‹ La vérité sur la Russie (volume 2)Chapitre 7 sur 16 · DE L ADMINISTRATION MILITAIRE · texte numérisé non relu

DE L ADMINISTRATION MILITAIRE

N'étant point militaire, nous ne toucherons dans ce chapitre ni à l'organisation de l'armée, ni à la stratégie, etc. Nous parlerons uniquement de l'entretien des soldats, de la manière de les habiller et de les nourrir, et de la position qui leur est faite vis-à-vis de leurs chefs. La dernière guerre a révélé les abus les plus affreux, les plus dégoûtants ; l'opinion publique s'en est indignée, le gouvernement s'en est ému , une enquête solennelle a été ordonnée ; le soin d'opérer cette enquête fut confié à un jeune officier général dont la dernière guerre avait mis en évidence les talents et l'éminente loyauté , un officier général très-populaire dans l'armée et le digne fils de l'un des hommes les plus respectables de la Russie (1). Nous n'avons nul besoin d'ajouter que le zèle le plus loyal et l'équité la plus stricte ont

(1) Le père du prince Victor W..., le prince Hilarion W..., était mort, en 4 847, dans le poste le plus élevé de Fempire , celui de président du conseil de l'empire et du comité des ministres. Vrai type d'honneur et de loyauté , il avait offert le rare exemple d'un homme qui a passé un demi-siècle à la cour de Saint-Pétersbourg sans jamais déchoir d'une loyauté à toute épreuve et

présidé à cette enquête solennelle. IMais les divers rouages de la bureaucratie se tiennent si bien entre eux, se trouvent si parfaitement engrenés les uns dans les autres, que les efforts les mieux combinés ne purent réussir à amener devant la justice tous ceux qui auraient dû lui être livrés; parmi le trèspetit nombre d'individus traduits, à la suite de Tenquéte, devant le tribunal militaire nommé par le gouvernement, tous ne furent point condamnés, et le principal coupable, celui qui avait dirigé Tadminis* tration militaire dans la dernière guerre et avait été la source comme le protecteur de tous les abus , le général Z. . • , fut seulement renvoyé du service ! Cette sentence fut prononcée trois années et demie après la fin de la dernière guerre, dont les désastres et la honte paraissent tous les jours et de plus en plus s'effacer de la mémoire du gouvernement; la toutepuissante bureaucratie, après une forte commotion, rentre dans son existence ordinaire, et les leçons du passé paraissent n'avoir servi à rien. Profiter de l'absence de la publicité, seule garantie d'un contrôle réel, pour voler et piller sans pudeur ni vergogne, et si l'on est découvert, faire en apparence beaucoup de bruit pour aboutir en définitive à sau-

d*une tenue empreinte du cachet de la plus admirable dignité. Il fut du très-petit nombre d'hommes qui ont eu le rare courage de faire entendre la vérité à Fempereur Nicolas.

ver les coupables et empêcher toute réforme sérieuse, tel est le système constant de la bureaueratie russe. Dépourvue complètement d'honneur ei de conscienee, elle ne redoute qu'une chose au monde : la publicité. Eh bien, il faut la clouer au pilori de la publicité, jusqu'à ce que Ton soit arrivé à obtenir les réformes indispensables.

Pour expliquer l'état hideux de l'administration militaire en Russie, il faut remonter à ses véritables auteurs, l'empereur Nicolas et l'officier général qui, pendant un quart de siècle^ (1827-1852) a rempli les fonctions de ministre de la guerre. Cet officier général, d'aune médiocre capacité administrative, était l*un des plus habiles intrigants de cour qui aient existé, et cette qualité, prisée, en Russie, bien au-dessus de fesprit et du mérite, avait fini par rélever au pïus haut poste de l'administration, celui de président du conseil de l'empire et du comité des ministres. Plat courtisan vis-à-vis de son souverain, le plus obséquieux de ses flatteurs, tremblant devant ses colères, il était, vis-à-vis de ses subordonnés, hautain ccwtime un parvenu, insolent comme un esclave distingué par son maître, dur et méchant jusqu^à la creauté. Il ne voulait que deux choses : de la faveur à la cour et de l'argent, çt pour arriver à ces deux buts, tous les moyens Uh Mmblaieut boa&« Ses subordonnés tremblaient devant lui, et par une suite naturelle de la crainte.

s^enteadaient à le tromper, comme lui de son c6ié, IremMant devast l'empereur , trompait son souverain. Les hommes nobles et loyaux furent mis à Té* cart ; les hommes à caractère indépendant furent Tob^ jet des persécutions; la platitude et la bassesse tinrent lieti de mérite, ce dernier offusquant un ministre médiocre; la vénalité et le vol furent des moyens d'avancement, un colonel ou un officier général honnête étant un reproche vivant pour un ministre prévaricateur. Cela dura ainsi un quart de siècle, et l'armée russe fut moralement désorganisée. Le ministre de la guerre voyait l'empereur plus souvent que tous ses collègues; il travaillait tous les jours avee lui. L'empereur Nicolas abîmait tout ce à quoi il totK^hah r le ministère de la guerre fut abîmé plus qu'un autre, par la raison bien simple que l'empereur s'en occupait tous les jours.

En 4 852, un an avant l'ouverture de cette guerre si maladroitement engagée par l'empereur Nicolas contre des adversaires dont l'alliance lui aurait été si éminemment utile, tandis qu'il s'obstinait à conserver une alliance, qu'il croyait intime, avec l'ad» versaire naturel et l'ennemi pennanent de la Russie, en 4 852, l'empereur Nicolas af^ela au ministère de la guerre l'un des officiers généraux qu'il distinguait le plus et dans lequel , avec cette constante erreur de jugement et de coup d'œil qui formaient le trait dktinctif de ce souverain, il croyait voir un homme

d'état. C'est un officier géBéral connu par son intégrité, mais complètement dénué non-seulement de mérite, mais de toute espèce de capacité, même de la plus médiocre. Son sourire perpétuel et banal, adressé à tous et à chacun, lui sert aux yeux de ceux qui ne le connaissent point à déguiser une absence complète d'idées. Les affaires d'état, les grands intérêts de la patrie, n'existent point pour ce ministre uniquement occupé et préoccupé des relations de cour, des invitationsau palais, et l'homme le ptusheureux du monde lorsqu'il lui est possible de ne point donner son temps aux affaires sérieuses; du reste, ne comprenant rien du tout à la marche de l'administration, se perdant dans les détails et les minuties, ne sachant jamais s'élever aux considérations générales, et tremblant toute sa vie devant tout ce qui est réforme et progrès. Pendant la dernière guerre, sa plus grande préoccupation consistait à cacher à l'empereur Nicolas d'abord, à l'empereur Alexandre ensuite, toute la portée de nos désastres, pour ne point les affliger, disait-il, mais en réalité pour éviter leurs reproches. Si les courriers arrivés de l'armée et interrogés par le souverain lui révélaient la vérité, ils étaient sûrs de se trouver ensuite exposés aux reproches du ministre de la guerre.

La dernière guerre (4853-1856) vint révéler, dans toute son horreur, l'affreux état de l'admi-

nistration militaire russe, complètement livrée à cette bureaucratie qui considère le vol comme sa propriété. On ne saurait, dans l'intérêt du pays^ donner assez de publicité, assez de retentissement aux faits odieux qui se produisirent à cette époque, a&n d'en éviter le retour à l'avenir, d'autant plus que les réformes en Russie s'accomplissent bien lentement, et d'une manière beaucoup plus nominale et apparente que sérieuse et réelle.

Le général Z , appelé à la direction générale

de l'administration de l'armée, fit nommer son

beau-père Sch chef de l'intendance militaire,

et donna à son beau- frère W une place dans

l'administration. On put ainsi administrer en famille. Les troupes recevaient des biscuits moisis, de la viande pourrie ; plusieurs d'entre les colonels étaient payés par Z pour tolérer ce brigandage; ceux qui se conduisaient en honnêtes gens et portaient plainte, voyaient leurs doléances infructueuses, Z se trouvant puissamment appuyé et

protégé d'ailleurs par toute la bureaucratie.

Les chefs des « compagnies des bœufs » (volovii

foty)y choisis par Z , en recevant de lui, par

exemple, cinq cents bœufs, signaient un reçu pour six cents. Il ne leur restait plus qu'à compléter ce chiffre , en s'emparant des bœufs qui leur tomberaient sous la main dans les localités traversées par les troupes, et c'est ce qui eut lieu. En même

lemps^ ]e& petites autorités locales, pour un pot-deyin de eînq ou ax roubles, délivraient facilement Un cerlîficat constatant la mort d'un bœuf qui n'avait jamais existé. Lors de la retraite de nos troupes des rives du Danube jusqu'en Rus^e,. le chef de F une des compagnies de bœufs ccmduî^t pendant plusieurs centaines de verstes, sur un cha^ FÎot, un bœuf mort, et à chaque couche îl se faisait délivrer un certiâi^l constatant la mort de Tun de ses bœufs. En général, dans la dernière guerre, les bœufe ont formé l'une des branches les plœ lucratives des exaetbns bureaucratiques. Âm&i, un jcwir le gc«ivernement reçut un rapport officiel Finformant que dans la partie de la province de Crknée située en deçà de la presqu'île, l'on venait d'organiser un nouTeau dépôt de dix-huit cents bœufe (lesquels n'ont jamais existé) I Ces dix-huit cents bo^s, après avoir été censés acheta, furent censés être nourris p^E^nt plusieurs mois ; au bout de ce temps^ ils furent croisés avoir été tués , ils furent censés avoir été salés; dsms ce but Ton fut cessé avoir acheté du sel, et chacun de ces bœufs mythologiques rapporta aux inventeurs de ce procédé environ trois cents roubles (douze c^its francs).

Lors de Toccupation des provinces danubiennes par nos troupes, en i&53. Tordre fut àoané de Saint-Pétersbourg de faire, à titre de réserve, de

grands achats de seigle , d'avome, de foin^ etc»

Z n'employa à tous ces achats qu'une faible

partie de l'argent à lui envoyé. Lors de Tévacuation précipitée des provinces danubiennes par nos

troupes, en 1854^ Z présenta au .général en

chef un rapport, où il exposait l'impossibilité absolue de foire voiturer en Russie les immenses ma* gasins de réserve qu'il était censé avoir organisés. L'ordre fut donné de les brider^ et comme il n*y avait à peu près rien à brûler, l'on n'hésita point à mettre le feu aux greniers de bié de quelques malheureux propriétaires moldaves et valaques. Le tour fut lait et accompli.

Des deux capitales et de toutes les parties de la ihissie, des personnes de toutes les classes de la màûcm envoyaient à l'armée des habillements et des objets de première nécessité; rien n'arrivait jusqu'aux soldats de l'armée de terre ; ils maïupiaknt souv^Eit des objets les plus indispensaUes. Les envois arrivés en Crimée, à peine remis à l'adminktration militaire, se trouva^nt, soit partagés entre tes divers diefe pour kur usage personnel , soit vendus aux marchands, qm les mettaient en circulation à lemr profit.

Les mariM éteîenl plus kmireux. Une administration iBlelligente et prdde veillait à leur bten-étre. Les obfets envoyés pour leur usage ne s'égaraient point, grâce à la loyauté des officiers de la marine

russe, grâce à l'intelligence distinguée et à la haute intégrité du jeune homme spécialement envoyé en Crimée à cet effet, M. Boris M (aujourd'hui secrétaire d'État).

Les deux personnages envoyés successivement pour surveiller la distribution aux soldats de l'armée de terre des effets que leur offraient le patriotisme de la nation et la sympathie publique, avaient été choisis par S. M. l'impératrice Marie, cette vertueuse princesse au ^cœur si noble et au sens si droit, l'objet du respect général en Russie. Ces deux personnages, le comte Michel Wielhorski et le prince Grégoire Dolgoroukow, tous deux distingués par les plus éminentes qualités du cœur, apportèrent dans l'exercice de leurs fonctions un zèle qui leur coûta la vie : tous deux succombèrent à un typhus gagné dans les visites aux hôpitaux. Mais que pouvaient les efforts de ces deux hommes si loyaux et si zélés contre les rapines de la bureaucratie militaire, rapines protégées et couvertes par l'influence de la bureaucratie de Saint-Pétersbourg? Que pouvaient-ils contre la déplorable incapacité d'un ministre de la guerre personnellement intègre , il est vrai, mais complètement dénué d'intelligence, toujours préoccupé des invitations à la cour et de l'accueil qu'il y recevait, et songeant avant tout à cacher à l'empereur l'état désastreux de l'armée, pour ne point affliger Sa Majesté.

Si le ministère de la marine, dont le chef venait seulement d'entrer en fonctions, pouvait veiller au bien-être de ses subordonnés, pourquoi le ministère de la guerre ne pouvait-il en faire autant? C'est que M. le ministre de la guerre, appelé à ce poste par l'empereur Nicolas, dont il était l'homme de choix et la meilleure preuve de l'inhabileté de l'empereur dans le choix des hommes, offrait le type le plus achevé de l'incapacité la plus complète, et se trouvait sous le poids d'une préoccupation exclusive : celle de se bien maintenir en cour. Le jeune et intelligent chef du ministère de la marine allait, lui, droit aux abus , et les attaquait de front avec la plus grande énei^ie.

Nos malheureux soldats, admirables de courage, d'abnégation, de résignation, venaient-ils à être blessés de manière à pouvoir subir le transport dans des hôpitaux un peu éloignés du théâtre de la guerre, on les plaçait sur des charrettes, en leur refusant les habits chauds qui leur avaient été assignés. A peine recouverts de vieilles capotes militaires trouées et déchirées, ils se voyaient conduits en route, par un hiver rigoureux, à travers des souffrances et des privations de tous genres. Dans les villes et les principaux boui^, il y avait des hôpitaux militaires provisoires, dont les chefs, au lieu de veiller au bien-être des malheureux qu'on leur amenait, les laissaient gémir sur les charrettes

pendant des heures entières, souvent par le froid le plus rigoureux , et s'en allaient eux-môoies faire bonne chère, boire du vin de Champagne et jouer un jeu d'enfer. Les malheureux venaient-ils à expirer, on les inscrivait sur la liste de l'hôpital, on déposait les cadavres dans des caves où le froid pouvait les préserver pendant un certain temps de la décomposition, et puis l'on portait sur la liste des dépenses de l'hôpital le prix de la nourriture soir disant délivrée à ces malades décédés, et le prix des médicaments censés avoir été employés à leur Iraitetbent. Lorsqu'il venait à s'accumuler beau*coup de cadavres dans les caves, on les jetait dans des bières faites à la hâte et on les conduisait au cimetière. Plus d'une fois l'on vit, pendant le trajet, ces bières mal faites s'entr' ouvrir et les cadavres rouler sur lé sol dans un état de nudité complète...; ils n'étaient même point enveloppés de linceuls^ dont le prix se trouvait également volé par l'administration militaire 1

Les talents administratifs de M. le ministre de la guerre furent récompensés par les cordons de Sainte Wladimir et de Saint- André.

Lors du jugement du petit nombre d'entre les misérables qui, malgré tous les subterftiges de la bureaucratie, ne purent échapper aux suites d'une enquête loyalement opérée, l'on vit, au grand scanidale et à l'inexprimable indignation de l'opiniott

publique, le principal coupable, Z...«, voir alléger la peine à laquelle le tribunal l'avait condamné, par rint^-cession des généraux qui avaient ooninvandé en chef Farmée, et, la croirait-on ! par Tinteroession, en«tre autres, du prince Michel G. . « . , si connu pour son int^rité exemplaire 1 ! ! Sans Thabileté de Z.....^ dit^on. Tannée serait morte de &iml 1 ! Mais ixxm^ metit peut-on maintenir on pareil ordre de choses

et ne point le remanier de fond en comble?

A quoi la Russie se voit-elle (kxic réduite par cette forme de gouvernement, elle, un pays si vaste, si ridie de ressources inexploitées, haUtée par une nation aussi intelligente ? Cette Russie, il y a trente ans encore si puissante à l'extérieur, se voit aujourd'hui paralysée par les vices de son administration, et se trouve dans l'impossibilité de faire la guerre sans livrer le bien-être et là vie de àes défenseurs à la merci des plus misérables fripons dont l'histcnre fasse mention! Voilà les fruits de l'absence du cotitrôle et de la publicité, les fruits amets, mais inévitaUes du deispotisme.

Il y a certainement dans l'armée russe plusieurs colonels foyaux et intègres, d'au(ant plus honôra-r blés qu'ils forment la minorité parmi leurs coliègués. La majeure partie dés colonels, comme la majeure partie des officiers généraux commandant les régiments de la garde impériale russe, s'eo^ richissent dé la manière la plus hoùteuse et la plus

indigne, aux dépens du bien-être des soldats dont le sort leur est confié.

Voici comment ils y procèdent • Les soldats sont mal et insuffisamment nourris. La farine pour la confection du pain leur étant allouée par le gouvernement en quantité suffisante, une partie de cette farine est confisquée par le colonel, et vendue à son profit. Les colonels s'arrangent de manière à opérer à leur propre profit des économies sur le drap destiné à l'habillement des soldats, sur le cuir destiné à leurs bottes. Dans les régiments de cavalerie, les revenus des colonels sont bien plus considérables que dans ceux de l'infanterie; ils font des économies sur la ration des chevaux en foin comme en avoine. Enfin, l'une des branches les plus lucratives du revenu des colonels consiste dans les prix ofj^els (spravoschnyia tsény), c'est-à-dire le chifiFre, établi chaque semaine, des prix de tout ce qui peut servir à la nourriture des hommes et des chevaux dans la localité occupée par le régiment. Ce chiffre se trouve établi en commun par le colonel et les autorités locales ; les prix sont toujours exagérés au-dessus de la réalité ; le colonel donne un pot-de-vin aux autorités locales, et empoche le reste de la différence entre le prix réel et le prix véritable.

Dans le système russe, non-seulement pour la partie militaire, mais encore pour toute l'administration, un chef ne saurait jamais avoir tort vis-à^

vis de son inférieur; un inférieur ne saurait jamais avoir raison vis-à-vis de son supérieur. Le gouvernement a bien établi ce que Ton appelle des revues tV inspection (inspéktorskoi smotr), où l'on voit un officier général, désigné à cet effet, venir non-seulement examiner Thabillement et l'équipement des soldats, mais encore leur demander s'ils n'ont point de plaintes à formuler contre leurs chefs. Malheur au soldat qui essayerait de proférer la moindre plainte, de faire entendre la moindre doléance! L'affaire serait soumise à l'examen des chefs supérieurs, que le colonel trouvera moyen de gagner par des cadeaux, et à peine l'officier général inspecteur sera-t-il parti que le colonel saisira le premier prétexte venu, même le plus futile, pour faire appliquer à ce soldat hardi cinq cents coups de bâton, sauf, après que le dos du malheureux aura guéri, à lui faire appliquer encore uae nouvelle volée de ce genre. Que peuvent faire ces infortunés ?••... Souffrir et se taire, voilà leur lot! Impossible de voir une créature humaine plus remplie d'abnégation que le soldat russe. Bon, humain, toujours prêt à venir à l'aide d'un malheureux, capable de partager avec lui son dernier morceau de pain, à la guerre courageux comme un lion, et après le combat, compatissant envers l'ennemi désarmé; d'une résignation absolue basée sur la foi religieuse; offrant dans son caractère un mélange admirable de

-^25S — stoïcisme et de bonté, le soldat russf , pcHir peu que le sort lui ait accordé un chef humain et loyal, adore ce chef, et se trouve prêt à donner sa vie pour loi.

Les officiers euxHQoèmes ne sont point a l'abri du despotisme et des vexations de leurs colonels, lesquels s'occupent activement de maquignonnage, et , tirant de là une source de revenus, obHgent les officiers riches à acheter chez eux des chevaux à des prix exagérés. Dans chaque régiment, il y a un officier chargé des fonclious de trésorier et un autre chargé de celles de maréchal des logis. Tous les deux doivent être élus, suivant l'usage, par le corps des officiers du régiment; mais en réalité ils sont désÀgnés par le coloneL Si des officiers qui ne conviennent point au colonel osaient accepter le choix de leurs c(rilègues, ils s'en repentiraient bien vite, leur chef ayant à sa disposition t(HLs les moyens de tour causer mille désagréments. Aussi le trésorier et le maréchal des logis du régiment sont-ils, d'ordinaire, les deux bras du colonel dans les conçus* sions et les exactions de ce dernier.

Un jour, à une station de poste, noifô avons^ rencontré un soldat libéré du service après la dextiière guerre, et qui nmis disait : <« l'ai vu en Crimée les ) soldats français et les soldats sardes : voilà des » gens heureux! Ils sont bien nourris, et traités avec » humanité et convenance (pe> tehélwétchéskf). Nous, y> nous manquions souvent du nécessaire ; nons.

» sommes constamment volés, et puis battus par » ceux qui nous volent 1 »

Le ministre actuel de la guerre est un officier général intègre, d'une grande expérience, animé des meilleures intentions-; mais il est âgé, souvent infirme et presque aveugle* Malheureusement la bureaucratie russe es» plrns forte et plus puissante que les ministres : ceux d'entre ces derniers qui ne consentent point à devenir lesiostiuments cle Kodieuse horde bureaucratique^ et i?e«tent siwsèpenMnl le bien de lenv paya^ rmeut tous leurs- effi)rts; paralysés par la bureaBoratie. Il ne suffit poini de cbaogei* les hommes ; ils ne servent que de' palliatifs; le mal va en s^'âggravanl tou» tes jours, et sans un changement complet de système, sane ht* réforme sérieuse des> iii8tiÉiitioo&, Ton BiArdie k une eatastrof^ à laquelle , nous k^ craignons fort , Vom arrivera d'id à peu d^annéesw

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