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Le 11 mars, nouvelle dépêche de Crozier à à Ottavya :
&. Métis terriblement excités, on dit qu'ils veulent attaquer Carleton avant ls 16 ; Métis menacent de s'emparer du fret qui. doit arriver après le 16 de ce mois, les armes sont prêtes ct-le chef métis ne permet à personne de 5 'absenter, va qu'il peut à tout moment requérir leurs services.” =
Devant ce monceau de preuves écrasantes, tc tout honnête homme se sent pris de dégoût en face de la dupli- ; | cité, de l'ignorance volontaire et des mensonges éhontés, | sortis de la bonche du premier ministre et de son col-/ - lègue, le secrétaire d'état. .
Le rouge de l'indignation doit néceësairement fai monter à la figure, quand il compare ces témoignages ‘ irrécusables en faveur de la vérité, avec l'abjecte servilité, l'absence de tout sens moral et de toute dignité dont a fait preuve par son vote, en 1885, la majorité parlementaire de la Chambre dé dés Communes ‘à Ottawa. - Et l'ons’étonne encore aujourd’hui en certains cercles, que ce petit peuple métis, bafoué, méprisé, conspué pendant six longues années d'attente, de souffrances et de sacrifices,” après avoir frappé longtemps et vainement à la porte des ministères publics, privé de tout secours, n'ayant pour le défendre ni journaux, ni : députés ; pour protéger ses -droits; aucuns tribünaux' civils; l'on s'étonne, dis-je, que ces pauvres Métis aient eu assez de courage et de virilité pour répliquer par la force des. armes à la provocation du gouvernement | envoyant une garnison à Carleton, comme réponse à . leurs plaintes, et faisant annoncer ‘par-son émissaire . Lawrence Clarke, le 17 mars, à la foule rassemblée à .: . Batoche: que 500 hommes de Laos à cheval, allaient : dans les 24 heures, apporter le redressement à leurs griefs
conseillers. (1) ie À . Assurément, cette agitation armée ne doit pas nous surprendre, et tous les‘hommes de cœur applaudiront
D | M$ Tor - L sous forme de chaînes pour leür chef et de balles pour leurs
à ces mâles et éneïgiques paroles du brave Dumont:
s'adressant à MacKay :
“ On ‘a morcelé et volé nos terres, nous ne les avons pas défen-
dues; on nous a traités .avec mépris. et insolence, nous avons tout . ‘enduré; mais du moment qu'on en veut àvnos vies, à celles de nos familles et à celle dé notre chef, nous avons le droït de les défendre .
et nous les défendrons jusqu'à la mort.” .
. Que la nation métisse se soit enfin soulevée, le fait
est tout naturel, et suivant la logique, l'insurrection . n'est que l'effet prévu et conséquent de la cause qui l'a ‘provoquée.
Qu'elle ait patienté aussi longtemps etbu à la coupe des ignominies et des insultes pendant tant d'années, sans chercher à rejeter loin d'êlle, bien avant ce temps,
-la main qui la souffletait sans motifs et sans raisons,
voilà ce qui est plus étonnant et plus extraordinaire !
. ‘(t) Cette déclaration de Clarke, que les ennemis de Riel ont proclamé, à plusieursreprises, avoir été inventée par le chef métis lui-même, comme
moyen infnillible.de pousser à la révolte ses compatriotes, est reconnue.
aujourd'hui comme vraie et fondée. : : .
. M. Roval, membre pour Provencher, dont la parole doit ici faire auto rité, en a confirmé l'exactitude dans son discours sur la motion Landry,
‘en 1886, à Ottawa, quand parlant d'un certain télégramme reçu le 4 :
! mars 1885, par le Père André {télégramme qui n'a jamais été publié, ni produit dans les documents publics) Tinformant que'les Métis allaient recevoir leurs scrips, ainsi que leurs patentes, il ajoutait: “ Chacun coraprend que cela aurait dû suflire pour arrêter tôule agitatian, n’eut été le fait que les colons blancs ont empoisonné l'esprit des Métis en leur disant qu'il n'y avait aucun caractère d'authenticité dans un télégramme,
.và qu'on pouvait facilement en fabriquer un: n'eut élé le fait qu'un vieux facteur de’ la Cie de la Baie. d'Hudson, jouissant d’une haute réputation ‘et d'une haute position dans le pays, Lawrence Clarke, a très imprudemment aflirmé au Père André et à plusieurs autres : qu'il savait fort bien, quelle serait la réponse à la pétition envoyéé à Ottawa, et que les Métis, au lieu de recevoir des scrips, attraperaient des balles et recevraient 500 soldats en guise ‘de patentes.” — {Débats des Communes, 12 mars 1886,p. 98) - - | ” .
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C'E tait bien ES le sentiment de ce journiliste anglais qui, parlant de la prise d'armes de 1885, écrivait ces . lignes caractéristiques ; ‘7
“ Ce que j'admire malgré moi, disait-il, chez la nation métisse, D c'est la patience dont elle à fait preuve au. milieu de ses souf- ;
‘frances; c'est la longanimité qu'elle a montrée durant ses six :,
années de persécutions. Ah ! si pareils traitements avaient été : infligés durantseulement six mois aux descendants de la race. BaxOnne, la révolte ne se serait pas fait attendre, et ce n’est pas Î sur les bords de la Saskatchewan, qu'on serait allé demander
justice les armes à la main, mais bien sur les banquettes minis. .:
© 7 S'ils à Ottawa.” -
Sans doute, Sir John A. ‘MacDonald, alias le vieux brâlot, comme l’appelait le député d’Hochelaga, sur le Champ de Mars, à Montréal, le: 22 novembre 1885, applaudira à la vérité de ces expressions énergiques, propres, tout en réveillant les souvenirs de ses, actes passés, à flatter agréablement son 2 orgueil britannique. : :
: En effet, il D ‘attendit même pas six mois, ‘pour don.
1849, lors de la passation du bill de l'indemnité aux insurgés de 1887-88. Ce fat lui, qui, à la tête des orangistes et des torys de l’époque, laissa alors le .Champ de Mars, pour se diriger vers la Chambre d'Assemblée siégeant au marché Ste-Anne, à Montréal. On sait.que peu d'’instants après son atrivée en cet endroit, un terrible incendie, ällamé par des mains criminelles, rédaisait en cendres dans l'espacé de quelques heures les bâtisses parlementaires. La perte des documents his- ‘toriques fut irréparable, car,. à ‘cette époque, notre bibliothèque canadienne était la plus précieuse et la Plus considérable de ce temps en Amérique. Et les outrages, les crachats et les œufs gâtés dont le chef
et ses satellites souillèrent et couvrirent alors la per ‘ sonne du représentant de Sa Majesté, Lord Elgin! |
Ne sont-ce pas là les sentiments d'un véritable ‘Saxon,
tel que Sir John, qui habitant les Territoires du’Nord- . Ouest, aurait assurément cherché à se faire rendre j jastice à Ottawa, en 1885, ‘d'ane manière aussi prompte et aussi efficace, qu'il se l'était accordée à Montréal, en 1849 ? : LL IV ee
La prise d'armes des Métis, était-elle dans les circonstances, justifiable ou simplement excusable ? On a dit que .c'était une rébellion contre lautorité légitime, et comme telle, non seulement elle n’était pas justifiable, ni même excusable, mais bien plus, tout à fait condamnable. .
C'est le grand. théologien fa cabinet, le secrétaire d'état, Thon. MChaplean;- qu: armé.de l'autorité incontestable de St-Thomas d'Aquin, fat chargé de sou-: tenir-cette thèse, dont il a eu soin de poser les prémisses, se gardant bien, et pour,caus:, de déduire les -con- __ clusionsrigoureuses qui devaient ressortir de la démons- . tration logique et véridique des faits. Ila montré un courage dont je lui tiens compte, quand en. Chambre il à dit: “Je vais citer l'illustre docteur, säns craindre que l'on m’accuse de bigoterie.” | ” Assurément la compagnie de l'Ange de l'Ecole, a dù . le sauver de ce reproche blessant à l'adresse d'un com-
mandeur de l’ordre de Pie IX! -
. Qu'il me soit permis, à mon tour, d'exposer i ici uü : principe de droït social, communément admis en bonne , philosophie et d'en ‘tirer les conclusions. rationnelles qui en découlent,
Un chef d'Etat qui possède l'autorité saprème, en vertu d’un contrat passé avec la nation, perd ses droits à la souveraineté s'il vient à. violer d'une manière grave et : persistante, l'une des clauses fondamentales de ce contrat, et, par suite, le peuple peut: légitimement se soulever
contre lui et le déposer. Cela découle des lois générales
qui régissent tout contrat. .
D'après le même principe, si Un territoire indépen. dant jusqu'alors, ‘consent à.s'annexer à un Etat, sous certaines conditions, il. eéouvre a liberté, lorsque l’une des clanses fondaméniales du contrat d'annexion est violée granement et d’une manière persistante. Il peut : done se soulever et revendiquer son ‘indépendance les armes à la main.
Si comme. je l'ai prétendu et prouvé au commencement de cette étude, des Sauvages étaient les seuls propriétaires des Territoïres du Nord-Ouest, et que ce droit de propriété devenait transmissible aux Métis par leurs mères qui appartenaient à la race indienne, la cession faite par la Compagnie de la Baie d'Hudson de ces mêmes régions au Canada était donc- “légale et nulle de plein droit. ST, -
ot
Conséquemment l'opposition armée faite pañla nation métisse à l'entrée du représentant de l'autorité canadienne sur leur territoire du Manitoba, était parfaite-
- ment légitime et justifiable en 1869.
En vertu de ce principe de droit naturel, ils pou-' vaient par tous les moyens légitimes, même par la force des armes, empêcher l’agresseur de mettre le pied ‘sur le sol de leur pays, dûssent les conséquences être sanglantes et mortelles.
Si le soulèvement de 1869 était parfaitement. justi-
fiable, pent-on en dire autant de celui de 1885 ? C'est
ici, suivant mon opinion, .que doit se faire ?° application da principe de droit social que je viens de poser.
I] est en fait que le 81 mars 1870, les délécués cana- . diens, conclurent avec les délégnés du gouvernement provisoire du Manitoba, un traité à l'aide duquel les.
représentants de ce dernier cédèrent, sous la restriction.
formelle de certains droits, de certaines conditions . reconnues et énumérées dans l'acte de 1870, les Territoi-
res du Nord-Ouest, et consentirent, moyennant cette reconnaissance et l’accomplissement de ces dites obligations, à ce que le Manitoba et les autres territoires qui
étaient alors indépendants de l'autorité fédérale du
* Canada, fussent annexés à la Confédération.
. Ce traité prit force et effet le 24 j juin 1870.
"La cession des Territoires du Nord-Ouest, ne comprenait pas alors le seul territoire du Manitoba, mais aussi celui des quatre autres provinces: Assiniboia, Saskat-
Chewan, Alberta et Athabasca. C'est ainsi que.linter- ” prêta le gouvernement canadien, qui, dans l'acte de | .1870, conférait au lieatenant-gouverneur du Manitoba,
Je pourvoir d’administrer avec l'aide d'an Conseil spécial,: tous les autres territoires, au nombre desquels se trou-
vait celui de la Saskatchewan. Par analogie, l'acte de
1870, n'était pas fait, au point de vue de ladistribntion
‘des-terres pour l'extinction du titre des: Sauvages, des © scrips et des licences, pour les Métis seuls du Manitoba, mais bien pour tous les Métis habitant les autres par- ‘ties des Territoires du Nord-Ouest. Ce fut RHl’entente formelle entre les parties contractantes, qui s'étant mises d'accord sur les questions de principes, qui touchaient ” aux intérêts généraux des territoires, convinrent de les | proclamer et d’en faire l'application tout d’abord dans le Manitoba qui était le plus peuplé et le moins éloigné.
Les conditions de ce contrat d’annexion ont-elles été violées gravement et d'une manière » persistante per le gouvernement canadien ?
Non, pas absolument, quant à ce qui regarde le Me. nitoba, quoique ce ne fut qu’en 1874, qu'elles furent définitivement exécutées et reçurent leur complet accom-
plissement.
Aussi, depuis 1869, aucun soulèvement n'eut lien
dans cette province.
” Mais ailleurs et notamment dans la Saskatchewan,
les conditions de ce contrat, ont'été violées gravement et
d’une manière persistante, par l’autorité fédérale. Je dis qu’elles ont été violées gravement. En effet, malgré ses engagements et-ses promesses en 1870-74, et renou. velés en 189, le gouvernement canadien a refusé aux
Métis les arpentages des lots riverains, morcelé leurs terres, n'offrant aucune compensation aux propriétaires, et vendu à des compagnies décolonisation, de mines et d'élevage de bestiauz, d'immenses étendues de terrains,
sans s'inquiéter et se-Soucier des droits des, habitants établis sur ces parties concédées, depuis un grand
- nombre d'années.
‘Aux demandes réitérées des Métis de la Saskatchewan :
-pour la distribution de leurs scrips et le privilège du
homestead, il n'a répondu que par des refus ou le silence.
J'ajoute qu'elles ont été violées d'u une manière persis= tante.
Il est prouvé. sans conteste, que, durent plus de six anuées, les Métis ont pétitionné, écrit, protesté, supplié anprès-de autorités canadiennes, pour le redressement de leurs griefs, tant à l'aide de requêtes, d’assemblées et de délégations,’ employant ainsi tous les moyens constitutionnels qui étaient läissés à leur disposition.
EN
Requêtes, pétitions, lettres et : assemblées. furent gmé-
connues et ignorées. Ce n'est à proprement parler' que le 30 mars 1885, que le gouvernement a commencé à faire droit à leurs justes plaintes, à satisfaire leurs légitimes demandes. ee
On remarquera, qu’à cette date, la guerre était déjà
. déclarée depuis douze jours, et le sang avait coulé de . part et d'autre.
Etant établi païr'des faits indéniables que ke condi. |
tions du contrat intervenu entre les représentants de la ‘ race métisse, tant celle du Manitoba que celle des autres ‘territoires et les ‘autorités fédérales, ont été violées
nil À gran et d’une manière persistanie par ces dernières, la conclusion logique qui découle de cette violation ‘
‘nous amène à diré, que jusqu'ici, la rébellion de 1885
l'est justifiée, ou plutôt que le soulèvement métis n’est”
plus une rébellion.
Mais, .s’écrieront, d’un air de triomphe, les partiians ministériels, vous oubliez de mentionner que dans aucun cas, il n'est permis de recourir aux armes, que
s'il y a espoir de réussir. J'admets l'opportunité de la ‘remarque et la force de l’objection.
Toutefois, je répondrai que sous ce rapport même, le soulèvement des Métis était encore justifiable.. Il est vrai que le mouvemént spontané de leur prise d'armes, n'a jamais été calculé en vue de la durée et d’un succès définitif; car deux à trois cents hommes, mal armés, n'ayant aucune ressource en prévision des. éventualités fatures, manquant d’habits, de vivres et de munitions, ne pouvaient espérer, malgré leur courage, leur adresse
et leur patriotisme, vaincre les troupes que la Confédé..
ration Canadienne mettrait sur. pied, :si la campagne militaire lui'était:de prime abord défavorable. .
ww" .
‘Aussi, malgré leurs victoires remportées contre les soldats du gonvernement,-n’ont-ils jamais entretenu . cet espoir définitif, sachant bien qu’en fin de compte, ‘ils finiraient par être écrasés sous le nombre, ou con- …damnés à périr par la famine.
S'ils eussent voulu faire une lutte prolongée et êgar | - liser les chances, ils suraient alors commenté, de longue main, à sé préparer. à la lutte, appelant. à leur aide toutes les tribus sauvages des Territoires et du Montana et se” seraient munis d'armes, de provisions, de - munitions, de tout ce qu'il faut en un mot pour ‘une campagne longue'et désespérée. Lou
. Non, ils n'ont pas mis à exécution ces desseins, car jemais ils n’ont pensé un seul instant à se soustraire à leur allégeance envers la Confédération Canadienne.
Tout ce qu'ils voulaient faire, et ce qu'ils ont effectivement accompli, c était ne protestation énergique ‘en faveur de leurs droits indignement méconnus par les autorités fédérales. Ils n “avaient pas soif de sang, mais bien plutôt-de justice. î
Par leur soulèvement ils ont voula montrer qu'ils étaient des hommes libres et non des esclaves, et qu'il fallait compter avec eux malgré qu'ils fassent la minorité. - :
. Par cette agitation où. ils: ‘risquaient, joat ce qu'ils :
avaient de plus cher et de plus sacré, ils ont eu, dès le début, espoir de réussir et finalement ils ont réussi. ;
C'est le vainqueur qui 2 capitulé devant le vaincu.
Il'a fallu pour eñ arriver là, du sang, des pleurs, de la dévästation, de la souffrance, des échafouds ei et le gas- ‘pillage de millions.
Mais, il n’en est pas moins vrai, que le 80 mars 1885, au milieu de le fumée du icänon et le sifflement des.
rie $
-. balles, la commission fédérale siégeait à quelque dis- :: tance du théâtre des hostilités, prête à accorder et de fait accordant à près de 2,000 réclamants métis, tout ce qu'ils avaient si longtemps et si inutilement demandé. Je dis donc, qu'il était permis aux métis, dans les circonstances que je viens de signaler, de se soulever et prendre les armes, puisqu'ils avaient espoir de réussir, non pas à vaincre l'ennemi par la foïce, maïs bien par ur la protestation énergique de leurs justes réclamations, et qu'en définitive leur cause n’a été gagnée et ne pou- ‘yait l'être, si nous nous autorisons de l’expériénce du | pesé, que par l'emploi de ce moyen violent.
Le soulèvement métis de 1869 a valu aux Métis du
| Manitoba acte de!1870 ; celui justifiable et justifié de |: 1885, a forcé le goävernement canadien à remplirsui- . | rent le droit et l'équité les conditions d'un contrat
qu'il avait violé gravement et d'une tfdnière persistante, et à donner enfin à cette malheureuse population, ane représentation dans la législature de la province de la Saskatchewan, et aux Communes fédérales d'Ottawa.
qui doiti incomber la responsabilité än soulèvement | de 1885, et de ses graves conséquences ?
Celui qui a produit la cause, doit s'attendre togique- . ment à en supporier les effets, et quels farent-ils pour ‘ ‘les autorités fédérales ?
© Pour comprimer l'insurrection de la Saskatchewan, etsoumettre 250 Métis et 5 à 600 Sauvages, mal armés, : peu disciplinés, man tdè vivres et de munitions, il a fallu au- -gouverneme t nadien mettre sur pied une ‘force comprenant 5456 sous-oficiers et soldats, 351 officiers, 586 chevaux, 8 canons an nombre desquels se
. trouvaient deux mitroilleuses Gatling, 6, 000 carabines | Snider, qüantités de carabines Winchester et de re- : volvers Colt, 1,500, 000 cartouclies, sans compter les 20 : cartouches distribuées à chaque homme avant son départ, et en plus 2,000 cartouches à à -canon et projec- “tiles. !
Encore. ces préparatifs formidables n "auraient pes ” réussi à les vaincre, si la trahison survenue à Batoche le. 11 mai, n'avait assuré la prise de cette: place, le : lendemain, aux troupes déconragées du général Middleton: -* F.
Cette courte et décisive campagne, dit le rapport da sous-ministre de la milice, en date du 15 maïïl8 86, à coûté à la Puissance, en espèces, du mois d'avriläu 80 juin 1885... …s 81,697,851,82 et du 1er juillet 1885 au 80 avril 1886... .é 2 158, 783, 06 formant une dépense ‘totale au 30 avril - 1886, de... Linrnense 8445158488 Quand à la liste des tnés et des blessés, elle se chiffre suivant le même document, par.88 morts et.188 blessés, formant un effectif de 163 hommes mis hors de combat, SAUS compter ceux qui sont morts par suite d'a iccidents
En,
‘arrivés en route, par maladie ef misère, et.dont le mom:
o ca
. bre est considérable.
--Si l’on ajoute à ces pertes, celles subies par les Métis "et les Sauvages durant cette guerre, soit par le fèr, les balles, les blessures etl'é échafaud, on arrive à un chiffre: relativement élevé, pour la quantité de troupes engagées de part et d'autre dans cette courte lutte, Est-ce tout ? Non, à part cette saignée effrayante à la caisse fédérale, et le nombre toujours trop considérable des malheureuses victimes de l'insurrection, iyala liste des dommages énormes qu'a causée à. la Puissance,
nr
. LA QUESTION MÉTISSE oi 88
d’une manière indirecte, la politique injuste et c crimi-
. nelle de son gouyernement. :
| Qui peut compter et estimer la perte en argent et en ‘hommes que:le soulèvement de 1885 a fait “&ubir à la ‘ Confédération : Canadienne, en arrétant l'élan.de la co-
lonisation et de l'émigration dans les ‘territoires du
Nord-Ouest ? Que l’on consulte les statistiques officielles de l'émigration et de la colonisation, aux années ‘1885-
86, et l’on verra qu'elles ont été presque nulles, pour.
ce pays, Sous ce double rapport.
. Quel est à la vérité, lé migrant ou le colon, qui : ira
de gaieté de cœur exposer sa vie,.ce le de sa famille, et... risquer 565 capitaux, dans un territoire « Où la-justice est ‘
* un vain mot, et les populations désespérées toujours à de veille de se révolter ?:
Le fameux chemin de fer du Pacifique Canadien, qui
à Jui seal a absorbé depuis bientôt huitlannées presque
toutes les ressources financières de la Puissance, en a-t-
il bénéficié ? Les rapports sessionnels nous diront, si on “les consulte, que craignant la banqueroute, il a été, au. lendemain du soulèvement, obligé de faire un nouvel.
appel à à la générosité de la nation, pour se maintenir en . équilibre.
À laïde de Ja. fertilité et de l'étendue des Territoires,
se servant de la voie ferrée du. Pacifique comme.d'un
‘agent puissant pour promouvoir. en ces régions les
. intérêts de la colonisation et-de l’'émigration, la Confé- :
: dération Canadienne. a cherché à consolider son crédit sur les marchés européens, en appelant à son aide le
L surplus dés populations de l’ancien continent.
Nous n'avons eu qu'une petite guerre on 5 à 600 Sau-
. vages et 250 Métis ont pris per. et la perte est Pres,
qu rréparable 1
54 “. . ÉTUDESUR . ue
‘Que serait-ce donc, si toutes les tribus indiennes,
feujours exaspérées par les mauvais traitements, des - | ‘agents du gouvernement, s'insurgeaient tout-à-coup-
‘avec les Métis, - encore. mécontents, des Territoires du Nord-Ouest ?. "5 Les conséquences seraient terribles et désastrenses ; ;
une pareille’insurrection rendrait les territoires déserts 1
et abandonnés, le Pacifique Canadien cesserait de fonctionner, son utilité ayant ainsi forcément disparu; à l'abondance et aux richesses succéderaient les ruines et la misère, et par l'enchainement des ‘événements et la
logique des circonstances, notre système fédératif ne .: sérait plus bientôt qu'un modæ de gouvernement du
passé. ! M t
Et cette catastrophe est non-senlement possible, mais :
probablé et même certaine, dans un avenir moins
éloigné qu’on: ne le croit, siles ministères, mettant de côté tout esprit de justice, continuent à persécuter, à :
: pressurer comme par le passé, Îles. malheuréuses populations qui sont sous leur-sauvegarde et leur contrôle. ‘Quelques milliers de piastres pour arpenter les terres
des Métis en lots riverains suivant leurs demandes pressantes et réitérées ;. des déboursés relativement peu :
considérables. pour l'envoi opportun au Nord-Ouest, ‘ d'agents chargés de régler les justes réclamations et les légitimes griefs des habitants de la Saskatchewan,
faisant par ce moyen disparaître pour toujours Les :
causes de mécontement et de révolte; auraient ainsi
évité des malheurs sans nombre et dissipé dans les esprits un malaise qui y règne encore. Le gouvernement fédéral n’a pas voulu faire cette
dépense; il a refusé d'envoyer. cette commission, qnoi- .
qu'il fut bien et dûment averti, que le peuple déses-.
Le . ;
lo,
| cher la vie de ses enfants. 7 o
péré,et lassé d'attendre, devait inévitablement, d'un moment à l’autre, se soulever, prendre les armes et se ‘ faire justice lui-même. -. | cc . Une pareille aberration d'esprit est ‘inexplicable et frise l'imbécilité, sinon la démence.
Aussi, me basant sur les faits; .les documents et Les:
arguments établis, cités et énumérés dans cette étude,
Jj'accuse le cabinet fédéral d’avoir, par son injustice, sa négpligéïice et'sa mauvaise foi, enfreint sciemment et volontairement les obligations-contractées par .ses aètes de 1870-74 et 79 ; je l'accuse d’avoir violé gravement et “d’une manière persistante, les clauses fondamentales du - ‘träité qu'il avait signé, avec les représentants autorisés des Territoires du Nord-Ouest ; je l'accuse d'avoir jus-
-tifié par son attitude, $a conduite et'ses agissements, le ‘soulèvement de 1885 ; il avait produit la cause, il devais
‘raisonnablement en ressentir les effets ; il avait semé le vent, il devait nécessairement récolter la tempête: Ê Et, aux yeux de l’opinion publique et devant l'his-
toire, sur lui seul retombe aujourd’hui la respozsabilité des désastres financiers, des pertes de vie, des massacres, des larmes versées et du deuil qui règne encore dans le cœur des mères, des épouses carsüiennes et métisses, dont les fils et les maris ont rougi de leur sang les plaines et les rives de la Saskatchewan. :
. C’est d'ailleurs la juste punition que mérite ce gouvernement prévaricateur, portant en soi, depuis son axénement au pouvoir, une influence toujours néfaste ‘pour la nation métisse ; car en 1869 il cherchait à Ini ravir son territoire ; et en 1885, il réussissait à à Jui aTTa-
‘ Montréal, 16 novembre 1888.
1 ADOLPHE OUIMET
DOCUMENTS
mme