CHEF
a ns LA QUESTION MÉTISSE 98 A | Lente a aux regards de l'histoire comme la race des Francs, adoucie par la civilisation romaine. ;
Il ne faudrait pas croire- non plus’ que le Sauvage ‘n'ait eu que des défauts. Non, certes, cai nul plus que lui n’a poussé plus haut lé ämour- -de la liberté, la bravoure, le tact, la. discrétion, la” finéëse, et d’autres qua-
‘éÉmême de cœur, qualités'qui chez- Jui, -
ltés de: l'esprit
__Biillent come 8A'or-des montagnes enveloppé de roches
ou de Euartz.
“ Il faut l'avoir. va, dit Mgr Taché, cet indomptable Sauvage 80 drésser an milieu des immenses prairies: se draper avec complaisance, dans sa| demhi-nudité; promener son’ regard. de: feu sur des horizons sbns bornes; hümer une atmosphère de . liberté qui ne se trouve nulle part ailleurs ; se complaire dans ‘une sorte de royauté qui n'avait ni les embarras de la richesse, ni la responsabilité de In dignité 1”
I faut avoir vu cet infatigable chasseur, élevant jusqu'à
une sorte d'enthousiasme religieux, les péripéties, les chances et les succès d’une chasse qui n'a jamais eu de parallèle !.
. ses I faut avoir vu tout cela, et l'avoir vu sous - l'influence de la sympathie, pour comprendre tout ce que souffront les Siuvages aujourd’hui !”
Les Métis ont hérité de ces | qualités. Et disons-le à.
notre honte, si les aspérités de. la sauvagerie ont été adoucies, les vertus de l’homme des bois ont beaucoup souffert de son contact avec la civilisation, et c'est un spectacle pénible, comme celui que nous offrait la civi-
lisation romaine inoculant à la barbarie ses vices et sa
corruption, que de voir à quel point le blanc a abusé des avantages de son éducation vis-à-vis de l'enfant des ‘prairies. I faut entendre les plaintes des missionnaires. sous ce rapport, pour comprendre jusqu’à quelle hau-
teur les débauches des blancs ont élevé des barrières à:
la conversion de ces indigènes.
Lord Dufferin, en son discours d'adieux à Manitoba,
le 29 septembre 1877, en parlant des Métis, les appelait:
es
# L'inappréciable classe d'hommes qui combinant, comme ils le font,.la vigueur, la force et l'amour des aventures, naturels au sang indien qui coule dans leurs veines avec Ia civilisation, l'ins.
traction et la force intellectuelle qu’ils tiennent de leurs ancêtres
paternels; ont proclamé l'évangile de Ia paix, de la bonne volonté et du respect mutnekavecdes résultats également avantageux au chef sauvage dans sa loge et au colon dans son chantier. Ils ont été les ambassadeurs entre l’est et l’ouest, les interprêtes de la civilisation et de ses exigences vis à-vis de ceux qui habitent la prairie, fout comme ils ont ditaux blancs, qu'elle est la considération justement due aux susceptibilités, à l'amour propre si sensible anx préngés, au désir inné de justice
de la race sauvage. De fait, les Métis ont fait pour la colonie
‘ce qui ne se serait pas accompli sans eux; ils ont établi entre
la population blanche et indienne, des sentiments traditionnels de bon vouloir et d'amitié, qu'il n'aurait pas été posssible d'établir sans eux.” | —— Voici maintenant ce que dit de ses compatriotes l’infortuné Riel, le supplicié de Régina, dont l'éducation l’a fait monter sur l'échafaud et à l'immortalité. Louis Riel est à lui seul une preuve que cette race de Métis,
. que l’on 2 traitée en parias, est susceptible d'atteindre
les sphères les plus élevées du domaine intellectuel. À-t-il même passé les limites du génie pour atteindre les régions de la folie? Je n’ai pas à me prononcer sur ce point. Il y a tant de génies, de grands hommes, de grands biénfaiteurs de l'humanité qui ont passé pour fous, qu’il pourrait se faire que sa folie consistât en procédés extraordinaires qui ne sont compris que de quelques-uns. Ce qui est certain, c’est que de s'être
. sacrifié comme il l'a fait pour les siens, d’avoir con-
senti à rester pauvre pour ses compatriotes ; et de s'être livré entre les mains d’un général anglais, tont cela aux yeux de Pesprit qui conduit aujourd’hui le monde, c'est de la folie. Tout de mème, répétons ce qu'il pensait des Métis, ses frères.: à
“ Les Métis, dit-il, dans son dernier mémoire, ont pour ancétres paternels, les anciens employés des compagnies de la Baie
L& QUESTION MÉTISSE “95 d'Hudson et du Nrd-Ouesff, et pour ancêtres maternels des femmes sauvages appartenant aux diverses tribus.
7“ Le mot français métis, est dérivé du participe latin, mirtus,
‘qui signifie mêlé... e
“ Les Métis par leur supériorité sur les tribus indiennes, les dominaient, mais sans abus de force. Quelquefois à la: chasse,
les Indiens déclaraient la guerre aux Métis ou leur volaient des. :
chevaux Satisfaction était demandée. En cas de refus, la nation métisse entrait en guerre avecles malveillants. Mais il
est À remarquer qu'elle ne fit jamais de luttes agressives. Les ,
combats étaient ceux de la défense ou de la protection du droit. En retour, Dieu aidant, elle est toujours demeurée victorieuse des tribus qui l’attaquaient. Comme peuple primitif, simple, de bonne foi, placé par la Providence dans une heureuse abondance de biens, et d'ailleurs sans beaucoup d’ambition, les
.… Métis n'avaient presque pas de gouvernement. Cependant quand
ils allaient à la chasse au bison, il se faisait naturellement, au milieu d'eux, une pression d'intérêts. Æt tant pour maintenir
l’ordre dans les rangs que pour se tenir en garde contre les
vols de chevaux et contre les attaques, ils s’organisaient et se <omposaient un camp. Un chef était choisi, douze conseillers
étaient élus, avec ‘un crieur public et des guides. Les soldats - 8e groupaient par dizaine, Tout chasseur était soldat, Chaque
dizaine-se choïsissait un capitaine.
# Quand'arrivait le moment de l'organisation militaire propreuient dite, le chef en donnait avis ; le premier soldat venu <ommençait. par désigner celui qu'il voulait avoir pour son capitaine. Neuf de ceux qui approuvaiont ce choix le suivaient. Aïnsi le capitaine de chaque dizaine so trouvait-il placé à la tête de soldats d'autant mieux décidés à le suivre partout, que
“sa charge au-dessus d'eux était un effet de leur confiance en lui
et de leur choix unanime.
# La chasse au bison 5e faisait à cheval. C'était beau de voir des centaines de coursiers se cabrer, hennir, danser, piocher le gol de leurs pieds ambitieux, demander la bride du désir de
‘leurs regards, à grands coups de tête,en faisant toutes sortes -de gestes; etces cavaliers de premier ordre, assis avec assurance
comme dans des chaises, sur leurs petites selles de cuir mou, au milieu des fleurs en rassade dont elles étaient garnies ; ayant aux poignets les poignées éléantes de leurs fouets à plusieurs branches, le fusil d'une main, les rênes de l'autre, retenant la
fougue de leurs chevaux, les ménageant jusqu'à cè qu'ils fussent ‘”
rendus à portée du buffle.
‘ Les capitaines présidaient à la course, et veillaient à ce que personne ne 8e lançât avant le mot d'ordre du capitaine éên
charge. Le mot donné, la cavalcade bondissait Un tourbillon do poussière obéissant au commandement partait avec elle Le
buïlle en dévorant la prairie, prenait l'épouvante, pour être bientôt rejoint par les coursiers âlertes. Les cavaliers entraient
… pêle-mêle dans la bande de bœufs sauvages, et choisissant à qui
mieux les animaux les plus gras, chacun ‘tirait, tous tiraient, en tâchant de ne point sc frapper les uns les autres, en preriant garde aux hommes et aux chevaux.
L'adresse des chasseurs, leur extrême attention, et surtout la Providence, pouvaient seuls prévenir les malheurs au risque desquels ces courses avaient lieu. 5°
‘ De loin c'était le grand spectacle d'une fusillade dans un nuage ,
Lo conseil dés chasseurs faisait des règlements. On les appelait les lois de: la Prairie. Le conseil était un fouvernement provisoire, C'était auési un tribunal qui prenait connaissance des infractions aux règlements, et de tous les différends qu'avaient à lui présenter les personnes du camp.
‘* Les capitaines avec leurs soldats exécutaient les ordres et les jigements du conseil, |
# Dans les affaires ordinaires, le conseil agissait d’après son autorité telle qu'elle lai avait été confiée; mais en matière d'im- .
portance plus grande, il recourait au public et ne basait ses décisions que sur une majorité de tous les chasseurs,
“C'était l'état d'un peuple neuf, mais civilisé et jouissant d’un gouvernement à lui, sur les vrais notions de la liberté publique et sur celle de l'équité. Ce gouvernement provisoire, d'un rouage simple, qui ne se formait que pour l'intérêt général ne supportait pas d'émoluments, s’organisait partout où
s'agglomérait une caravane assez cousidérable, et cessait.
d'exister avec elle; s'organisait pareillement dans tout établissement métis où une assez grande diversité d'intérêts tendait à engendrer des difficultés, où il y avait des dangers à coujurer, des hostilités à repousser. ‘
Les établissements métis étaient les jalons de Ia civilisation future, Et leurs places sont si bien choisies, qu'elles deviennent
partout des centres-sur lesquels l'émigration s'appuie pour co- :
oniser et s'étendre dans toutes les directions. : “ Les lois de la Prairie suivaient les Métis comme les règlements des mines suivent les mineurs dans leurs exploitations. ‘La Compagnie de la Baie d'Hudson é ait environnie du gouvernement des Métis dans toute la zone fertile. Elle n’en
"«, prenait pas ombrage.. Au contraire, ses traiteurs et ses chas. seurs, dans les camps, dans les hivernements, dans les établis.
Fo
“ Jai vu ces courses. J'y ai pris put Elles sont terribles.
sements métis, faisaient la chasse, la"traite, commerçaient sous l'autorité du Conseil de la Prairie, et sous la protection des lois
.métisses, :
“Et c'était pour elle un rempart à l'abri duquel elle était bien aïse de se tenir, car il n'y a pas encore bien longtemps les
. indiens étaient barbares autrement que l1 Puissance les a
trouvés ; ils étaient nombreux, er luttes les uns avec les autres. Les partis de guerre se. ervisaient dans toutes les directions. Les Cris, les Piods-Noirs, les Sioux du Minnesota, du Dakota, du Montana so dispataient le plumet de Ia bravoure. Ce qui les rendaient alors inopinément plus à craindre peut-être qu'a.
- vant, c'est que par leurs rapports avec les blancs et toutes .
sortes de gens livrés aux dventures, ils se trouvèrent, voilà une trentaine d'années, mieux armés qu ils ne l'avaient j jamais été jasque-à.
‘Il eut été impossible à la cornpagnio de se maintenir, Sans. avoir à faire des dépenses continuelles, nécessaire à l'entretien
-: d’une force armée considérable.
: K Les Métis sont les hommes qui domptèrent ces nations sauvages pue les armes, et qui ensuite, les adoucirent par les bonnes relations qu'ils entretenaient avec elles à la favenr de la
paix. Ce sont eux qui mirent, au prix de leur sang, la tran-
quilité dans le Nord-Ouest.”
Ex
! C'est de cette nation métisse que naquit notre héros, - Gabriel Dumont, dont le grand père Jean-Baptiste Dumont élait un Canadien-Français venu de Moxtréal et. employé au service de la Compaguie de la Baie d'Hudson
J ean-Baptiste Damonrt avait épousé Gans le Nord- Ouest une femme Sarcy-Oorbeau, et ils eurent pour fils. Isidore Dumont qui avait épousé Louise afremboïse, métisse.
Ceux-ci eurent pour enfants Judith, Isidore, Pélagie,
Gabriel, Joseph, Elizabeth, Edouard, Elie; et par son
second mariage avec une Canadienne, Angèle Landry, Isidore Dumont eut Marguerite, Joseph et Azilda. “Gabriel, qui a aujourd'hui. 51 ans, a épousé Magdé-
line. Weilkey, métisse écossaise, dont il j'a pas eu . d'enfants. |
98 Of ÉTUDE SUÈ
I] serait difficile de dire où est né Gabriel. Cés tribus. métisses d'ui sont tantôt au Nord et tantôt au Sud, ne
tenaient/ pas de registres, mais le tradition révèle qu'il
est né dans le Manitoba. A
Il/semble que pour ces chasseurs, qui dévoraient
l'espace, cette province n "était qu une paroisse. A se rappelle cependaït qu'à 8 ans pl était a au Fort Pitt.
Son éducation a été celle de tous ses compatriotes, qui / naissaient pour ainsi dire avec un carquois à la main et qu'ils enterraient avec eux. La chasse était leur passion qu'ils suçaient avec le lait. Aussi fallait-il les voir sillonner la prairie l'œil en feu, et lancer leurs javelots armés de pierres aigues dans le front d'un taureau de la . plaine en poussière !
Dès l’âge de dixans, Gabriel était réputé le plus fort
tireur à l'arc, et son adresse et sa vigueur le désignaient
- déjà aux vieux chasseurs comme un des faturs “chefs.
Ïl excellait : aussi dans l'art de monter à cheval et de -dompter le coursier sauvage si agile et si malin.
En effet, ces chevaux libres, qu'on. attrappe au vol dans la plaine immense, avant d’être domptés, se tore dent sous leur cavalier comme des anguilles capturées.
“Et il-faut être serré pour les tenir enlacés. Aussi le
. Métis fait-il avec ces ponies sauvages des évolutions à.
rendre.jaloux les maîtres en équitation. Nous en avons vu de ces petits mustangs, se cabrer, ruer, se secouer et même se rouler par terre avec leur écuyer qui ne faisait qu'un avec eux. Aussi, comme le dit Riel, cet cavaliers étaient-ils de premier ordre. C'était bien
nécessaire pour ces tournois terribles de la prairie où
la vie est au bout de la corne d'un buffle furieux: La natation faisait aussi partie de l'éducation d'an
métis, puisque, à la chasse, comme à la guerre, il fallait traverser des rivières où les ponts étaient inconnus. Le jeune Gabriel excellait aussi dans cet art qui lui permet encore de nager une journée entière sans se fatiguer.
Ces exercices si propres à développer les muscles des jeunes gens contribuèrent grandement à fortifier cette charpente gigantesque de notre Métis, dont les pièces se méuvent avec une souplesse extraordinaire, C'est le type de la nation qui est généralement robuste, encore . que les imprudences soumettent ces gens à bien des maladies qu'ils n’auraient-pas en observant les règles les plus élémentaires de l'hygiène. : .
C'estainsÿ qu'ils font des marches forcées, se conchent à la belle étoile et subissent des jeûnes que la prévoyance éloignerait. |
Dès l'âge le plus tendre, Gabriel suivit son père dans un voyage de Fort Pittà Winnipeg. Le père y emmenait sa famille, consistant alors en sa femme, Gabriel,
. Isidore et Judith." ls étaient accompagnés de-Alexis: Fisher et Petit Cayen, avec chacun leur femme. La distance était grande.
On put dès lors constater la vigueur du; jeune enfant, et surtout son sang froid, dans une alerte qui mit le . parti en émoi. Ï1 était un jour occupé avec son frère à. faire de la fumée pour éloigner les moustiques, quand “ soudain se.fit entendre nn grand bruit semblable à uz tremblement de terre ou au bruit que ferait en s'a-
vançani au galop un escadron de cuirassiers. | Gabriel croit d'abord avoir affaire aux Sioux. Il s'é- .lance vers son père en disant que l'ennemi arrive et demande en même temps qu'on lui donne un petit fusil à pierre, décidé qu'ilest de se défendre à ontrance.' ‘Ce n'était qu'une fausse alarme, et on s’aperçut bientôt
que Le bruit était dû à un troupeau de buffles. En ré. compense de ce trait de courage; “Fisher, son oncle, Jai fit cadeau d’un fusil. Ce fut son prémier.
L'année suivante, B famille Dumont sé mit en marche pour aller au devant des gens de la Prairie du Cheval
Blanc, (aujourd’hui St-François-Kavier) et, dans ce but, i-
ils traversèrent la rivière aux Souris.
Dans ce temps-là on traversait les rivières à la nage. ou en cajeux: sur lesquels .on embarquait femmes et
enfants. L'on emballait tout le bagage dans une tente... de peaux, que l’on attachait à la qnêns d’un cheval. Un membre de la troupe guïdait alors le cousier vers l'aütre- …,
rive. Mais s'il arrivait que l'animal perdit pied, SO. écuyer sé jetait à l'eau et nâgeait à ses côtés pour le conduire à à terre. Le père de Gabriel faisait un jeu de. cet exercice. Fr à Quant aux voitures, on les trainait 3 à bras ou avec des.
chevaux attelés à longs traits dans le cas où la voiture
serait entraînée, ou culbutée par le courant. :
C’est à la rivière Pembina qu'eut lieu le rendez-vous. des chasseurs et on y arriva après six jours de marche, Deux cents chasseurs environ s’y trouvaient réunis.
La chasse fut très abondante pendant l'été et sans
attaque de la part des Sioux, qui en voulaient aux Métis parce que ceux-ci empiétaient sur leur territoire. Les femmes eurent beaucoup à faire pour sécher les peaux, -
découper les viandes, les faire sécher au soleil, et les .
presser dans des sacs dé peau pour en faire du pémican. - La troupe hiverna à Ja Qu’Appelle où le père Dumont faisait la traïte, en échangent des : couteaux, des cou-
vertes, de la poudre et autres objets pour des peaux de -
.buffalo, de loup, de renard, de castor, de chien de prairie,ete. : . Le À,
at
cage LUS nr:
plaine et de s’y fortifier en alignant les wagons autour du camp. On creusa de vastes trous pour y mettre les
son poste, et chantänt pour 8e tenir éveillé.
On se rendit au printemps à la Rivière Rouge, puis ‘ dans la prairie, où Gabriel, qui avait alors 13 ans, assista à sa première bataille. :
‘ Soïxante: et trois Métis, y. comipris les j jeunes gens, s'étaient éloignés du gros camp, lorsque leurs éclaireurs . . ; vinrent les avertir qu'une troupe de Sioux venaient de faire prisonniers trois des leurs.
À cette nouvelle, on jugea prudent de camper dans la . ‘,
. femmes et les enfants à l'abri des projectiles. . Pour rencontrer l’ennemi au nombre d’environ mille guerriers, on se divisa par moitié dont l'une garderait le.
camp et l'antreë cheval, divisée-en trois brigades, fonce-
Le “père Dumont était an des guerriers qui savançaient, etcomme son fils était fort jeune, il ne songea pas à l'emmener, mais le petit Gabriel insista en disant que ses. ballés frapperaient aussi, bien que les autres. Cependant, dans ces combats où la ruse joue un si grand rôle, il fallait être sur ses gardes et ne pas trop se fier à la parole des Sioux qui approchaient avec des propo- sitions de paix, “et sons prétexté de négocier pour'‘des , provisions qu ils avaient prises. Aussi la nuit se passa- “t-elle sur le qui “vive, chacun des cavaliers restant à
Le lendemain, l’un de leurs prisonniers, Jérôme Mag-
- dalis, s'étant échappé, arriva au camp des Métis, et
leur dit que si les Sioux pénétraient dans leur camp, comme ils'en avaient fait. la proposition, sous le pré-texte de négocier, ils étaient perdus, vu leur nombre considérable. :
Aussi leur colonne d'avant tente-t-éllé d'y pénétrer,
LA
. laissant nne forte réserve en arrière. Le Cheval Blanc, |
l'un de leurs plus fameux guerriers, semblait ambitionner d'y éntrer le premier. ” Et, dans le but de parlementer, il ne tenait àla main qu'un sac en péau qui contenait du plomb qu'il secouait en chantant. Les
. Métis lui recommandèrent de rebrousser chemin, . vu
qu'ils n'étaient pas disposés à faire la paix. Jérôme : Magdalis le coucha en joue ; mais ordre fut donné de ne : pas commencer lé combat vu la faiblesse de leur nombre
. et d'aillears il fallait tenter de sauver les deux autres
prisonniers. Mais l'ennemi envahissait le camp et il n’y avait pas de temps à perdre. Ce fut un des frères’
de Gabriel Dumont qui fit feu le premier, simültané-
- ment avec son cousin Laframboise.
Alors commença ui combat acharné qui dura toute
Je. journée et où les Métis se battaient un contre quinze,
tantôt derrière leurs reinparts de ballots, tantôt poursuivant l'ennemi qui reculait sous le feu nourri des
Métis. Le sang coulait à flot ; les Sioux firent des pertes
considérables et ils se retirèrent à la nuit.
Le père, “Dumont fut gravement blessé pendant le combat, maïs ne cessa d'encourager les combattants. Mar Laflèche, alors missionnaire, était dans le camp, :
| soutenant Y'ardeur des Métis per ses prières st ses pa-
roles.
De le journée les Métis, quiavaient besoin de tous
leurs bras, ne purent prendre aucune nourriture. . Ga- :
briel Dumont, lui, avoue naïvement que pendant la bataille il mangenit à même les remparts, dont une partie était faite des sacs de viande sèche:
. Durant le combat l’an des deux prisonniers | jestés
entre les mains des Sioux, #’'échappaset ils massacrèrent le troisième. Baptiste Malateur fut tué et fut enterré
avec les prières de l'église. Le lendemain, les Sioux . revinrent à lacharge,mais n'osèrent trop s'approcher, et .
durent renoncer à leur projet à à l'arrivée du reste du
gros camp eccourant au secours des Métis, et gross
.sissant ainsi les rangs de plus de cinq cents hommes.
Ce fut dans-cet engagement que Gabriél reçut son‘ |
baptème de feu, avec un sang froid, merveilleux.
Les années suivantes du jeune Métis se passèrent. à -
__——— chasser, à pêcher, à courir le plaine. C'était là l'exis-
-tencedeces tribusnomadesse groupant par familles dans, Ja prairie, ayant la terre pour grabat et le ciel pour abri,
vivant de poisson ou de viande, produit de lenr pêche,
qu'ils faisaient geler l'hiver, et: de leur chasse, qu'ils ‘faisaient sécher l'été. Tout-était alors en abondance, et ces enfants gâtés dela Providence se souciaient pe . du lendemain. ‘Et il faut l'avouer, cette existence a des.
es: \
. Charmes," puisque les blancs qui s’y adonnent ne ven ……
lent plus revenir. à la vie civilisée. Les coureurs des 3. ‘bois, sous la domination française en sont une preuve. .
© De fait, la vie de société, qui offre tant d'avantages, a |
bien. aussi ses ennuis, qui : deviennent intolérables par, les exigeñices de ceux qui la composent. Üne qui n'est pas des moindres, c’est bien l'instruction. Quel est en. effet celui qui entreprendrait d'apprendre à lire s’il |: savait ce qu'exige de lui lascience? Aussi les Métis ne
pouvaient s’astreindre à ces sacrifices, et' on regardait
comme une exception ceux d'entr'eux qui connaissaient
les éléments de la science ou de la littérature.
os D'ailleurs cette existence nomade, chassant.sans cesse
le rat musqué, traquant le renard, -courant le baffle, capturänt le poisson, était bien incompatible. avec ce à, recueillement qu'exige l'étude. ÂAjoutons ‘que, à tout
\. moment, ils étaient. attaqués par les Sauvages, etsurtout
- a{par les Sioux qui s'unisbaient tantôt avec les Oris, tantôt
avec les Seuteux, les Assiniboines et autres tribus. ; ;
Comme nos froquois de jadis, ces Indiens ; perfides DOUTE
venaient faire la paix avec des desseins ; Pervers, et ils déchiraient le lendemain des traités qu'ils avaient faits la veille. ‘
Il fallait négocier. pourtant #vec eux pour avoir quelque répit et pouvoir prendre haleine, car ils étaient ”. légions avec leurs alliances remifiéés à l'infini. | |
Gabriel Dumont, encore jeune, souvent: été choisi pour aller conclure des traités. Il possédait des avantages qui lui donnaient des,titres à ces missions d'au- ‘tant plus délicates que les Sauvages sont rusés, suscep-
| tibles et fiers Gabriel possède bieh différents dia-
lectes sauvages, et parle avec grande facilité le Cris, qui est sa langue miaternelle.
Son caractère est conciliant, son esprit vif. son jugement très sain,—et sa mémoire exceptionneflement L heureuse. :
Les ambassadeurs choisis pour concilier tant d'inté- | rêts divers et pour calmer des esprits si capricieux, devaient être/plus raffinés encore que ceux de.nos états civilisés, car de la moindre indistrétion ou d'une simple : : fanfaronnade; résu süultait qe: levée de boucliers qui met-
tait-ké:feu dans toute la prairie. Et c'était des guerres
- terribles, et des massacres effrayants accompagnés de,
* pillages prolongée qui ne permettaient à aucune de ces hations de savourer les: délices 6 la paix.
Gabr Dumont n'avait paf 25 ans lorsqu'il fut choisi ‘ comme éhef. Ses relations de famille jointes à ses qualités, le désignaient d'avance. Il était’ en effet par sa grand’i ère allié aux Cris, aux Sarcys et aux Corbeaux, ! Il'ayait aussi fait ses preuves en maintes circonstan-
__ <es,—preuve de bravoure, de sang-froid, de tact, de ” discrétion et de fermeté—qualités essentielles chez un chef, et surtout un chef parmi les Métis, qui se laissent emporter plus parles passions queconduire par la raison Aussi toutes les nations le respectaient-elles. ‘Et quand dans ces derniers temps, il s’est agi de réunir eu un faisceau de protection ces rameaux dispersés de cet arbre séculaire, semé dans cette vaste région du Nord-Ouest, c’est Gabriel Dumont qui les rallia à la cause commune. et si des circonstances ménagées par : - 1a main de la Providence ont' prévenu une” hécatombe ‘ pouvantable, i ne faut pas ‘croire que leurs esprits . étaient divisés. Non, à la voix de Dumont, ils s'étaient tous ralliés, car ils avaient compris quel était leur ennemicommun. .
“Non seulement, dit le grand évêque de: St-Boniface, les sympathies naturelles des Sauvages pour les Métis . se sont manifestées au milieu de nos troubles, mais les différentes nations sauvages ont senti naître cette synpathie les unes pour les autres, Ÿ “ Les Cris et les Pieds -Noirs se sont poursuivis, pen-. : dant des générations, d'une haineféroce. Les missionk naires avaient réussi à diminuer la férocité, sans pourvoir “i détruire la hâine nationale. Âujourd' hui, cette haine a fait place à l'amitié. Crow-foot pleure la captivité de. Poundmaker et de Gros-Ours. La tribu entière des . Pieds-Noirs donnait des signes de peine, quand onlui spprenait la mort d’un Cris où d'un Assiniboine tué à la guerre, le printemps dernier.
:# Ce seul fait a une portée immense, il indique que . les blancs sont devenus l'ennemi commun, le seul ennemi” . C'était un fait étrange de voir de temps à autré ces grands enfants des bois se battant”: aujourd'hui et pous- : L ù 4
,4 Len
” sant la haine de leurs ennemis jusqu'à les écorcher vifs, et le lendemain échangeant-entr'eux leurs cheveux en signe d'amitié, Foi: —
” Mais cela n'avait de curieux que 1 ‘forme, car ce qui se passe dans la diplomatie des cours n'est rien autre chose, si ce n’est qu'on se sert de la haute science politique pour se tromper, et qu'on n’ouvre plus la bouche que pour iMentir. Aujourd’hui on se visite, on se passe - même les héritières comme gage d'amitié, et demain on vous décime la population des alliés d'hier, - -avec ‘des canons et des mitrailleuses qui fauchent les soldats par milliers: Nous n'avons certes rien à envier à la barbarie des Sauvages, et si nous ayons à nous moquer de quelqu'un, c'est bien de nous-mêmes,
Ce fut en 1862, surnommée “ l'année de la grande paix,” que se.conclut une alliance définitive entre les ” Métis et les Sioux, ces deux implacables ennemis autour
desquels se faisait le cercle des tribus neutres. Elle se signa au bord du Lac au Diable, dans les Isles des Morts. Les fêtes durèrent trois jours; et durant trois jours les festins et les danses, convoquèrent à la joie les alliés. Longtemps après, l'écho répêta leurs chants -et leurs cris.
Pour gage de leur sincérité les Sioux déclarèrent que le pays appartenait aux Métis comme à eux, et que le ‘buflle pouvait être l'objet de la chasse des uns et des autres. -
Gabriel Dumont avait. alors vingt-cinq ans, et il commença, vers cette époque, ‘à traiter avec la Compagnie de la Baie d'Hudson, tout en continuant son métier de trappeur. Cette vie de trappeur, on la connaît, un peu par cé que nous en avons dit,et surtout par . ce qu'en ont écrit les romanciers américains et français.
“Mais en quoi consistait cette traite avec la Compsgnie de la Baie d'Hudson ?
Cette compagnie puissante qui avait fini par absorber
celle du Nord-Ouest, avait obtenu de l’Angleterre ces vastes territoires avec pouvoir exclusif d'y faire la
traite des pelleteries. Elle exerça un terrible monopole,
à l'aide duquel ses employés seuls avaient le droit de
faire la traite, et cette compagnie possédait le gouver-.
nement du Nord-Ouest, dont le conseil siégeait à Assi- -niboia. Vers 1859, elle augmenta ce conseil, et y fit
entrer plusieurs des hommes les plus importants du °
pays. Le monopole de la traite avait cessé aussi vers 1849, ce qui concilia les colons avec la Compagnie de Ja Baie d'Hudson.
Cependant elle éveilla les soupçons des Métis: quand, | ils s’aperçurent qu'elle voulait les livrer à l'Angléterre, ‘ |
et ce fut l’une des causes des troubles qui éclatèrent.
Quellès étaient les causes de ces troubles ? Sa Gran- ‘deur, Mgr Taché, dans sa déposition devant le comité des Communes en 1874, nous apprend qu'il y à des
années, il s'était formé dans la province d’Assiniboïa,.
“an parti qui s'intitulait parti canadien,” dont la poli- . ‘tique était l'annexion au Canada. Ce parti se fisingne :
‘ par son mépris pour les Métis et les lois du pays, en brisant les prisons, pour en faire sortir les coripables,
Cela se passait avant 1868.
Cette conduite éloigna la population “paisible du dessein de s'annexer au Canada. .
Dans l'automne de 1868, un arpenteur du nom de
Snow, arriva pour exécuter des travaux au nom du
gouvernement canadien. De là des soupçons, qui aug-
mentèrent quand on apprit que l'arpenteur et ses
employés avaient passé des traités avec les Sauvages
pour l'achat des terres qui appartenaiént en partie a0x 7 Métis.
. Une troisième cause de mécontentement vint du fait que le gouvernement canadien nécocia avec celui d'Angleterre, au sujet de l'organisation du territoire, sans même avoir tenté de consulter la population de la province. Ce mécontentement s’'accrut lorsqu'au retour des délégués envoyés par le gouvernement cänadiexï'en - Angleterre, on apprit qu'un acte avait été passé parles trois branches de la législature canadienne pOur le gouvernement du territoire.
‘En 1869, lorsque. M. McDougall voulut pénétrer et
. exercer le gouvernement dans un ferritoire qui n’ap-
partenäit pas au Canada, les hebitants de ce territoire refusèrent de reconnaître son autorité. Et n'en avaient-
‘ils pas le droit ? Le gouverneur pour la Baie d'Hudson,
M. McTavish, s'étant démis de:ses fonctions, les habitants du pays organisèrent un gouvernement provisoire, parfaitement régulier, et avec lequel le Canada même a débattu les conditions de l'admission du Mauitoba dans la Confédération, de la même manière que depuis il'a négocié avec le gouvernement de ja Colombie Anglaise et de l'Ile du Prince-Edouard.
Les délécués de ce gouvernement provisoire.ont été
N = Fe sq ‘ reçus et reconnus”comme tels à Ottawa, par le gonver-
nement fédéral, et au-ministère des colonies, à Londres, : par Lord Granville. .
Ce gouvernement avait J'assentiment des autorités de la Compagnie de la Baie d'Hudson elle-même, et M.
… MeTavish ainsi que l'honorable Donald A. Smith, con-
seillèrent fortement au peuple d'élire sans retard ses
délégués au gouvernement provisoire. : (Mgr Taché, : l'Amnistie, p. 46.)
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C'est ce gouvernement qui résista à McDougall, lequeï, comme on le sait, venait pour s'emparer du Nord-Ouest, dont les lambeaux avaient été distribués dans certains cercles où tout se pèse au Poids de l'or, : même l’honnéteté et l'honneur.
Encore les Métis ont-ils hésité à résister lorsque Riel leur demanda, à la porte de l’église de” St- Boniface, s’il devait permettre l'entrée du Nord-Ouest à à des hommes armés. : ‘]
: Gabriel Dumont” ouscrivit à à le. résistance, et promit de venir-ä la tête de 500 cavaliers, de n ‘importe quel - point où il serait en bivernement. pout. opposer une digue à lenvahisssement, Son opinion fut d'un grand poids.
Et les Métis se sont alors ‘emparés du Fort Garry, qu'ils ont abandonné ensuite sur les représentations de Mgr Taché qui avait eu la promesse que les Métis auraient justice et amnistie complète. :
Gabriel Dumont ne crut pas à ces promesses faites par le gouvernement; mais de crainte de contredire Mgr Taché, qui était de bonne foi, et surtout par crainte
de perdre patience à la vue des injustices que subis- ‘ saient ses compatriotes, il se dirigea chez les Cris.
. En prévision des événements qui se préparaient, il . gt Ja pas avec les Pieds-Noirs contre lesquels il venait
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justice ne serait pas faite aux Métis, et Dumont pensa
qu'il était politique de visiter les nations sauvages. 5 elles étaient nombreuses ces tribus desang sauvage, . comme et plus que le bison des prairies. Les Cris, les . Asbiniboines, les Sauteux, les Sarcis, les Sioux, les Pieds- Noirs, les Piégans, les Montagnais, les Castors, les Cor-
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beaux, les Cou-Tannés, les Are-Plats, les Têtes-Plates, les Walla-Walla, les Gros-Ventres, les Atchinagans, etc., se partageaient cè sol de 597,860,500 âcres, d'une richesse incalculable. Il y en avait environ 30,000 en ‘état de porter les armes, dont le tiers ‘était Métis. Les
trois.quarts des Métis sont d'origine canadienne-fran-
gaie. ,
L Cependant ces tribus toutes puissantes étaient traitées
comme des animaux, par la plupart des bourgeois de
la Baie d'Hadson, qui les prisaient moins que les buf-
falos\avec lesquels ils s’enrichissaient. Lo Ah qu'il y aurait à dire sur les humiliations qu'ont
. eu àsubir ces Métis patients quinon-seulement voyaient
. des étrangers s'emparer de leur sol, mais exploiter leurs passions, en leur donnant en retour leurs vices et leurs maladies. Les gouvernements eux-mêmes trafiquaient leur térritoire, et parlementairement, miuistériellement et judiciairement, on commettait à leur égardles plus grandes injustices, et tout cela en protestant ouvertement contre l'esclavage, |
C'est ce qui faisait dire en 1885, à Mer Taché,
. Evèque de St-Boniface : :
“ Depuis neuf mois, notre pays a éprouvé des chocs, des ‘
malbeurs, des désastres, qui ont eu un violent retentissement par tout le monde, puis, faut-il ledire, ce pays que nous aimons tant, a connu d'autres dangers qui, pour n'être pas soupçonnés par le plus grand nombre, n'en ont pasété moins réels ni moins épouvantables: Comme peuple, nous avons subi une humi-
lation profonde. Comme homme un cri d'horreur s'est échappé .
de nos poitrines, à l'aspect de cruels massacres, Comme citoyens, nous avons eu à déplorer la guerre civile, la guerre qui a porté le deuil et la désolation dans de nombreuses familles, Un sang généreux a coulé, et, avec lui, des larmes abondantes”
Ce n’était souvent qu'après s'être fait craindre, que Gabriel Damont réussissait à contracter une paix solide. \ 3 |