UNE QUESTION NATIONALE
# 4 L'harmonie qui doit exister entre les différentes natiomalités, au Cana à, vient de subir un échéc excessivement sérieux qui met en danger l’existencé même de 1 confédération, Les francophobes d’Ontario ont -voulu dresser une potence à Fun des nôtres pour nous faire sentir leur supériorité S'ils ont cherché à blesser les Canadiens-français dans leur sentiment national, leur conp a porté justsæ Le fanatisme avait déj tenté plas d'une foïs de nous écraser de ex haine féroce, mais il m'était pas satisfait, il lai fallait du sang pour l'assouvir. Le monstre crangiste ne voulait pas manquer son coup cette fois. Comme le serpent qui rampe dams l'ombre pour mieux atteïndre sa victime, il s’est dissimulé sous les apparences de 13 jastice pour arriver à son but. :
“ Cest une cruelle satisfaction qui ne sera ‘pus sans constquences. Les Canadiens-français ont ressenti trop vivernent le coup qu'on Jeur a porté pour qu'ils l'oublient jamais. C'est là une provocation fmprudente qui donnera peut-être lieu à des représailles excessivement regretfables. Ceux qui auront compromis ainsi la paix et l'harmonie nécessaires au bon fonc. tionnement de la confédération, auront encouru une bien grave responsab}lité. On sait tout le danger que présentent les Int- tes de nationalités. Cependant le News de Toronto ne manque pas une occasion de susciter, et d’envenimer ces haines do races qui sont le pire ennemi d’un pays. L . “ Le Globe a crié pendant bien longtemps : “ no french domination !}° Il n’a cessé d'entretenir le fanatisme de ses concitoÿens qui avaient fini par se persuader que les Canadieris-fran- - gais étaient la race inférieure, et qu'ils étaient, eux, Ïz race supérieure.
“ Cette supériorité anglaise n’était fondée, ni sur la valeur . intellectuelle, ni sur la supériorité numérique, car les Cansdiens-français ont toujours fait preuve d’un mérite qui ne Îes rendait pas inférieurs à aucune antre nationalité Nous ne sommes pas non plus inférieurs en nombre, au contraire, F&é. ment français est le plus fort dans la confédération, si on le
compare à chaque nationalifé séparément.
Cette sépériorité anglaise n'existe que däns leur imagina-. tion, Les Canadiens français ont même souvent forcé le par: lement à leur rendre justice," ce qui était aux yeux des
tiques une grande injustice.. La race inférieure obtenait ce
qu’elle demandait ou du moins en partie. Sans se décourager, les francophobes se sont unis plus que jamais contre nous pour tout nous refuser.
& Le Toronto News, lui, se fhit ouvertement l'interprête du sentiment orangiste. Il publie une gravure qui représente la nationalité canadienne-frangçaise sous la forme d'un arbre robuste que la francophobie travaille à abattre, Tant que le fanatisme n'a attaqué que l'écorce de l'arbre, les Canadiensfrançais ont tout enduré, mais lorsqu'il a attaqué le cœur, il s'est produit un mouvement général, donnant le spectacle d’une nationalité qui lutte pour 82 propre conservation. Cette anion des Canadiens-français pour notre défense nationale démontrera à nos agresseurs que nous saurons résister à l'injastice
et revendiquer nos droits sans compter le nombre de nos ad-.
versaires. :
“Nous ne cèderons rien.
“ Nous résisterons aux attaques.
- # Nous nous battrons, s’il le faut, pour nos droits. # Nous vaincrons, Où nôuB MOUTTONS, SANS Peu, SANS TEpro-
che et sans déshonneur dans cette lutte qu'on nous déclare, sans ‘
raison, au préjudice des meilleurs intérêts de la paix et de 'avenir de la confédération canadienne,
(Lo. Monde du 19 novembre 1885.
FaBrex VANASSE
“M. Fabien Vanasse, rédacteur en chef du Monde et député
” du comté de Yamaska, parla ensuite.
< En mon nom, dit-il, et en celui de mes commettants j'ai rotesté dans les-termes les plus énergiques contre l'exécution Le Riel ‘Avec.mes collègues, j'ai faitsavoir à sir John, que, dans les circonstances, l'exécution de la sentence de mort serait un acte de cruauté dont je repoussais toute là responsnbilité. Ma carrière politique n'a pas été encore bien longue,
mais, en entrant dans la vie publique, j'avais une grande Con-°
fiance dans l'avenir de la confédération canadienne, qui est en si grande pattie l'œuvre dece grand Canadien, le regretté sir Georges E. Cartier, mais aujourd’hui tout pénible que puisse être pour moi cet aveu, ja-suis obligé de déclarer que Ia pen- . . “daison de. Riel a plus, que compromis ce brillant avenir que - J'avais rêvé (écoutez, écoutez.) Fou
“ Les.dépatés conservateurs de Ia province de Québec, ont eu. foi dans Ja parole et les promesses de leurs chefs, et avaient
‘la certitude morale que Riel ne serait pes pendu. On leur avait
promis qu'une commission médicale, composée d'experts autorisés, serait nommée et qu'elle serait chargée de se prononcer sur l'état mental du prisonnier. Mais nous avons été hontensement trompés, (honte) À compter de cotte date fatale. depuis le jour où le cabinet a décidé de mettre à mort cet infortuné, le ministère a compromis 6a diguité, l'honneur du pays, et a perdu la confiance de la députation canadienne-française. “ La pendaison de Riel n'a ëté, dans les circonstances, u'une indigne. concession faite aux exigences sanguinaires "ane faction de 14 population d'Ontario (honte) Le cabinet nous a retiré la confiance qu'il avait en nous, et il ne se fie pas à notre loyauté. Sir John a fait pendre Riel parce qu'on luia. dit que s'il n'était pas pendu, il n'obtiendrait pas dix voix dans Ontario thonte) Grâce à ce crime sir John peut obtenir une soixantaine de partisans ou plus dans Ontario, mais après une longue carrière, si glorieuse et si utile pour le pays, il descen+ dra dans la tombe avec le atigmato du déshonneur, ”
© M. Vanasse donne encore quelques explications, et il termine en disant qu'il avait la confiance que ées électeurs approuvaient . la conduite qu'il avait tenue, et celle qu'il se proposait de tenir et qu'il résignerait plutôt son mandat que de sanctionner un acte qui, s’il était accepté, constituerait une honte nationale,
. (Le Horde du 20 novembre 1885.)
sure Mais le fanatisme avait besoin d'une victime, Riel a été offert en holocäuste, et :‘ l’orangisme ” l’a pendu, par haine, et pour assouvir une vengeance déjà ancienne, Sir John ero-
‘yait d’abord pouvoir encore, comme par le passé, contrôler cet
élément dangereux de notre population, Il a été impuissant. Plus de domination française, disait le Haut-Zanada, Îa tête de
Riel ou la vôtre. Plus de domin iQ française disaient les
.orangistes : la tête de Riel ou la vôtre A la fin, le vieux chef a
cédé, at la potence, la hidouse potence, a été élevée au fond des lointains déserts de l'Ouest. On sait le reste. Que sir John ne s'étonne pas aujourd'hui si le Bas-Canada lui retire la confiance illimitée qu'il lui a donnée depuis 30 ans. Sa carrière si glorieuse pour lui et qui a été si profitable pour le pays, il la doit au parti conservateur Bas Canadien qui ne lui a jamais. fait défaut. Pour récompense deses 30 années de service, il
! > refuse ss prière de miséricorde et lui donne une potenca On s fait brûler la corde orangiste qui a étranglé Riel C'est une. précaution inutile, Le vent en a disperué les cendres aux quatre coins du pays Les ingrats et les bourreaux en seront ‘empoisonnés. parti conservateur, dans notre province, ne peut se rendre responsable du sang de cet homme. J1 se dégraderait aux yeux de l'humanité Le Canada tont entier, repousse cet acte de cruauté dont les conséquences peuvent être si terribles. Nous avions formé de beaux rêves, de mag- . nifiques espérances pour l'avenir de notre pays. Depuis surtont l'établissement de la confédération, l'œuvre de Cartier les différentes races qui vivent à l'ombre da drapean canadien . semblaient s'unir ensemblo pour travailler dans la concorde et dans la paix à l'agrandissement, à la fortune et à la richessede la patrie commnne. eo :
“ Les anciennes baines étaient disparues pour faire place à l'estime et à la confiance naturelle entre tous les citoyens d'un même pays Le souvenir des mauvais jours d'autrefois était “disparu sous les jpies du présent et les espérances de l'avenir plein de gloire et de bonheur. Pourquoi faut-il donc que ces rêves caressants soient sitôt brisés ? Pourquoi faut-il qu'en ane seule heure, à jamais exécrée, on aît ressuscité toutes les vicilles haïnes du passé, et compromis peut-être pour toujours la paix et l'avenir de cette confédération ? Nous ne demandons aucun
. sacrifice de droits aux autres nationalités, pas même aux orangistes ; Dourquoi ne pas nous laisser jouir paisiblement des. nôtres ?
“Les Canadiens sont-ils déloyaux ? Est-ce que 120 années de luttes et de travail pour maintenir le drapeau et l'influence de l'Angleterre sur ce continent, ne suffisent pas pour prouver notre attachement, notre fidélité, notre amonr envers la eouroune britannique ? L’orangisme est n6 dans le sang-de l'Irlandais ? C’est an élément de désordre La couronne d'Angle-
. terre, n’a pas de pires ennemis sous le soleil, que les affiliés des. loges orangistes ? C'est à cette faction que l'Angleterre doit toutes les hontes et les déshonneurs qui ternissent son bläson. Ne laissons pas croître davantage cette plante de la tyrannie, ‘sur cette terre libre du Canada, Le soleil du Canada luit pour tout homme qui veut travailler à so faire ano patrie heureuse eb tranquille. Les fauteurs des injustices et des discordes n'y ont pas droit de cité. L'orangisme ne s’est entendu nulle. part à faire le bien et le bonheur des Etats. Il a été le bourreau de l’irlande et Ja honte de l'Angleterre. Son agissement en Canada nous conduira à la, destruction et à la ruine com-
Pen
- LA QUESTION MÉTISSE ri À ‘843
-plète de la confédération. Que tous les amis du bon ordre, de
a justice, et de la fortune nationale s'unissent,
“ Il était de notre devoir de protester énergiquement, nous l'avons dit, le temps est maintenant arrivé de bien définir la situation, Nous avons été provoqués par le fanatisme, et nous nots sommes unis pour revendiquer nos droits, mais on doit éviter des excès qui pourraient nuire à notre.eause, Tout ce qui a été fait jusqu’à présent a été bier Ptit. Les étudiants qui ont organisé Ces patriotiques démonstrations, méritent les félicitations du public. Ï] est étonnant de voir une foule si considérable so conduire si bien. On voit que les organisateurs de
ce mouvement ont voulu enregistrer un énerpique protêt, plu-.
tôt que de'créer de l'agitation sorstitntiqnnelle, afin d'arriver
termination de ceux qui ont pris l'initiative de ces démonstrations populaires. Le calme n’exclut pas 14 fermeté,‘et comme les étudiants sont capables des deux : nous -5ommées‘heureux de voir qu'ils proposent de mettre leurs talents oratoi'es au service
de cette grande cause nationale et patriotique. Ÿ /
Î (Le Monde da 21 novembre 1885) ansrsorsouren ….Le parti conservateur de la province n’a pas
hésité à blâmer le gouvernement et ila protesté presque à l'unanimité contre cet acte pour en repousser la responsabilité,
* Les conservateurs ont prouvé que lours principes étäient tout, éputés conservateurs .
et que les hommes n'étaient rien. Les avaient la confiance da pays, etils ne l'ont pas perdue dans cette circonstance. Au contraire, ils se présenteront devant les
compter, | :
(Le Monde du 23 novembre 1885.) :.
L'ASSEMBLÉE D'HIER | & L'assemblée qui a eu lieu hier sur le Champ de Mars, a été une éloquente protestation contre l’outrage sanglant fait à notre nationalité. Nos ennemis verront qu'on ne jette pas l'insuite à la face de tont un peuple sans provoquer une lévitime
indignation. Au delà de cinquante mille personnes 8e pressant .
autour des trois estrades, s'étaient rendues sur le Champ de Mars pour désappronver l'acte inique de Régine, et flétrir ce
L à un résultat pratique. C'est d’ailleurs, nôus a-t-on dit, la dé.
‘électeurs comme des hommes sur lesquels le peuple peut
drame sanglant où l'on à si indignement sacrifié l'un des nôtres. Il n'y a jamais eu à Montréal, d'assemblée aussi nombrense, aussi unanime et aussi enthousiaste. Pas moins de trente orateurs ont adressé ls parole. On parlait sur trois estrades en même temps. Des applaudissements frénétiques accueillirent les orateurs de tous les partis, de toutes les sections, sans: aucune distinction. Les conservateurs applaudissaient, les libéraux félicitaient les conservateurs. Les partis politiques s'effa. eèrent pour protester au nom de la malheureuse victime du nom canadien-francais.. On voyait M. Mercier parler à côté de M. Alphonse Desjardins, luttant pour la même cause: M. Torte et M. Laurier soutenaient le même -principe; M. Beaubien et M. Robidoux faisaient la mêmé protestation ; M. Trudel et M. Torcotte s'anissaient dans un même sentiment.de patriotisme, M. Beausoleil et M. Couraol, inspirés par le même sentiment national, revendiquèrentéloquemment nos äroits foulés aux pieds; M. Bergeron et M. Poirier animés du même patriotisme firent entendre le même cri d'indiguation. Enfin, tous les orateurs, faisant disparaître toutes divisions politiques ou professionnelles, s'unirent contre l'ennemi commun: l’orangisme et ceux qui furent ses instruments. L'assembléo d'hier honore les Canadiens et démontre leur patriotisme. Is savent s'unir pour revendiquer leurs droits et protester ‘contre l'injustice.
. “ Marchons anis et sachons faire respecter notre nationalité.
os
(Le Monde du 23 novembre.)
BYMPATHIES TRLANDAISES
cours mers Comm l'armée, la nationalité française à fait appel à ses alliés, La réponse ne s'est pas fait attendre, De toute part, dans la province de Québec, dans Ontario, et des provinces maritimes, des Etats-Unis même, les Irlandais ont déclaré adbérer à notre cause. Et pourquoi cette sympa thie ?—Âh ! c'est que l'oppression et lastyrannie, c’est que le fanatisme et la bigoterie ont été de tout temps dirigés contre Y'Irlandais, et que pour lout héritage, ce dernier n'a requ avec . l'air qu'il respire, qu'un cœur ne renfermant que sentiments‘ . nobles et élevés, et qu'une intelligence d'élite qu'il sait mettre générousement au service de ceux qui combattent pour la jus-
. tice et la liberté. Cette communauté d'idées, cette union entre Irlandais et Canadiens-français, ne pout que produire de bons
résultats, et cela dans un avenir peu éloigné, L'assemblée d'hier dont il sera question plus tard dans l'histoire, a prouvé que ces sympathies intimes entre Jrlandais et Canadiens- Français avaient raison d'être etétaient parfaitement comprises du peuple, nn Vo,
“ Lorsque l'honorable M. Beaubien fit lecture d'une dépêche annonçant que les Irlandais américains sympathisaient de tout cœur avec nous dans cette aflliction nationale, sa voix fut couverte par les acclamations. Le nom seul- de Daniel O'Connel, le grand patriote irlandais, cité par l'honorable Wilfrid Laurier, durant son magnifique discours, fut accueilli par un tonnerre d'applaudissements. Et lorsque M: Cloran, le jeune et brillant journaliste, qui préside à la rédaction du Post, fat appelé à prendre la parole, il reçut ane véritable ovation,
#t Ce simple exposé des faits démontre assez clairement que
plus que jamais notre union doit être cimentée avec les Irlan- :
dais. Au fond, ce sont nos seuls véritables amis, |
(De la Minerve du 13 novembre 1885.) Riez
tt Pas de nouvelles d'Ottawa. Muets, comme nne-tombe. On
- doit pourtant avoir pris une décision ; car il ne reste que deux jours avant l'exécution, et c'est juste le temps qu'il faut pour
qu'un messager, parti mercredi soir, arrive à temps, à Régina,
avec le mandat annonçant que c'est “le plaisir de “ Son
Excellence que la loi naît son cours. ” Quelle sinistre ironie dans
les mots de cette formule ! Nous sommes .convaincns que le
ar - &
ouverneur-général rendrait bien, pour quelques jours, à Sa .
jesté, la haute prérogative de ‘miséricorde ” qu’elle lai déléguée. TS . .
“ Son Excellence a célébré, hier, la fête d'action de grâce qu'elle a proclamée l’autre jour. C'élait un jour de prière et de propitiation. Les rapprochements les plus étranges 8e produisent autour de cetts date lugubre que la justice avait fixée pour une exécution. Les dépêches de Winnipeg nous en apportent un autre. C'était mercredi la date d’un grand banquet offert aux honorables MM. White et Caron. Quel mauvais goût-pour ne pas dire“ quelle inconvenance ” d'inviter à une
réjouissance publique, à pareil jour, deux hommes politiques.
qui ont autant d'attache dans notre provines! On serait porté à croire, par les rumeurs qui nous viennent de Régina, que le
gouvernement a chargé des médecins spécialistes de s'informer de l'état mentsl du prisonnier, C’est une sollicitude lounble de la part du gouvernement, si la Choso“a été faite. Refuser cotte dernière demande du prisonnier nous paraissait cruel, Quel “sera le résultat de cette enquête ? Nous doutons fort que les mé. decins sérieux puissent prétendre que Riel n’est pas atteint de monomanie, au moins quand à ce qui regarde les questions du Nord-Ouest, ‘ ! .
“ Or, s'il est monomaniaque, ne serait-ce que partiellement, Son Excellence devra y regarder à deux fois avant: de signifier
“son bon plaisir ” que l'exécution ait lieu....Sile gouverne.
ment rous réserve le triste spectacle dè l'exécution d’un homme
* vaincu et brisé, qu'il nous sauve au moins de l'horreur de penser