LA QUESTION MÉTISSÉ = 885 AVANT LE GIBET
| EXTRAITS : DB LA BROCHURE LOUIS BIEL ? MaRTyR DU NORD- , OUEST, PUBLIÉE PAR LE JOURNAL La Presse EN 1885. | /
. L'exécution était fixée au 40 novembre. Les ministres re 8 s'étaient réunis pour statuer une dernière fois (ils le croyaient ‘ To du moins) sur le sort de Riel :.et ils avaient décidé À L 'UNANT- .. .MITÉ, que ce qu'ils appellent la‘loi suivrait son cours. Cette unanimité, que M. Chapleau a faït connafîtré, plus tard ! (le vendredi 13), aux députés” rénnis à Montréal, est un.fait- / aussi grave que dénlourêux. Î Carelle pronvo que les trois ministres canadiens-français / . ne s'étaient pas bornés à la faiblesse de subir la loi du plus : ; fort, et à l'insigne l£cheté de conserver leur place dans an a, / gouvernement qui déclarait la guerre à leur nationalité, a Leur rôle n’avait pas été seulément passif, Leur complicité à à Î : avait été agissante.
A la question de savoir si Louis. Biel serait pendu, MM. Lan- / gevin, Chapleau et Caron avaient répondu : Our. j On sait maintenant sous l'influence de quels motifs cette! odieuse décision a été prise. UT “D'une part, sir. John A. Macdonald avait décidé que Rid — . paierait desa tête le crime d’avoir révélé au monde les infàx- ‘mies de l'administration du Noïd-Ouest, et il mettait au main- . tien de cette résolution une obstination sénile. or D'antre part, M. “Mackenzié Bowell, lex-grand maître des : orangistes, était revenu, il y a envirou un mois, d’an voyage auprès de ses constituants. D’ après dés informations de source sûre, il aurait été très sériensement effrayé de leur disposition . d'esprit ; et à son retour;:il aurait dit à sir John A. Macdonald qu'il fallait à tont prix satisfaire les orangistes ou renoncer à leur concours. :
On peut considérer les renseignements de M. Mackenzie. Bowell, comme syant eu ‘une considérable et pernicieuse influence sur l'issue fatale du drame de Régina. ‘
Mais, il ne suffisait pas de faire mourir un prisonnier désarmé et sans défense ; il fallait s'occuper de prévenir dans le Canada français et nôtamrient à Montréal, les effets de la fu-
renr populaire. :
- Que le gouvernement ne dise pas qu'il ignoraît les vérita-
. bles sentiments de la population canadienne. - Il se trompait, sans doute, sur la possibilité de remonter le courant ; mais il était informé d’ane façon si exaote de l'existence de ce courant |
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ju’il avait pris des mesures pour détonrner l'attention et pour
‘ diriger d'un autre côté la colère du peuple. . Dans la persuasion que l'exécution de Riel aurait lieu le 10 novembre, on avait résolu d'éviter qu'il y eut, le 10° novembre,
- une émeutes à Montréal contre le gouvernement, et,comme
mesure de précaution, on n'avait rien trouvé de mieux que
— d'occuper le peuple, en soudoyant por le 6 ou le 7 du même
‘r-mois, une autre émeute, contre M.
eaugrand, maire de Mont- ” réal,‘et ennemi connu du gouvernement. . +,
Nous n'avons pas à rappeler ici, dans quelles circonsiances, * un mandat d'arrestation avait été dirigé contre l'ouvrier,. Gagnon, pour avoir tiré sur la police chargée d'exécuter dans son domicile une mesure d'isolement prescrite par le bureau de santé. M. Beaugrand, redoutant, non sans raison, un nou-
. veau confit. entre Gagnon êt la police, et voulant prévenir ", autant que possible toute cause d'émotion ou de trouble dans
la rue, n'avait pas hésité 4 8e rendre lui-même, avec douze agents, dans ce lieu infesté paï le picote, pour ‘assurer l'exécu- : “tion pacifique du mandat judiciaire. — Cet acte qui, dans'tous les cas, révéläit au. moius, dans le maire de Montréal, un homme assez courageux, pour payer de 8a personne et pour s'oxposer à la fois à des coups de fusil, à Fépidémie et au mécontentement des adversaires du règlement sanitaire, avait été diversement apprécié. Il: avait même été fortement blâmé par ane partie de la population ouvrière canadienne-française, trés-hostilé à la vaccination. et à. Fisolement. | “ - Toutefois, le mécontentement de la première.heure commen gait déjà à s’apaiser, lorsque -les ‘hommes ‘qui avaient . résolu : de sacrifier Riel aux orangistes, résolurent d'exploiter lé terrible fléau qui pèse sur la cité de Montréal, en souleyant les passions de la foule contre le maire et contre le bureau de santé eten poussant ouvertement à la révolte contre l'application des règlements sanitaires, ee
Le jour de l'ouverture de cette campägne (jeudi 6 novembre),
- eoincidait avec’ l'arrivée à Montréal d'un employé du gouver-
nement à Ottawa, qui passait à-tort ou à raison pour collaborer aux frais du gouvernement à la Minerve, et pour apporter à la Minerve et au Monde les instructions des ministres. .
: + C’est alors que parurent dans la Ainerve et dans le Monde
des articles actuellement déférés à-la justice, dont la violence
dépasse l'imagination et- dans lesquels l'incitation à la guerre
civile est patente, En même temps, uh placard plus incen-
âiaire, s'il est possible, sortait de l'imprimerie du Aonde, et US Ÿ
était distribué dans la classe ouvrière À ‘un nombre incalcu- Ü LS] :
lable d'exemplaires. ue -
On ne peut ‘prévoir quelle eut été, sur une population inflammable, la Conséquence de cet appel aux passions, si, à J'exception du Mende et de la Minerve, tous les journaux conservateurs aussi bien que libéraux, tous les corps publics et tous les bons citoyens ne s'étaient mis résolument en travers d'un mouvement aussi dangereux pour la paix publique que pour le succès de la lutte contre l'épidémie. Fo
Mais les meurtriers de Riel né se sonciaient ni de la paix publique, ni de l'épidémie qui décimait Montréal. Ts voulaient étoufrer le bruit de l'exécution de Riél sous un:antre bruit,
couper en deux la population canadienne-française de Mon.’ tréal; et à la veille d'un deuil national, ils ne reculaient . :
devant aucune infamie, pour essayer de ruiner anprès du peu- “ple l'influence d’un maire libéral.
- Cette conspiration si habilementt et si criminellement :
ourdie, mais que la sagesse du peuple de Montréal avait déjà .
. déjouée, fat réduite à néant'par un événement sur lequel personne n'avait compté, et; les ministres encore moins que personne. | et .
L'exécution de Riel n'eut pas lieu le 10 novembre, ‘À Ja dernière heure, on apprit qu'un nouveau sursis de six . jours était accordé an condamné
Faut-il dire accordé, quand en face de la résolutiônt impla-
cablement prise, ce sursis n'était qu'une souffrance de plus,
un raffinement de cruauté, une agonie d'une semaine ? ?. .
On affirme que le gouvernement ne s'était. pas eouvenu à :
temps, pour faire parvenir an exprès À Régina, de la disposition de la loï, selon laquelle nulle exécution capitale ne pent avoir lieu dans le Nord-Onest. sans que le shérif ait reçu.à cet effet un warrant signé du gouverneur général en-conreil.
C'est pour permettre aux ministres de réparer 0e vice de procédure, que le sursis aurait été prononcé. ’
Le condamné pouvait-il être-exécuté, à la suite de . cette erreur et de ce dernier sursis qui équivalait, en fait, à un réta-
" : blissement de 1x peine de la-torture ?
Lorsqu'on apprit qne telle était en effet l'intention des ministres, un long cri d'horreur s’éleva,; même dans la population anglaise, contre ce nouvel acto d'inhumanité saus. précédent chez les peuples civilisés. : ‘ Doit
I y a quatre ans, un Irlandais ‘reconnu coupable de meurtre
avait été condamné 4 mort. Uno délégation de ses compatrio--
tes vint trouver sir John A. Macdonald pour solliciter sa grâce. Elle offrit d'apporter la preuve que le condamné était
atteint uon-seulement de folie individuelle, mais de folie h€ réditaire, que son père avait été atteint au mêrne âge que lui . et était mort fon, que son aïeule avait été victime de cetieterrible, ma lndie, et que, par conséquent, Je condamné n'était. pas responsable de ses actes.
Sir John A. Macdonald n'ayant pas cru pouvoir se rendro . aux argaments que les Irlandais faisaient valoir auprès de lui pour obtenir Ïa grâce de leur compatridte, ceux-ci Ini demandèrent au moins d'accorder un sursis de quelques jours, - en 86 faisant forts de eomplèter leur preuve dans l'intervalle, Mais sir John A. Macdonald répoudit.—-cette fois aveo rais0n--que n'étant pas sûr d'accorder la grâce, il ne pouvait pas accorder de sursis, parce que ce serzit trop cruel, et que, si le condamné était exécuté plus tard, son exécution deviendrait un véritable meurtre. - ° | Que penser, alors, de la froide cruauté, avec laquelle on imposait à Riel un dernier sursis de six jours—non pas même pour délibérer sur son sort, mais pour réparer un vice de pro-cédure ?. Lo Te .
Ce sursis était le quatrième. | * Richardson avait fixé. une première fois, l'exécution au 18
septembre. "sachant très bien que ce délai serait insuffisant.
pour Fappel. .
* Un second sursis, qui ne pouvait pas laisser au conseil privé . Je-temps de se réunir, avait élé accordé jusqu'au 16 octobre, b Un troisième sursis avait ajonrné. l'exécution :au 10 novem-. re. - eo Lo meurtre était maintenant reporté au 16, par suite d’un. oubli de laloï.... 1. Le .
Mais, À côté de Riel, il y avait deux femmes - . C'est sur ellesque #'est manifestée la férocité de cette succession de sursis, qui leur ont fait subir plusieurs morts. La mère de Rici, une noble femme, la veuve du patriote de 1847, est devenue folle. .
Mme Louis Riel était enceinte. - . Quelle situation, et qué de poignantes douleurs ! Elle est accouchée, il y a quelques jours, d'un enfant qui n’a vécu que deux ou trois heures ! | 7.
Paavre petit 1 Déjà il avait trop souffert avant de naître. Les. ” douleurs dé sn mère avaient tari en lui les sources de la vie! ‘Qui donc est responsable de Ja. mort de cet orphelin, qui . aura pas même connu le sourire de sa mère, et dont les caresses n'auront pas pu soulager les larmes de cette veuve infor. t uw ‘ - Ab! Il est comnolo, quand on siége à Ottawa, dans un
ministère auquel on se cramponne par la fourberie et la trahison, de se dire que, pour rester quelques semaines encore au pouvoir, on peut.bien consentir à ceque sir John"4. Macdonaid se passe le plaisir de voir se. balancer la tête d'un ennemi au bout d'un gibet !. : . ST
“ Qu'est-ce que cela. fs vie d'an homme,” a dits Zfinerve ?
Qu'est-ce que cela, quand le meurtre de cet homme-est l'enjeu d’une partie électorale, dont on à longuement calculé le point . fort et-le point faible, et quand on se eroït assuré de l'impunité ?
Oui! mais cet homme n'était pas le seul! +"
I] avait une femme dont la vie est empoisonnée.; une /mère dont le-cerveau n’a pas résisté à la douleur! :: . 1 avait des enfants, en bas âge, que ce meurtre a rendus
Srplelins 1 . D Fo ‘l attendait un dernier né qui n’a pas pu survivre aux ;tortures de sa mère! Ur
L'enfant est mort! L'aïeule est devenue folle! La tête dn
père s'est:balancée au gibetl ‘ U
Les bourreaux ont été plus durs et plus cruels que Ia loi .du
Nord-Ouest ellemême! n
Pourtant, avant de céder au sentiment de réprobation indi- ‘*, gnée qui n'allait pas tarder à s'emparer de tous les cœurs, le ;‘ peuple canadién était destiné, lui aussi à subir une épreuve; *, préparatoire. ", . Det os CU % - . “Le jeudi 12 noyembré,—alors que le public n’était pas egcore Êxé sur le sort dé Riel, —on apprit avec stupeur, qu’un binquet‘-<* Ke le sursis et destiné, dans l'intention desorgant, ‘7. sateurs, à tomber le lendemain même de 1a mort de-Riel, avait. “#. eu liex’fe mercredi 22, à Winnipeg en présente de deux minis-. 1 "# tres L'an d'eux, ati Canadien-français, ‘8ir A Caron, minis. =. tre de la Milice;‘avait trinqué avec des orangistes à la mort de :" ‘Riell L'autre, M. ‘White, avait voué Riel à l'indignation :.
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+ Nous empruntons à un journal anglais, le Montreal Herald, l'expression éloquente de l’indicible dégoût provoqué dans toutes les classes de la population, sans distinction de partis ni : de races, par cefte hideuse bombance : ‘
“Un prisonnier politique sous ls coup d'une sentence de mort est dans
- la prison de Régina. L’exécution a te relardée temporairement. Un
banquet est organisé à Winnipeg. Les partisans du gouvernement,
mecontents du sursis qu'il a accordé de son chef, déclarent que pour
cette raison ils n'assisteront pas au banquet. Un journal minislériel de Winnipeg, pour assurer le succès du banquet de leurs partisans. et -
- ramener Jes récelcitrants, publie le lendemain un article doubie-inter-
- Ligné annonçant que les deux ministres MM. White ef Caron, seront présents pour annoncer que la sentence de mort prononcée contre le prisonnier politique serait certainement exécutée. Les partisans satisfaits * de cette déclaration accoururent en foule au banquet qui, au lieu d'être | “un fiasco, eut un immense succès. Les ministres s’y rendirent et exécu. tèrent l'étrange corvée qui leur était imposée par le zèle des partisans. ” Sir Adolphe Garon. ministre de la milice, annonça qu’il n'avait aucune sympathie pour les lraïlres el que la juslice suivrait son cours. "M. Thomas White voua Riel à l'exécralion publique. On nous assure que ces expressions furent reçues avec des bruyantes manifestations de joie. Qui pourrait en douter ? Eu égard à ces déclarations, le banquet eut un grand succès. .Ls comité, au lieu d’être en déficit, n'a eu aucune dificulté à amarrer les deux bouts. . car te
# Voilà un emploi nouveau pour les membres du cabinet, et les ins-
” tincts chevaleresques de notre âge et de notre race sont illustrès d’une
manière aussi nouvelle qué bizarre; les affafres d'état les plus solennelles peuvent être traitées de la mème manière qu'un caucus de faubourg: et c'est au milieu de l'excitation tumultueuse des bouteilles de champa- ‘gne que le gouvernement de notre pays rend des arrêts redoutables do vie et de mort. Cela peut être considéré par des partisans comme étant l'idéal de l'homme d'élal, mais nous croyons que les gens sérieux et sages qui le considèrent ainsi, setont rares et bien espacés, ‘et que la grande majorité des Canadiens qui parleront de la moralité de ce spec- : tacle exprimeront l'espoir, pour l'honneur. de notre civilisatien tent, vantée, qu'il ne se renouvelera plus. - | ‘
“ En somme, le prisonnier de Régina avec ses membres enchainés, son intelligence égarée, sa vie ne tenant qu’à un fil, est selon nous, plus | digne de respect et de sympathie que cette exhibition de partisans . féroces de Winnipeg, que cette indigne prostitution des fonctions ministérielles. L'idée d'exploiter la sauvagerig des partisans pour forcèr le
main au gouvernement etassurer les dépenses d’un diner, quand l'homme
* contre lequel ce mouvement est dirigé doit souffrir l'équivalent de l'ago-
: nie même, démontre une dépravation diabolique tellement inouïe qu’on ne saurait trouver aucun précédent dans aucun pays civilisé.”