‹ La vérité sur la Russie (volume 4)Chapitre 2 sur 37 · DEUXIEME EDITION · texte numérisé non relu

DEUXIEME EDITION

Notre émigration a étë préparée de longue date; la première idée nous en est venue en 1852. Dans les sept dernières années du règne de l'empereur Nicolas (1848 — 1855)^ le régime qui pesait sur la Kussie était affreux : il faut en avoir éprouvé le poids pour l'apprécier à sa juste valeur. La presse enchaînée, la parole menacée à tout instant, les voyages entravés, Tespionnage se glissant partout, la police politique régnant sur toute la Russie, des exils continuels, les cachots des forteresses de Saint-Pétersbourg et de Schlùsselbourg remplis de malheureux,

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^és là eanfi enquête et détenus eans procès

Fous avioiiÊ d'abord formé le projet do passer, à teur de rôle, une année à Pétraîiger et une année entre Moscou et nos terres. En 1851, nous demandâmes un pasee-port pour r étranger. Le prince Orlew, ékeî eupdrieur de la police politique, nous fit répondre qu'il ne croyait même point devoir en parler à TEmpereur, étant sûr d'un refus (i cette époque, Pautorieation de TEmpercur était indispensable afin d'obtenir un passeport pour un voyage à Tétranger). En mars 1852, Tempereur Nieolas nous permit d'habiter Saint-Pétersbourg, dont le séjour nous avait été interdit depuis 1844. Au mois de novembre 1852, nous tentâmes un second essai pour obtenir un passe-port : nous nous adressâmes à M. le généralDmitri Bibikow, tout récemment appelé au ministère de l'intérieur. Le général Bibikov accueillit notre demande avec bienveillance et nous promit

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de la soumettre à TEmpereur. Le général ^oubelt, sons-chef supérieur de la police politique, et qui la gouvernait en maître absolu sous le nom du très-paresseujc et trèsindolent prince Orlow, nous fit venir, et nous déclara que si nous ne retirions point notre demande, nous nous exposerions à éprouver les plus grands désagrémens et à nous repentir amèrement de notre obstination à obtenir un passeport. Nous prîmes vingt-quatre heures de réflexion, et nous vîmes que ce serait de la folie que de vouloir discuter avec un gouvernement -absurde et brutal à la fois (1). Nous prîmes le parti de retirer

(1) Un journal allemand, qui a été payé pour publier un article contre La vérité sur la Russie, nous reproche d^aToir dépeint les hommes de la police du règne de Nicolas comme des animaux sauvages. Le très-peu estimable journal se trompe. Les animaux sauvages font le mal par instinct sans avoir la conscience de leurs actes : les hommes de la police de Nicolas, et le général Doubelt plus ^Qe tous les autres, avaient un but; ils faisaient

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notre demande, et en même temps nous nùUê décidâmes à noue expatrier, à nous arracher à cet esclavage, à finÎT nos jorin dane des paya libres . Ayant perdu l'espérance d* obtenir un passeport j oons nona dëddâmes à fiair, et nous 1* aurions fait, ei T empereur Nicolas avait continue à vivre, et ei Ton avait Gontinué à mettre obstacle à notre départ légal, n fallait prendre des précautions r^lativecient à notre fortune, pour nous asinrer, à T étranger, une exiateace îndt'pcndant© : trois ou quatre anneeÈ nous étaient nécessaires pour cet objet.

En 1853 , la guerre éclata : nous ne voulions point émigrer pendant la guerre ; c'eut été inconvenant. La guerre durait encore, lorsque l'empereur ISicolas mourut, et l'empereur Alexandre II monta sur le trône.

le mal pour obtenir de l'argent, des places et des grades. Nons ne nous serions jamais permis de calomnier les animaux sauvages en les assimilant » «les êtres pareils!

C'est un prince loyal, bon> animé des meilleures intentions : s'il avait été un monarque constitutionnel , c'est^-dire placé dans la position de pouvoir faire le bien et gouverner suivant le voeu de l'opinion -publique , sans que son entourage puisse gouverner en son nom et faire le mal, alors Alexandre II aurait été adoré de ses sujets, et la postérité aurait béni son nom. Au lieu de cela, monté sur le trône de Kusaie à une' époque où notre pays doit, sous peine de déchoir, subir une transformatijon complète, oii l'ancien édifice craque de toutes parts et menace ruine, où il s'agit de ne point perdre de temps pour en élever un nouveau , et 'pour élever ce nouvel édifice le génie et l'énergie d'un Pierre I n'auraient point été de trop, Alexandre Il^se trouve placé, malheureusement pour lui, dans la position que la destinée a faite plus d'une fois à des princes excellents et loyaux comme lui : celle d'être appelé peut-être à payer les fautes et les

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