‹ La vérité sur la Russie (volume 4)Chapitre 28 sur 37 · Chapitre XYlli\Co^il^0n y^J · texte numérisé non relu

Chapitre XYlli\Co^il^0n y^J

2 I^ VÉBITÉ

écrasant ceux qu'elle ne pouvait rançonner; le Bervagc, que le souyerain avait plus d'une fois voulu abolir, maintenu à la suite de cette maxime politique, qu'un empereur de Bussie ne pouvait opprimer les classes supérieures qu'en les laissant opprimer, à leur tour, la classe inférieure; des finances en désordre; une guerre engagée avec une insigne maladresse, conduite avec ime insigne maladresse ; des généraux dont l'incapacité était devenue proverbiale; nos braves soldats, si admirables de courage et d'abnégation, manquant du nécessaire, tandis que leurs chefs nageaient dans le luxe, produit des vols les plus odieux; une alliance, basée sur les principes de la politique rétrograde et arriérée, avec l'Autriche, laquelle, depuis un siècle et demi, n'avait fait que se jouer de la Bussie, et qui est notre véritable ennemie naturelle ; la guerre avec nos alliés naturels, et l'opinion de l'£urope entière exaspérée contre la Bussie, parce qu'il avait plu à notre souverain de se poser en ennemi de tous les nobles instincts de l'humanité; voilà la position de la Bussie à l'avènement au trône d'Alexandre II.

BVt LA 11U881B. 3

L'empereur Nicolas, u son Ut de mort, dit à son fils et successeur : je te laisse mon empire dans un kat bien différent de celui dans lequel je r aurais voulu : mais que faire? Telle a été la volon'é de Dieu! fai eu deux projets de prédilection, deux projets que fai nourris pendant ma vie entière, et il ne m'a été donné (Texécuter ni Fun ni Vautre : c*efait Vémanci' pation des chrétiens d^ Orient du joug turc, et Fémancipation de nos serfs du joug des propriétaires* Le mometU actuel n^est guère pro* pice pour V accomplissement de la première de ces idées, mais promets^moi au moins de réaliser la seconde? Et Tempercur Alexandre le promit, comme il Ta raconté lui-même à un dignitaire de Tempire, duquel nous tenons ce récit.

Néanmoins, six mois après son avouement au trône, en août 1855, sur les intrigues de la camarilla, devenue, sous le règne nouveau, une force toute -puissante, il ôta le portefeuille de Tintérieur à M. Bibikow, duquel nous avons parlé plus haut, et le donna à M. Lanskoi, vieillard septuagénaire (il est no en 1786), qui a été connu toute sa vie pour Textrême médiocrité do son intcUi-

feactioiis ministérielles» et il est pi s^aer pour conseirer ce tradtemenl longtemps possible. La cunarilla 1 et c'est ce qm avait dicté sofD dioi:

la piemière cirralaire de ce minû ^ovTenwiiis de prorince contenaitlaols : fcMpareur ai'a dommé tordre i m la lOtuaimUom a&solse de tomte% U fttirts mrimdUs de Im noblesse. Dans tie ditmlûie publiée le 1* ayril 18 $«ite da tnité de Pkris, IL Lansk< twMlMr d^ni seul mot à la question wanàpatioBf inritut les goaremeuTa TiMe à soUidter les propriétaires à rcaLiataaee des Tienx soldats, qui re

SCftLASUaSIE. 5

nxs^ncipatîon continuaient à se développer dans 1& coeur du x>6uple. Durant la dernière guerre, l<^i^^s de la levée do la milice, dont Torganis^t^ion, dans les biens seigneuriaux, avait <^tcS confiée aux propriétaires, Ton avait fiût eoiirir le bruit que tout serf^ une fois admis d^Uis la milice, se trouverait affranchi : un îionabre immense de serfs se présentèrent pour entrer dans la milice. Lors de la concl^UBion de la paix de Paris, Ton avait fût ^urir également le bruit tout aussi erroné, ^^e ce traité comprenait une clause secrète Prescrivant au gouvernement russe l'abolition du servage. Ces bruits, quelques erronés qu'ils fussent d'ailleurs, étaient un symptôme éloquent de l'état des esprits.

Dans la noblesse, il y avait trois opinions diverses : tous les hommes éclairés et libéraux voulaient l'émancipation; ils la voulaient par principe politique et moral à la fois, trouvant le servage une chose odieuse en elle-même, complètement contraire et aux principes de l'Evangile et au sentiment de la dignité humaine; ils voulaient aussi l'émancipation, parcequ avec le maintien du servage toute amélioration réelle , toute réforme

(; LA VKKITÊ

8criease deviennent c<Hnplciemcnt impossf* blés, et sans améliorationy sans réformes, la Russie se troavait destinée à déchoir de son rang de puissance du premier ordre, et peut* être même à se dissoudre à la première guerre extérieure. Ce parti comprenait bien que les Russes ne seraient jamais des hom* mes dignes de ce nom, des hommes civilisés et libres, tant qu'ils continueraient à posséder du bétail sous forme humaine.

Le parti rétrograde, très-nombreux parnû les propriétaires, en province surtout, n^ Toalait point do l'émancipation. Ignorant Icf^ leçons de l'histoire qu'il n'avait jamais ctadiée, sourd à la voix de la raison; aveugle en présence Ses symptômes éndcnts de U décadence de la Russie qui commençaîest déjà à devenir visibles aux esprits clair vo}*ants, il ne voulait qu'une cliose : le maintien de son pouvoir sur ses serfs. U consentait à croupir lui-mcme dans un honteux esclavage, pourvu que le gouvernement lui laissât ses propres esclaves. Aujourd'hui, voyant ses esclaves sur le point do lui échapper bientôt, il s'est réuni au parti libéral pour exiger une constitution, laquelle

i des limite! an povroir astoeiatiqiie, ni oonoenlrë dans les baîds de l'ei»-

mais de fait exeioé par la famarilla la iNireaiieTatie.

L, le parti tmreaseratiqae a.Tait ses i ses plans à loi, très*arrét& et pour plissement desquels il était déddë à r la lotte la plus Tire. Pour ee parti, itien du pouvoir absolu est une eoor i^ispensable pour la dorée et la oonon do pooYoir toot* paissant de la sratie, laqoelle veot bien émanciper fsy mais à la condition de les gooyere-méme, c'cstràrdire de fSedre passer s du joug des propriétaires sous le en plus dur encore, sous le joog pil-

rapace de la boreaucratie.

aars 1856, un an après son ayéne- Il trône, et cinq mois aTaht la cérédu sacre, l'empereor Alexandre fit on

à Moscou, et en donnant audience iréchaux de noblesse de la province cou, il leur adressa ces paroles : foi messieurs, que Von fait courir le bruit si f avais manifesté Vintention (Tabolir ige. Pour éviter des mésentendus dont

g LA YÉBITi

«fie afûire de cette in^rtance^ je crois de mon dm>oir de tous déclarer, que je ne songe poùU en ce moment à raboUtion du servage. Mek sans aucun doute vous, ëvez vous-même la eonvictUm, que le droit de posséder des serfs m saurait ne point stAir de changements. Jl teui mimtx voir Pabolition du servage tenir ie^ hmàt que de s'attendre à fa voir arriver itm bas. Je vous prie y messieurs , de réfléchir tna^ WMifens d^éxtcution de ce projeta Iransmd — êez mes paroles à la noblesse, afin qudle 90 avise.

Ce fut pour la première fois que le piiftr' cipe de l'abolition du seryage fat -posé pa^ un souyerain de Russie yis-à-yis de la so* blesse. La très-grande majorité de Voniffor rage impérial^ la plupart des ministrce» étaient pour le maintien du sorvago et fusaient la plus vivo opposition à toute réforme sérieuse ;'ils voulaient le maintien de ce* abus qui les fidsaient vivre et les enrichis^ saient Ils s^ataient d'instinct que TabolitioB du servage devait nécessairement amener une uansfonnation complète dans tout T^lifico politique de la JRussie, et ils s^ opposent d» twiltt Imua forées» soutenus dans oette

8Um LA BD8BIE. 9

îgnoble lutte par la bureaucratie^ leur fidèle tilliée.

Mais à cote de l'empereur, il j avait une bfluence qui travaillait en faveur de la ci- ^Usation et des idées éclairées, c'était le Siand-duc Constantin , prince intelligent et énergique. Ce fut l'influence du grand-duo Constantin qui raffermit, chez l'empereur, l'intention de remplir la promesse faite à *^^ père au lit de mort de celui-ci, et qui ^^Hduisit le principe de l'émancipation sain et sauf à travers les nombreux écueils et les f5^et-à-pens que la oamarilla, la bureaucratie ^ la majorité du ministère ne cessèrent de • W placer sur la route difficile, que ce principe avait à suivre dans une cour aussi complètement démoralisée que la cour semi-asiatique de Saint-Pétersbourg.

Lors du sacre de Tempereur, ce prince, d'après les conseils du grand-duc Constantin, ehargea le général Nazimow, gouverneurgénéral de la Lithuanie, venu à Moscou pour assister à la cérémonie du sacre, d'inviter les nobles des trois provinces lithuaniennes (Vilna, Grodno et Kovno), oîi l'on travaillait à rintroduction des inventaires (régularisation

Y2 LA.TEUTS

eût été pajée, il est clair qiie la plupart d'entre eux se troayeraieiit soumis à Texpropiiation dans le cornant de quelques années, et le bat que la législation aurait toqIh atteindre serait complètement manqué.

Dans celte grande mesure de l'émanoipttien, il y a trois tendances venues àsoigir. La bureaucratie a aussi ses ultra; ceux-là auraient bien voulu assimiler les serfe émancipés aux paysans de la couronne, et, en conservant leur autorité sur ceux-ci, l'étendre également sur les serfs émancipés; ^ d'autres termes, piller tout le monde. Les bureaucrates plus modérés consentent à Toir les serfs émancipés administrés autrement que ne le sont les paysans de la couronne. Mais nous, libéraux, nous croyons qu'il est éminemment impolilique d'établir deux administrations, complètement différentes, pour les deux tiers de la population de l'empire; nous avons l'intime conviction, que l'assimilation des serfs aux paysans de la couronne mènerait uniquemefft à l'accroissement de ce pouvoir, si exorbitant, déjà de la bureaucratie, qui entraîne la Russie vers une révolution. Augmenter le pouvoir de la bureau-

stOLhXKomax. n

invier 1857, L'empeieiir léunit, dmns

let do travail, les onze penomiâgoB : le prince Orlow, le comte Bloucomte Adlerberg père, le prince garine, M. Lanskol, ministre de r, le baron Modeste de Korff, le asile DolgoronkoWy chef sapérienr »lice politique, M. llichel Hoora* )elë, trois mois plus tard, au minis*' domaines de la couronne, M. Tcher* nistre des ponts et chaussées, le EtostoTtsow et IL Brock, à cette linistre des finances (le grand-duc tt voyageait à l'étranger). L'empeonça à CCS onze personnages qu'il !nt de s'occuper de la question de ation, et qu'il les nommait memîomité créé à cet effet, sous sa pro- Icnce à lui, et en cas de son abus celle du prince Orlow. Par un ttachement aux anciennes traditions tiques , Ton enveloppa -de mystère n de ce comité, déclaré secret, au iiculo du gouvernement; pendant e entière que ce comité fut censé n-seulement son .existence, mais ses

74 LAVÉKITÊ

les tendances éclairées de ce prince compléteront les mesures dont il a jeté les bases. Pour les lecteurs étrangers, nous devons raconter ici Torigine de ces apanages. Ce ne sont point, comme on aurait pu le croire, des paysans acquis et des terres achetées par la famille impériale. Loin de là. L'empereur Paul, un beau matin, d'un trait de plume, déclara que tels et tels villages de paysans des domaines de la coaronne deviendraient une propriété privée de la famille impériale, sous le titre de paysans des apanages. Peu après, en 1798, il créa un ministère des apanages, le premier ministère créé en Russie (1). Sous le règne

(1) En 1798 fut créé également le ministère dn commerce, aboli en 1812 et réuni alors au ministère des finances. En 1802, le 8 [20] septembre, furent créés les sept ministères de la justice, de l'intérieur, de l'instruction publique, des affaires étrangères, de la guerre, de la marine et des finances. En 1809 fut créé le ministère de la police, aboli en 1819, rétabli en 1826 sous le titre de, chef de corps des gendarmes, chef supérieur de la troisième section de la chancellerie impériale; ea

SDB LA RUSSIE. 75

de l'empereur Nicolas, tm grand nombre de paysans des domaines de la couronne furent déclarés paysans des apanages.

TJn jour, lors de la création du ministère des domaines, en 1838, Tun des principaux dignitaires de Tempire ayant dit à Tempercur Nicolas, que Ton faisait courir dans le public le bruit de Tassimilatiou dos paysans des apanages aux paysans de la couronne, en reçut cette réponse bien digne de réflexion : „L*on est dans Terreur : je „ne le ferai jamais. Nul ne peut prévoir „ravenir. Un jour, la forme du gouveme- „ ment peut changer en Russie , — non pas „sous mon règne, bien entendu, — mais „sous mes successeurs. Il est bon, à tout

1811 fiJt établi ïe contrôle général, dont le chef ont le rang de ministre ; la direction générale des portes et celle des ponts et chaussées furent élevées au rang de ministères, la première en 1823, la seconde en décembre 1825; le ministère de la maison impériale fut créé le 22 août [3 septembre] 1826, et celui des domaines de la couronne le l'' [13] janvier 1838.

•^g LA VÉRITÉ SUE LA RUSSIE.

„ événement, pour la famille impériale, do „ posséder des propriétés privées."

Ces mémorables paroles du champion le plus ardent de l'absolutisme méritent d'être mûrement pesées.

DE LA BOUROEOISIK.

termes de la loi municipale {gorodoojénié)^ promulguée par Catherine II 5, tous les habitants des villes n*apat point à la noblesse, mais possé- Le maison, exerçant le commerce ou rie, formaient le corps municipal (^o-

obslchéstvo) de chaque ville, et avaient ; délire leurs maires (^o/oi'a), leurs

(starschina)y et dos assesseurs dans ers tribunaux. Déjà Pierre 1*' avait

la bourgeoisie en deux classes : les ids et la bourgeoisie proprement dite, ; divisé les marchands en trois catéappelées guilJes, entre lesquelles les ids se trouvaient répartis suivant Téde leur commerce et la quotité de

payé par eux pour leurs patentes.

ic II accorda aux deux premières

7g LA VÉRITÉ

guildcs seulement le privilège d'être exemptées des châtiments corporels. Ainsi, u:i ncgociiint riche, estimé pour son caractère personnel, se voyait -il atteint subitement dans sa fortune par l'une de ces grandes crises, si fréquentes dans le commerce et auxquelles n'échappent point les hommes les plus honorables, il se trouvait réduit à descendre de la première guilde dans la troisième, et se voyait immédiatement expose aux avanies les plus abjectes. Il en résulta que tous les marchands ne cessèrent d'employer tous leurs efforts pour faire arriver leurs iils à la noblesse, en les faisant entrer au service de l'état. La carrière si honorable de négociant fut l'objet du dédain de ceux mômes qui l'exerçaient et lui devaient leur fortune. On a beaucoup blâmé les ma^ chands russes de ce dédain qu'ils professaient pour leurs occupations, et de leur ambition de voir arriver leurs fils à la noblesse. On a eu tort; ce no sont point les marchands qu'il faut blâmer, il faut les plaindre. Ils se sont vus obligés de vouloir sortir d'une position intolérable. C'est le gouvernement russe qu'il faut blâmer du long

sus LA RUSSIE.

ien de cet ordi^ de choses; le gouvcrat russe voulant s'assimiler à l'Europe lir des avantages de la civilisation eurole, tout en conservant un régime scmiq[uc et le droit d'exercer son pouvoir .-fait à l'asiatique.

1832, l'on créa les castes de la boure notable héréditaire et de la bourgooi- Dtable personnelle {potchétnoi grajdanine), îrées des châtiments corporels et de la ition. Le gouvernement faisait entrer à Té, dans l'une de ces deux castes, les iants, les artistes, les bourgeois. De

tout négociant ayant figuré dix ans la première guilde, sans faillite et sans 3, avait le droit de devenir bourgeois le héréditaire, et ce titre appartient

de droit aux enfants de tous ceux •e les employés qui ne font point parî la noblesse héréditaire. Mais en j)u- ; cette loi l'on commit une grande : celle d'interdire aux bourgeois notale, droit de tenir une petite boutique ou telier; le commerce en gros leur fut accessible.

1846, comme nous l'avons dit au

34 LA VÉBITé SUE LA BU85IE.

de faire tomber les barrières surannées de la loi russe, et d'introduire le droit de libre exercice de tout genre de commerce, industrie et métiers, pour tout le monde sans exception, moyennant ime redevance légale.

Il faudrait admettre les corps municipaux des diverses villes à concourir à l'élection des membres du conseil provincial {goubernskoié pravlénié), dont nous avons parlé au premier volume de ce livre.

Enfin, Ton ne saurait assez désirer de voir l'administration des villes enlevée aux mains ignobles et avides de la bureaucratie, représentée par les gorodnilchyi , les maîtres de police, etc., et de la voir confiée à des corps municipaux sérieusement électifs, soustraits à l'arbitraire de la bureaucratie qui pèse aujourd'hui sur eux.

By la municipalité de Saint-Fëtcrsbourg, jien -peu influente et médiocrement indante, au point d'avoir vu Tun de ses •res, M. Malkow, insulté par le gouur général de la ville, M. Ignaliew, se .*efîiser toute satisfaction, fut, à la suite

déplorable épisode, pldcée vis-à-vis do hne gouverneur général dans une posile complète dépendance, à tel point la T puissante bureaucratie redoute le coude rassemblée la moins indépendante!

n ne saurait se figurer en Europe le s, avec lequel les municipalités et leurs

électifs se trouvent traités -par la buratie. Dans la plupart des villes de ice et dans presque toutes les villes strict, les maires (fjolova) ne sont reçus )u convenablement, par les autorités suites de la -ville, qu'en leur faisant des iix, et malheur à celui qui refuserait »age; il se verrait exposé à mille ava-

Les assesseurs élus par les municipapour siéger aux tribunaux de province

district, j sont traités avec un mépris lifiable; on en a vu, à l'arrivée du présidu tribunal, se précipiter dans Tanti-

LA YÉSITÉ

cHambre pour ôter la pelisse et les bottes fourrées de leur chef, lequel recevait ces soins serviles avec une impassibilité, pouvant faire croire aux étrangers que ces malheureux assesseurs accomplissaient le devoir légal de leur charge. Le gouverneur général de Moscou, le comte Zplcrevski, ce satrape ridicule et odieux dont nous avons déjà parlé daas cet ouvrage, qui trouvait que rien ne gênait Tadministration autant que les lois, arrivant pour la première fois dans la province qn*il devait ensuite opprimer pendant onze amiées consécutives, reçut dans la ville du disiarict qui se trouva sur son passage (Kline), la municipalité venant en corps lui présenter SCS hommages. Il Taccueillit par cet étrange discours : „ Messieurs, je sais que vous êtes „des fripons! Soyez bien sur vos gardes; je „vous préviens que je serai d'une extrême „ sévérité envers tout le monde." Sous Vewr pereur Nicolas, le maire de Kharkow ayant refuse de souscrire à l'arbitraire avec lequel le gouverneur général, M. Serge Kokoschkinc, voulait disposer du budget de la ville fut exilé par l'empereur à la demande de M. Kokoschkine. On croira peut-être que ce digni-

8UB LA RUSÇIE. -gg

taire y qui prenait le budget municipal pour sa cassette particulière, fut éloigne du service? Pas le moins du monde. Il fut place au second des garde-meubles de la couronne, c'est-à-dire au scnat, et se considéra comme offensé de n'avoir point cto placé aU premier des garde-meubles, c'est-à-dire au conseil de l'empire, où il aurait également trouvé des collègues dignes de lui et tout aussi utiles à la Eussie.

H est urgent de transformer les municipalités de toutes les villes de la Eussie, en les mettant sur le pied de celle de Saint- Pétersbourg, avec cette modification (que l'on devrait également introduire à Saint-Pétersbourg), de ne point faire délibérer séparément les réprésentants des diverses catégories, ce qui est le moyen le plus sûr de faire naître l'esprit de jalousie, de rivalité, de haine, et d'aboutir à des contiits. Il est de mauvaise politique d'introduire dans le corps municipal d'autres distinctions, que celles basées sur la différence du cens électoral.

n serait bien temps de supprimer les guildes, en les remplaçant par des patentes individuelles, comme dans les pays civilisés;

^g LA VÀBITÉ

monter à ses véritables auteurs, l'empereur Nicolas et Tofficier général qui, pendant un quart de siècle (1827-1852) a rempli les fonctions de ministre de la guerre. Cet officier général, le prince Czernyschew, d'une médiocre capacité administrative, était l'un des plus habiles intrigants de cour qui aient existé, et cette qualité, prisée, on Eussic, bieu au-dessus de l'esprit et du mérite, avait fini par l'élever au plus haut poste de l'administration, celui do président du conseil de l'empiro et du comité des ministres. Plat courtisan vis-à-vis de son souverain, le plus obséquieux de ses flatteurs, tremblant devant ses colères, il était, vis-à-vis de ses subordonnés, hautain comme un parvenu, insolent comme un esclave distingué par son maître, dur et méchant jusqu'à la cruauté. 11 ne voulait que deux choses : de la faveur à la cour et de l'argent, et pour arriver à ces deux buis, tous les moyens lui semblaient bons. Ses subordonnés tremblaient devant lui, et par une suite naturelle de la crainte, s'entendaient à le tromper, comme lui de son côté, tremblant devant l'empereur, trompait son souverain. Les hommes

DB l'ADMIKISTBATION MILITAIRE.

N*étant point militaire, nous ne touche- >n8 dans ce chapitre ni à Vorganisatiou de Eurmee, ni à la stratégie, etc. Nous parlems uniquement de Tentretien des soldats, e la manière de les habiller et de les ourrir, et de la position qui leur est faite is-à-vis de leurs chefs. La dernière guerre

révélé les abus les plus affreux, les plus égoûtants; ropiiiion publique s'en est inïgnéc, le gouvernement s'en est ému, une Hqucte solennelle a été ordonnée j le soin opçrer celte enquête fut confiée au prince iclor Wassiltcliikow , officier général dont '- dernière guerre avait mis en évidence la ravoure et réminciite loyauté, trcs-popuire dans Tarmée et le digne fils de Tun )8 hommes les plus, respectables de la

LA YEBITE

llussic (1). Nous n'avons nul besoin d*ajouter que le zèle le plus loyal et l'équité la plus stricte ont présidé à cette enquête solennelle. Mais les divers rouages de la bureaucratie se tiennent si bien entre eux, se trouvent si parfaitement engrenés les uns dans les autres, que les efforts les mieux combines ne purent réussir à amener devant la justice tous ceux qui auraient dû lui être livrés; parmi le très-petit nombre d'individus traduits, à la suite de l'enquête, devant le tribunal militaire nomme par le gouver- ■ nement, tous ne furent point condamnes, et le principal coupable, celui qui avait dirigé l'administration militaire dans la der-

(1) Le père d«i prince Victor Wassiltchikow, le prince Hilarion Wassiltcliikow, était mort, en 1847, dans le poste le plus dlevé de l'empire, celui de président du conseil de l'empire et du comité des ministres. Vrai type d honneur et de loyauté, il avait offert le rare exemple d'un homme ayant passé un demi-siècle a la cour de Saint-Pétersbourg sans jamais déchoir d'uae loyauté a tonte épreuve et d'une tenue, empreinte du cachet de la plun admirable dignité. Il fut du très-petit nombre d'hommes qui ont eu le rare courage de faire entendre la vérité k l'empereur Nicolas.

re guerre et avait été la source comme protecteur de tous les abus, le général 1er y fut seulement renvoyé du service! te sentence fut prononcée trois années et lie après la fin de la dernière guerre, it les désastres et la honte paraissent s les jours et de plus en plus s'effacer la mémoire du gouvernement; la toutessante bureaucratie, après une forte comtioUy rentre dans son existence ordinaire, les leçons du passé paraissent n'avoir vi à rien. Profiter de l'absence de la pudté, seule garantie d'un contrôle réel, pour er et piller sans pudeur ni vergogne, et 'on est découvert, faire en apparence beaup de bruit pour aboutir en définitive à ver les coupables et empêcher toute rêne sérieuse, tel est le système constant la bureaucratie russe. Dépourvue comtcment d'honneur et de conscience, elle redoute qu'une chose au monde : la publi- . Eh bien, il faut la clouer au pilori de la ilicité, jusqu'à ce que l'on soit arrivé à 3nir les réformes indispensables.

?our expliquer l'état hideux de l'admitration militaire en Kussie, il faut re-

frère Worouicz une place dans Tadministratîon. L'on put ainsi administrer en famille. Les troupes reecTaient des biscuits moisis, de la viande pourrie; plusieurs d'entre les colonels étaient payés par Zatler pour tolérer ce brigandage; ceux qui se conduisaient en honnêtes gens et portaient plainte, voyaient leurs doléances infructueuses, Zatler se trouvant puissamment appuyé et protégé par toute la bureaucratie.

Les chefs des „ compagnies des boeufs'' {voîovii roty), choisis par Zatler, en recevant de lui, par exemple, cinq cents boeufs, signaient un reçu pour six cents. Il ne leur restait plus qu'à compléter ce chiffre, en s'emparent des boeufs qui leur tomberaient sous la main dans les localités traversées par les troupes, et c'est ce qui eut lieu. En même temps, les petites autorités locales, pour un pot-dc-vin do cinq ou six roubles, délivraient facilement un certificat constatant la mort d'un boeuf qui n'avait jamais existé. Lors de la retraite de nos troupes des rives du Danube jusqu'en Eussie , le chef de l'une des compagnies de boeufs conduisit pendant plusieurs centaines de verstcs,

oblcs et loyaux furent mis à Técart; les oinmes à caractère indépendant furent Tob- 1 des perse'cutions ; la platitude et la basîBse tinrent lieu de mérite, ce dernier of- UBquaut un ministre médiocre; la vénalité t le vol furent des moyens d'avancement, a colonel ou un officier général honnête tant un reproche vivant pour un ministre tévaricateur. Cela dura ainsi un quart de iède, et Tannée russe fut moralement désrgonisée. Le ministre de la guerre voyait empereur plus souvent que tous ses colles; il travaillait tous les jours avec lui. /empereur Nicolas abîmait tout ce à quoi l touchait : le ministère de la guerre fut l>îmé plus qu'un autre, par la raison bien impie que T empereur s'en occupait tous les )iir8.

En 1852, un an avant l'ouverture de cette aerre si maladroitement engagée, par l'emsreur Nicolas, contre des adversaires dont alliance lui aurait été si éminemment utile, .ndis qu'il s'obstinait à conserver une alliance, l'il croyait intime, avec l'Autriche, l'adverdre naturel et l'ennemi permanent de la Ruse, en 1852 l'empereur Nicolas appela au mi-

gQ LA vÉ&rré

ni«tère de la guerre Tan des officiers goncraux qu'il distinguait le plus et dans lequel, avec cette constaute erreur de jugement et de coup d'oeil qui formaient le trait distinotif de ce souverain, il croyait voir un homme d'état. Le prince Basile Dolgoroukow, connu pour son intégrité, est complètement dénué non-seulement de mérite, mais de toute espèce de capacité, même de la plus médiocre. Son sourire perpétuel et banal, adressé à tous et à chacun, lui sert aux yeux de ceux qui ne le connaissent point à déguiser ime absence complète d'idées. Les affaires d'état, les grands intérêts de la patrie, n'existent point pour ce ministre uniquement occupé et préoccupé des relations de cour, des invitations au palais, et l'homme le plus heureux du monde lorsqu'il lui est possible de ne point donner son temps aux affaires sérieuses; du reste, ne comprenant rien du tout à la marche de l'administration, se pe^ dant dans les détails et les minuties, ne sachant jamais s'élever aux considératious générales, et tremblant toute sa vie devant tout ce qui est réforme et progrès. Pendant la dernière guerre, sa plus grande préoccu-

SUR LA BUSSIE. gj

ion consistait à cacher à Temperenr Ni* às d'abord, à Tempereur Alexandre ente, toute la portée de nos désastres, pour point les affliger, disait-il, mais en réalité ir é\'iter leurs reproches. Si les courriers ivés de l'armée et interrogés par le souain lui révélaient la vérité, ils étaient 8 do se trouver ensuite exposés aux rc- >ches du ministre de la guerre.

La dernière guerre (1853-1856) vint réer, dans toute son horreur, l'affreux état l'administration militaire russe, complclent livrée à cette bureaucratie qui contre le vol comme sa propriété. L'on ne rait, dans l'intérêt du pays, donner assez publicité, assez de retentissement aux s odieux qui se produisirent à cette opof, afin d'en éviter le retour à l'avenir, itant plus que les réformes en Bussie ;complissent bien lentement, et d'une marc beaucoup plus nominale et apparente ' sérieuse et réelle.

!iO général Zatler, appelé à la direction craie de l'administration do l'armée, fit . imer son bcau-pcre Schahow chef de l'inlancc militaire, et donna à son beau-

gg LA VÉRITÉ

pines de la bureaucratie militaire, rapines protégées et couvertes par l'influence de la bureaucratie de Saint-Pétersbourg? ûue ponvaient-ils contre la déplorable incapacité d'un ministre de la guerre, personnellement intègre il est vrai, mais complètement dénué d'intelligence, toujours préoccupé des invitations à la cour et de l'accueil qu'il y recevait, et songeant avant tout à cacher à l'empereur l'état désastreux de l'armée, pour ne point affliger Sa Majesté,

Si le ministère de la marine, dont le chef venait seulement d'entrer en fonctions, pouvait veiller au bien-être de ses subordonnés, pourquoi le ministère de la guerre ne pouvait-il en faire autant? C'est que M. le ministre de la guerre, appelé à ce poste par Tcmpereur Nicolas, dont il était l'homme de choix et la meilleure preuve de l'inhabiletc do JS'icolas dans le choix des hommes, offrait le type le plus achevé de T incapacité la plus complète, et se trouvait sous le poids d'une préoccupation exclusive : celle de se bien maintenir en cour. Le jeune et intelligent chef du ministère de la marine

un chariot, un boeuf mort, et à chaque ch.ce il se faisait délivrer un certificat Btatant la mort de Tun de ses boeufs.

général, dans la dernière guerre, les mfe ont formé Tune des branches les ui lucratives des exactions bureaucratiques. osîy un jour le gouvernement reçut un sport officiel Finformant, que dans la par- ' de la province de Crimée située en deçà

la presqu'île. Ton venait d'organiser un nveau dépôt de dix-huit cents boeufs (lesels n'ont jamais existé)! Ces dix-huit cents sufs, après avoir été censés achetés, furent isés être nourris pendant plusieurs mois;

bout de ce temps, ils furent censés avoir i tués, ils furent censés avoir été salés; hb ce but Ton fut censé avoir acheté du l, et chacun de ces boeufs mythologiques ^porta aux inventeurs de ce procodé enron trois cents roubles (douze cents francs). tors de Toccupation des provinces danuennes par nos troupes, en 1853, Tordre t donné de Saint-Pétersbourg do faire, à ïer de réserve, de grands achats de seigle, avoine, de foin, etc. Zatler n'employa à os ces achats qu'ime faible partie de Far-

gent à lui cnroyé. Lors de réracualion prfcipitée des provinces danubiennes par nos troupes, en 1854, Zatlcr présenta au général en clief un rapport, où il exposait Timpossibilité absolue de faire voilurcr en Rnsr sic les immenses magasins de rc serve qn'il était censo avoir organisés. L'ordre fut donné de les brûler, et comme il n'y avait à peu près rien à brûler, Ton n'hésita point à mettre le feu aux greniers de blé de quelques malheureux propriétaires moldaves et valaques. Le tour fut fait et accompli.

Des deux capitales et de toutes les pa^ tics de la Eussie, des personnes de toutes les classes de la nation envoyaient à ^a^ mée des habillements et des objets de première nécessité; rien n'arrivait jusqu'aux soldats de l'armée de terre; ils manquaient souvent des objets les plus indispensables. Les envois arrivés en Crimée, à peine remis à l'administration militaire, se trouvaient, soit partagés entre les divers chefs pour leur usage personnel, soit vendus aux ma^ chands, qui les mettaient en circulation à leur profit.

Les marins étaient plus heureux. Une

stration intelligente et probe veillait bien-être. Les objets envoyés pour sage ne s'égaraient point, grâce à la i des officiers de la marine russe, à l'intelligence distinguée et à la intégrité du jeune homme spécialeîuvoyé en Crimée à cet effet, M. .Bo- .nsourow (aujourd'hui secrétaire d'é-

deux personnages envoyés succcssi- ; pour surveiller la distribution, aux de l'armée de terre, des effets que Fraient le patriotisme de la nation et pathie publique, avaient été choisis M. l'impératrice Marie, cette verprincesse au coeur si noble et au . droit, l'objet du respect général en Ces deux personnages, le comte Mi- ''ielhorski et le prince Grégoire Dolow, tous deux distingués par les plus tes qualités du coeur, apportèrent dans ce de leurs fonctions un zèle qui leur a vie : tous deux succombèrent à un gagné dans les visites aux hôpitaux^ ne pouvaient les efforts de ces deux B, si loyaux et si zélés, contre les ra-

103 l*A vÉRixé .:

I anui leurs coUègueB. La majeure partie des colonels, comme la majeure partie des officiers généraux commandant les régïments de la garde impériale russe, s'enrichissent de la manière la plus honteuse et la plus indigne, aux dépens du bien-être des soldats dont le sort leur est confié.

Voici comment ils y procèdent. Les soldats sont mal et insuffisamment nourris^ La farine pour la confection du . pain leur étant allouée par le gouvernement en quantité suffisante, une partie de cette farine est coofisquée par le colonel, et vendue à son profit. Les colonels s'arrangent de manière i opérer, à leur propre profit, des économies sur le drap destiné à l'habilloment des soldats, sur le cuir destine à leurs bottes. Dans les régiments de cavalerie, les revenus des colonels sont bien plus considérables qne dans ceux de Tinfanterie; ils font des économies sur la ration des chevaux en foin comme en avoine. Enfin, Tune des brandies les plus lucratives du revenu des colonels • consiste dans les prix officiels (spravoschnyii tsénif)^ c'est-à-dire le chiffre, établi chaque semaine, des prix de tout ce qui peut servir

8UK LA KUaSIE.

uif ^it aux abus y et les attaquait plus grande énergie, malheureux soldats , admirables de , d'abnëgation, de résignation , yes à être blessés de manière à pount le transport dans des hôpitaux éloignés du théâtre do la guerre, plaçait sûr des charrettes^ en leur les habits chauds qui leur ayaient pés. A peine recouverts de vieilles militaires trouées et déchirées , ils eut conduits en route, par un hiver Cy à travers des souffirances et des \B de tous genres. Dans les villes rincipaux bourgs, il y avait des hôlilitaires provisoires, dont les chefs, de veiller au bien-être des malheuon leur amenait, les laissaient gé* les charrettes pendant des heures souvent par le froid le plus rigoùs'en allaient eux-mêmes faire bonne oire du vin de Champagne et jouer l'enfer. Les malheureux venaient-ils r, on les inscrivait sur la liste de , on déposait les cadavres dans des . le froid pouvait les préserver pen-^

gg ïmK tébitê

dant on ceTtain temps de la décompositioi^ et puis Ton portait sur la liste des dëpei de l'hôpital le prix de la nourriture, m^ disant- délivrée à ces malades dccëdcs, eik^ prix des médicaments censés avoir été ( plojés à lenr traitement Lorsqu'il venait fc' s'accumuler beaucoup de cadavres dans hi, caves, on les jetait dans des bières faites à^ la hâte et on les conduisait au cimeiiini Plus d'une fois l'on vit, pendant le trajalk. ces bières mal foites s'entr'ouvrir et les mdavres *iouler sur le sol dans un état de i dite complète....; ils n'étaient même p(â| enveloppés de linceuls, dont le prix se titn| vait également volé par l'administration mk

litaire !

Les talents administratifs de M. le minisiiA de la guerre furent recompensés par les ooir dons de Saint -Wladimir et de Saint- Anddk ' Lors du jugement du petit nombre d'eolUr les misérables qui, malgré tous les subteft* fuges de la bureaucratie, ne purent échjq^p* aux suites d'une enquête loyalement opérée Ton vit, au grand scandale et à rinexprim»* ble indignation de l'opinion publique, le pria* cipal coupable, Zatler, voir alléger la pein»

SUR LA BUSSIE.

3l le tribiûial l'avait condamné, par don des généraux qui avaient corn* . chef Tarmée, et, le croirait-on ! par don, entre autres, du prince Michel )W, si connu pour son intégrité De!!! Sans l'habileté de Zatler, ditlée serait morte de faim!!! Mais peut-on maintenir un pareil ordre \ et ne point le remanier de fond e ? . . . . A quoi la Bussie se voit-elle lite par cette forme de gouvemoe, uu pays si vaste, si riche de B inexploitées, habitée par une nai intcUigente? Cette Russie, il y a s encore si puissante à l'extérieur, ujourd'hui paralysée par les vices ministration, et se trouve dans Tim- ) de faire la guerre sans livrer le et la vie de ses défenseurs à la § plus misérables fripons dont Thise mention ! Voilà les fruits de l'abcontrôlc et de. la publicité, les fruits aie inévitables du despotisme, îertainement dans l'armée russe pluioncls loyaux et intègres, d'autant orablcs qu'ils forment la minorité

manière la plus honteuse et la aux dépens du bien-otre des b< sort leur est confié.

Voici comment ils y procède dats sont mal et insuffîsammcc farine pour la confection du. pi allouée par le gouvernement en fisante, une partie de cette fa fisquée par le colonel, et vendi fit. Les colonels s'arrangent c opérer, à leur propre profit, d sur le drap destiné à rhabilloi dats, sur le cuir destine à leurs les régiments de cavalerie, les colonels sont bien plus consi

j^ ii:*.^' x^-

8U& LA RUSSIE. JOl

la ' nourriture des hommes et des chevaux ils la localité occupée par le régiment. Ce ifiprc se trouve établi en commun par le lonel et les autorités locales ; les prix sont ujours exagérés au-dessus de la réalité; le •lonel donne un pot-de-vin aux autorités cales, et empoche le reste de la différence itro le prix réel et le prix véritable. Dans le système russe, non-seulement pour i partie militaire, mais encore pour toute idministratron,un chef ne saurait jamais avoir rt vis-à-vis de son inférieur; un inférieur ) saurait jamais avoir raison vis-à-vis de m supérieur. Le gouvernement a bien étai ce que Ton appelle des revues d'inspection n»péktorskoi smotr), où Ton voit un officier béral, désigné à cet effet, venir non-seument examiner Thabillement et Téquipemcnt » soldats, mais encore leur demander s'ils ont point do plaintes à formuler contre ars chefs. Malheur au soldat qui essayerait I proférer la moindre plainte, de faire enadre la moindre doléance! L'affaire serait omise à Texamen des chefs supérieurs, le le colonel trouvera moyen de gagner iT des cadeaux, et à peine rofficier général

11^ LA TÉxrri:

iï:«T«tccr fcia-t-il parti, que le colonel saif sEr& le ptemier prétexte Tenu, même le plis £c:i>« pour £ûie appliquer à ce soldat haiéi csaq cents coups de bâton, sanf, après qaft îe dos dv Biallieiireiix aura g:acriy à loi fiuiS «7 plaquer CBcoie une nonvelle volce de es ccsav. Qae penrent £iire ces infortimés?...* S:«feir et se taire, Toilà leur lot! Imposable de Toîr «ne créature humaine plus rm* plie d'ahB^ation que le soldat rosse. Boa^ bsKain, toujours prêt à Tenir à l'aide dHa salbcureux, capable de partager avec te MK dernier morceau de pain, à la gaoro^ <«ujgem comme un lion, et après le cda* Kat, eompsuis^sont envers l'ennemi désaimc; c'mie TvinsisTiation absolue basée sur la fi» rv'.iiTA-use: od&ant dans son caractère un mélîTiiO aimiiable de stoïcisme et de bonfaif le 5cld:it rus^e, four peu que le sort lui ait <w.vx>rdc un chef humain et loyal, adore es Aivf, «:î 50 irouTe prêt à donner sa vie pour lui. Los oÈieiers eux-mêmes ne sont point a Tabri du despotisme et des vexations de leur» iv!oîioIs, lesquels s'occupent activement de mAîuignonnage, et, tirant de là une source do revenus, obligent les ofnciers riches a

8UB LA BDSaiE.

Léter chez eux des chevaux à des prix Itères. Dans chaG[ue régiment, il y a un Lcier charge des fondions de trésorier, et

autre chargé de celles de maréchal des ;is. Tous les deux doivent être élus, suiat Fusage, par le corps des officiers du ^ent; mais en réalité ils sont désignés r le colonel. Si des officiers, qui ne conmnent point au colonel, osaient accepter

choix de leurs collègues, ils s'en repenaient hien vite, leur chef ayant à sa dis- Edition tous les moyens de leur causer mille lagréments. Aussi le trésorier et le mareil des logis du régiment sont-ils, d'ordiire, les deux bras du colonel dans les icussions et les exactions de ce dernier. Un jour, à une station de poste, nous ^ns rencontré un soldat libéré du service rès la dernière guerre, et qui nous disait : 'ai vu en Crimée les soldats français et 3S soldats sardes : voilà des gens heureux! Is sont bien nourris, et traités avec humaité et convenance {po tchélovétchéski). Nous, DUS manquions souvent du nécessaire ; nous ommes constamment volés, et puis encore «ttus par ceux qui nous volent!"

IM

LA YÈMOA KM, LA BTSSIE.

Le «iniitre actuel de U gaerre, le gâié*. ni Nicolas Souhozaneth , est un officier ge- ■ml inlè^pre, d*ime grande expérience, animfi des meilleures intentions; mais il est âg^ •oonent in&ime et presque aveugle. Malheih muement la bureaucratie russe est plus forte et plus puissante que les ministres : ceux. Centre ces derniers qui ne consentent point à drrcBir les instruments de l'odieuse hé» Wreaaciatique, et reulent sincèrement le bia de Icor pays, voient tous leurs eflfortsptn* Ijs» par la bureaucratie. Il ne suffît poio^ de ckanger les hommes : ils ne servent (p^ de pallialife; le mai va en s'aggravant tous k* jours, et sans un changement complet de système, sans la réforme sérieuse des institutions. Ton marche à une catastrophes Lik^uelle, nous le craignons fort, Ton arrive» d'ici à peu d'années.

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