre sont l’œuvre d’un faussaire, le capitaine Dreyfus est victime d’une machination abominable : il est innocent Gette innocence, j'y crois de toute la force de mon âme, c'est guidé par mon seul amour de la justice et par ma seule conviction que j'ai élevé la voix; j'espère que je n’aurai pas parlé en vain.
UNE ERREUR JUDICIAIRE
SUR
me
Je veux établir que la culpabilité du capitaine Dreyfus n’a jamais été démontrée, j'affirme que les bruits les plus mensongers, les plus contradictoires, les plus propres à égarer les esprits et à créer autour de l’accusé une atmosphère de haine et de soupçon ont été répandus. Je déclare enfin que l’homme qu’on à condamné est innocent.
Cependant, sans de récents événements, je n’eusse sans doute pas pris encore la parole, craignant de violer le mystère dont on a entouré cette affaire, mais d’autres ont déchiré le voile,