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Tout est donc aussi mystère dans cette histoire des Bruantins. Et cependant une partie de ce qui s'observe chez le Bruantin Varié répond à une des objections que soulève le Bruantin des Troupeaux, puisque nous avons vu le jeune du premier nourri et élevé simultanément avec les jeunes de sa mère adoptive.
Il ne ressort pas moins de toutes ces observations si précises et des raisonnements si clairs et si logiques qui les accompagnent, un fait tout nouveau et des plus importants dans l'histoire générale des Coucous, ou du moins des Oiseaux parasites comme eux : c'est que pour une espèce, la mère adoptive se chargerait elle-même, au profit de l'étranger, d'exclure ses propres œufs, pour ne pas dire ses enfants, du berceau qu'elle n'avait préparé que pour
eux.
Pour en revenir à notre Oiseau, cette espèce hiverne régulièrement dans les parties basses de la Géorgie et de la Caroline. Wilson l'a trouvée aussi dans plusieurs parties de la Virginie, entr'autres auprès de Williamsbourg. En janvier 1809, il en vit des chapelets en vente au marché de Charleston, dans la Caroline du Sud. Ils fréquentent les champs de blé et de riz, en compagnie des Troupiales Commandeurs. Mais on les trouve plus souvent au milieu des troupeaux, vivant de grains, de vers, etc., qu'ils picorent dans le fourrage et la litière du bétail. C'est de cette habitude qu'il est généralement connu des Anglo-Américains sous les noms à' Oiseau-plume de Vache, Oiseau ou Merle des Vaches.
Ce qui prouve bien les habitudes de parasitisme innées de cet Oiseau, c'est la tenue réciproque des mâles et des femelles, à la saison dite des amours, pour la généralité des Oiseaux. Après une observation de plusieurs années, le D' Botter n'a rien pu saisir, chez ce Bruantin, de sem-
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blable à une pariade ou à un rapprochement entre les sexes. Même dans cette saison, quand les Oiseaux sont séparés par couples, et occupés aux doux soins de préparer un berceau pour leur postérité, on voit ces Oiseaux vivre isolément aussi bien que réunis en grand nombre, et sans montrer plus d'empressement à perpétuer leur espèce que la plupart des Oiseaux dans les autres saisons, si ce n'est une promiscuité confuse dans la tribu. Si une femelle quitte la compagnie, son départ n'est pas remarqué; elle n'a pas de galant partner pour l'accompagner ou pour témoigner quelque inquiétude de son absence; son retour n'est pas fêté par ces preuves de tendresse que témoignent les mâles des autres espèces. Le mâle adresse indistinctement ses politesses à toutes les femelles, et celles-ci les reçoivent de même, sans exciter ni ressentiment, ni jalousie chez aucun de la bande. Cette absence d'attachement sexuel n'est pas en désaccord avec l'organisation de ce singulier Oiseau; car, n'étant ni son propre architecte, ni le pourvoyeur de ses petits, le degré d'affection qui dirige les autres serait superflu pour lui.
Quant à sa voix, le Bruantin doit être sans prétention, car aucun de ses accents ne mérite l'épithète de musical.' L'unique cri plaintif qu'il pousse, lorsqu'il est inquiété, constitue aussi l'expression de son plaisir à la rencontre de ses compagnons, et ne varie que parce qu'il est répété avec plus ou moins de rapidité. La conduite du mâle, pendant ses relations partagées avec les femelles, ressemble beaucoup à celle du Pigeon en pareille circonstance. Il exécute les mêmes mouvements ; et, en écoutant attentivement, on perçoit une sorte de murmure bas et guttural, qui est le plus agréable de ses accents, et qui rappelle assez le roucoulement du Pigeon.
Wilson, à l'occasion d'un Bruantjn des Troupeaux
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trouvé au nid, qu'il éleva et qu'il conserva plus d'une année, ajoute quelques détails de plus à ceux qui précèdent, au 'sujet de ce qui, chez cet Oiseau, ressemble à peine à
un chant.
« Au mois de juillet, raconte-t-il, je pris, dans le nid d'un Maryland à Gorge jaune, construit au milieu de feuilles sèches, au pied d'un buisson de ronces, un jeune Bruantin des Troupeaux, qui occupait tout le nid. J'avais préalablement épié les mouvements des parents adoptifs pendant plus d'une heure, pour m'assurer qu'il n'y avait pas quelqu'un de leurs petits caché dans les environs; et je fus convaincu qu'il n'en existait aucun; ils avaient péri, selon toute probabilité, de la manière mentionnée plus haut. Je l'emportai avec moi à la maison, et le mis dans la même cage, qui renfermait un Cardinal. Celui-ci d'abord l'examina pendant plusieurs minutes à la dérobée et avec une évidente curiosité. Mais le jeune se mit bientôt à crier pour avoir à manger, et à partir de ce moment, le Cardinal sembla l'adopter pour son enfant, et le nourrit avec tout l'empressement et la tendresse de la nourrice la plus affectueuse. Quand il prenait une sauterelle qu'il trouvait trop grosse pour qu'il put l'avaler, il prenait l'insecte, le déchiquetait en petits morceaux, qu'il mâchait un peu pour les rendre plus mous, et, avec toute la gentillesse et la délicatesse imaginables, les lui introduisait un à un danslebec.il mettait souvent plusieurs minutes à l'examiner et enlever les petites taches qu'il remarquait sur son plumage; il lui apprenait et l'encourageait à se nourrir luimême.
« Ce Bruantin, au bout de six. mois, était en plumage parfait, payant les affectueux services de son père adoptif, en dépensant toute la somme du peu de talent musical dont l'a doué la nature. Ces talents, il est vrai, sont loin
d'être ravissants, quoique à cause de leur singularité, ils méritent une mention. Il ouvre les ailes, enfle son corps comme une boule, hérisse ses plumes ainsi que fait un Dindon, et, avec beaucoup de peine, pousse quelques notes faibles et plaintives, qu'il semble tirer de son ventre, et se pavane, devant son spectateur, avec un air de grande importance. (Exactement ce que rapporte M. Hudson du Bruantin Varié.)
« En voyant le Cardinal, qui est, lui, un excellent musicien, écouter silencieusement tous ces sons gutturaux, il me semblait voir le grand Haendel contempler un misérable ràcleur de boyaux. Peut-être, toutefois, ces accents doivent-ils être considérés comme des chants d'amour et de reconnaissance, plus agréables à l'oreille et plus doux au cœur que tous les soli et concetti artificiels de ce monde. »
Ce n'est pas sans mûre réflexion que nous avons résolu de nous livrer ainsi à une étude sérieuse, non pas exclusivement à part, mais simultanée, de cette singulière fraction de Troupiales appelés Bruantins. Ce sont bien, en effet, de l'ordre entier des Passereaux, les plus instructifs et les plus attachants à suivre dans la transformation de ce sens indéfini que l'on nomme instinct, après la famille si exceptionnelle des Coucous ; on peut même dire que les observations faites sur les uns doivent puissamment aider à élucider celles faites ou à faire sur les autres, car l'histoire des Bruantins, encore moins que celle des Coucous, n'a pas encore dit son dernier mot, et se rattache peutêtre à celle de presque tous les vrais Troupiales.
Et M. Hudson a presque entrevu la vérité, en cherchant
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à rapporter cette aberration de l'instinct à quelque loi organique inconnue; car c'est de ce côté désormais que sera à chercher et à trouver la solution de ce double problème qui n'en fait qu'un, du parasitisme des Coucous et de celui des Bruantins. Un résultat si semblable, dans les deux familles, ne doit se rattacher qu'à une seule et même cause dans le système économique de la création.
Avant de conclure, récapitulant les observations qui précèdent,
Nous avons vu :
Des Coucous, réputés faire un nid et y pondre, et cependant ayant fréquemment l'habitude de déposer leur œuf, toujours blanc, dans des nids étrangers, quelle que soit la couleur des œufs qui s'y trouvent;
Des Coucous, tels que celui d'Europe, pondant dans les mêmes conditions, supposés au contraire conformer la couleur de leur œuf à celle des œufs du nid où ils les apportent ;
Des Coucous de la Nouvelle-Hollande ne déposer leur œuf, invariable dans sa couleur, que dans les nids dont les œufs ont des rapports de coloration avec les leurs; Des Coucous ne pondre qu'en commun; Et enfin, de simples Passereaux, étrangers aux Coucous, tels que les Troupiales d'Amérique, participer de toutes ces singularités à la fois ;
Par conséquent, l'unité d'instinct, à l'égard de la ponte et de l'incubation, faire entièrement défaut dans ces divers
groupes.
Du rapprochement ou de la comparaison de ces deux tableaux de familles, ressort le résultat suivant :
Quant aux Bruantins :
Polygames comme les vrais Coucous.
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Communistes comme les Anis, auxquels, avec la réversibilité d'un des doigts antérieurs en plus , ils pourraient être réunis sans inconvénient. .
Les uns, de même que les Coucous, n'introduisant qu'un seul œuf dans les nids étrangers.
Les autres, de même que les Anis, y pondant en commun, au point de rendre impossible, par leur accumulation, l'incubation fructueuse de leurs œufs, quand la manie ne les prend pas d'en opérer eux-mêmes la destruction.
De plus, d'un parasitisme intermittent, qui leur permet parfois de construire un nid.
Enfin, comme les Coucous, tantôt, ou détruisant les œufs, ou chassant les petits du nid emprunté, par l'effet de l'accroissement de leur propre progéniture; tantôt employant la violence pour s'en débarrasser, sans parler de la complicité, encore problématique, de la mère adoptive. Si nous ajoutons le polymorphisme et la variabilité de couleur de leur œuf, nous aurons le tableau comparatif, à peu près exact, des mœurs des deux familles, en ce qui concerne la reproduction ou la propagation de l'espèce chez chacune d'elles.
Quant aux Coucous :
Nous ne dirons pas que notre siège est fait, ce serait une grande présomption; mais notre opinion est formée. Les Coucous ont, avec la plupart des autres Passereaux, sauf la zygodactylité, une unité de conformation, qui ne permet pas d'admettre, comme leur étant spéciales, les excentricités qu'on leur prête, puisqu'elles se reproduisent chez des espèces de familles toutes différentes de la leur.
Ils sont, comme la généralité des Oiseaux, propres et conformés de manière à couver eux-mêmes leurs œufs et
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à élever leurs petits. Nécessité dès lors de mettre de côté les considérations anatomiques de Hérissent.
Le polymorphisme et le métachromatisme ne sont pas plus prononcés, pour leurs œufs, que pour '.eux d'un grand nombre d'autres Oiseaux.
La petitesse relative de l'œuf du Coucou d'Europe, notamment, n'a rien de providentiel, pas plus que la prétendue adaptation des couleurs de cet. œuf à celles des œufs du nid dans lequel il est déposé, puisqu'il lui arrive parfois de ne rechercher que les nids dont les œufs offrent quelques rapports de coloration avec le sien ; il en est de même des dimensions qu'offre cet œuf.
Il y a donc contradiction manifeste, de la part des partisans de cette doctrine, à soutenir le principe providentiel de cette exiguïté; et d'un autre côté, à vouloir attribuer, à priori, au Coucou tous les œufs plus gros que ceux du nid envahi, quand ils en revêtent la couleur; la cause finale des premiers n'y a plus de raison d'être pour les seconds.
De ce résultat, qui n'est qu'une constatation de faits, la conséquence à tirer est celle-ci :
Le parasitisme n'est qu'une simple question de circonstances, et non une question de principe ou d'organisme.
Si, en effet, avec l'incalculable quantité d'individus qui composent ces colonies si nombreuses de Bruantins, tous les couples obéissaient à cette prétendue loi du parasitisme, il s'ensuivrait, dans les cantons qu'ils envahissent, une véritable dépopulation de toute la gent emplumée des Passereaux, trop sensible pour qu'elle n'eût jamais été
constatée .
Or, ce qui est vrai des Bruantins l'est de notre Coucou, dont le plus petit nombre seul use du procédé.
La nature, d'ailleurs, ne se détruit pas elle-même à
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plaisir; elle est avant tout et essentiellement conservatrice.
Nous savons qu'en nous prononçant et nous avançant ainsi, nous mettons le pied sur un terrain brûlant, en ayant l'air de faire bon marché des légendes et du merveilleux dont cette histoire du Coucou a bercé notre enfance à tous, et dont la science, même à l'heure qu'il est, n'est pas entièrement affranchie.
Mais nous avons consciencieusement rais les pièces du procès sous les yeux de nos lecteurs; et si nous n'avons pas réussi à atteindre notre but de faire la lumière sur cet Oiseau, nous pensons avoir suffisamment et amplement fourni à d'autres les éléments nécessaires pour arriver et les conduire à ce résultat, ne fût-ce qu'au moyen de la Traduction, paraissant pour la première fois, que nous avons faite de nos documents étrangers.
La Science, nous l'avons déjà dit, l'Ornithologie surtout,
ne saurait ne vivre que de poésie : elle est assez riche de
son propre fonds pour en égayer et intéresser l'étude.