La Vérité sur la question d'Orient et sur M. Thiers
La France a éprouvé un grand échec en Orient ; rechercher les causes de cet échec , apprécier la conduite du ministre qui dirigeait alors notre politique , tel est le but que je me suis proposé.
Si je publie le fruit de mes investigations (l), c'est qu'il me semble très difficile que l'opinion publique ait été suffisamment éclairée par les dix jours de discussion que nous avons eu au commencement de cette session. La presse, en effet, a rendu un compte si contradictoire de nos débats, que, suivant le journal qu'on lisait, les lecteurs les plus impartiaux ont pu et dû avoir sur la question d'Orient et sur M. Thiers, les opinions les plus opposées. J'ai voulu apporter un remède à cet état de choses , et publier ce que je crois être la vérité sur cette question et sur cet ancien ministre.
Je m'adresse aux hommes de bonne foi de tous les par* tis ; les documents nombreux qui ont été communiqués aux chambres, ceux que je me suis procurés, me font espérer que cet ouvrage pourra leur être de quelque utilité, ne fût-ce que par les faits qu'il contient; dans tous les cas, si je me suis trompé, ils pourront se former d'autres convictions que les miennes , car j'ai constamment
(I) Cet ouvrage a été fait au milieu des préoccupations politiques et de travaux de la session de i84i ; il laisse beaucoup à désirer sous le rapport de la méthode et du style ; et il contient plusieurs répétions. Le lecteur suppléera h ces défauts, et devra s'attacher plus aux documenta de divers genres que j'ai rappelés, qu'à la manière dont ils sont préseutés.
A partir du xxxi* paragraphe, j'ai donné des numéros d'ordre aux dépèches que j'ai rappelées et aux citations que j'ai faites. Partout où il y a un numéro, cela indique que la pièce mérite confiance et que j'ai pu la vériGer moi-même. I.c n° I est à la page 3? ; il s'applique à la première dépêche communiquée entre les deux gouvernements, anglais et français, relativement aux affaires d'Orient.
Il INTRODUCTION.
cité les pièces officielles qui ont servi de base à mes recherches; c'est là le seul avantage, peut-être môme le seul mérite de cette publication.
Bien des personnes m'ont dit pendant ces derniers mois — Pourquoi vous occupez- vous maintenant de la crise d'Orient? elle est finie ^ votre ouvrage arrivera à temps inopportun.— C'est là, je crois, une grave erreur, car nous ne sommes pas prêts de voir finir cette crise. Je vais le prouver en remontant à son origine.
La Russie, pendant bien des années, est intervenue seule dans les affaires de l'empire ottoman. Voici à quelle occasion et comment, dans ces derniers temps, l'Europe s'est aussi engagée dans cette voie. Le 4 avril 1826 , les cabinets de Saint-Pétersbourg et de Londres signèrent un acte dont le but était d'arrêter les bases de la pacification de la Grèce , et, le 6 juillet 1827, la France se réunit à ces deux puissances pour stipuler en commun un système définitif de protectorat en faveur des Grecs. Quelques mois après, la Ûotte ottomane était détruite à Navarin, et l'intervention matérielle de l'Europe commençait en Orient. On peut dire que, depuis cetteépoque, la Turquie ne s'est pour ainsi dire plus appartenue, elle a été livrée aux influences diplomatiques de l'Occident, et personne ne saurait prévoir si elle pourra se relever de la dernière intervention amenée par le traité de Londres.
On voit que la question d'Orient n'est pas nouvelle , et qu'elle remonte à quinze ans ; les événements de 1833 et de 1840 ne sont que des phases de cette question, et elle ne se terminera que par la rénovation ou le partage d'un immense empire. Je crois donc que ce n'est pas la génération actuelle qui verra la fin de la crise d'Orient, et les ouvrages qui traiteront cette matière seront encore longtemps ceux du moment.
Lorsque les chambres se sont séparées en juillet 1840, nous étions, il faut le dire, fort loin de prévoir toute la gravité de la question d'Orient. A peine arrivé chez moi, la nouvelle du traité de Londres se répandit : on sait comment elle fut exploitée par la presse de Paris, et quels efforts ont été faits pour dénaturer la portée de cet acte. Teu de personnes sont autant que moi armé de défiance