UB LA BCS8IB
qui, jonissant d'une ceitaine aisance, sont plas éclairefl que les masses et plus direote* ment intéressés au maintien pacifique de Tor^ dre de choses existant, et^uie représentation indirecte au pi^ofit de ces masses. L'assemblée de district ainsi composée élirait tous les trois ans un maréchal de district, qui gouyemerait le district, et un ispravnik^ qui serait, sous les ordres du maréchal, le chef de la police locale, comme il Test aujourd'hui. Toutes les élections réservées aujourd'hui exclusiyement à la noblesse auraient lieu au sein de cette assemblée de district, laquelle, de plus, élirait un conseil de district composé de dix ou douze membres, chargé de contrôler constamment l'administration du maréchal et celle de Vispravnik^ et investi du droit d'initiative en tout ce qui concerne les intérêts du district. Les assemblées de province seraient composées : 1) de tous les propriétaires fonciers et industriels ayant droit de vote viril aux assemblées de district, et 2) d'un tiers des membres siégeant aux assemblées de district, non par droit de représentation directe, mais par la représentation indirecte dont nous venons do parler. Ce tiers
278 I^ VEBITÊ 8UB LA BUSSIE.
des membres serait élu par ses coUcgucs. L'assemblée proyinciale élirait les membres du conseil provincial {goubemskoié pravlénié) au nombre de yingtcinq ou trente, et ce conseil, outre le contrôle sur l'administration, se trouverait investi encore, vis-à-vis du gouvemement, du droit d'initiative en touc ce qui concenie les intérêts de la province.
DES MESUBES
PRISES SOUS liE BÉGNE DE l'bMPSABUB HIC0LA8
BBLATIYEMBNT AU SERVAGE.
L'empereur Nicolas eut toute sa vie le désir, non-seulement d'améliorer la position des serfs, mais encore celui de les émanciper complètement du joug des propriétaires. Mais il avait, sous ce rapport comme sous tous les autres, des idées à lui, émanées du culte, du fétichisnrt qu'il professait pour le principe du pouvoir absolu en général, et pour sa propre personne en particulier. 71 aurait voulu abolir le joug des propriétaires sur les serfs, sans diminuer en rien le joug intolérable que lui-même faisait peser sur toutes les classes de la nation; et c'étaij; de toute impossibilité. Il aurait voulu rémancipation des serfs, la destruction des abus administratifs, mais il ne voulait point d'un contrôle réel, sérieux, en l'absence du-
'2^2 LA VKHITE
dirigée par. lequel la plainte est foitaulëe, et ce ministre décide suivant son bon plaisir.
8) Si un noble russe veut publier ses opinions, il a le droit, ainsi que tous les Busses, à l'exception des serfs, de le faire avec le visa de la censure. Mais ce visa ne l'empêche point, si ses opinions déplaisent au gouvernement, de se voir jeter arbitrairement dans un cachot, comme cela est arrive, en février 1859, à M. Ogryszko, rédacteur du journal polonais Slowo, lequel, de plus, et toujours malgré le visa de la censure, s'est vu ruiné par la suppression arbitraire de son journal.
9) Un noble russe a le droit de résider où il veut, à moins d'être exilé, sans jugement ni procès, comme cela nous est arrive à nous (et à bien d'autres), dans une ville quelconque, où l'oif se trouve placé sous 1* surveillance de la police; ou bien de se voir interdire arbitrairement l'entrée de Saint- Pétersbourg, comme cela a eu lieu à notre égard pendant des années entières; ou bien de se voir interdire, tout aussi arbitraire* ment, l'entrée des deux capitales, ainsi qn»
BOM LA BÙMIE. 273
cela a en lien Bourent à regard de bien des personnes (1).
10) Enfin, nn noble rosse a le droit d'aller et de venir à volontë, à moins qu'il ne soit jetë dans nn cachot sans jugement ni procès.
Du rester point de liberté d'opinions, point de liberté de eonscience, pas l'ombre de garanties pour la liberté individuelle. Les droits civiques du dernier d'entre les portefaix éPun foys constitutionnel surpassent incontestablementy et dé beaucoup, les privilèges dun noble russe!
Nous le demandons à tout homme franc et loyal, une situation pareille mcrite-t-ellc le moins du monde que Ton puisse en désirer le maintien et la durée ? Ne vaudrait-il point mille fois mieux, pour la dignité et l'honneur de la noblesse russe, renoncer à de prétendus privilèges qui ne sont, en réalité, que les anneaux de la chaîne par laquelle elle se trouve rivée au poteau de l'esclavage ? Ne vaudrait-il point mieux avoir des lois
(1) Le célèbre poëte Pouchkine a été exilé à la campagne; Spéranski a été exilé à Perm, etc. La liste des personnes arbitrairement exilées est bien longue, snrtont sons le règne de Nicolas.
232 LA.VÉSITÉ
la présidence du conseil de l'empire et du comité des ministres, la plus élevée des fonctions de Tétat, était un homme d'une intelligence remarquable, d'un esprit fort perspicace et très-fin, courtisan assidu et rusé, fort peu scrupuleux sur le choix des moyens qui pouvaient maintenir ou augmenter son crédit à la cour, alliant une morgue extrême envers le public à une incroyable souplesse envers les hommes puissants, mais toujours prêt à servir la cause de la civilisation et de l'humanité dans toutes les voies, oh cette direction politique n'était point de nature à ébranler, fût-ce même le moins du monde, sa position à la cour. Le comte Pierre Tolstoi était tout juste l'opposé du prince Kotchoubéi. Sans être doué d'une intelligence extraordinaire, il avait des idées saines et justes, par la raison toute simple ' que chei lui ces idées émanaient de leur source ht plus noble et la phis pure, c'est-à-dire du coeur. Tout ce qu'il voyait d'injuste, d'ignoble, de lâche, de cupide, tous les abus en un mot, révoltaient profondément sa noble âme et provoquaient des explosions de son caractère très-bon et très-vif à ]Sk fois. U
sus LÀ RUSSIE.
allait droit à son but» sans apporter la moindre attention anx obstacles, contre lesquels son inflnence politique finit par se briser, tandis qne le prince Kotchonbei consorra la sienne jusqu'à sa mort Le comte Tolstoi disait la yëritë à tout le monde, depuis l'empereur jusqu'au paysan; aime des honnêtes gens; redoute et hu par les fripons, respecte par tous, ce fut un vrai chevalier sans peur et sans reproche, et l'un des plus beaux caractères de notre époque.
Le comité secret, crée le 6 décembre 1826 et connu sous le nom de Comité du 6 décerna bre, se composait, sous la présidence du prince Kotchoubéi, du maréchal comte Dicbitch, homme d'une haute capacité, mais courtisan assidu; du comte Pierre Tolstoi, du prince Wassiltchikow ; du prince Alexandre Galitsyne; incapacité de premier ordre, plat et vil courtisan, et du comte Spéranski. Le prince Wassiltchikow, sans être doué d'une haute intelligence, possédait un esprit droit et juste, des tendances éclairées, et une grande loyauté de caractère. Le comte Spéranski, dont nous avons parlé plus haut, avait beaucoup d'esprit, beaucoup d*instruc-
2g4 I«A VÈBITfi
lion, des instincts éclaires, mais se trouvait, depuis son exil à Perm et depuis sa conilivence bien connue avec les conspirateurs de 1825, sous le coup d'une terreur impossible à décrire* Son principal défaut, en administration comme en politique, était la majde de réglementer, de se perdre dans les détails, de trop paperasseTy si Ton peut s'exprimer ainsi; d'ajouter trop de foi à Tefficaeité des lois publiées et des règlements imprimés. Nul, plus que lui, ne contribua à dcrelopper en Eussie la bureaucratie, cette pliiie de notre pays, la bureaucratie, dont l'influence funeste et à peu-près toute-puissante menace la Bussie des plus grands dangers.
L'on donna pour secrétaires à ce comité deux hommes d'une haute distinction, de mérite, do savoir et de la plus rigoureuse probité, tous deux partisans des réformes, et tous deux appelés bientôt au ministère : tf . le comte Bloudow et M. Daschkow. Mais les travaux de ce comité étaient mal vus et hautement blâmés par le grand-duc Con* stantin Pavlovitch, frère aîné de l'emporeor Nicolas, prince féroce et à demi-fou; ils
SCRLASOiSIE. 285
trouvaient une opposition constante et décisive dans trois influences très-puissantes à cette époque : le comte Benckendorff, chef supérieur de la poUce politique, le comte Zakrcvski, ministre de Tintérieur, et le prince CzemyscheWy ministre de la guerre, dignitaires d'un esprit très -médiocre, complètement déconsidérés, défenseurs des vieux abus, ennemis de toute réforme, fanatiques du pouvoir absolu et violent. Ces hommes si nuisibles à la Bussie avaient pour organe, dans le comité, le prince Alexandre Galitsyne (1), personnage très-peu estimable , conûne nous venons de le dire, investi de la confiance intime de l'empereur Nicolas. Ils exerçaient une vive pression sur Spcranski, si poltron de caractère et encore sous le coup de lu terreur à lui inspirée par les événements de décembre 1825, ainsi que sur le maréchal Diebitch, homme très-intègre, vaillant
(1) Le prince Alexandre Nicolaïévitch Galitsyne, né en 1773; mort en lSé4. Il ne faut point le confondre avec le prince Alexandre Fédorovitch Galitsyne, secrétaire d*état et président de la commission des reqaêtes, né en 1796,
lA VÉKITÉ
de terrain, la liberté personnolley ajoatcrcntils avec une vraie sagesse, se trouvant incompatible avec la servitude imposée à la propricSté de ces individus. Ils exposèrent également cette vérité incontestable, que h position de toutes les classes de la sociâé no pourrait jamais se trouver améliorée sanB la réforme complète de Fadministration, de la police locale et des tribunaux; en coos^ quoncc, ces cinq citoyens si éclairés sollicitaient respectueusement Sa Majesté de vouloir bien ordonner :
1) Que les serfs fussent émancipés avec une certaine quantité de terrain en toute propriété, et les seigneurs immédiatement indemnisés au moyen de mesures financières;
2) Que Talministration locale, rendue commune à toutes les classes de la sociétc, lût basée sur le principe électif;
3) Que les tribunaux, réorganisés, fussent placés dans une indépendance complète vis-ii-vis du pouvoir administratif, avec Tiutroduction du jury et de la procédure publique et orale, et que les autorités locales fussent, m cas d*ubus, justiciables des tribunaux ;
nmLABUBttX.
4) la création d'une bontgeoisie notable, exonérée des châtiBients corporels;
5) que le (chine serait désormaiB attaché à la fonction que Von occupe , et ne serait plus conféré pour services ou pour ancienneté de grade;
6) que chaque propriétaire noble aurait le droit de créer des majorats.
Les travaux du comité furent terminés au printemps de 1830; un projet de manifeste impérial fut rédigé; il devait paraître dans le courant de Tannée, et les nouvelles mesures devaient avoir force de loi à partir du 1" janvier 1832.
Mais Tempereur Nicolas, du vivant de Constantin, son frère aîné, ne s'était jamais considéré comme le souverain véritable ; jil se regardait comme le détenteur de la couronne, détenteur d'après le voeu de son foère, mais souverain de fait, et non de droit. Il ne prenait point une seule mesure importante sans Taveu de Constantin, auquel on avait soin d'adresser les copies de tous les papiers importants, de toutes les dépêches diplomatiques, même les plus secrètes. Je règne^ mais le véritable souverain, le souve-
LÀYERITB
ram légitime, c*est Constantin ^ disait Nicolas. Avant de promulguer les lois élaborées par le comité du 6 décembre, il voulut avoir Pagrément de Constantin, et se mettant en route pour Varsovie et Berlin en mai 1830, il prit avec lui les projets du comité pomr les soumettre à son frère. Si modérés, et même incomplets que fassent les projets du comité, Constantin, ennemi de toute réforme, les trouva exorbitants, et se prononça contre eux avec toute la violence de son caractère fougueux. L'empereur Nicolas crut devoir surseoir à la promulgation de ces décrets. Deux mois après arrivait la révolution de juillet; en novembre survenait celle de Varsovie; Tempereur Nicolas, effrayé, se lança dans une voie de réaction, laquelle, dix-huit ans plus tard, sous TeAProi nouveau et plus considérable encore que lui inspirèrent les événements de 1848, le conduisit à ces saturnales de despotisme, qui signalèrent et flétrirent dans l'histoire les sept dernières années de son règne.
Plusieurs des mesures proposées par le comité du 6 décembre fnrent promulguées isolément. Ainsi, la vente individuelle des
Sun LA S1789IE. 289
seirfs sans terre, ainsi que la vente s^parée^ même arec terre, des indÎTidus formant une seule et même famille (éâii dn 2 janvier 1841). La easte de la bourgeoisie notable fut erëëc en 1832 et la loi sur les majorats publiée eii 1845. Déjà, le 15 février 1827, l'empereur avait défendu, aux propriétaires des biens à serfs, de vendre une parcelle de leur terrain dans toutes les propriétés, où l'étendue du terrain conservé par le propriétaire n'atteindrait point un chiffre fixé par la loi. Ce minimum fut établi sur le pied de quatre arpents dans les provinces trèspeuplées, et de cinq arpents dans celles qui l'étaient moins (1).
En 1837, l'empereur Nicolas, sur les sages conseils de M. le comte Kissélew (voyez au quatrième chapitre de cet ouvrage), créa, le 1" janvier 1838, le ministère des domaines de la couronne, avec le but, in pettOj d'arriver à l'émancipation des serfs. Nous avons dit plus haut, au quatrième chapitre ainsi qu'au commencement de celui-ci, les
(1) L'arpent russe se rapporte à Thectare français comme 12 à 11.
290 ^^ viarrÉ
raisoiiB qui firent avorter les plans assez incohérents de Tempereur et les projets trèssages du comte Kissëlew,
Le même jour où !Nicolas appelcdt le comte Kissélew au ministère, il nommait gouverneur - général de Kiew, de Volhynie et de Podolie M. le général Dmitri Bibikow, l'un des hommes les plus remarquables de la EuBsie. Le comte Kissélew, le général Bibikow et M. Daschkevr, ministre de la justice, sont les trois seuls ministres de l'empereur Nicolas qui aient toujours eu, et constamment, le courage de leurs opinions en présence de ce terrible souverain. M. Bibikow, par la sévérité, Ton peut même dire par la dureté de son administration et de ses formes envers ses administrés, s'est rendu l'un des hommes les plus impopulaires de la Eussie. Mais ce que l'histoire impartiale ne lui contestera jamais, c'est un patriotisme sincère, parfois même trop exclusif; une probité rare parmi les hauts dignitaires de la cour semi-asiatique de Saint- Pétersbourg; le courage personnel et le courage civil à un degré peu commun à cette même cour; enfin, l'ardent et sincère désir d'amë-
suit, LA RUSSIE. ^l
liôror le sort de la classe^ rurale et de la soustraire au joug des propriétaires. Il roulait opérer cette grave réforme par la voie de l'arbitraire et du pouvoir absolu; mais pouvait-on procéder «autrement sous le règne d'un souverain comme Nicolas? Le général Bibikow a beaucoup d'ennemis; il a fait des fautes : qui n'en a point commis en ce monde? mais c'est une intelligence remarquable, un caractère digne de respect, auquel nous sommes heureux de pouvoir rendre cet hommage.
Les événements politiques de 1831 avaient grandement compliqué la question du servage dans les provinces do Kiew, Volliynic et Podolic. Dans ces trois provinces, la population rurale est d'origine russe et professe la religion criliodoxe orientale (1); la bour-
^1) On l'appelle a tort ruthénienne; entre rutliénien et russe il n'y a pas plus de dififérence qu'entre un Allemand et un Teuton; c'est- a-dire aucune. Les provinces de Volhynie et de Podolie furent russes depuis le neuvième siècle jusqu'au quatorzième; ensuite polonaises du quatorzième siècle jusqu'au dix hnitième, époque où elles redevinrent russes.
292 jjLVÈMrrÈ
geoisie des villes est composée de polonais* catholiqaes-Tomaiiis et d'isiaélites; la classe BoUe, propriétaire da sol, est polonaise et catholique-romaine; les msses n'y forment qn'nne petite minorité. Les nobles avaieiit fût prenre, en 1831, d'une grande hostilité Tia-a-vis de la Bossie; la dasse rarale, an contiaire, arait tânmgné des sympathies trèa-msses; ils s'en était suivi, entre les propriétaires et leurs serfs, un antagonisme Tndent, se produisant souvent sous les forases les plus révoltantes. Le général Bibikow pn^osa à rempereur Nicolas de régl^nenter les corvées et les diverses prestations des paysans envers les seigneurs. Ce r^lement reçut le nom d'tfirtn«afr«9, nom anciennement employé dans ces provinces pour designer le r^ement de la corvée, établi jadis et tombé depuis en désuétude.
Le 16 novembre 1839, Tempercur Nico-
KWw fat ÏM capitale de la Russie depais le neo- Ti^we siècle josqu^à la fin da doaziëine siècle : resta «ne Tille russe jusqu'au quatorzième siècle; tomba alors aa pouvoir des Polonais, et fut reprise défiai- Uvenent par les Rosses aa dix-septième siècle.
Stnt LA RUBBIE.
las nomma un comité (le second en date), pour examiner si le système des inventaires^ que Ton allait introduire en Yolhynie et en Podolie, ne devrait point être étendu à tout l'empire. Ce comité se composait du prince Wassiltchikow y président; du comte Orloir, plat courtisan, joignant une très-médiocre capacité à une grande finesse de cour et à une incommensurable paresse, ennemi des réformes ; du comte Leraschow, qui était un homme d'esprit, mais à tendances rétrogrades; du prince Menschikow, lequel pendant long-temps eut en Russie la réputation d'un homme de génie, dont il se trouvait redevable à une constante opposition de salon et d'épigrammcs, menée toujours par lui avec beaucoup d'habileté contre l'empereur Nicolas, tandis que dans le cabinet de ce prince il se montrait le plus assidu de ses courtisans. Son ambassade à Constantinople en 1853, et sa conduite pendant la dernière guerre le placèrent sous son véritable jour, qui n'est guère brillant : il se montra léger, superficiel, paresseux, dénué d'énergie, envieux do ses collègues et d'un égoïsme rare, même à la cour de Saint- Pétersbourg. Il y avait encore, dans ce se-
éond comité, le comte Kissëlew et le comte Bloudow, auxquels nous avons rendu plus haut toute la justice due à leurs talents et îi leur caractère; M. Toutchkow, bon et loyal vieillard, homme d'expérience et d'une haute probité ; le comte Alexandre Stroganow, honnête homme, mais d'un esprit médiocre, d'un -orgueil démesuré, d'un caractère violent et d'une complète incapacité; M. T.anéiéw, un vrai type du bureaucrate, nul, insinuant, paperassier, humble courtisan vis-à-vis des grands et satrape hautain vis-à-vis des petits; enfin le ministre de la justice comte Panine, duquel nous n'avons eu, hélas! que
trop souvent à parler
Ce comité examina le projet, élaboré par le respectable comte Kissélew, pour organiser la position de la classe rurale en Eussie sur le même pied, sur lequel le comte Kissélew l'avait organisée en Valachic, lors de sa célèbre administration des provinces danubiennes. Le comte Kissélew et le comte Bloudow soulevèrent, dans ce comité, la question de l'affranchissement complet des serfs, mais ils rencontrèrent une formidable opposition chez leurs collègues, et un ordre impérial.
8UBLABn33IE. 295
transmis au eomité par son président le 26 février 1841, ddclara que S. M. ne songeait point à rendre Tëmancipation des seifii obligatoire pour les propriétaires. Réduit aux modestes proportions (Tune émandpaHon fo' cultative^ le projet fat présenté ainsi au conseil de Tempire, où, malgré ses proportions si anodines, il fut encore violemment attaqué, et ne passa qu'avec peine, grâce à la pression exercée par Tempereur sur les memfores du conseiL II en résulta la loi informe et impratique du 2 avril 1842.
Le second comité siégeait encore, qu'un troisième eut le temps d'apparaître et de disparaître. Ce troisième comité, créé en 1840, fut chargé de l'examen de deux mémoires présentés à l'empereur par le comte Bloudow : l'un sur la réduction du nombre des serfs attachés au service personnel des maîtres (dvorovyié); l'autre sur la défense de vendre, d'engager et d'accorder en don des paysans sans terre, en d'autres termes, de défendre la vente de l'homme pièce par pièce. L'on composa ce comité, sous la présidence du prince Wassiltchikow, d'hommes qui, à rexception du comte Kissélew et du
296 ^^ vÉBiTé
comte Bloudow, étaient tous opposes aux réformes et défendaient les vieux abus. C'étaient le prince Alexandre Galitsyne, le prince Cxemyschew, le comte Benckendorff, le comte Leyaschow, le prince Menschikow, le comte Alexandre Stroganow, le comte Panine, le comte de Nesselrode, homme d'esprity mais d'une médiocre capacité, fort rétro* grade dans ses opinions, admirateur fanatique du système autrichien en général et dv prince Mettemich en particulier, dans lequel il voyait la plus haute incarnation de l'intelligence humaine; enfin le baron Modeste Korff, homme d'esprit et d'instruction, mais d'opinions rétrogrades, encroûté dans les abus ; partisan dévoué de Tancien système à l'ombre duquel il avait grandi et prospéré; le plus humble et le plus obséquieux des cour* tisans.
Ce troisième comité n'eut que trois séances : les 3, 11 et 18 mars 1840. Il fut clos par un ordre impérial du 26 mars 1840» qui annonçait que ces réformes étaient r0mises à un temps plus propice. ]^éanmoins, un odit du 2 janvier 1841 défendit la vente isolée des serfs» et prohiba l'acquisition des sezfii
à ceux d'entre les nobles, qui ne possédaient point de biens-fonds. C'est aux comtes Bloudow et Kissélew que revient tout l'honneur de cette noble loi.
Un quatrième comité fut créé en février 1844, sous la présidence de l'empereur luimême. Il se composait du prince Wassiltchikow, du prince Pierre Yolkonski, homme d'une intelligence très - médiocre et à tendances fort arriérées y des princes Czemysehew et Mensehikow, des comtes Sassélew, BloudoWy Levaschow, du baron Modeste Korff , du ministre de l'intérieur Léon Pérovski, homme honnête et porté à ramclioration du sort des serfs , mais doué d'une intelligence ordinaire et fort enclin au système bureaucratique; du ministre des finances Yrontohenko, plat courtisan, bureaucrate nul et incapable, et de M. Bahtine, alors secrétaire de l'empire, homme de mérite, intègre, mais ayant passé sa vie dans les bureaux et nullement doué de la largeur de vues, indispensable pour aborder sérieusement les questions de réformes. Le but de ce comité était de diminuer pour le moment, et d'arriver, à une époque peu éloignée, à l'abolition
298 LA VÉKITi
complète de la classe des serfs attaches au service personnel des seigneurs (dvorovyié). Les mesures proposées à ce comité par le ministre de rintérieur, d'après les intentions de Tempereur et suivant l'idée du comte Bloudow, rencontrèrent Topposition la plus vive chez la grande majorité des membres du comité; elles furent considérablement amendées; il en sortit un projet anodin, engageant les propriétaires à émanciper leurs dvfjrovyié et les autorisant,, pour arriver plus \ite à ce but, de les émanciper sans leur donner de terrain. L'on présenta ce projet au conseil de l'empire, où l'on eut beaucoup de peine à le faire passer. H fut publié le 12 juin 1844.
Le voyage de l'empereur Nicolas en Angleterre, en 1844, le spectacle de ce pays civilisé, les entretiens qu'il eut avec les hommes d'état anglais, lui firent entrevoir les bienfaits de cette civilisation qu'il redoutait tant; dont il n'avait voulu accepter que la partie matérielle, la partie industrielle et militaire, et non le côté moral et humanitaire, do crainte de voir le pouvoir absolu échapper,, sinon de ses propres mains^
^SUBLABUSSIE.
du moins de ceux de ses successeurs. £n 1846, il créa un cinquième comité, chargé d'aborder franchement la question de Fémancipation des serfs. Ce comité, composé du prince Wassiltchikow, du comte Orlow et du ministre de Tintérieur Péroyski, sous la présidence du grand-duc Alexandre, héritier de la couronne, ne siégea qu'une seule fois et n'aboutit à rien.
Dans le royaume de Pologne, les serfs avaient obtenu, le 1" janvier 1808, lors de l'introduction du code Napoléon dans le duché de Varsovie, leur liberté pleine et entière, mais sans recevoir un pouce de sol en propriété. Il en était résulté qu'ils se Irouvaieiit complètement à la merci des propriétaires, lesquels, de leur côté, se trouvaient, par l'abolition du servage, exonérés de tous leurs anciens devoirs et de toutes leurs anciennes obligations vis-à-vis de la classe rurale, dispensés de la nourrir en cas de disette et abriter en cas d'incendie. La classe rurale, dans le royaume de Pologne, libre de droit, se trouvait, de fait, plus esclave que jamais : la liberté étant illusoire pour l'homme affamé; celui qui n'a
LA VIJUTS
])oléon. Les paysans obtinrent la liberté pc^ HonncUc, mais ils se trouYcrcnt en même temps complètement à la merci des proprictaireSy tandis qu'en Prusse, oii les paysasa, lors de leur émancipation, obtinrent de la terre, leur position prospéra, les biens des seigneurs eux-mêmes haussèrent de yalenr, par suite de la sécurité générale qui s'en- Huivit, de la prospérité qui en fut le frait» et de ramélioration du système des travaux agricoles. Le serf, en Bussie, ne se trouvait point dans la position d'un homme; il ctait dans celle d'un bétail bien soigné, mais au moins ses besoins physiques se trouvaientils satisfaits; il ne manquait ni de nourriture, ni de vêtements, ni d'abri; lui donner la liberté en l'exposant à manquer d'abri, de vêlements et de nourriture n'aurait point été améliorer son sort, mais l'empirer; et il s'agit du tiers de la population do l'empire! D'ailleurs, nous l'avons dit plus haut, le paysan russe est bien déterminé à ne point se laisser émanciper sans terre, et l'émancipation une fois devenue aussi nécessaire qu'inévitable, l'on ne saurait assez louer l'empereur Alexandre II d'avoir absolument
BOB LA HIMIB. 30|
tante étant reconnue înimffiaante, longae et onéreuse pour les cultiTatcurs.
Le 8 noyembre 1847 il lut permis aux serfs de l'empire de Bussie, dans tons les biens Tendus à l'encan pour le paiement des dettes du propriétaire, de se libérer en masse et d'acquérir tout le terrain de la propriété, à la condition de verser la totalité de la somme qu'aurait déclarée donner le plus offirant des enchérisseurs. Cette mesure, publiquement promulguée, fut secrè* • tement aboli» sous l'influence de la terreur inspirée par les événements européens de
Le 3 mars 1848 fut promulguée imc loi autorisant les serfs, jusques-là inhabiles à posséder légalement quoique ce soit, à acquérir -des terres, des maisons, des boutiques, mais toujours sous la réserve de l'autorisation préalable de leurs propriétaires.
Cette loi avait été discutée au conseil de l'empire quelques jours avant la révolution de février, laquelle, ainsi que les conséquences amenées par elle en Europe, terrifièrent l'empereur Nicolas, toujours si craintif en présence de toute révolution.
dix années auparavant, M. le gënëral I Bibikow : d'introduire le système des i taires dans toute la Russie. Le 30 août M. Bibikow fut nomm^ ministre de Tinte et eut ainsi Toccasion de déployer toul énergie vis-à-vis du servage, qu'il étai • décidé à abolir. Les provinces qui souflp le plus de l'état du servage étaient de Mohilew et de Vitepsk, qui forme:
que l'on appelle la Eussie-Blanche. M.
tiew, alors gouverneur-général de ces vinces (le môme qui, dans les fonctioz gouverneur-général de Saint-Pétersbourg, d'acquérir une si triste célébrité par Va Malkow et par la mercuriale qu'il a s
RAP n.11 innrnnl VTTivA.1îHn T^.iiraaV pnt lin h<
svà LÀ KoitfiE. 303
les arrérages d'impôts s'élevaient à une sommé énorme, et dans certaines propriétés dépassaient la valeur des biens eux-mêmes. Il peignait sous des couleurs vives , mais justes, l'affireuse misère du peuple et à côté d'elle le luxe des propriétaires. Ce mémoire fut renvoyé par l'empereur au comité des ministres, avec la note suivante : que messieurs les Ministres lisent ce mémoire y et ils auront acquis la conviction de Vétat épouvantable dans lequel se trouvent ces provinces ; ils verront que les mesures légales seront insuffisantes pour ra^ mener le bien-être dans ce pays; que des me^ sures extra légales et violentes sont indispensa' blés, et je charge M. le Ministre de V intérieur de me présenter à cet égard un projet, dans la rédaction duquel il peut se dispenser de tenir compte des lois existantes. Cette note si caractéristique peint l'empereur Nicolas. Il adopta le projet de M. Bibikow d'introduire les inventaires en Eussie-Blanche, puis, l'année suivante, en Lithuanie; ensuite dans les provinces de Pskow, Smolensk et Twer; de les étendre aiusi à tout Tempire, successivement, dans l'espace de six ou sept années consécutives, et puis de procéder, par le
LATàorÉ
moyen de mesures financières, an radiât des serfs et du terrain qni lenr serait assigné en toute propriété. M. Bibikow espé^ rait voir rémancipation complètement accomplie vers 1865 ou 1866, et comme il nous Ta dit une fois, il demandait à Bien de vivre assez, pour ne fermer les yeux que le jour où il n'y aurait plus un seul serf en Russie. De cette mani^, le général Bi-> bikoWy qui exerçait le pouvoir absolu avec tant de fermeté et, il faut l'avouer, parfois avec rigueur, aurait déblayé et aplani le terrain pour un futur gouvernement consti* tutionnel; il aurait rendu à la Russie le service rendu à la France par le cardinal de Richelieu, lequel a incontestablement déblayé et aplani le terrain pour le succès des idées de 1789.
Le grand-duc Alexandre, sous le règne de son père, était complètement opposé à l'émancipation des serfs. Il se trouvait sous une double influence : celle du prince Alexandre Bariatinski, qui voudrait créer en Russie un régime de castes séparées, en conservant à la noblesse le droit de juridiction sur la classe rurale, état de choses
0BB EiA XDiBBia.
impossible à notre époqne «vec le courant des idées du siècle, et puis sous l'influence, bien plus prédominante encore/ du comte ^ Alexandre Adlerberg, ennemi de tonte ré" forme, parce qu'il est le partisan du pou- Yoir absolu, pour l'excellente raison que sous un pouvoir absolu les fityoris du prince peuvent se fledre accorder de fortes sommes d'argent, même en présence d'un trésor vide, tandis que des réformes amènent nécessairement la publicité, et la publicité amène inévitablement le contrôle de l'opinion publique. Le grand -duc Alexandre, instigué par ses alentours, avait voué une profonde aversion à M. Bibikow, et ne se faisait point faute de la lui témoigner; il réussit à obtenir de l'empereur son père la remise, au printemps de 1855, de Tintroduction des inventaires en Kussie-Blanche, primitivement fixée au printemps de 1854. Pendant ce temps, les revers de la guerre de Crimée avaient humilié à un tel point l'amour-propre de Tempereur Nicolas, avaient porté un coup si rude à son orgueil vraiment satanique, que la santé de ce terrible despote n*y résista point, et il mourut à la suite