‹ La vérité sur la gymnastiqueChapitre 1 sur 16 · GE QU’ELLE DOIT ÊTRE · texte numérisé non relu

GE QU’ELLE DOIT ÊTRE

AVANT-PROPOS

Bernardin de Saint- Pierre , dans la Chaumière indienne^ dit qu’il faut chercher la vérité avec un cœur simple, qu’on ne la trouve que dans la nature et qu’on ne doit la dire qu’aux gens de bien.

Il faut toujours chercher la vérité avec un cœur simple, c’est-à-dire sans passion.

sans parti pris, avec calme, avec un grand esprit d’observation.

On doit non seulement la faire connaître aux honnêtes gens, mais surtout à tous ceux qui, ayant aussi des yeux et des oreilles, ne veulent ni voir ni entendre, par calcul, par paresse, par envie.

Il faut toujours dire la vérité carrément, quand il s’agit d’un grand intérêt, d’un intérêt général, majeur : La santé publique.

Aujourd’hui que plus que jamais, on pousse tout le monde vers la gymnastique dont on veut faire un puissant moyen de relèvement national, il convient d’examiner, avec tout le soin possible, ce que doit être cet art et ce qu’il ne peut pas être ; car, sur ce point, grandes senties erreurs, grands sont les abus, grands senties dangers, nombreuses sont les lésions par suite de l’ignorance, de l’incapacité, de la négligence d’un trop grand nombre de soi-

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disant professeurs qui, sans aptitudes, sans connaissances spéciales, sans titres ou avec des titres insuffisants, ne se contentent pas d’appliquer la gymnastique aux jeunes gens forts, vigoureux, bien équilibrés, mais qui, malheureusement, ont encore l’audacieuse prétention de traiter les enfants, les jeunes filles, les femmes, les hommes faibles ou malades par des exercices le plus souvent irraisonnés, irrationnels, tout à fait contraires aux principes d’hygiène et de physiologie, et par conséquent éminemment dangereux : — Ce qui n’est pas tolérable dans un pays comme la France, qui a toujours marché à la tête du progrès.

11 est donc nécessaire, en s’appuyant sur les travaux des hygiénistes les plus distingués tels que les docteurs T. Gallard, Yernois, baron Larrey, Bérard, Barthez, Fonssagrives, Collineau, Leblond, Daily, et sur les traités et l’opinion des gymnastes

les plus éclairés tels que MM. Laisné, Sansbœuf, Demeny, Guirnard, Christmann , Pradel, les docteurs Soleirol et Pascaud, de tenir haut et ferme le miroir de la vérité afin que les ignorants, les incapables, les routiniers, les charlatans ne puissent se dérober, qu’ils soient obligés de se reconnaître tels qu’ils sont et forcés ou de se réformer ou de se démettre.

Pour ceux qui l’ont étudiée de près, la gymnastique , telle qu’elle est généralement comprise et pratiquée de nos jours, ne peut être appelée un art, une science ; c’est presque une industrie ordinaire dont le principal but est de faire nu gros chiffre d’affaires : Il y a, en général, trop de machines hizarreSy d' armoires ■mystérieuses, de chinoiseries^ de charlatanisme et de charlatanerie et pas assez de savoir, de capacités, de dévouements sérieux^ d' aptitudes spéciales.

Abandonnée qu’elle est au caprice du

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premier venu, la gymnastique peut être considérée comme une véritable boîte de Pandore d’où peuvent sortir les maux les plus cruels.

Ces quelques pages ont pour objet de faire connaître, sous une forme aussi simple, aussi concise que possible, la réelle situation de cette grosse question, de signaler les abus et les dangers, et surtout d’indiquer les mesures à prendre pour détruire la routine et entrer dans une voie éclairée et sûre.

L’initiative privée fait chaque jour de grands et louables efforts pour réaliser des progrès; des sociétés de gymnastes diplômés, d’amateurs intelligents et sincères sont en route à la recherche de la vérité. Mais si l’on veut arriver vite et sûrement, il est indispensable que l’autorité publique intervienne dans l’affaire.

§ Il

I. Le mot gymnastique vient de l’adjectif grec gumnos qui veut dire nu.

Ce mot, par lui-même, donne déjà l’idée de ce que doit être l’exercice corporel raisonné. — 11 indique suffisamment que toutes les pratiques gymnastiques doivent être simples, naturelles, en conformité des lois de la nature et des dispositions de notre organisme, dégagées de toute gêne, de tout poids inutile. — Aussi les anciens, les Grecs surtout, pour ne pas entraver les mouvements naturels, ne pratiquaient-ils

la gymnastique que dans le plus simple appareil, libres de tout vêtement lourd et gênant.

Il ne faut donc pas que nous, les modernes, nous tournions complètement le dos à cette idée si juste, si vraie. — Il ne faut pas qu’au poids et à la gêne du costume que nous imposent le climat et les convenances, on vienne encore sottement ajouter l’embarras et le grand danger de machines aussi compliquées que mal raisonnées, aussi inutiles que nuisibles. — Nous insisterons particulièrement sur l’abus des mécaniques, cet abus étant une des principales causes des insuccès et du discrédit d’une chose très bonne en ellemême.

II. Rien n'est moins satisfaisant qu’une définition ; car elle dit généralement trop ou pas assez; cependant, on pent définir la gymnastique ainsi: l’exercice raisonné du corps humain dans le but de le rendre plus

12 LA VÉRITÉ SUR LA GYMxVASTIQUE

fort, plus souple, en tenant compte de ses

rapports avec nos facultés intellectuelles et morales.

Ce dernier point est très important à noter; il s’impose à la méditation; car 1 exagération de la force musculaire est incompatible avec un équilibre parfait de 1 esprit et du corps. — Il ne faut pas que 1 intelligence soit engourdie, déprimée j3ar U116 éducctiîOTi physîc^u6 à outvcmcB j ce qui se rencontre très souvent chez les gens de cirque, chez les acrobates. ■ — Interrogez ces individus, il est rare qu’ils puissent vous donner des réponses claires, précises, satisfaisantes. — En dehors de leurs tours de force ou d’adresse, ils sont lourds, obtus, presque nuis.

Comme tous les arts, la gymnastique doit tendre le plus possible à suivre la nature, à la cultiver, à l’améliorer, à l’embellir, mais non à la contrarier, à la heurter, à la léser.

La nature est bonne mère ; livrée à ellemême, elle arrange fréquemment les choses mieux que l’homme, surtout sur le terrain de la gymnastique ; là elle ne devient impuissante que lorsqu’il s’agit de réparer les accrocs causés par les incapables, par les charlatans . Auj ourd’hui trop , beaucoup trop de gymnastes, font fausse route parce qu’ils n’ont pas assez étudié la nature, ses harmonies, ses lois qu’on ne peut violer qu’à sou détriment ou au détriment des autres, parce qu’ils ne connaissent pas assez le corps humain, cette admirable machine, doutles différents organes, principalement les muscles, ne veulent pas être heurtés partiellement, parce que tous ensemble ils concourent à un seul et même but : La vie.

La gymnastique vraie doit être simpile, scientifique^ attrayante.

Simple : elle doit respecter les mouvements naturels. Tous les exercices doi-

V6nt 6trG exécutés dcins le sens vrciiniciit physiologique , facilement , sans grands efforts, sans violence, sans ébranlement et avec le moins d’engins possible, surtout au commencement.

2° La gymnastique doit être scientifique ^ c est-à-dire qu’elle doit procéder d’après certains principes, certaines règles, d après une méthode enfin, et non être abandonnée à la fantaisie, à l’inspiration de pseudo-spécialistes aussi osés qu’inhabiles, aussi suffisants qu’insuffisants.

3° Elle doit être attrayante : l’attrait dépend de bien des, choses ; de la variété des exercices, de leur facilité, de leur grâce, du milieu où ils sont faits, beaucoup de la capacité de l’instructeur et surtout du but à atteindre.

Ludus pro patrial disaient les anciens.

Leurs jeux, leurs récréations, leurs exercices avaient toujours pour objectif la pa-

trie, c’est-à-dire que tout en s amusaut, tout en exerçant leur corps pour lui conserver son harmonie, lui donner de la trempe et de la souplesse, ils étaient dominés par l’idée que ces qualités pouvaient un jour être mises au service de leur pays , pour le défendre en cas d’attaque.

Ils pratiquaient en plein jour, au grand air, variant leurs exercices à l’infini pour • éviter la monotonie et l’ennui , et en fait d’instruments, n’employaient que le disque, la balle ou les armes faciles à manier, comme la lance, le javelot, le glaive. Remplaçons ces armes par le fusil, et imitons les anciens; nous ferons de la bonne et utile besogne.

La culture du corps ^ il faut le dire bien haut , afin que tout le monde 1 entende bien, demande autant de soin, d intelligence , de savoir , de dévouement cque V éducation intellectuelle et morale.

Comme, plus que jamais, on veut faire

de la gymnastique un moyen de régénération nationale^ il est nécessaire, urgent que l’autorité intervienne d’une manière efficace. — Il faut non seulement que les représentants du pouvoir assistent aux concours, encouragent par leur présence le développement d’une chose actuellement très imparfaite, mais il faut surtout qu’ils prennent immédiatement toutes les mesures nécessaires pour faire de la gymnastique un art véritable, une chose vraiment utile, et avant tout , exempte des dangers qu’elle présente aujourd’hui pour la majorité des personnes qui toutes ont droit à la protection du pouvoir régulateur.

En effets il n'est pas tolérable que la gymnastique, qui constitue un moyen de réconfortation et de retrempe, quand elle est éclairée , sage, prudente, soit la cause de maux cruels, faute de savoir, de prudence, de conscience de la part de ces pro-

fesseurs qui , s ils se connaissaient , se feraient ou maçons ou bouchers, ou choisiraient tel autre métier dans lequel la santé et la vie de leurs semldahles ne sont pas directement engagées.

Les mesures à prendre par l’autorité sont simples, d’une exécution facile. — Elles feront l’objet d’un paragraphe spécial.

PiCQUART. Gymnastique.

GYMNASTIQUE d’eNTRAINEMENT GYMNASTIQUE HYGIÉNIQUE OU MÉDICALE

Pour débrouiller l’écheveau, pour éviter les discussions, les ergotages, les équivoques, il est nécessaire de distinguer deux espèces de gymnastique :

1° La gymnastique appliquée aux jeunes gens vigoureux, qu’on peut appeler gymnastique d' entraînement.

2° La gymnastique appliquée au plus grand nombre, qu’on peut nommer hygiénique ou médicale.

Inutile d’ajouter les qualificatifs de rai-

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