‹ La vérité sur la Russie (volume 3)Chapitre 18 sur 23 · DU CLERGE RUSSE · texte numérisé non relu

DU CLERGE RUSSE

On attaque souvent et vivement le clergé russe: en effet il y a bien des choses à dire, mais aussi la position de ce clergé est fort pénible. Est-il juste, est-il loyal de s'en prendre à la victime, au lieu de demander compte au coupable de sa conduite? Le coupable, — c'est le gouvernement russe. En Europe, Pon croit à tort que Tempereur de toutes les Russies est le chef de la religion dans son pays. C'est une idée complètement erronée. L'empereur est le protecteur temporel du clergé, mais le chef de l'Église, — c'est Jésus-Christ (*). Le pouvoir d'interpréter les dogmes

(*) D n'est arrivé qu'à un seul souverain russe de se considérer comme chef de la religion, et même de témoigner en cette qualité l'intention de célébrer la messe. Ce fut à l'empereur Paul; mais ce malheureux prince, on le sait, n'avait point l'intelligence saine. Les personnes de son entourage n'osaient s'opposer à ses lubies, et souvent il leur arrivait d'exploiter ces dernières à leur propre profit. Heureusement il y avait à la cour de Paul un homme d'une intelligence supérieure, dont le dévouement à son souverain et bienfaiteur reposait, non sur un calcul d'intérêt privé,

réside dans les conciles œcuméniques, et celui d'administrer rÉglise, dans la religion d'Orient, est déféré aux patriarches, représentés en Russie par le synode^ sous l'autorité duquel FEglise se trouve administrée par Tordre sacré le plus élevé, celui de Tépiscopat, (Il j a dans la religion orthodoxe orientale trois échelons d'ordres sacrés: le diaconat, la prêtrise, l'épiscopat, et ce dernier ordre se trouve partagé en quatre catégories: les évêques, les archevêques, les métropolitains et les patriarches.) Depuis Tintroduction du christianisme en Eussie, en 988, le métropolitain de toutes les Russies fut, pendant sept siècles, le sufl5^gant du patriarche de Constantinople. Le 23 janvier 1589, le métropolitain de Moscou et de toutes les Russies fut élevé, par les patriarches d'Orient, à la dignité de patriarche et en acquit tous les droits. Jusqu'à Pierre I®', le pouvoir spirituel, placé sous la protection temporelle des souverains, souvent influencé par eux, conserva cependant une indépendance com-

mais sur le sentiment de la reconnaissance. C'était le comte Rostoptchine (depuis si célèbre par le patriotisme qui, en 1812, lui fit brûler Moscou et mettre le feu à ses propres maisons). Rostoptchine, sachant qu^en attaquant de front la lubie de Paul, il ne l'y ferait point renoncer, prit un moyen habile. Il lui dit: „Sirc, un prêtre, dans notre reli- „gion, ne saurait être marié qu'une seule fois; vous êtes ^marié pour la seconde fois, il vous est donc impossible de ^pouvoir célébrer la messe." Paul lui répondit: ^Yous avez Raison, mon cher,*' et renonça k son projet.

L'empereur Nicolas, même dans les moments où le fétichisme de sa propre personne arrivait chez luiàunpoiat culminant, ne s'est pourtant jamais considéré comme le <^ef de l'Eglise. Il est vrai qu'il lui arrivait d'agir comme s'il l'avait été.

plète pour tout ce qui touchait à Tadministratioii intérieure de réglise. Non-seulement le clergé, mais encore les nombreux serfs appartenant à ce dernier^ se trouvaient soumis exclusivement à la juridiction spéciale du patriarche dans toutes les affaires civiles^ ainsi que dans toutes les affaires criminelles non politiques. L'antique droit de l'Église primitive de procéder à l'élection des prêtres et des évêques, s'était en partie maintenu en Russie, dans les provinces qui avaient appartenu à Tancienne république de Novgorod. Là, jusqu'au dix-septième siècle, les paroissiens procédaient à l'élection de leurs prêtres, et le chef du diocèse les confirmait ou bien les repoussait. Dans ce dernier cas, il y avait lieu à une nouvelle élection Les évêques et les abbés des couvents, dans toute la Russie, étaient nommés par le patriarche, suivant son bon plaisir; mais le patriarche lui-même était élu, et son élection avait lieu dans des formes solennelles. A la mort d'un patriarche, les métropolitains, les archevêques, les évêques, les abbés des couvents de première classe (stavropighiainyii monastyin) se réunis^ saient à Moscou, élisaient trois candidats et déposaient leurs noms, chacun sur un bulletin séparé, sur le maitre-autel de la cathédrale de l'Assomption. Après une messe solennelle, le doyen des métropolitains, administrateur (oc? intérim) du patriarcat, prenait au hasard l'un des trois bulletins, et celui dont le nom s'y trouvait inscrit était proclamé patriarche de toutes les Kussies.

A la mort d'Adrien, le onzième et dernier patriarche de Russie, décédé en 1699, Pierre I®"^ nomma un administrateur du patriïurcat, et laissa la dignité de patriarche vacante pendant vingt-deux années. Au

moment de conclure la paix avec la Suède, libre de soucis extérieurs et raffermi à Tintérieur, il se décida à abolir le patriarcat, et le remplaça, le 25 janvier 1721, par un synode composé de membres inamovibles et de membres temporaires. 11 y a aujourd'hui trois membres inamovibles de droit: ce sont les métropolitains de Saint-Pétersbourg, de Kiew et de Moscou (*); il y a des membres nommés à vie, ce qui veut dire, en Russie, tant qu'il plaira au gouvernement de les laisser siéger; enfin il y a des membres nommés pour une année. Une administration ainsi composée ne renferme guère d'éléments d'indépendance et ne saurait apporter d'obstacles à la volonté du gouvernement: mais Pierre I®' ne s'en contenta point II plaça auprès du synode un fonctionnaire laïque, amovible et révocable à volonté, comme tous les dignitaires russes, et sans le contre-seing duquel aucwne mesure prise par le synode, aucwne opinion émise par lui y n!a de valeur ni dJeffet Les biens du chergé, placés depuis 1708 sous une administration spéciale composée de fonctionnaires laïques, furent confisqués par Pierre III en 1762. Cette mesure fut l'une des causes de la chute si rapide et si facile de Pierre III: le clergé en masse ayant pris parti contre lui en faveur de l'impératrice Catherine. Cette princesse, en montant

(*) Il faut entendre; inamovibles à la russe. Sous le règne de l'empereur Nicolas, S. Em. le métropolitain de Moscou ayant émis des opinions qui déplaisaient a Tempexeur, reçut l'avis officiel que sa présence était indispensable dans son diocèse, et qu'il ne devait point le quitter. Or, le synode résidant k Saint-Pétersbourg, l'illustre prélat se vit privé par le fait de son droit d'y siéger, et resta dans cette position tant qu'il plut k l'empereur de l'y laisser.

sur le trône, s'empressa de ristituer au clergé tous ses biens; mais deux ans après, en 1764, elle gagna> par le don de sommes considérables, la plupart des archevêques et des évêques russes, qui lui adressèrent une pétition, pour la prier de leur épargner les soucis mesquins de Tadministration de biens temporels. Cette pétition fut acceptée par Catherine à titre de vœu unanime du clergé ; les biens de ce dernier, comptant plus de deux millions de serfs (environ 1,100,000 serfs mâles), furent définitivement réunis aux 'domaines de la couronne; une partie de ces serfs furent distribués aux favoris de Catherine et aux personnages influents de sa cour, et le clergé eut un budget payé par rétat (*).

(*) Il y avait en Russsie des couvents immensément riches; celui de la Trinité, fondé par saint Serge, k soilante-quatre verstes de Moscou, possédait plus de cent mille serfs mâles.

En 1764, dans tout le haut clergé, une seule voix s'éleva contre la confiscation des biens ecclésiastiques: ce fut celle d'Arsène Maçéiéwicz, métropolitain de Rostow et de Jaroslaw, doué d'une énergie inébranlable. Ses collègues, auxquels il reprochait de s'être laissé corrompre, lui firent son procès en plein synode, le condamnèrent, comme rebelle au pouvoir souverain, à être dégradé de ses dignités ecclésiastiques, et l'envoyèrent, en qualité de simple moine, en exil perpétuel dans un couvent éloigné. Ayant continué à protester, il fut ensuite déchu du titre de moine, exclu des ordres, déclaré laïque, et, sous le nom d'André Vrai (le radoteur), enfermé k la forteresse de Réval, en Esthonie, dans une casemate froide et humide où il passa environ quinze années, jusqu'à sa mort. Sur la fenêtre de son cachot se trouvait en permanence un bâillon de fer, pour le lui appliquer sur la bouche s'il osait continuer k protester. Voilk le libéralisme de Catherine H.

Le clergé russe est complètement livré à la merci du gouvernement; non-seulement aucune indépendance ne lui est accordée, mais encore les délits commis par ses membres sont punis arbitrairement. Les prélats les plus haut placés sont exposés à se voir brisés par la main de fer du despotisme. Il y a une trentaine d'années, Mgr. Irénée, archevêque d'ijkoutsk, s'étant pris de discussion avec le gouverneur général de la Sibérie orientale, Lavinski, un colonel aide de camp de l'empereur, M. G , et un colonel de gendarmerie, M. B furent envoyés de Saint-Pétersbourg

pour mettre d'accord les chefs des deux pouvoirs, spirituel et temporel, dans la Sibérie orientale. La négociation ne fut point longue ; Taide de camp de l'empereur fit saisir l'archevêque, lequel, enfermé soita clef dans une voiture à quatre places, fut conduit ainsi, par le colonel de gendarmerie, à travers cinq mille verstes, dans un couvent de la province de Vologda, où il fut relégué pour le reste de ses jours. On voit que si l'empereur iN'icolas consentait à reconnsutre Notre Seigneur Jésus - Christ pour le chef unique de l'Église, il agissait de manière à faire croire que le vicariat lui appartenait à lui-même!

Les prélats russes se trouvent sous la dépendance la plus complète du gouvernement. Placés dans la position de n'oser rien faire sans la permission de celui-ci ; exposés, à la moindre velléité d'indépendance, à se voir exilés et emprisonnés, la plupart ont adopté pour ligne de conduite l'obséquiosité la plus humble envers le gouvernement et ses agents. Mais ils prennent amplement leur revanche sur le clergé de leurs diocèses, obligeant celui-ci à observer en toute occasion, vis-à-vis d'eux, non l'attitude d'un fils envers son

jère, mais celle des esclaves envers leurs maîtres tout-puissants. La morgue, la hauteur insolente déployée par les prélats envers le clergé, envers celui des campagnes surtout, ne saurait s'exprimer: elle révolte rame. L'absence de l'indépendance engendre bien des vices. Obligés de flatter les hommes puissants de l'état, de ramper devant eux, les prélats se consolent par la vénalité, et trouvent dans le confort ■de la vie privée un adoucissement aux blessures de leur amour-propre. Il y a des prélats dont l'avidité •est devenue proverbiale, et leurs exactions font scandale, même en Russie. Nous aurons des faits curieux à citer là-dessus dans nos mémoires. La bureaucratie, qui s'infiltre partout en Russie, a pris complètement possession des consistoires diocésains (éparhialnyia Jcovr sistorii) y où se trouve concentrée l'administration des diocèses. Là tout se vend et tout s'achète, suivant le beau modèle de l'administration russe. Les tournées accomplies dans leurs diocèses par les évêques, accompagnés de leur suite, se transforment souvent, pour le pauvre clergé inférieur, en véritables razzias

La position du clergé inférieur est bien pénible. Dans les villes elle est encore tant soit peu tolérable, mais la position du clergé des campagnes est afireuse. Pauvre, éloigné de toute ressource intellectuelle, souvent traité par les propriétaires voisins avec un manque d'égards véritablement indigne, son existence n'est qu'une longue suite de souffrances. Jusqu'à nos jours, les prêtres des campagnes ont dû cultiver eux-mêmes leurs terres, ou bien recevoir une pension de leurs paroissiens. Depuis une dizaine d'années, on introduit successivement dans les diverses provinces l'usage da

faire rétribuer les prêtres par l'état. Cette mesure est excellente en principe ; mais le chiffre des émoluments, assignés est insuffisant, et ne saurait soustraire lesprêtres des campagnes à la dure dépendance de leurs, paroissiens.

Soumis, sans restriction ni réserve, sans garanties aucunes, au bon plaisir des évêques, le clergé inférieur est traité par eux, ainsi que nous Tavons dit, en véritable esclave ; un pauvre prêtre, souvent chargé d'une nombreuse famille et n'ayant pour vivre que ses modestes revenus, se trouve exposé, au moindre capricede son évêque, à perdre sa place, à devoir remplir,, suivant le bon plaisir de Tévêque et tant qu'il plaira à ce dernier, les humbles fonctions de sous-diacre ; enfin, à voir sa famille réduite à la mendicité. Sana appui, sans ressources, il est obligé de se prosterner en tremblant devant son chef tout-puissant, et de baiserla main de celui qui le traite avec la hauteur la plus; dédaigneuse. Peut-on blâmer ces malheureux? Est-il juste, est -il loyal de leur adresser des reproches, deleur jeter l'outrage? Non, il faut les plaindre et prier- Dieu d'éclairer le gouvernement russe, qui ne comprend point que la déconsidération dans laquelle il a plongé le clergé rejaillit sur la religion et contribueà ébranler les plus fortes d'entre les colonnes sur lesquelles repose l'ordre social. Il y a à ce sujet lesdétails les plus curieux dans une brochure russe anonyme, écrite par un membre éclairé et honorable du clei^é russe, et imprimée à Leipzig (*). Nous regrettons vivement que cette brochure n'ait point été

(*) La description du clergé des campagnes (opissanié sélskaho dovhovénstva), brochure publiée par M. Franck,, libraire éditeur. Paris, rue Richelieu, 67.

traduite en français: elle aurait fait rougir le gouvernement russe, aux yeux de l'Europe civilisée, de Vétat indigne dans lequel il a plongé le clergé de son pays, au grand détriment de la religion et de sa propre «écurité.

L'une des causes de l'aversion mutuelle des évê- ■ques et du clergé de leurs diocèses consiste en ce que les prêtres et les diacres, c'est-à-dire le clergé séculier, appelés en russe clergé blanc {béloiê douhovénatvo), doivent être mariés, tandis que les évêques sont pris exclusivement parmi les moines, dans le clergé régulier, en russe clergé noir (tchëmoié douhovénsûvo), Toué au célibat. Un évêque, le plus souvent, n'ayant point été marié avant son entrée dans les ordres, ne saurait comprendre ni apprécier les besoins et les exigences de l'existence d'un prêtre marié, d'un prêtre souvent chargé d'une nombreuse famille. De plus, un prêtre, à moins de devenir veuf, de quitter le clergé séculier et de se faire moine, ne pouvant aspirer à répiscopat, l'évêque, son chef tout-puissant, le regarde comme un être d'une nature inférieure, et le traite ^vec hauteur et dédain.

Dans l'Église primitive, les évêques étaient pris indistinctement parmi les moines comme parmi les prêtres mariés, et l'on a vu souvent des évêques en- :gagés dans les liens du mariage. Pourquoi, en Russie, interdirait - on aux prêtres mariés l'accès à la dignité épiscopale? L'on est d'autant moins fondé à le faire •qu'un évêque se trouve nécessairement et inévitableanent en contact avec les intérêts temporels de ce monde, auxquels le moine a fait le vœu solennel de renoncer pour se considérer comme civilement mort, tandis qu'un prêtre, dans l'église d'Orient, ne profère

point ce vœu; il est obligé d'être marié, il a le droit d'acquérir et de posséder des biens temporels. Enlever aux moines la chance d'arriver à l'épiscopat serait un moyen infaillible de diminuer considérablement le nombre des moines, classe fainéante, dépravée^ et, après la bureaucratie, la plus nuisible qui existe en Russie.

Il serait également bon, à notre avis, de revenir atix principes de lÉglise primitive, et de ne plus imposer aux prêtres du culte oriental orthodoxe l'obligation expresse de conti'acter mariage. Pourquoi na leur serait-il point permis de garder le célibat, si cela peut leur convenir?

L'une des principales causes de l'infériorité morale du clergé russe vis-à-vis du clergé des autres cultes chrétiens réside dans l'organisation défectueuse^ des séminaires, où les études sont incomplètes, insuffisantes, dirigées d'après un système tout à fait arriéré- Il faudrait abolir les séminaires, et instituer des cours de théologie aux universités et aux gymnases, en accordant à tous ceux d'entre les moines et les prêtresqui se trouveraient munis d'un diplôme universitaire^ le droit de pouvoir arriver à Tépiscopat, droit réservé aujourd"'hui exclusivement aux élèves des académies, ecclésiastiques.

Le gouvernement russe, dans l'intérêt bien entendu: de la religion orthodoxe orientale comme dans le sien propre, devrait sérieusement songer à relever la position sociale du clergé orthodoxe. Or, l'on ne saurait y arriver sans restituer à ce clergé une indépendance laquelle, sans lui permettre d'intervenir dans les affaires politiques, lui procurât le moyen d'administrer l'Église orthodoxe d'une manière convenable et digne>

en plaçant sur un pied respectable ce clergé , aujourd'hui enrégimenté comme un bataillon et souvent traité à la militaire. Laisser le clergé dans une position humiliante, c'est vouloir prolonger sa déconsidération, laquelle rejaillit inévitablement sur la religion ellemême. Déconsidérer la religion, c'est démoraliser la nation, et démoraliser la nation, c'est saper les bases de Tordre social. Que le gouvernement russe y songe bien!

Nous croyons que le meilleur moyen de rendre au clergé une indépendance complète sous le rapport spirituel, consisterait dans le retour, en partie, au système électif de l'Église primitive, en adoptant les mesures suivantes:

1) Les évoques seraient choisis par le gouvernement, sur une liste de trois candidats présentés par le clergé du diocèse, qui pourrait élire à volonté, soit des membres du clergé séculier, soit des moines.

2) Un évêque, à moins d'une démission volontaire, ne pourrait jamais être privé de ses fonctions, ni éloigné de son diocèse, sans l'arrêt du synode, prononcé par un jugement en séance solennelle.

3) Le synode serait composé des trois métropolitains de Saint-Pétersbourg, de Kiew et de Moscou, comme c'est le cas aujourd'hui, et de plus, de six ou sept archevêques ou évêques, élus par leurs collègues au scrutin public. Une fois élus, ces six ou sept prélats devraient renoncer à leurs diocèses, deviendraient membres du synode à vie, recevraient le titre et les honneurs des métropolitains, avec des émoluments considérables, afin de pouvoir convenablement soutenir leur rang.

4) Le procureur du synode devrait avoir pour

unique soin de veiller à empêcher Timmixtion du clergé dans les affaires politiques et temporelles, sans pouvoir se mêler en rien de l'administration de l'Église, et encore moins des questions relatives au pouvoir spirituel.

5) Tous les six ans, à Moscou, se réunirait un concile général de toutes les Eussies, composé de tous les métropolitains, archevêques et évêques, d'abbés (igoumène) des principaux couvents, et d'un certain nombre de prêtres, élus par le clergé des villes et par celui des campagnes. Le synode rendrait compte au concile de son administration.

6) Il faudrait abolir les séminaires, et instituer des cours de théologie aux universités et aux gymnases.

7) Il faudrait déclarer aptes à être élevés à Tépiscopat, tous les ecclésiastiques, moines ou prêtres, qui se trouveraient munis d'un diplôme universitaire.

Il va sans dire qu'il faudrait pratiquer la liberté de conscience la plus large, la conscience devant rester un sanctuaire inaccessible à tout pouvoir humain, un sanctuaire dont Dieu seul a la clef, et dont il est le seul et unique juge. Les persécutions, les mesures de rigueur, n'ont jamais converti personne, et ont toujours eu pour résultat infaillible de relever la croyance contre laquelle elles se trouvaient exercées, de lui donner une force et une vie nouvelles. Dévoué de cœur et de conviction à notre sainte mère l'Église orthodoxe orientale, la vraie Église de Jésus-Christ, nous aurions cru lui adresser Tinjure la plus cruelle, lui faire T outrage le plus sanglant, si nous pouvions supposer un seul instant que pour son maintien et sa prospérité elle puisse avoir besoin de gendarmes, de

geôliers et de bourreaux! Elle n'a besoin que de la protection divine et de la liberté civile, cette liberté dont rÉvangile est la source sacrée comme il en est Texpression la plus sublime.

Nous supplions le gouvernement russe de porter enfin une attention sérieuse sur Tétat déplorable du clergé, état dont la responsabilité, devant le tribunal de rÉtemel, n'incombe point à ce clergé, mais au gouvernement lui-même. Nous le supplions de faire sortir enfin le clergé russe de la situation pénible et humiliante où il Ta réduit, et de le placer dans une position convenable, une position digne des serviteurs de Dieu.

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