‹ La vérité sur l'essai de restauration monarchiqueChapitre 10 sur 17 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

Les événements qui suivirent n'apparlienneni pas à la période que nous avons entrepris de raconter; ils procèdent d'une autre situation, et notre tâche doit s'arrêter ici. Nous ne voulons pas cependant déposer la plume sans rendre hommage à l'habileté, au courage, au patriotisme, qu'au sein des orages qui éclataient tout à coup silr elle, déploya la majorité.

La mauvaise fortune la trouva ferme, unie, vaillante et ne put l'abattre. Ayant à réagir contre l'impopularité qui s'attache aux entreprises avortées ; à résister aux partis surexcités par sa défaite; à défendre le terrain conservateur contre clux qui voulaient l'en chasser ; ayant surtout, à rassurer, à sauvegarder ceux qui l'avaient suivie, soutenue, secondée pendant la crise et qui n'étant pas préparés à l'échec,

en étaient comme affolés, elle fut à la hauteur de toutes les exigences et de tous les devoirs. Le Centre Droit surtout déploya une vigueur et un esprit d'à-propos; qui ne laissaient aucune place aux défaillances. Il y a des retraites qui valent des victoires : cette maxime de l'art militaire, applicable si souvent en politique, se présenta plus d'une fois à notre pensée tandis que nous considérions la remarquable évolution accomplie par le Centre Droit, après le manifeste de Salzbourg. Son attitude, durant ces journées allongées par l'angoisse, nous rappela maintes fois celle des vieux parlements de la monarchie, desquels on a pu dire qu'aux époques les plus troublées, ils avaient su conserver le précieux dépôt des libertés publiques et des droits de la nation. Dans ses négociations avec le comte de Chambord, le Centre Droit s'était tenu inébranlable sur le terrain des garanties constitutionnelles, des principes du droit moderne et de leur symbole tricolore.

Le projet qu'il voulait proposer aux représentants du pays, après Tavoir fait accepter

par le roi, est le programme de gouvernement le plus libéral qui ait été jamais élaboré.

C'était la création d'un régime d'autorité et de liberté, qui aurait permis au pays de travailler en paix à sa réorganisation, entravée jusque là, presque également, par un excès d'autorité et parunexcèsde libellé. Cette autorité et cette liberté^ le Centre Droit espérait la trouver dans une monarchie sagement tempérée. Quand cet idéal lui fut démontré irréalisable, il comprit que la cause conservatrice n'était pas encore perdue^ puisqu'il lui restait l'héroïque soldat en qui cette cause s'était incarnée le 24 mai ; il comprit que proroger les pouvoirs du maréchal de Mac-Mahon, c'était donner à la France la sécurité dont elle est avide ; il comprit enfin que la prorogation des pouvoirs entraînait leur organisation, et c'est à cette tâche qu'il résolut de s'attacher, d'accord en cela avec la Droite, afin de sauver tout à la fois la France et le régime constitutionnel.

Cette résolution, il la prit dans la séance qu'il tint à Versailles lé 4 novembre, et dans laquelle le duc d'Audiffret-Pasquier, employant

l'éloquence imagée dont il sait parer les propositions qu'il présente et les décisions qu'il inspire, s'écria, aux applaudissements de l'assemblée : « Parce que le navire a touché Té - »• cueil, les pirates ont cru qu'ils allaient s'en » emparer, décimer l'équipage et se partager y) la cargaison. Ils se trompaient. L i cargaison » est sauvée ; réquipage''est debout ; le navire w va reprendre la mer ; désormais, il s'appelle : » le Mac-Mahon. »

Cette attitude, cette fierté, l'habileté de cette tactique en imposèrent au pays. Le parti qui parlait ainsi après un échec, n'était point un parti vaincu. Il prouva sa force le 5 novembre, en affirmant sa volonté, son homogénéité, son indestructible union et justifia cette appréciation portée dans le recueil de notes intimes, auquel nous avons emprunté déjà plusieurs extraits : « Le 30 octobre, il n'y a eu, quoiqu'on » dise, ni vainqueurs, ni vaincus. Il y a eu des » négociations rompues. Après la rupture, » chacun des partis a recouvré sa liberté d'ac- » tion, qui n'avait point été ^aliénée. »

Ainsi se résume pour nous la crise dont nous

avons révélé les origines et retracé les péripéties. Elle éclata, non par la volonté de tel ou tel parti, mais parce que rimminence des discussions constitutionnelles la rendait inévitable. Les partisans de la monarchie, majorité dans l'Assemblée, auraient manqué aux devoirs les plus élémentaires, si, après la généreuse démarche du comte de Paris, et, à l'heure où les solutions défînilives tendaient à s'imposer, ils n'avaient tenté de fonder légalement le gouvernement de leurs préférences.

C'eût été une abdication honteuse et irréparable.

Ils étaient non-seulement dans leur droit, mais encore dans leur rôle naturel; et si le pays fut troublé par leur tentative, c'est uniquement parce que les républicains prétendaient, leur contestant ce rôle et ce droit, nier la légalité du succès parlementaire, assuré à leurs efforts, quand le manifeste de Salzbourg vint en détruire l'effet.

Nous ne pensons pas que le parti conservateur sorte affaibli de cette grande crise. Quand ces émotions seront apaisées, quand les factions

coalisées pour combattre la monarchie auront rompu le pacte qui les unissait et se placeront de nouveau devant le pays, dans la sincérité de leur doctrine et dans leur isolement respectif; quand tous les masques seront tombés, quand tous les malentendus funestes seront dissipés,lafaiblessedesunsetlalorce desautres apparaîtront et on s'apercevra que les conservateurs, en affirmant leur vitalité, ont jeté dans Topinion, rendue à elle-même, des racines profondes, à Taide desquelles ils recouvreront toute leur influence. Alors^ justice sera rendue à tous ceux qui ont su remplir leur devoir, et notamment aux princes d'Orléans, que cette crise a démesurément grandis et que nos douloureux mécomptes viennent d'unir étroitement à la fortune de la France. Le pays n'oubliera ni leur abnégation, ni leur patriotisme ; il saura prouver sa confiance et son estime à ceux qui les ont si noblement conquises.

l'IN.

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Introduction i

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